Claudia Stavisky, d'une bataille à l'autre

Théâtre des Célestins | Retrouvant sobriété et singularité au service d'un thème qui lui est cher (le pouvoir et l'art), Claudia Stavisky signe son meilleur spectacle depuis Lorenzaccio.

Nadja Pobel | Mardi 22 novembre 2016

Photo : © Simon Gosselin


« Je ne suis pas en paix avec la vie. Ça n'existe pas. » Galactia, lucide et torturée, gravite autour d'un homme engagé par ailleurs, qui la malmène, et du pouvoir politique venant de lui confier une grande mission : peindre la bataille de Lépante que les Vénitiens viennent en 1571 de gagner, face aux Ottomans. Là où le doge ne voit qu'un triomphe, elle est hantée par le carnage et les milliers de victimes. Elle fera le Tableau d'une exécution.

Howard Barker, historien de formation, aime à puiser dans le réel un support à sa réflexion qu'il déploie depuis plus de quarante ans dans ce qu'il a lui-même nommé "le théâtre de la catastrophe", sorte de retour à l'essence humaine dans le grand maelström du monde. Christiane Cohendy porte durant plus de deux heures cette femme aux convictions affirmées mais qui ne s'exonère pas de ses fêlures et fragilités. Claudia Stavisky parvient à l'orienter vers cette dualité, comme elle l'avait fait avec Marie Bunel dans La Femme d'avant.

Ce n'est pas l'unique point commun entre ce travail et celui fait sur Schimmelpfennig en 2006 : le plateau est pertinemment occupé, jamais encombré. David Ayala, acteur total, parfois trop en roue libre, est ici justement cadré sans que son talent n'en souffre — au contraire — à l'inverse des rôles secondaires plus négligés voire exagérés (la fille survoltée, cheveux rouges en pétard et la critique d'art dont la robe Mondrian était dispensable pour figurer son aspect fashion victime).

« Mon art est celui de l'assassinat »

Exceptés ces détails et un léger manque de rythme qui s'affinera à n'en pas douter au fil des représentations, cette pièce replace au cœur du débat les liens inextricables entre les artistes ravis de pouvoir vivre des commandes publiques lucratives et des politiciens qui montrent leur supériorité en absorbant la création, comme il est démontré dans la très cynique et réussie scène finale.

Loin d'opter pour une reconstitution historique sans intérêt (l'épave de barque vénitienne est vite reléguée dans les coulisses), Claudia Stavisky prend le parti de mettre l'œuvre picturale en avant ; elle se fait même sous nos yeux, donnant à Galactia une consistance sine qua non dans une scénographie précisément pensée en tableaux particulièrement bien éclairés. Et quand le fameux tableau est dévoilé à mi-pièce, l'artifice du théâtre opère pleinement.

Tableau d'une exécution
Aux Célestins jusqu'au 7 décembre


Tableau d'une exécution

D'Howard Barker, ms Claudia Stavisky, 2h20. République de Venise, 1571, la peintre Galactia met en scène la réalité de la guerre au lieu de glorifier la victoire de l’État vénitien lors de la bataille de Lépante.
Célestins, théâtre de Lyon 4 rue Charles Dullin Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Galilée éclairé

Théâtre | En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée (aux Célestins (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

Galilée éclairé

En choisissant de monter un texte passionnant et d'une actualité tragiquement permanente, Claudia Stavisky signe, avec La Vie de Galilée (aux Célestins jusqu'au 1er décembre) son meilleur spectacle depuis Blackbird (2008). Dans un décor clos tout en hauteurs, dans lequel Galilée se calfeutre, étouffe et travaille à notre discernement, elle signe une mise en scène sobre qui rend grâce à ce mathématicien pour qui le but des sciences est de « poser une limite aux erreurs infinies ». Au XVIIe siècle, Galilée n'a eu de cesse de s'opposer aux lois divines et d'étayer, via l'observation des astres, les hypothèses de Copernic avant lui : la terre tourne autour du soleil. Dans ce texte dont l'écriture est entamée au commencement de la Seconde Guerre mondiale et sera révisé jusqu'à la mort en 1956 de Brecht, le dramaturge dit l'impossible humilité de l'humain face à l'univers et les ravages des dogmes religieux, ridicules, tellement ridicules. Ph

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Les créations de la saison fait maison par les directeurs

Théâtre | Focus sur les créations ou reprises concoctées par les directeurs et directrices des théâtres de la métropole, de Claudia Stavisky à Louise Vignaud.

