Fils de Pan

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Photo : © DR


C'est une musique – faite de flûte, de haut-bois marocain, de percussions et de gambri (un luth à trois cordes) – dont on dit qu'elle peut guérir et que l'ont vient écouter comme on vient recevoir une bénédiction. Cette bénédiction, les Master Musicians of Jajouka, du moins leurs ancêtres, la reçurent eux-mêmes de Sidi Ahmed Sheik, venu de l'Est pour répandre l'Islam au Maghreb aux alentours de l'an 800. L'origine de leur art remonte pourtant à une légende racontant qu'il fut révélé à un ancêtre des Attar par le Dieu Pan, autrement appelé Boujeloud.

Et c'est bien à la croisée de la musique religieuse et du paganisme ; du folklore berbère et des traditions arabes d'influence égyptienne ; de la mystique soufi et de rites chamaniques que le mythe Jajouka a traversé les siècles et, à l'époque moderne, les genres, tradition ancestrale se fondant dans l'avant-garde. C'est d'ailleurs d'une avant-garde qu'est né dans les années 50 l'intérêt pour Jajouka, sous l'égide des grands amateurs d'états seconds qu'étaient les beatniks William Burroughs et Brion Gysin, lorsqu'ils dérivaient à Tanger. Au sujet de cet art hypnotique de la répétition qui évoque l'éternité, ce dernier confia alors au compositeur et écrivain Paul Bowles, auteur d'Un thé au Sahara : « c'est la musique que je veux écouter pour le reste de ma vie ».

Puis c'est Brian Jones qui révélera au monde occidental peu avant sa mort l'existence du groupe avec Brian Jones presents The Pipes of Pan at Jajouka. Au fil des ans, les plus grands musiciens rock et jazz se presseront aux portes du village : les Rolling Stones, Bill Laswell, Maceo Parker, Jimmy Page et Robert Plant, le DJ Talving Singh, Lee Ranaldo de Sonic Youth et surtout Ornette Coleman qui deviendra un intime de la famille Attar – Bachir et ses musiciens mèneront la procession aux obsèques du jazzman. Même Hollywood utilisera cette musique définitivement entrée dans la pop culture mais dont les secrets ancestraux restent impénétrables.


Master Musicians of Jajouka

Opéra underground, transe marocaine
Opéra de Lyon Place de la Comédie Lyon 1er
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Master Musicians of Jajouka : « notre musique finira par mourir »

Sono Mondiale | Événement que la venue des Master Musicians of Jajouka, descendants d'une dynastie millénaire de musiciens guérisseurs venus du Rif marocain, découverts par la Beat Generation, rendus cultes par Brian Jones et adulés par nombre de rock stars. Une dynastie qui pourrait bien s'éteindre dans les années qui viennent. Et sa musique de transe avec. Explications avec le leader Bachir Attar.

Stéphane Duchêne | Mardi 23 avril 2019

Master Musicians of Jajouka : « notre musique finira par mourir »

Comment décririez vous la philosophie musicale des Master Musicians of Jajouka ? Bachir Attar : C'est une musique qui s'est transmise de père en fils sur des générations d'Attar. Une musique unique au monde, différente de la musique arabe et de la musique occidentale. Personne ne peut la copier. C'est une musique de paix, qui élève ceux qui savent l'écouter. C'est aussi une musique de bénédiction et de guérison. Si les gens l'écoutent avec le cœur, elle peut leur donner beaucoup de choses. On peut raconter beaucoup d'histoires à propos de Jajouka mais la musique parle pour elle-même. Je suis heureux qu'on continue à l'écouter après des siècles, mais je ne suis pas certain qu'elle soit comprise pour ce qu'elle est. Beaucoup l'écoutent à cause de toutes ces collaborations avec des stars du rock et du jazz, les Rolling Stones, Ornette Coleman, à cause de William Burroughs, Paul Bowles et Brion Gysin... Mais je pense que les gens doivent aller au-delà et se concentrer sur ce qu'il y a derrière, sur sa vérité. Pensez-vous que, lorsqu'on parle de Jajouka, on oublie de parler de sa dimensio

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Lotringer, éditeur explosif

Littérature | La revue Initiales retrace les aventures de Semiotext(e) et de l’éditeur-passeur Sylvère Lotringer. Où la french theory croise la scène punk new-yorkaise à grands coups d'écrits, de riffs de guitares et de rats décapités.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 27 novembre 2018

