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Entretiens avec les candidats aux municipales de Lyon

Publié Lundi 2 mars 2026

Entretiens / Politique culturelle, priorités, première action : Le Petit Bulletin est allé à la rencontre de sept des huit candidats aux élections municipales de Lyon qui auront lieu le 15 et 22 mars prochains, car, en dépit de nos multiples relances, Jean-Michel Aulas n'a pas souhaité répondre à nos questions. Entretiens. 

Photo : DR

Anaïs Belouassa-Cherifi (La France insoumise)

Diplômée en sciences politiques de l'Université de Lyon 2, Anaïs Belouassa-Cherifi a occupé le poste de secrétaire générale de la campagne de Jean-Luc Mélenchon lors de la présidentielle de 2022. C'est à la faveur des législatives anticipées de 2024 qu'elle a entamé sa carrière d'élue en remportant la 1ère circonscription du Rhône. 

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Quelle serait votre première action  ?

ABC : Je pense à deux mesures immédiates. D'abord, la réquisition des logements vacants pour mettre à l'abri les familles et les enfants. C'est une urgence sociale absolue. Ensuite, la fin du contrat de restauration scolaire avec Elior, pour créer un service public municipal de l'alimentation. Aujourd'hui, la délégation au privé génère des marges importantes, sans garantir une alimentation de qualité pour toutes et tous. Reprendre la main permettrait de travailler avec les agriculteurs locaux, de créer de l'emploi et d'assurer une cantine saine et accessible, dans un contexte où de plus en plus de familles et d'étudiantes et étudiants se privent.

Quelles sont vos priorités ?

ABC : Avant tout, il faut une vision. La question n'est pas seulement de gérer une ville, mais de savoir quelle ville on veut pour les six prochaines années. Pour moi, Lyon doit être une ville de l'égalité des droits, dans un contexte national marqué par le repli sur soi et la défiance.

Le droit au logement, à la santé, à l'alimentation, à l'éducation doit redevenir le socle de l'action publique. Quand l'État ne remplit plus sa mission de réduction des inégalités, les communes doivent prendre le relais. Le logement est central. C'est le premier poste de dépense des ménages et la condition d'accès à tous les autres droits. Nous voulons répondre à l'urgence sociale par la réquisition des logements vacants, notamment pour lutter contre le sans-abrisme, qui touche aussi des familles et des enfants. À l'échelle de la métropole, ce sont 270 enfants qui dorment à la rue chaque nuit. Cette situation n'est plus acceptable.

Il y a aussi un enjeu de régulation. L'encadrement des loyers existe à Lyon, mais il est largement contourné. Un propriétaire sur quatre ne le respecte pas. Nous voulons renforcer les contrôles et créer un service municipal capable d'accompagner les locataires, en lien avec un observatoire du mal-logement.

Nous défendons des financements pluriannuels, pour permettre aux acteurs culturels de se projeter, de stabiliser des équipes et de construire de vrais projets.

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

ABC : La culture est un enjeu d'éducation populaire, mais elle repose aujourd'hui sur un tissu associatif fragile. Les associations culturelles et artistiques sont asphyxiées par des financements annuels précaires. Nous défendons des financements pluriannuels, pour leur permettre de se projeter, de stabiliser des équipes et de construire de vrais projets.

Il y a ensuite la question des artistes. Lyon manque de salles intermédiaires, et beaucoup de créateurs locaux peinent à accéder aux grandes scènes. Nous souhaitons que les théâtres municipaux consacrent une part de leur programmation à des artistes et des compagnies lyonnaises, dans une logique de reconnaissance et d'ouverture, en concertation avec les directions.

La culture ne doit pas non plus être enfermée dans les murs. Le spectacle vivant peut investir l'espace public et toucher des publics qui en sont éloignés. Dans le même esprit, nous soutenons la gratuité des musées, pour lever les barrières sociales à l'accès aux œuvres.

Enfin, nous voulons engager un projet de musée consacré aux histoires coloniales, aux migrations et aux décolonisations. La France manque cruellement de lieux pour raconter cette partie de son histoire. Lyon, par son histoire et sa tradition humaniste, a toute sa place pour porter un tel projet, qui relèverait pleinement de l'éducation populaire.

Vous proposez de désarmer la police municipale tout en augmentant ses effectifs et en recentrant ses missions. Comment articulez-vous concrètement cette vision avec les attentes très diverses des habitants en matière de sécurité ?