Nadja Pobel | Lundi 10 septembre 2018

Les créations de la saison fait maison par les directeurs

Si Joris Mathieu passe son tour après des années foisonnantes (reprise de son très dark Frères sorcières et tournée d'Artefact et Hikikomori, souvent à l'étranger), c'est Christian Schiaretti qui sera le directeur de structure le plus prolifique. Initialement en poste jusqu'au 31 décembre 2019, il sera finira en fait son contrat fin de saion 2019-20 et coordonnera bien le centenaire du TNP en 2020. Dans les prochains mois, il sera omniprésent : outre la reprise de La Leçon (mai) et la création de La Voix humaine avec la magnétique Sylvia Bergé-de-la-Comédie-Française (octobre), il s'attelle à deux mastodontes : Victor ou les enfants au pouvoir de Roger Vitrac (mars), fable cruelle dont Antonin Artaud fut le premier "montreur" et L'Échange de Paul Claudel (décembre). Au vu de l'explication de texte qu'en a faite Schiaretti lui-même lors des Langagières (festival réitéré en mai), il est sûr que sa lecture en sera acérée, infiniment réfléchie tant la diction et les césures qu'il en a alors proposées étaient soupesées « Il faut respecter le vers clau

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Un simple constat : Rabbit Hole aux Célestins

Théâtre | D'un texte sur un drame familial, prix Pulitzer, Claudia Stavisky fait un spectacle très honnête traversé par une Julie Gayet qui s'avère s'adapter avec opiniâtreté à des plateaux de théâtre qu'elle avait jusque-là très peu arpentés.

Nadja Pobel | Mardi 19 septembre 2017

Un simple constat : Rabbit Hole aux Célestins

Elle plie le linge de son fils sans nervosité particulière. Tout est calme si ce n'est sa petite sœur un peu survoltée qui lui annonce, par voies détournées, qu'elle est enceinte. Peut-être que ces vêtements, elle pourra les récupérer pour son petit à venir ? Non, il ne vaut mieux pas. Tout n'est pas si simple et déjà ça grince. Le texte de l'Américain David Lindsay-Abaire est ainsi construit : par strates, presque par devinettes car il traite de l'indicible : la mort d'un enfant. Dans cette entame de spectacle, ce procédé narratif s'avère un tantinet lénifiant, car dans cette maison de la middle class US, les sujets de conversation sont pauvres : offrir un set de salle de bain, jouer au tennis... Peu à peu l'intrigue va se densifier pour se resserrer autour de ce sujet tragique et les comédiens, de concert, vont s'engouffrer plus puissamment dans leur rôle. Claudia Stavisky, qui persiste avec raison à imposer sur le plateau des Célestins des auteurs vivants, contemporains, souvent anglophones (Harrower, Barker, Skinner...) trouve là une matière sobre, qui est universelle (le chagrin) mais ne prétend pas être

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Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

De Stavisky à Lacornerie | Inchangés depuis des lustres pour la plupart, les directeurs des grandes scènes de Lyon creusent scrupuleusement leur sillon, en montant des textes attendus.

Nadja Pobel | Mardi 6 septembre 2016

Théâtre made in Lyon : Tour d'horizon des créations maison

Incroyable ! Christian Schiaretti aura l'honneur d'imaginer le centenaire du TNP en 2020 : en poste depuis 2002, il a été reconduit à la tête de l'établissement jusqu'à fin 2019 ; son contrat arrivait à échéance en décembre. En cette rentrée, il revient, après un Bettencourt Boulevard bancal, à l'auteur qu'il a le mieux transposé à la scène depuis son arrivée : Aimé Césaire. Il reprend Une saison au Congo (du 2 au 10 décembre), créé en 2013 puis signera La Tragédie du roi Christophe (du 19 janvier au 12 février). Dans la première, il avait su organiser clairement la conquête de l'indépendance de ce pays et la chute de son héros pacifiste Lumumba grâce à une alchimie entre sa troupe habituelle du TNP et des comédiens du collectif burkinab