Lotringer, éditeur explosif

Casquette, sweet à capuche, barbe de trois jours… Tout est dit ou presque sur le portrait photographique qui ouvre le nouveau numéro de la revue Initiales consacré à l’éditeur américain Sylvère Lotringer. Cette "cool attitude" n’est pas chez lui seulement une coquetterie, mais une approche de la vie en générale et de l’édition en particulier. Au début des années 1970, l’universitaire sémiologue globe-trotter (et quelques autres) lance une revue devenue mythique, Semiotext(e) (et maison d’édition à partir des années 1980), qui réunira dans ses colonnes des philosophes, écrivains et artistes de tous horizons : les penseurs français de l’après-1968 (Deleuze, Guattari, Baudrillard, Virillio, Lyotard…), les post-modernes américains (John Cage, Kathy Acker, John Giorno, Philippe Glass…), et d’innombrables inclassables. En novembre 1978, Semiotext(e) redonne aussi à l’écrivain William S. Burroughs toute son importance, largement dénigrée, alors, dans son propre pays. Pendant quelques jours l'év

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The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Rock | Avec Shadow People, un disque détonnant produit par Anton Newcombe, le meilleur groupe garage catalan du monde, The Limiñanas, a livré en début d'année son album le plus abouti, le plus libre, et peut-être le plus personnel. Et frappé un gros coup dont les secousses se propagent à très grande vitesse dans le paysage rock. Entretien avec M. Limiñana avant leur passage à L'Epicerie Moderne.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

The Limiñanas : « Les dogmes ne nous intéressent plus »

Sur cet album vous avez travaillé pour la première fois avec un producteur et non des moindres, Anton Newcombe du Brian Jonestown Massacre. Comment a-t-il influé sur votre manière de travailler, vos habitudes et surtout votre son qui n'a jamais été aussi percutant ? Lionel Limiñana : La première fois qu'on est allé à Berlin, je lui ai amené toutes les rythmiques et la plupart des mélodies, des riffs en tout cas. Nous attendait là-bas une ingé son, Andrea Wright, qui a produit des gens aussi différents que Black Sabbath, Echo & the Bunnymen, quelqu'un qui sait enregistrer une batterie et une guitare. On a commencé par reprendre toutes les rythmiques de Marie et là, déjà, j'ai senti que le disque prenait de l'épaisseur par rapport à ce que j'aurais fait. On a commencé à travailler sur cette base-là, Andrea, Marie et moi. Anton se baladait dans l'appart', il entrait, écoutait de l'extérieur et balançait un riff ou un arrangement de mellotron. Ça s'est monté par petits bouts avec des interventions d'Anton qui avait toute

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The Dandy Warhols : posterisés vs postérité

Rock | Invités à venir faire chauffer l'Épicerie Moderne, de leurs tubes, surtout, moins de leur dernier album, on ne peut s'empêcher, depuis la sortie d'un certain docu de 2004 baptisé Dig !, de raccrocher la trajectoire des Dandy Warhols de celle de leurs doubles maléfiques (ou peut-être est-ce l'inverse) du Brian Jonestown Massacre. Précisément parce que c'est à partir de ce film que les Dandy devinrent moins intéressants, à tous points de vue, et se firent voler la vedette par le loser de la fable, Anton Newcombe que la postérité gardera quand des Dandy on ne gardera que les posters.

Stéphane Duchêne | Dimanche 12 février 2017

The Dandy Warhols : posterisés vs postérité

Dieu que la postérité est une méchante fille ! Ce ne sont pas les Dandy Warhols qui diront le contraire, même si cette dernière n'en a encore pas fini avec leur cas comme avec celui de leurs ennemis intimes du Brian Jonestown Massacre. Rembobinons le temps jusqu'en 2004, année de la sortie de Dig !, documentaire d'Ondi Timoner que tout fan de rock n'ignore plus depuis longtemps. Son sujet, l'ascension parallèle de deux groupes de pop psychédéliques amis : les Dandy Warhols, que le public connaît par cœur, et The Brian Jonestown Massacre, que ce même public, pour la plupart, découvre. Sauf que le parallélisme, comme l'amitié, ne dure pas bien longtemps. Tandis que, devant la caméra gourmande de Timoner, le Brian Jonestown Massacre n'en finit plus d'imposer, d'exploser, de se bastonner sur scène, de corriger son public, de se fracasser contre les murs, – malgré le génie évident de son leader Anton Newcombe pour composer à la chaîne des chansons fabuleuses et grâce à son

