Le vol libre de Wajdi Mouawad

Théâtre | "Tous des oiseaux", le si bien huilé nouveau spectacle de Wajdi Mouawad, joue la carte de la séduction en manquant parfois de rigueur.

Nadja Pobel | Mardi 6 mars 2018

Photo : © Simon Gosselin


Il est difficile de ne pas aimer Tous des oiseaux qui signe le retour de Wajdi Mouawad au premier plan. Adulé par tout Paris pour cette création livrée à l'automne, le nouveau directeur du Théâtre de la Colline a le sens du récit. C'est indéniable. Un jeune juif annonce à ses parents que son amoureuse est une Américaine nommée Wahida. Pour ces derniers, elle n'est qu'une Arabe. Pourtant, en partant en Israël démêler les fils de son parcours bien moins monolithique qu'il n'en a l'air, Eitan se prend l'Histoire en pleine face, blessé dans un attentat.

Pour faire ces voyages entre Allemagne, États-Unis et État hébreu, l'auteur et metteur en scène a la modestie de jouer avec une scénographie simple et diablement efficace (des panneaux gris modulables) et l'excellente idée de faire entendre les langues des pays de ses personnages en fonction du lieu et du contexte où ils se trouvent. De toute évidence, le spectacle perdrait beaucoup de l'émotion qu'il véhicule à être francisé et les comédiens polyglottes défendent parfaitement ce particularisme qui est autant le leur que celui de leurs rôles.

Pourtant le bât blesse. Parce que Mouawad ne parvient pas à tailler dans sa logorrhée (interminable, lacrymale et statique seconde partie) et à éviter les lapalissades (« ce n'est pas parce qu'on se sépare qu'on se sépare »). Parce qu'à trop vouloir s'adresser à un public de non-théâtre et en livrant une série, il manque parfois de rigueur durant ces quatre heures tant ficelées, qu'apparaissent un peu trop les ficelles.

Tous des oiseaux
Au TNP jusqu'au 10 mars


Tous des oiseaux

Texte et ms Wajdi Mouawad. Pièce en hébreu, arabe, anglais, allemand, surtitrée en fançais, 4h
Théâtre National Populaire 8 place Lazare-Goujon Villeurbanne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

Rentrée Théâtre | Étrange rentrée que celle-ci dans le domaine du théâtre. Les spectacles sont multiples, mais rien ne semble immanquable a priori, et des directeurs ou directrices quittent la Ville abruptement... Débroussaillage.

Nadja Pobel | Mardi 8 janvier 2019

Désertions et convoitises à la tête des théâtres

« Cette ville est formidable, je l'adore, mais elle n'est pas dynamisante » déclarait Cathy Bouvard à nos confrères de Lyon Capitale en novembre dernier. La directrice des Subsistances quitte précipitamment mais pas tout à fait par hasard ce navire-phare qu'elle a dirigé avec rigueur et curiosité durant quinze ans et rejoint les Ateliers-Médicis à Clichy-sous-Bois. Lyon n'a pas su garder non plus Marc Lesage, qui, à la co-direction des Célestins a fait de ce théâtre le plus audacieux des mastodontes locaux. Il a désormais les rênes du théâtre (privé) de l'Atelier à Paris. Pierre-Yves Lenoir, co-créateur du Rond-Point avec Jean-Michel Ribes administrateur de l’Odéon aux côtés d’Olivier Py, Luc Bondy et Stéphane Braunschweig le remplace. Il arrive tout droit de la toute nouvelle La Scala (ouverte en septembre dernier) où il était directeur exécutif. . Plus problémat

Continuer à lire

Lectures de saison

TNP | Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et (...)

Nadja Pobel | Mardi 20 septembre 2016

Lectures de saison

Voilà une autre façon de faire une présentation de saison. Les comédiens de la troupe du TNP lisent ce vendredi 23 septembre à la Maison de l'Image du livre et du son à 19h de nombreux textes qui seront à l'affiche du théâtre villeurbannais cette année, à commencer par celui dans lequel ils joueront : La très excellente et lamentable histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare mise en scène par l'une d'entre eux, Juliette Rizoud, extraordinaire dans le rôle de la Jeanne de Delteil il y a quelques temps. Tous les autres écrits, très éclectiques, seront montés et interprétés par des personnes extérieures : La Boîte de Jean-Pierre Siméon, Bella Figura de Yasmina Reza, Gonzoo – Pornodrame de Riad Gahmi, Meurtres de la princesse juive d’Armando Llamas, Le Temps et la chambre

Continuer à lire

Un "Enlèvement au Sérail" peu enlevé

Opéra de Lyon | Mozart en été, ça semblait bon. L’Enlèvement au Sérail, longtemps resté dans l’ombre de La Flûte enchantée et de Don Giovanni, est à l’affiche de l’Opéra de Lyon dans une mise en scène de Wajdi Mouawad.