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Des affaires sans folie aux Célestins

SCENES | Du texte noir d'Octave Mirbeau sur un homme puissant, vaniteux et autoritaire, Claudia Stavisky tire un spectacle académique et sans fioriture porté par un François Marthouret en grande forme. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 11 mars 2016

Des affaires sans folie aux Célestins

Quand le rideau se lève sur Les Affaires sont les affaires (1903), le décor beau, imposant et presque sobre (dépourvu de toutes les babioles afférentes à un intérieur bourgeois) donne cette fâcheuse impression d’être revenu des décennies en arrière et d’assister à une séquence d’Au théâtre ce soir. La scène inaugurale entre une épouse sage et trop brushée et sa fille ado révoltée, les cheveux en bataille, n’arrange pas le tableau d’une opposition trop caricaturale. Quand l’intrigue progresse, Claudia Stavisky tente d’introduire un peu de contemporanéité avec une télé écran plat. Raté ! L’émission diffusée est commentée par un homme se revendiquant d’antan, Stéphane Bern. L’animateur nous parle d’un château occupé par monsieur Lechat, parvenu qui s’est construit une fortune en escroquant à tout-va, s’est acheté un journal et s'essaye désormais à la politique, en mentant sur ses convictions. Toute ressemblance avec Bernard Tapie et Silvio Berlusconi est bienvenue. Mais la metteur en scène a la délicatesse de ne pas les singer. À chacun sa cassette Et voilà que son travail trouve alors sa vitesse de croisière. Grâce notamment à son

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Une saison théâtrale sous le signe du politique

SCENES | Souvent taxé d’art vieillissant, le théâtre ne cesse pourtant, à l’instar des sociologues ou historiens, d’ausculter le monde contemporain. Cette saison, plusieurs auteurs décryptant la trivialité des rapports sociaux seront portés au plateau. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Une saison théâtrale sous le signe du politique

Christine Angot le déclarait fin août au Monde : «il n’y a pas de vérité hors de la littérature». Théâtre inclus. Le festival international Sens Interdits, en prise directe avec les maux du Rwanda, des réfugiés ou de la Russie, en sera une déflagrante preuve en octobre. Plus près de nous, avec la vivacité d’un jeune homme, Michel Vinaver (88 ans) a repris la plume pour signer Bettencourt boulevard ou une histoire de France, une pièce en trente épisodes mettant au jour les rouages de la fameuse affaire. Ne surtout pas chercher dans ce texte monté par Christian Schiaretti au TNP (du 19 novembre au 19 décembre) des règlements de comptes entre un chef d’État, une milliardaire et un photographe-abuseur, des comptes-rendus judicaires ou de grands discours. Vinaver fait de ses célèbres protagonistes les personnages d’une tragédie grecque contemporaine, remontant à leurs origines et évoquant leur rapport à la judéité, montrant ainsi, loin des polémiques, comment une vieille dame absolument sénile se laisse courtiser par un bellâtre peu scrupuleux. Ce simple jeu d’influence

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Liberté chérie

SCENES | Pour sa dernière création, "En roue libre", Claudia Stavisky a réuni un casting assez exceptionnel dont émerge Julie-Anne Roth, qui tient de bout en bout son rôle de femme insoumise, assumant ses désirs même en pleine maternité. Rencontre avec une comédienne viscéralement – mais pas exclusivement - liée au théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Liberté chérie