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Les Vies de Brian Jonestown Massacre

Rock | Est-ce parce qu'il a connu une vie faite d'excès et qu'on ne l'imaginait pas passer les christiques 33 ans que l'on n'a longtemps cessé de présenter chaque album d'Anton Newcombe, comme celui de la rédemption pour ne pas dire de la résurrection ? C'est peut-être surtout parce que lui-même, chantre de l'autodestruction, a fini par souscrire à cette idée.

Stéphane Duchêne | Mardi 21 juin 2016

Les Vies de Brian Jonestown Massacre

« Je suis mort, je suis mort, alléluia, chantez ma résurrection » énonce sur Philadelphie Story une Soko qui affirme marcher sur des épines. Reprise d'un William Sheller période cosmique, elle figure sur un album intitulé Musique de Film Imaginé, BO de film français mais sans film, signée... Brian Jonestown Massacre. Mots dits par Soko, chanson de Sheller, concept hors-sol, mais Newcombe en ventriloque. À la sortie de Revelation, écrit sur fond de fin du monde 2012, ce dernier évoquait son prédécesseur, Aufheben, sorti lui l'année de l'Apocalypse avortée, en précisant que ce mot allemand, "Aufheben" signifiait à la fois « détruire, reconstruire et préserver. » Écho inconscient à la carrière de Brian Jonestown Massacre : la destruction ambitionnée du système en général, de l'industrie du disque en particulier, un écrasement de la concurrence à coups de g

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10 concerts à voir en juin

MUSIQUES | En attendant d'entrer pleinement dans la saison des festivals, voici dix concerts à ne pas louper dans la ville.

Stéphane Duchêne | Lundi 13 juin 2016

10 concerts à voir en juin

Billie On l'avait laissé sur un Baiser, on la retrouve sur un French Kiss. Le Baiser, c'était son premier album d'étrange chanson française d'obédience krautrockeuse et conteuse. Le French Kiss, c'est ce moment de retrouvailles traditionnellement organisé par le Club Transbo pour fêter la sortie (ou la release comme on dit en étranger) d'un album ou d'un EP d'un ami du coin. Là c'est un EP, Nuits Aquatiques produit par Erotic Market en mode plus r'n'b et plus coulant, quoique. Comme il se doit l'affaire se joue gratuitement sur réservation avec pléthore d'invités surprises. Au Club Transbo le mercredi 15 juin Neil Young & Promise of the Real Au rythme où ça va, gageons que Neil Young est parti pour enterrer tous ses pairs. Le fait qu'il est l'un des derniers de sa génération à sortir des albums dignes de ce nom — pas toujours, l'avant-dernier n'étant pas une réussite — et porteurs d'une capacité de régénération plutôt hors du commun. DHEA ? Non, enthousiasme, car Neil pr

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The Brian Jonestown Massacre à l'Epicerie Moderne

MUSIQUES | On les a attendu pendant des années, voilà que la bande à Newcombe n'en finit plus de venir à Lyon (CCO en 2010, Nuits Sonores en 2014). Ce qui n'est pas la (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 14 avril 2016

The Brian Jonestown Massacre à l'Epicerie Moderne

On les a attendu pendant des années, voilà que la bande à Newcombe n'en finit plus de venir à Lyon (CCO en 2010, Nuits Sonores en 2014). Ce qui n'est pas la moitié d'une bonne nouvelle s'agissant ni plus, ni moins (même si on peut toujours débattre) du meilleur groupe du monde, assagi mais toujours aussi génial. Lequel aura cette fois les honneurs de l'Épicerie Moderne, le 28 juin prochain. On sent déjà les premiers effets de la canicule et des inimitables "têtes" de Joel Gion.