Pascale Clavel | Mardi 28 juin 2016

Un

L’Enlèvement, c’est une bouffée d’air pur, l’emblème du renouveau d’un genre, le point de bascule dans la carrière de Mozart. L’ouvrage mêle à la perfection opéra buffa et opéra seria. Sur fond de divertissement, nous sommes au cœur des grandes préoccupations contemporaines : la peur de l’autre, le droit des femmes, l’acceptation des religions… Depuis que Serge Dorny a pris les commandes de l’Opéra de Lyon, il a très intelligemment imposé que des metteurs en scène venus d’autres horizons se collent à l’univers lyrique : on se souvient du merveilleux Dialogue des Carmélites mis en scène par Christophe Honoré. Pour cet enlèvement,

Continuer à lire

Les élans du cœur

SCENES | Toujours faire fi des a priori. Même si l’écriture de Wajdi Mouawad s'avère souvent ampoulée, même si la forme du monologue effraie toujours un peu, il faut (...)

Nadja Pobel | Mardi 25 novembre 2014

Les élans du cœur

Toujours faire fi des a priori. Même si l’écriture de Wajdi Mouawad s'avère souvent ampoulée, même si la forme du monologue effraie toujours un peu, il faut aller voir cet Obus dans le cœur. Précisément parce qu'il ne se résume pas à cela. Wahad, 19 ans, doit rejoindre urgemment le service de soins palliatifs où va s’éteindre sa mère. Dans la froideur de l’hiver, on le voit monter dans un bus, s’engueuler avec le conducteur puis maudire la salle d’attente de l’hôpital, avant de s’assoir sur le bord du lit de celle qui l’a mis au monde (et avec laquelle il n’a d’ailleurs pas que des souvenirs heureux). Pourtant, le plateau est nu, n'était la présence d'un mur mobile, d'une chaise et de deux-trois morceaux de bois posés au sol pour délimiter un espace. Le mérite de cette force d'évocation revient essentiellement à Loïc Puissant (cie Autochtone), excellent comédien issu de l’ENSATT qui, de surcroît, s’est lui-même mis en scène. Maîtrisant parfaitement les changements de rythme et de tonalité, il parvient même à incarner un gamin, exercice trop souvent irritant, à l'aide d'un simple élément de décor vaguement réaliste (des vêtements séchant sur un f

Continuer à lire

Sophocle on the rocks

SCENES | Théâtre / Wajdi Mouawad adapte Sophocle dans sa trilogie "Des terres" sans grands risques artistiques, hormis celui d’avoir confié à Bertrand Cantat la mise en musique rock des chœurs. Une idée discutable. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 13 novembre 2011

Sophocle on the rocks

Dramaturge boulimique remettant dans ses propres textes la tragédie au goût du jour, Wajdi Mouawad s’est lancé dans un projet ambitieux d’adaptation des sept pièces de son idole, Sophocle. Une première "fournée" est présentée aux Célestins qu’il est possible de voir d’affilée (6h30 au total) ou non : Les Trachiniennes, Antigone et Electre. Soit successivement les démêlés de trois femmes aux prises avec l’amour et la mort, le désir et la justice, la vengeance et le chaos. L’une des innovations les plus marquantes de Mouawad, et qui a fait couler beaucoup d’encre, est d’avoir confié la mise en musique et en chants du chœur à Bertrand Cantat (qu’il interprète avec trois autres musiciens sur scène, mais la distribution change cette semaine). Cette idée d’un coryphée rock est sympathique, donne leur rythme aux pièces, et l’on assiste à des passages assez saisissants, comme celui où Antigone "pète les plombs", danse et rugit sur un morceau très rock et noir-désien. Il y a d’autres séquences fortes, d’autres beaucoup plus discutables musicalement et certaines totalement ridicules, dans Les Trachniennes par exemple où Cantat chante a capella du Sophocle comme

Continuer à lire

Et revoilà Wajdi !

SCENES | Théâtre / Il a été la star du dernier festival d’Avignon. Il revient à Lyon ce mois-ci, avec un programme chargé : la reprise d’’Incendies’ (l’un de ses plus gros succès), la présentation de sa trilogie inégale ‘Le Sang des promesses’ (dix heures de spectacle tout de même) et surtout le dévoilement de sa dernière création ‘Ciels’ (dans l’ensemble assez réussie). Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Mardi 3 novembre 2009

Et revoilà Wajdi !