C’est en 1993 qu’elle apparait au cinéma. Julie-Anne Roth est castée par Cédric Klapisch dans le film générationnel qu’est Le Péril jeune, après un petit rôle dans La Reine Margot, où elle est l’amie féministe de la bande. Elle n’a que 19 ans et vient à peine de découvrir le théâtre. Alors en fac de lettre, elle veut devenir chef opérateur et préparer la FEMIS, «mais pour filmer les gens, il me fallait comprendre ce que c’est que de jouer». Elle suit donc les cours du soir de Pierre Debauche qui l’encourage à fréquenter son école à plein temps. Après trois années en compagnie à Agen, elle veut «apprendre encore et rencontrer des personnes de mon âge, créer des amitiés car c’est important dans ce métier qu’il est difficile de faire seul». Ce sera donc le Conservatoire national à Paris dont elle sort diplômée en 1999, déjà remarquée par les professionnels et nommée aux Molière en 1997 pour son rôle dans Sylvia (mise en scène par A. R. Gurney). Stuart Seide l’emmène (ou la ramène) à Shakespeare. De l’auteur britannique, elle dit «vouloir jouer tous les rôles féminins» ! «Quand j’ai lu Shakespeare, j’ai eu l’impressio

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Deuxième départ

SCENES | Après un premier tiers de saison assez calme, l’activité théâtrale s’intensifie nettement cette rentrée. Entre stars de la scène locale et internationale, créations maison et découvertes à foison, revue de détails. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 6 janvier 2015

Deuxième départ

Une Biennale de la danse enchaînée avec les vacances de la Toussaint auront bien grévé la dynamique théâtrale de ce début de saison, sauf à la Croix-Rousse qui a, en apnée, aligné Laurent Brethome, Emmanuel Meirieu, David Bobée et Pierre Guillois. Le rythme n'y faiblira pas en 2015 avec notamment les très attendus Elle brûle (mars) du duo féminin Mariette Navarro / Caroline Guiela Nguyen et Discours à la nation (avril), manifeste d'Ascanio Celestini dont s’est emparé David Murgia du Raoul Collectif. Claudia Stavisky se confrontera elle à nouveau à un texte britannique après le très réussi Blackbird, en montant pour la première fois en France En roue libre (j

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Diète à la maison

SCENES | Qu’ont cuisiné les directeurs des grandes salles pour cette saison ? En marge des spectacles qu’ils accueillent, ils mitonnent d'ordinaire leurs plats en arrière-salle mais cette saison, hormis à la Croix-Rousse, c’est régime. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 septembre 2014

Diète à la maison

C’est ce qui s’appelle un été pourri : non seulement Météo France a enregistré, sur la période juillet-août, le plus fort cumul de précipitations dans l’Hexagone depuis 1959, mais comme si cela ne suffisait pas, Christian Schiaretti, directeur du TNP, a dû en plus affronter des vents contraires. Pour son retour au festival d’Avignon après des années de disette sous l’ère Archambault-Baudrillier, son didactique quoique passionnant Mai, juin, juillet s’est en effet pris une volée de bois vert de la part de la presse nationale, en même temps que le poste d’administrateur général de la Comédie Française lui échappait. Son dossier ayant mystérieusement disparu entre la rue de Valois et le palais de l’Elysée, il n’a jamais été remis au chef de l’Etat qui a choisi Éric Ruf, aux dépens également du candidat dépêché en dernière minute (Stéphane Braunschweig ) par l’ex-ministre de la culture Aurélie Filippetti. Les camouflets sont une denrée bien partagée. Toujours est-il qu’au TNP, dont il reste directeur au moins jusqu’en 2016, il n’avait de toute façon pas prévu de création en 2014-2015, notamment à cause de la diminution de son budget, amputé de 250 000€ (sur un total

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How I met Howard Barker

SCENES | Méconnu en France, Howard Barker est pourtant l’un des auteurs contemporains les plus prolifiques et radicaux d’aujourd’hui. Séduite par son travail, la comédienne Aurélie Pitrat, de l’association nÖjd, l’a délogé de son théâtre londonien le temps qu'il mette en scène un texte inédit, "Innocence". Récit de cette rencontre entre deux conceptions de la culture diamétralement différentes. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 17 janvier 2014

