Grégory Doucet réélu à Lyon, mais affaibli dans une Métropole passée à droite

Publié Lundi 23 mars 2026

Municipales 2026 / À Lyon, Grégory Doucet conserve son fauteuil d'une courte tête au terme d'un second tour haletant. Derrière ce succès arithmétique, la soirée dessine une réalité plus instable : une majorité municipale fragilisée, une Métropole basculée à droite et une gauche éclatée jusque dans ses alliances.

Photo : Grégory Doucet lors de sa soirée électorale à la préfecture du Rhône dimanche 22 mars © LS/LePetitBulletin

Avec 50, 67 % des suffrages contre 49, 33 %, le maire Écologiste Grégory Doucet arrache sa réélection face à Jean-Michel Aulas et sa liste Cœur Lyonnais. Un écart de 2 762 voix qui dit à lui seul la crispation du scrutin. Pourtant, quelques heures plus tôt, les projections laissaient entrevoir un scénario plus confortable pour le maire sortant. Une estimation IFOP pour LCI évoquait un 54 % - 46 % en début de soirée, avant que l'écart ne se réduise progressivement jusqu'à frôler l'égalité. La photographie finale est plus fidèle au rapport de force réel, c'est-à-dire une ville coupée en deux blocs presque symétriques.

Le premier tour avait déjà donné le ton d'une élection bien plus indécise que prévu. Grégory Doucet arrivait en tête avec 37, 36 %, talonné par Jean-Michel Aulas à 36, 78 %, soit moins d'un point d'écart. Un résultat qui déjouait les sondages, souvent plus favorables à l'ancien président de l'OL. Derrière, l'Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi s'installait en position d'arbitre avec 10, 41 %, quand Georges Képénékian (3, 53 %) et Nathalie Perrin-Gilbert (3, 64 %) restaient hors course pour le second tour. Le candidat Rassemblement national Alexandre Humbert-Dupalais avait quant à lui rassemblé 7, 07% des voix.

Grégory Doucet lors de sa soirée électorale à la préfecture du Rhône dimanche 22 mars © LS/LePetitBulletin

C'est précisément cette troisième force qui a fait basculer l'élection. L'accord conclu entre Grégory Doucet et Anaïs Belouassa-Cherifi a permis de recomposer un bloc majoritaire, suffisant pour atteindre la victoire. De son côté, Jean-Michel Aulas n'a pas tardé à dénoncer une « alliance de la honte », y voyant un attelage de circonstance plus qu'un projet politique réfléchi. En effet, encore aujourd'hui une ambiguïté demeure. Anaïs Belouassa-Cherifi a elle-même précisé, dès la soirée électorale, que son mouvement « gardera son indépendance » et siègera dans l'opposition. Une alliance électorale sans traduction politique immédiate, qui fragilise d'emblée la lisibilité de la majorité municipale.

Jean-Michel Aulas annonce déposer un recours

Battu de 2 762 voix, Jean-Michel Aulas a annoncé déposer un recours, évoquant « de nombreuses irrégularités ». Une démarche classique dans ce type de configuration, mais qui prolonge un climat de défiance déjà bien installé au cours de la campagne. En parallèle, dans un message publié sur X le lendemain du second tour pour exprimer sa gratitude envers ses électeurs, Jean‑Michel Aulas a indiqué qu'il siégerait dans les rangs de l'opposition à l'Hôtel de Ville, « afin de défendre avec constance et exigence les intérêts de l'ensemble des Lyonnaises et des Lyonnais ».

La lecture du premier tour dans les arrondissements confirme d'ailleurs une dynamique divisée dans la Ville de Lyon. Le 6e arrondissement bascule nettement à droite dès le premier tour avec les 51, 50 % de Samuel Soulier pour Cœur lyonnais, contre les 28, 88 % de l'Union de la gauche. Dans le 5e, Thomas Rudigoz s'impose dès le premier tour avec 50, 38 %, loin devant l'Écologiste Nadine Georgel à 30, 31 %.

