Des Nuits magiques

Nuits de Fourvière | Pour la première fois, la magie (nouvelle) fait son entrée aux Nuits de Fourvière qui accueillent Yann Frisch. Au menu de ce festival, la création mondiale de l'excellent cirque Aïtal et des maîtres de la mise en scène au service d'étudiants de grandes écoles.

Nadja Pobel | Mardi 19 juin 2018

Photo : © DR


Le cirque avait eu l'honneur d'ouvrir les Nuits de Fourvière 2016 qui pour la première fois de leur histoire abandonnait le théâtre au profit des canadiens des 7 Doigts de la main en lever de rideau. Un signe fort en direction de cet art qui depuis une trentaine d'années ne cesse de se réinventer. Et comme l'équipe des Nuits a, dans son ADN, la fidélité aux troupes accueillies, elle patientait pour faire revenir le Cirque Aïtal.

En 2013, avec le duo Pour le meilleur et pour le pire, les deux circassiens de la compagnie avait ébloui le festival de leur technicité alliée à leur talent de récitateurs. Avec des lancés ariens, des portés, ils racontaient l'histoire d'un couple traversé par toutes les émotions. Littéralement bouleversant. Entre temps, Kati Pikkarainen et Victor Cathala ont eu deux enfants et créent aux Nuits, sous un chapiteau dans le parc de Lacroix-Laval, une fable pour neuf interprètes, quatre musiciens et cinq chevaux.

Saison de cirque est pour eux une façon de mélanger tous les cirques avec des artistes qui ont 25 ans d'expérience pour certains, de remettre l'animal au cœur de la piste pour raconter la temporalité de leur étrange métier qui les poussent neuf mois par an sur les routes quel que soit le temps - la saison climatique a aussi son importance.

« On a voulu travailler sur ce qui nous nourrit, ce qui nous manque » confie Victor ; pour Kati, ce spectacle « est la face cachée de ce qu'on ne voit pas », ce qui se trame en coulisses depuis qu'ils se sont rencontrés au CNAC de Châlons-en-Champagne. En concevant ce nouvel opus comme un « montage cinématographique ou un roman-photo qu'on déplie », Victor souhaite conserver la construction narrative qui avait fait la force de Pour le meilleur... avec une boucle, un début et une fin clairement identifiables.

Ode au cabaret

Stéphane Ricordel n'est pas issu du CNAC (il a fait le Cours Florent puis l'école d'Annie Fratellini) mais les trois comparses avec qui il fonde la mythique compagnie des Arts Sauts en 1993 sont passés par là. Depuis, ce trapéziste ne voltige plus mais invente des spectacles et invite ceux des autres au théâtre Monfort qu'il co-dirige à Paris depuis 2009. Le Terabak de Kiev est une ode au cabaret (comme son nom l'indique en le lisant de droite à gauche).

« Je me suis amusé à demander aux gens autour de moi ce qu'était pour eux un cabaret et il s'avère que personne n'a la même définition. Ce que j'ai fait est donc la généralité de ce que ça peut être, du Lido à la version des années 30 en Allemagne ou aux foires aux monstres des États-Unis » dit-il. Sa distribution est multiculturelle et même parfois politique.

Ainsi il travaille avec les comédiennes-chanteuses punk ukrainiennes des Dakh Daughters qui, lors de la révolution, en 2013-2014, place Maidan, avaient fait un concert mémorable. « Je n'ai pas créé un spectacle pour avoir un propos politique mais je ne fais jamais des spectacles gratuitement et là nous traitons par exemple de la migranie puisqu'elle existe aujourd'hui officiellement ; on n'est plus ni Syrien, ni Afghan... on est migrants. »

En fil rouge et Monsieur Loyal de Terabak, Yann Frisch, magnétique et fascinant magicien qui jouait avec l'empathie du public dans Le Syndrôme de Cassandre. Il revient avec une petite forme jouée dans un camion, Le Paradoxe de Georges. Il s'associe ici au plasticien JR et au compositeur Patrick Watson, à la croisée de tous les arts de la délicatesse.

Enfin, entre autres propositions, celles de deux metteurs en scène majeurs, de générations différentes : le Portugais Tiago Rodrigues et le Français Jean-Pierre Vincent. Chacun collabore avec des étudiants et présente leurs prometteurs travaux hors amphithéâtres gallo-romains. À l'ENS, le premier cité a écrit pour les jeunes de la promotion de la Manufacture de Lausanne au contact du réel et après déambulations dans l'espace public, Ça ne se passe jamais comme prévu ; le second lorgne vers des pièces de Marivaux peu jouées (Le Chemin de fortune et Le Leg) avec la promo sortante de l'ENSATT.

Les Nuits de Fourvière
À Lyon jusqu'au 28 juillet

Saison de cirque
Au parc de Lacroix-Laval ​du 27 juin au 6 juillet

Le Paradoxe de Georges
Sur l'esplanade des amphithéâtres gallo-romains ​du 6 au 11 juillet

Le Terabak de Kiev
Au Théâtre Antique de Fourvière les 12 et 13 juillet

Le Chemin de fortune + Le Leg
À l'ENSATT ​du 25 juin au 6 juillet

Ça ne se passe jamais comme prévu
À l'ENS les 2 et 3 juillet


Yann Frisch

Le paradoxe de Georges, magie nouvelle
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Cirque Aïtal

De Victor Cathala & Kati Pikkarainen
Domaine de Lacroix-Laval Route de Saint-Bel Marcy-L'Étoile
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Terabak de Kyiv + Traversée du funambule

De Stéphane Ricordel et Dakh Daughters + David Dimitri
Théâtres romains de Fourvière 6 rue de l'Antiquaille Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Chemin de fortune & Le Legs

Ms Jean-Pierre Vincent
ENSATT 4 rue Sœur Bouvier Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Ça ne se passe jamais comme prévu

Texte et ms de Tiago Rodrigues
ENS Théâtre Kantor 15 parvis René Descartes Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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