How I met Howard Barker

Soixante sept ans au compteur, une trentaine de pièces et mises en scène à son actif, un lieu de création dédié à son œuvre : Howard Barker n’est pas un débutant. Il est pourtant peu joué en France, comme nombre de ses compatriotes contemporains. Le Théâtre de l’Odéon à Paris lui a bien consacré quelques semaines en 2009, une jeune compagnie lyonnaise, ETC, a certes monté son Cas Blanche-Neige il y a peu, oui des universitaires lui ont consacré de savants ouvrages et articles, mais cela fait peu. Reste son écriture (la plupart de ses textes ont tout de même été traduits en français), traversée par quelque chose de l’ordre de la déflagration, une sorte d’irrévérence qui n’aurait jamais été pensée comme telle, un «théâtre de la catastrophe» comme il l’a lui-même nommé dans son manifeste Arguments for a Theater, paru en 1989, et que Michel Morel, professeur à Nancy 2, ramène au sens étymologique de bouleversement, de «restauration d’une pureté paradoxale au sein même de la crise». Car Howard Barker, historien de formation, s’appuie sur des événements réels ou littéraires pour en tirer des spéculations qui nourrissent ses pièces, comme lor

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Jeunes confidences

SCENES | Et si on misait sur la relève en ce début d’année ? Les grands noms du théâtre auront beau être à Lyon tout au long des six mois à venir, c’est en effet du côté des jeunes que nos yeux se tourneront prioritairement. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 3 janvier 2014

Jeunes confidences

Enfin ! Enfin le théâtre des Ateliers est sorti de son état végétatif. Et la relève est tout un symbole, puisque c'est Joris Mathieu, adepte de la vidéo, qui en a été nommé directeur à la place du fondateur Gilles Chavassieux (lequel ne créera plus dans ce lieu). Autre désignation importante, celle de Sandrine Mini au Toboggan à Décines. D’autres directeurs tireront eux leur révérence : Roland Auzet à la Renaissance, par envie de reprendre son travail de compagnie, et Patrick Penot aux Célestins, pour cause de retraite. C’est d'ailleurs dans ce théâtre qu’il sera possible de découvrir le travail de Mathieu avec Cosmos de Witold Gombrowicz (février). D'une manière générale la jeune génération (disons les moins de quarante ans) fera l'actu de la rentrée avec Mon traître d’Emmanuel Meirieu (voir page 16) au Radiant, Dommage qu’elle soit une putain de John Ford par Marielle Hubert au Radiant encore (plus tard en janvier), qui s’annonce d’une curieuse violence mêlée de douceur, mais aussi l’exceptionnelle venue d’Howard Barker à Lyon, convaincu par la comédienne Aurélie Pitrat du collectif nÖjd de m

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Bien léché

SCENES | 4, 3, 2, 1, top ! Maggie entre en scène et se lance dans un monologue assourdissant. Elle dit tout : sa douleur de ne plus être aimée par son mari adoré, son (...)

Nadja Pobel | Vendredi 27 septembre 2013

Bien léché

4, 3, 2, 1, top ! Maggie entre en scène et se lance dans un monologue assourdissant. Elle dit tout : sa douleur de ne plus être aimée par son mari adoré, son inquiétude que les beaux jours soient autant de lointains souvenirs, et en même temps son immense optimisme, presque maniaque, que tout revienne à la normale. Sans faux-semblant, la divine Laure Marsac se jette sur ce texte éblouissant de Tennessee Williams comme son personnage s’accroche vaille que vaille à son homme, Brick (Philippe Awat, plus proche de Bruce Willis dans Piège de cristal que de Paul Newman dans le film de Richard Brooks). Pour ce huis-clos étouffant, créé et joué 44 fois en plein air à Grignan cet été, Claudia Stavisky signe une mise en scène appliquée, sans grande surprise et de facture classique, mais portée par des acteurs investis, notamment Alain Pralon, qui sait donner les nuances nécessaires à l’expression de la complexe personnalité du beau-père de Maggie. Du lit au bar, du bar au lit en passant par un canapé et un mini dressing, les personnages ont beau s’agiter, aller et venir, c’est b

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Livraison à domicile

SCENES | Les prochaines créations des directeurs-artistes des grandes maisons. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Vendredi 6 septembre 2013