Au second tour, les rapports de force ont été beaucoup plus serrés : dans le 3e arrondissement, l'Écologiste Marion Sessiecq est réélue (52, 48 %) contre 47, 52 % pour Cœur lyonnais. Même scénario dans le 7e où Fanny Dubot recueille 62, 76 %, devant la liste Cœur lyonnais d'Émilie Desrieux ; dans le 9e, l'écart se réduit à 51, 32 % pour Emmanuel Giraud face à la candidate Cœur lyonnais Laïla Khallouk qui a récolté 41, 41 %. Sur le plateau de la Croix-Rousse, le maire écologiste sortant Rémi Zinck est réélu avec 55, 19 % face à Loïc Terrenes pour Cœur lyonnais (avec 44, 81 %), de même que Yasmine Bouagga, réélue dans le 1er arrondissement à 68, 79 % face à Laure Cédat, bras droit de Jean-Michel Aulas (avec 31, 21 %). Enfin, dans le 2e arrondissement, Pierre Oliver (LR) se maintient à la mairie face à l'Union de la gauche menée par Valentin Lugenstrass (40, 20 %).

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Des ancrages solides

C'est toutefois en dehors de Lyon que se joue l'autre moitié de l'histoire. Dans de nombreuses communes de la métropole, la droite a consolidé nettement ses positions dès le premier tour. À Écully, Sébastien Michel est reconduit avec 75, 93 %. À Sainte-Foy-lès-Lyon, Véronique Sarselli atteint 77, 8 %. À Francheville, Thomas Ravier est réélu avec 62, 59 %, tandis qu'à Tassin-la-Demi-Lune, Pascal Charmot s'impose à 60 %. À Oullins-Pierre-Bénite, Jérôme Moroge l'emporte avec 59, 03 %, à Saint-Priest, Gilles Gascon avec 58, 13 %, à Bron, Jérémie Bréaud avec 56, 09 %, et à Rillieux-la-Pape, Alexandre Vincendet avec 72, 67 %. Ces scores élevés traduisent des ancrages locaux solides, bien loin de la volatilité observée à Lyon.

Des équilibres plus fragiles

À Villeurbanne, Cédric Van Styvendael a été reconduit au second tour avec 42, 59 % dans un contexte de quinquangulaire très fragmenté. À Décines-Charpieu, Laurence Fautra (LR) est reconduite avec 50, 25 % des voix, devant l'Union de la gauche à 34, 12 %.

À Saint-Genis-Laval, de droite Jules Guillemot s'impose avec 39, 43 %, devant la maire sortante Marylène Millet (UDI) à 32, 03 %. La gauche suit à 16, 68 % et l'extrême droite à 11, 87 %, dans un scrutin qui traduit un glissement sans basculement brutal. Pour la commune de Meyzieu, l'écart est presque imperceptible. Issam Benzeghiba l'emporte avec 50, 28 % face au maire sortant Christophe Quiniou à 49, 72 %. Une alternance arrachée de quelques dizaines de voix. À La Mulatière, le scrutin déjoue les équilibres initiaux. Maxime Bost l'emporte avec 46, 42 %, devant Bénédicte Touchard à 36, 71 % et une autre liste divers droite à 16, 87 %. Une recomposition locale où le centre profite de la division à droite.

Plus à l'est, le paysage bascule plus franchement. La France insoumise s'impose dans trois communes, une première à cette échelle. À Vénissieux, Idir Boumertit a battu la maire sortante PCF Michèle Picard à seulement 25 voix d'écart avec 24, 46 % contre 21, 85 % et met ainsi fin à près de 90 ans de gestion communiste. À Vaulx-en-Velin et Saint-Fons, les candidats insoumis s'imposent également, avec respectivement 50, 49 % pour Abdelkader Lahmar face à la maire sortante Hélène Geoffroy (49, 1 %) et Hadi Mebarki qui arrive largement en tête avec 40, 75 % devant David Debat, qui recueille 37, 12 %.