Karim Demnatt et le cirque Bouffon à l'assaut du château

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

Photo : © DR


Né de la fusion en 2011 des Nuits de la Bâtie et de L'Été musical, l'Estival de la Bâtie continue d'arrimer au cœur du Forez quelques joyeuses compagnies dans le cadre du château du XVIe, son excentrique grotte de rocailles et dans ses jardins à l'italienne attenants.

Cette année, le comédien Karim Demnatt viendra en voisin puisqu'il a fait ses armes à l'école de la Comédie de Saint-Étienne presque par effraction, nous confiait-il il y a quelques années tant il n'est pas issu, contrairement à nombre de ses camarades, d'un milieu intellectuel. Son guide est le plaisir du jeu. Sous la direction de Stanislas Nordey et plus encore de Laurent Pelly (Sindbad le marin, Le Roi nu...), il s'amuse. Et souhaite parallèlement se mettre à nu dans Brûler, très sensible texte qu'il a écrit et déjà montré aux Clochards Célestes en 2012 et qu'il jouera ici. Où il est question d'une vie entre France et Maroc (le pays de ses parents), de cette jeunesse post-immigration qui ne sait pas toujours où est sa place.

Dans un genre très différent — c'est le propre des festivals — il sera possible de (re)découvrir le savoir-faire du Cirque Bouffon, émanation d'anciens membres du Cirque du Soleil. Avec Solvo, dans un amas de journaux papiers (il en existe encore, même s'ils semblent être en phase finale), la troupe fait corps en enchaînant un très beau numéro sur corde lisse à des portés queer. Continuellement mis en musique ou presque sur des airs balkano-andalous, ce spectacle s'appuie sur une dynamique collective évidente et un sens de la fête communicatif au cours duquel tous les agrès sont présentés avec dextérité.

Bien sûr, il manque cette noirceur que l'on a tant apprécié dans le Matamore du Cirque Trottola notamment, celui de l'inclassable Bonaventure Gacon. La touche plus sombre émane peut-être de la Castafiore qui vient à plusieurs reprises entonner ses airs hauts perchés. Elle semble s'être enfuie d'un Starmania première version et casse un peu l'unité d'un spectacle de grands professionnels.

L'Estival de la Bâtie
À Saint-Etienne-le-Molard du 30 juin au 23 juillet

Brûler, l'odyssée d'un homme au bord du monde les vendredi 1er et samedi 2 juillet

Solvo les jeudi 21, vendredi 22 et samedi 23 juillet

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

L’Estival de la Bâtie – Du 1er au 25 juillet à Saint-Étienne-le-Molard (42)

SCENES | À la Bâtie, tout est question de chemins de traverse, d'échappées belles ou de Fugues, en l'occurrence celles de Yoann Bourgeois. Pensées pour un seul (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 24 juin 2015

L’Estival de la Bâtie – Du 1er au 25 juillet à Saint-Étienne-le-Molard (42)

À la Bâtie, tout est question de chemins de traverse, d'échappées belles ou de Fugues, en l'occurrence celles de Yoann Bourgeois. Pensées pour un seul artiste, ces performances au trampoline (dont il est un vrai et rare spécialiste) ou avec balles, versions réduites de son Art de la fugue, sont autant d'occasions d'apprécier à quel point ce circassien se joue de la pesanteur avec virtuosité. Plus terre-à-terre est Boxe boxe de Mourad Merzouki. Celui qui, avec sa compagnie Käfig, a porté la danse hip-hop sur les plus prestigieuses scènes du monde, reprend ici une pièce créée à la Biennale de la danse de Lyon en 2010. En invitant sur scène le Quatuor Debussy, il a su faire évoluer son art vers plus de théâtralité pour mieux dé-ghettoïser cette pratique urbaine. Le festival lui-même a beau se dérouler principalement dans l’imposant château éponyme, plusieurs «escapades» (on y revient) permettent de se balader le long de la Loire via dix communes qui accueilleront, par exemple, la mezzo-soprano Karine Deshayes et l’ensemble Contraste, les polyphonies cosaques de

Continuer à lire

Solvo, le temps long des gitans

SCENES | Esprit de troupe, es-tu là ? Si tu es là, frappe une fois. Et celui du Cirque Bouffon de répondre par de frénétiques roulements de caisse claire. Complice et (...)

Benjamin Mialot | Mardi 23 décembre 2014

Solvo, le temps long des gitans

Esprit de troupe, es-tu là ? Si tu es là, frappe une fois. Et celui du Cirque Bouffon de répondre par de frénétiques roulements de caisse claire. Complice et enthousiaste, cette petite entreprise babélienne co-fondée en 1999 par un alumnus du Cirque du Soleil l'est effectivement. C'est même là que réside l'essentiel du capital sympathie de son troisième spectacle, dont la poésie saugrenue n'est pas sans évoquer celle du Matamore du Cirque Trottola et du Petit Théâtre Baraque. Le hic, c'est qu'elle ne s'incarne que dans son décor, monticule de journaux froissés que quelques frémissements suffisent à transformer en îlot désert, et les interventions délicates et fantasmagoriques d'un Pierrot jongleur – en particulier un numéro de contact avec cerceau à l’exécution surnaturelle. Le reste du temps, Solvo pêche par la maigreur de son propos – toute considération corporatiste mise à part, n'y avait-il pas supports plus appropriés que des quotidiens en voie de disparition pour déplorer la surinformation et le gaspillage de papier ? – et, surtout, la banalité de sa construction, chaque performance, fut-elle musicale, comique ou acrobatique, se r

Continuer à lire

Une famille en or

MUSIQUES | Chez les Bertrand, même si l'on pratique beaucoup le second degré, on ne plaisante pas avec la musique... Du travail, encore du travail, beaucoup (...)