Livraison à domicile

TNP Christian Schiaretti monte Le Roi Lear de Shakespeare (du 10 janvier au 15 février) à la demande de (et avec) l’acteur rocailleux et monumental Serge Merlin. Le comédien avait déjà interprété ce rôle sous la direction de Matthias Langhoff avec une grosse machinerie dont il souhaite se débarrasser ici. Ca tombe bien, Schiaretti n’a pas son pareil pour mettre en avant le texte, ici traduit par Yves Bonnefoy. Célestins Déjà joué 44 fois cet été dans la cour du château de Madame de Sévigné à Grignan, Chatte sur un toit brûlant, mis en scène par Claudia Stavisky, ouvrira durant un mois (du 19 septembre au 20 octobre) la saison des Célestins. Théâtre de la Croix-Rousse Bells are ringing, c’est la création dont Jean Lacornerie rêve depuis longtemps. Triomphe à Broadway dès sa création en 1956 avant d’être porté à l’écran par Vincente Minelli, ce spectacle n’a jamais encore été joué en France. Ce

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Heureux qui comme nÖjd…

SCENES | … a fait un beau voyage théâtral dans l’agglomération lyonnaise. Cette association de comédiens qui a emprunté son nom à un personnage mineur de Père de Strinberg (...)

Nadja Pobel | Mercredi 4 septembre 2013

Heureux qui comme nÖjd…

… a fait un beau voyage théâtral dans l’agglomération lyonnaise. Cette association de comédiens qui a emprunté son nom à un personnage mineur de Père de Strinberg (lequel signifie "content, satisfait", en bon suédois), va créer l’événement en janvier prochain dans la petite salle des Célestins avec Innocence, pièce inédite du grand Howard Barker qu’il mettra lui-même en scène ! Mais avant d’en arriver là, les trentenaires Pierre-Jean Etienne, Mélanie Bestel, Guillaume Baillard et Aurélie Pitrat, réunis par leur compagnonnage au Nouveau Théâtre du 8e entre 2000 et 2003, ont fait leurs armes au Théâtre de l’Elysée avec deux pièces, La Musica Deuxième (incisive lecture de ce texte âpre de Duras) et Les Chevaliers, toutes deux répétées à Ramdam à Sainte-Foy-lès-Lyon. Leurs spectacles ont ensuite été repris, notamment,  au Théâtre de Vénissieux grâce au soutien de l’ancienne directrice Gisèle Godard, au Théâtre Jean Vilar de Bourgoin-Jallieu ou à celui de Villefranche, avant une résidence d’écriture au Centre Théo Argence de Saint-Priest. Beau parcours, bien q

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Nocturne américain

SCENES | Dans le cadre du somptueux château de Madame de Sévigné, à Grignan, les personnages de Chatte sur un toit brûlant, de Tennessee Williams, prendront la parole durant tout l’été. Un véritable marathon théâtral, mené par la metteur en scène Claudia Stavisky, également directrice des Célestins, à Lyon. Nadja Pobel

Benjamin Mialot | Mardi 18 juin 2013

Nocturne américain

«Quand on a vu le film, on n’a pas vu la pièce» nous affirmait Claudia Stavisky au moment du dévoilement de la création de Chatte sur un toit brûlant en mars dernier. Et pour cause : Tennessee Williams lui-même détestait cette adaptation, pourtant portée avec un charisme foudroyant par le duo Elizabeth Taylor / Paul Newman. Point de stars US cet été, mais la grande Laure Marsac, Pirate césarisée de Jacques Doillon en 1985 (à 14 ans !) qui arpente depuis les plateaux de théâtre et de tournage, dans le rôle de Maggie, et Philippe Awat, un autre habitué des planches, dans le rôle de Brick. Et c’est dans la nuit drômoise, en lieu et place du Mississippi, que le couple va se distendre, alors que la famille Politt célèbre le soixante-cinquième anniversaire de son patriarche. Lui noie dans l’alcool la perte de son meilleur ami tandis que son frère aîné spécule pour récupérer le domaine de plantation de coton du père ; elle tente en vain de sauver son couple, comme une lionne. Ou comme une chatte qui resterait sur son toit brûlant jusqu’à ce que l'air redevienne respirable et la vie possible.