Depuis maintenant une dizaine d’années, critiques et public adressent des louanges ininterrompues à Wajdi Mouawad, ayant trouvé en lui l’homme de théâtre capable ni plus ni moins de redonner un sens à la notion de récit. Si on n’a pas toujours partagé cet enthousiasme délirant – à la limite de la vénération –, force est de reconnaître que Mouawad est un artiste passionnant – aussi irritant que subjuguant –, et surtout généreux. À une époque où le théâtre se pose de nombreuses questions sur son rapport au monde et où des metteurs en scène semblent chercher dans l’extrême certaines réponses en secouant le public au maximum par divers moyens (voir les polémiques qui ont secoué les précédentes éditions d’Avignon), le travail de Mouawad a quelque chose de rassurant : oui, il s’adresse ouvertement au public, en choisissant les mots appropriés, en faisant appel à ses émotions, sans trop le brusquer. À ce titre, redécouvrir ‘Incendies’(rejouée en ce moment aux Célestins) permet de saisir le talent indéniable du bonhomme. Exil, famille, héritage, mort… : avec un sens aigu de la narration, il brasse ici les thèmes qui émaille l’ensemble de son travail, lui, le Libanais contraint à l’exil dan

Continuer à lire

Wajdi non !

SCENES | Il nous a assommés avec Forêts, il y a deux ans. Posé ses valises à la Croix-Rousse et aux Célestins la saison passée. A été l’artiste associé du festival d’Avignon (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 4 septembre 2009

Wajdi non !

Il nous a assommés avec Forêts, il y a deux ans. Posé ses valises à la Croix-Rousse et aux Célestins la saison passée. A été l’artiste associé du festival d’Avignon 2009. Vous en voulez encore ? Cette année, c’est d’abord avec "Incendies" aux Célestins, "Ciels" à l’Ensatt puis avec "Littoral", "Incendies" et "Forêts", les trois premières parties du "Sang des promesses" (présentées aux Célestins les 14 et 15 novembre) que Wajdi Mouawad revient. Une chose est d’ores et déjà promise : 9h30 de Mouawad, c’est long.

Continuer à lire

Mouawad se la joue sobre

SCENES | THÉÂTRE / Le destin de trois figures légendaires raconté par l’auteur franco-libanais Wajdi Mouawad, ça donne Le Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Une bonne surprise à découvrir cette semaine à l’Hexagone. Aurélien Martinez

Dorotée Aznar | Jeudi 9 octobre 2008

Mouawad se la joue sobre

Wajdi Mouawad est un auteur bankable : son nom sur une affiche est gage d’un succès tant critique que public. L’homme est ainsi adulé - limité vénéré - par une partie du milieu théâtral voyant dans sa prose et son approche du monde contemporain si ce n’est une révolution, du moins une nouvelle dimension. Quitte à être catalogués de ringards par le premier fan de Mouawad qui passerait par là, nous n’avons pas toujours partagé cet enthousiasme délirant (fanatique ?), notamment sur certaines de ses pièces foisonnantes et indigestes. Quelle ne fut donc pas notre surprise à la découverte du Soleil ni la mort ne peuvent se regarder en face. Certes, Wajdi Mouawad n’est intervenu que sur le texte, laissant la mise en scène dans les mains de Dominique Pitoiset, directeur du Théâtre national de Bordeaux. Mais tout de même… Puzzle mythologiqueConflits, héritage, transgressions, exil : la mythologie fascine Mouawad. Sa pièce traite donc de ce thème, à travers le destin de trois figures légendaires de la lignée de Thèbes : Cadmos, Laïos et Œdipe. Le premier est contraint de fuir sa Phénicie natale – aujourd’hui le Liban, lieu de naissance de l’artiste – pour partir à la recherche de

Continuer à lire

Le mystère de Forêts

SCENES | Théâtre / Une presse nationale unanime, un metteur en scène qui présente son projet avec la modestie du président de la SNCF annonçant son bilan pour l'année (...)

Dorotée Aznar | Lundi 7 avril 2008

Le mystère de Forêts

Théâtre / Une presse nationale unanime, un metteur en scène qui présente son projet avec la modestie du président de la SNCF annonçant son bilan pour l'année 2007, on s'attendait à ce que Forêts soit l'un des grands spectacles de la saison. Notre incompréhension est à la hauteur des attentes suscitées. Wajdi Mouawad se lance, nous dit-on, dans «une grande aventure épique qui traverse sept générations d'une même famille, du Canada jusqu'aux sources européennes, depuis la guerre de 1870 à la chute du mur de Berlin en passant par les guerres et les camps de concentration». Évoquer la grande histoire à travers les petites, certes on nous l'a déjà fait, mais là n'est pas vraiment la question. Outre le caractère éminemment scolaire de la pièce de Wajdi Mouawad qui avance avec de très gros sabots (un petit coup d'inconscient par ci, une bête immonde par là), l'interprétation discutable (la plus jeune des cinq femmes est une adolescente, donc une rebelle, qui passe logiquement son temps à hurler en arpentant la scène de long en large), il y a l'objet même de l'enquête, crédible et passionnante comme un épisode d'X Files. Un paléontologue (ne nous demandez pas pourquoi un paléontologue...)

Continuer à lire