Alain Koenig | Jeudi 26 juin 2014

Une famille en or

Chez les Bertrand, même si l'on pratique beaucoup le second degré, on ne plaisante pas avec la musique... Du travail, encore du travail, beaucoup d'humilité, voilà une recette familiale qui a fait ses preuves et leur ouvre toutes les portes. Aussi, quelle merveilleuse idée pour l'édition 2014 de l'Estival de la Bâtie que de réunir la Rolls Royce des duos – Emmanuelle Bertrand au violoncelle et son complice Pascal Amoyel au piano – et l'ensemble instrumental SyLF, dont le directeur artistique et contrebassiste n'est autre que Jérôme... Bertrand. D'autant que, le Duetto de Rossini, interprété voici quelques lunes par le frère et la sœur après une Truite de Schubert d'anthologie (toujours avec Pascal Amoyel au piano), laisse augurer d'une réunion de famille au sommet. Le 8 juillet, dans une mise en scène de Jean Piat, le duo Bertrand/Amoyel nous fera d'abord partager la terrible expérience des musiciens des camps de la mort, sauvés par la musique, dans un spectacle poignant intitulé Les Notes de l'espoir. Le lendemain, à Saint-Just-Saint-Rambert, accompagné de la Maîtrise de la Loire et de l'ensemble instrumental SyLF, le duo donnera sur ce même t

Continuer à lire

La Bâtie grandit

SCENES | Peu à peu, se dessine au cœur du Forez un festival qui monte qui monte qui monte… Entendez par là que L’Estival de la Bâtie, né l’an dernier de la fusion des (...)

Nadja Pobel | Jeudi 21 juin 2012

La Bâtie grandit

Peu à peu, se dessine au cœur du Forez un festival qui monte qui monte qui monte… Entendez par là que L’Estival de la Bâtie, né l’an dernier de la fusion des Nuits de la Bâtie et de l’Été musical, a accueilli plus 12 000 spectateurs pour sa première édition, plus que le cumul des éditions lorsqu’elles étaient dissociées. Il faut dire, que ne serait-ce que pour découvrir le Château de la bâtie d’Urfé mais aussi l’excentrique grotte de rocailles, la chapelle à la voûte azur et dorée qu’il abrite, le voyage vaut le détour. C’est dans cette illustre maison et au milieu des jardins à l’italienne savamment entretenus tels qu’au XVIe siècle que durant un mois, danse, cirque, théâtre et musique se mêlent avec une forte attention portée au jeune public (des spectacles gratuits pour les enfants sont programmés du 11 au 14 juillet). Parfois aussi le festival se déroule sur d’autres terres du département : c’est la partie «escapades» du programme qui complète les «castellades». Ici ou là donc, il sera possible d’écouter des hommages à Claude Nougaro ou Georges Brassens. Guy Marchand fera lui résonner le son jazz latino et Ibrahim Ferrer Jr. des airs cubains. Côté dan

Continuer à lire

Fait pour durer

SCENES | Acteur tout terrain depuis 18 ans au théâtre, à la télé et même chez Spielberg, Karim Demnatt revient à lui et puise dans son pays d’origine – le Maroc - une histoire intime qu’il présente à l’Espace 44, "Brûler". Portrait de ce touche-à-tout à l’énergie Duracell. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 20 janvier 2012

Fait pour durer

Première rencontre. Cette impression qui dessine les contours d’une personnalité : quelle énergie ! Quelle tchatche ! Et irrémédiablement l’envie de savoir qui se cache derrière. Au commencement, en 1974, Karim Demnatt est Karim Qayouh. Il naît en France de parents marocains venus chercher ici de meilleures conditions de vie. Maman est intendante de maison dans une grande famille autour de Roanne, papa travaille dans l’industrie automobile en banlieue parisienne. Rien ne destine Karim à passer sa vie sur les planches. Il est d’ailleurs plus pressé de pratiquer les sports de combat que d’accompagner ses copains au théâtre. C’est pour lui du haut de ses 15 ans,  «un truc de tapettes avec souliers vernissés». Mais les préjugés d’ado sont rapidement mis au placard : «Je m’approche du théâtre alors comme un animal craintif, à pas de loup comme s’il y avait un risque» et il découvre «que ça met de la beauté dans la vie, c’est comme un rapport amoureux». En route donc pour l’école de la Comédie de Saint-Etienne où il ne pense pas une seconde avoir réussi le concours d’entrée. Et pourtant si. Mais il reste à s’adapter à des gens pas comme lui, qui ne rêvaient

Continuer à lire