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Festin aux Célestins

SCENES | Alors que s’achève tout juste, sur le plateau des Célestins, une version tonitruante de "Cyrano" (avec un Torreton sidérant), le théâtre de la Ville de Lyon annonce une future saison résolument européenne et contemporaine. Laquelle sera lancée par la mise en scène de "Chatte sur un toit brûlant" par Claudia Stavisky et l’indispensable festival international Sens interdits. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mercredi 5 juin 2013

Festin aux Célestins

Bien sûr, nous sommes aux Célestins, un des théâtres d’excellence de la région, où ce sont les mots qui sont portés aux nues au fil des très nombreux levers de rideaux (270 lors de la saison qui vient de s’écouler). Ce sont toutefois des chiffres qui nous permettront d’y voir plus clair dans sa saison 2013/2014 : un tiers de spectacles mis en scène par des femmes, dont la moitié écrits par la gente féminine, cinq grands maîtres du plateaux (Bondy, Ostermeier, Lupa, Goebbels, et Vogel), neuf pièces internationales, un tiers de la programmation composée de compagnie de la région Rhône-Alpes (Nöjd, Haut et Court…). Des locaux et des stars Du côté des mots, les premiers à résonner seront ceux de Tennessee Williams avec Chatte sur un toit brûlant, créé cet été au Château de Madame de Sévigné à Grignan (44 représentations !) et repris dès le 19 septembre. Autre résident (temporaire), le circassien Mathurin Bolze qui présentera en novembre Ali + Nous sommes pareils à des crapauds qui dans l’austère nuit… (attention, titre à rallong

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«La Lucidité n’est pas sombre»

SCENES | Rencontre avec Claudia Stavisky pour sa quinzième création sur le plateau des Célestins depuis qu’elle en a pris la co-direction en 2000. Au lendemain de la première, elle revient sur son prégnant désir de monter ce chef d’œuvre de Miller. Propos recueillis par Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 9 octobre 2012

«La Lucidité n’est pas sombre»

Est-ce que vous montez ce texte aujourd’hui précisément parce que nous sommes en temps de crise ?Claudia Stavisky : Un choix n’est jamais indépendant du contexte actuel. Le théâtre est là pour être le miroir de nos vies, de nos sociétés. Mais cette pièce-là je l’ai choisie car c’est d’abord un monument de la littérature contemporaine, c’est aussi grand que du Shakespeare, du Tchekhov et aussi parce que l’histoire de cette famille nous parle de façon très contemporaine non pas de la crise - car ce n’est pas une pièce conjoncturelle - mais du devenir des êtres quand leurs rêves sont brisés. Je n’ai pas eu de déclic par rapport à l’actualité. J’y ai pensé il y a cinq ans à la monter. C’est une pièce qui a toujours été dans ma tête. C’est le théâtre de mon enfance en quelque sorte. Quand j’étais petite à Buenos Aires, c’était ce genre de pièce-là qui me donnait envie de faire du théâtre. Elle a toujours été avec moi. Mais pourquoi maintenant ? Probablement parce que l’écho est assourdissant avec notre réalité quotidienne et aussi parce que je me suis sentie probablement mûre pour l’attaquer. Vous l’avez traduite. Avez-vous voul

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Little big man

SCENES | Avec "Mort d’un commis voyageur", Claudia Stavisky semble avoir trouvé la matière pour synthétiser tout ce qu’elle a expérimenté jusqu’ici au théâtre. De facture classique et sans fioriture, sa mise en scène va à l’essentiel : un texte déchirant et des acteurs au centre du jeu. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Dimanche 7 octobre 2012

Little big man

Quand des structures métalliques planes traçant les contours des pièces d’un appartement descendent des cintres, la patte Stavisky est là, tissant un fil évident avec ses précédents spectacles (Une nuit arabe et Le Dragon d’or). Ce qu’elle construisait à la verticale est désormais un aplat grâce à son scénographe Alexandre de Dardel. En évitant le décor de carton-pâte (à l’exception des scènes, trop impersonnelles, se jouant dans un restaurant) et en rendant transparent son plateau, elle laisse ainsi s’installer pleinement des personnages qui peuvent jouer la simultanéité de leur vie présente et leurs errances d’hier. Claudia Stavisky avait déjà travaillé avec un plateau vide (Lorenzaccio) ou avec le synchronisme (le diptyque de Schimmelpfennig) ; elle avait aussi déjà brisé dans La Femme d’avant en 2006 le rapport scène-salle de m