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The Brian Jonestown Massacre (A Records)

MUSIQUES | Aufheben (A Records/Differ-ant)

Stéphane Duchêne | Lundi 20 août 2012

The Brian Jonestown Massacre

(A Records)

"Mea maxima culpa", comme disait l'autre – ce pourrait d'ailleurs tout à fait être le titre d'un album de BJM. C'est une faute que de ne pas avoir évoqué cet album avant. Cet album qui comme, l'indique le visuel de sa pochette, devrait être envoyé dans l'espace en direction de toutes les formes de vie extra-terrestres pour leur montrer de quel bois on s'échauffe les oreilles de ce côté-ci de l'univers.   Autrement dit sur cet planète où est né l'homo-antonnewcombus, ici revenu à cette très haute forme de psychédélisme de bon aloi qui a longtemps été sa marque de fabrique. Sans pour autant se démarquer des prétentions expérimentales et soniques de ses disques les plus récents Who Killed Sergent Pepper ? et My Bloody Underground. C'est donc un Anton Newcombe complet, une sorte de bréviaire du Massacre que l'on retrouve sur ce prodigieux Aufheben – d'ores et déjà à ranger parmi les classiques d'une pléthorique et massacrante discographie – où l'on

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La Machine à idées

ARTS | Expo / Jusqu'au 28 novembre, l'IAC de Villeurbanne rend hommage à Brion Gysin. Peintre, calligraphe, écrivain, dessinateur, performeur, compagnon des surréalistes et de la Beat Generation, curieux des nouvelles technologies, inventeur du Cut-up et de la Dream Machine, celui que l'on surnommait «la Machine à idées» à accompagné la révolution de l'art du XXe siècle. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Vendredi 5 novembre 2010

La Machine à idées

Connu et admiré des amateurs de la Beat Generation, Brion Gysin n'appartint pourtant jamais au mouvement, en dépit de ses amitiés avec William Burroughs (qu'il aidera à finaliser "Le Festin Nu"), Gregory Corso et Allen Ginsberg, avec qui il partagea le mythique Beat Hotel à Paris dans les années 60. Il en fut en revanche une sorte de cinquième mousquetaire, un parrain dont Burroughs disait qu'il était le seul être humain qu'il ait jamais respecté. Mais sa recherche à lui, Gysin, allait bien au-delà de la littérature. Car celui que l'on surnommait «la Machine à idées», fut ce qu'on appellerait aujourd'hui un artiste multicarte, un vagabond de l'esprit, passant d'une discipline à l'autre et les mélangeant même. N'ayant peut-être aucune idée au fond de ce que le mot discipline peut bien signifier. L'exposition que lui consacre l'IAC sur proposition du New Museum de New York, témoigne ainsi à merveille du parcours de cet Anglo-canadien voyageur (Japon, Tanger, New York, Paris...), né en 1916. Et si celle-ci a une valeur autant documentaire (extraits de carnet, notes, lettres) qu'artistique (collages, poèmes, peintures), c'est parce que sa vie est indissociable de son

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Sergent rock

MUSIQUES | Rock / Après avoir longtemps œuvré dans l’exploration-visitation du psychédélisme 60's (et de tout ce que cela implique en équipement pharmaceutique), le (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 9 avril 2010

Sergent rock

Rock / Après avoir longtemps œuvré dans l’exploration-visitation du psychédélisme 60's (et de tout ce que cela implique en équipement pharmaceutique), le Brian Jonestown Massacre monstre a tentacules multiples mais à une tête (de mule) donne depuis quelque temps dans le brouillage sonique. Comme en attestait d'ailleurs leur précédent album, "My Bloody Underground", où la dépouille du Velvet venait saigner sur les guitares infectées de My Bloody Valentine. Un changement opéré depuis qu’Anton Newcombe et sa bande enregistrent en Islande, pays de feu et de glace. Là, Newcombe a trouvé une quiétude où le fracas volcanique de la terre ne dort que d'un oeil. Idéal pour qui a, comme le leader de BJM, de la lave en fusion à la place du cerveau. Mais BJM n’a pas pour autant abandonné son entreprise de dynamitage de l’héritage pop mondial. Après des pastiches des Stones ou de Dylan le groupe s’attaque cette fois, même si symboliquement, à l’hydre de Liverpool, les Beatles, avec "Who Killed Sgt Pepper ?". Un album si chaud qu’on ne sait pas par où l’attraper, qu’on manipule comme une patate chaude ou une boule de feu mais qui laisse quelques belles brûlures sur la peau et les tympans. Apocaly

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