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From Russia with Love

SCENES | Claudia Stavisky met en scène «Lorenzaccio» de Musset avec la troupe permanente du Maly Drama Théâtre. Le résultat d'une longue aventure russe, à découvrir aux Célestins jusqu'au samedi 17 mars. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Jeudi 15 mars 2012

From Russia with Love

Comment s'est mise en place la collaboration avec le Maly Drama Théâtre ?Claudia Stavisky : Le Maly Drama Théâtre de Saint-Pétersbourg est venu à plusieurs reprises aux Célestins. La dernière fois, c'était en 2008, avec Vie et destins, un spectacle qui avait très fortement marqué le public lyonnais. Avec Lev Dodine (qui dirige le Maly Drama Théâtre depuis 1993, NdlR), une relation très forte s'est nouée, entre nos deux personnes, mais également entre nos deux maisons, alors même que nous avions des cultures, des modes de fonctionnement et de production très différents. Nous avons donc décidé d'aller au-delà d'un simple accueil de spectacles. Le Maly Drama Théâtre a décidé de m'inviter à Saint-Pétersboug pour mettre en scène Lorenzaccio, ce qui est absolument magique et rarissime. En effet, le Maly Drama Théâtre fonctionne en troupe ; il dispose d'un répertoire de 20 ou 25 spectacles qui se jouent tous les soirs en alternance, et ces spectacles sont mis en scène par Lev Dodine. Inviter un metteur en scène étranger, c'est une première pour cette troupe. Comment avez-vous été accueillie par la troupe ?

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Le Cas Blanche-Neige

SCENES | Oubliez la poupée aux cheveux noir ébène et ses sept nains collés aux basques. Dans la version du dramaturge anglais Howard Barker, il ne reste que la (...)

Nadja Pobel | Vendredi 14 octobre 2011

Le Cas Blanche-Neige

Oubliez la poupée aux cheveux noir ébène et ses sept nains collés aux basques. Dans la version du dramaturge anglais Howard Barker, il ne reste que la méchante reine égarée dans le bois, une espèce de Lady Chatterley a qui on aurait oté la naïveté mais qui rencontrerait le même bucheron au fond d’une cabane. Barker, contemporain de Bond et Pinter, n’aime rien tant que le théâtre de la catastrophe tel qu’il décrit lui-même son œuvre. Tout grince chez lui. Et si la metteur en scène Meissoune Majri-Pegeot n’a pas la place de créer sur le plateau de l’Instant T (jusqu’au 22 octobre) un grand chambardement, elle parvient, en images successives liées par des fondus au noir "à la Pommerat", à installer une atmosphère inquiétante et savamment maitrisée. NP

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Esprit d’escaliers

SCENES | Il y a manifestement dans les écrits de Roland Schimmelpfennig une complexité dont Claudia Stavisky se délecte. Et il faut reconnaitre à la directrice des (...)

Nadja Pobel | Vendredi 23 septembre 2011

Esprit d’escaliers

Il y a manifestement dans les écrits de Roland Schimmelpfennig une complexité dont Claudia Stavisky se délecte. Et il faut reconnaitre à la directrice des Célestins de se risquer à proposer dans «son» théâtre nappé de velours des dramaturgies contemporaines déroutantes. Au printemps dernier, elle montait Le Dragon d’or, chronique pour quinze personnages jouée par cinq acteurs qui, à trop brouiller les pistes, perdait le spectateur en route. Elle a choisi d’associer à ce texte Une nuit arabe, pièce plus abordable que la précédente et une des plus jouées de l’auteur allemand. De l’une à l’autre de ses mises en scène, Claudia Stavisky a gardé presque la même troupe et un dispositif scénique strictement similaire, tout en hauteur et en escaliers, qu’elle maîtrise bien mieux que dans Le Dragon d’or et qu’elle exploite plus judicieusement. Reste ce texte, une sorte de manuel de l’anti-théâtre où chaque action est énoncée au préalable par le monologue intérieur d’un personnage brisant ainsi net toute fluidité de la narration. Mais comme la fuite d’eau qui mène les personnages de cet immeuble à se rencontrer, peu à peu s’infiltrent dans le récit des fantasmagories e

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