ABC : Il faut rappeler que la disparition progressive de la police de proximité, notamment à partir des réformes engagées sous Nicolas Sarkozy, a profondément modifié l'équilibre. Depuis, l'État s'est désengagé et les communes ont vu leurs polices municipales prendre en charge des missions qui relevaient auparavant de la police nationale. Or les compétences de la police municipale sont la tranquillité publique, la médiation et la circulation. On leur demande aujourd'hui d'assumer des prérogatives régaliennes qui ne sont pas les leurs. Cela crée aussi un malaise chez les agentes et agents. La question de l'armement ou du désarmement est presque secondaire par rapport à celle du recentrage des missions.

Notre objectif est d'avoir davantage de police municipale, mais une police de proximité, identifiée dans les quartiers, connue des habitantes et habitants. Quant à la vidéosurveillance, Lyon compte déjà 13 caméras au kilomètre carré, ce qui en fait l'une des villes les plus équipées de France. Une caméra n'intervient pas. Elle ne remplace pas une présence humaine.

Aussi je pense que la sécurité doit être entendue au sens large. Se loger, se nourrir, se soigner, c'est aussi être en sécurité. L'alimentation scolaire, la gratuité de la cantine, l'accès à un médecin traitant sont des politiques de prévention sociale bien plus efficaces que des réponses uniquement répressives.


Delphine Briday (Lutte ouvrière) 

Infirmière au sein des Hospices Civils de Lyon (HCL) à la Croix-Rousse, Delphine Briday milite depuis de nombreuses années dans les rangs de Lutte ouvrière dont elle est devenue une figure locale récurrente. Candidate dans la 4e circonscription du Rhône lors des législatives anticipées de 2024, elle a pris la tête de sa liste pour les élections municipales lyonnaises.

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Quelle serait votre première action ?

DB : Je donnerais la parole aux travailleurs municipaux. Ce sont eux qui savent où manquent les effectifs et comment améliorer les services. Dans les hôpitaux, nous savons combien de postes seraient nécessaires pour soigner correctement. Dans les écoles, les crèches ou les services techniques, c'est la même chose, ce sont celle et ceux qui font le travail qui connaissent les besoins réels. Il faudrait aussi poser la question du partage du travail. Répartir les tâches permettrait de lutter contre le chômage et de réduire l'épuisement. Quand on enchaîne les journées de douze heures, on n'a ni le temps ni l'énergie pour participer à la vie démocratique. Redonner du temps, c'est redonner la possibilité de s'impliquer.

Quelles sont vos priorités ?

DB : Je suis candidate, mais je suis d'abord soignante. À l'hôpital, je vois ce que signifient les restrictions budgétaires : des équipes épuisées, des lits fermés, des patientes et patients pris en charge dans l'urgence permanente. Si je me présente, c'est pour que cette réalité sociale soit au cœur du débat.

La question centrale reste celle des salaires. Beaucoup travaillent à temps plein et peinent pourtant à vivre correctement. À Lyon, le logement est devenu inaccessible pour nombre de travailleuses et de travailleurs, contraints de s'éloigner toujours davantage. Avant de multiplier les projets d'aménagement, il faudrait permettre à ceux qui font fonctionner la ville d'y habiter dignement. Il existe des logements vacants alors que des familles sont menacées d'expulsion. Une municipalité pourrait refuser d'accompagner ces expulsions et utiliser les moyens légaux pour réquisitionner. 

La liberté d'expression artistique est primordiale.

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

DB : Je ne place pas la culture au-dessus de la santé ou du logement, mais je ne la considère pas comme secondaire. Dans les musées, des salles ferment faute de remplacements. Dans le spectacle, les professionnels dénoncent régulièrement les baisses de budget. Ce sont des travailleurs comme les autres, souvent précarisés.

La culture doit être un moyen de s'exprimer et de réfléchir à l'histoire, aux sciences, au système économique dans lequel on vit. La liberté d'expression artistique est primordiale. L'accès à la culture n'est pas seulement une question de tarifs réduits, c'est une question sociale.

Quand on est destiné dès l'enfance à devenir ouvrières et ouvriers, on nous apprend souvent à exécuter plutôt qu'à penser. Je pense au contraire que les travailleurs ont des idées et qu'ils seraient capables d'organiser la société dans un intérêt collectif. L'éducation culturelle à l'école fait partie de cet enjeu.

Vous répétez que les décisions essentielles se prennent à l'échelle de l'État et que les maires ne votent ni les budgets hospitaliers ni les grandes orientations économiques. Votre programme n'est-il pas, dès lors, davantage national que municipal ?

DB : Je dis simplement la réalité. Les budgets hospitaliers ne sont pas votés à Lyon, pas plus que les grandes orientations économiques. On peut vouloir bien faire à l'échelle municipale, mais les décisions essentielles restent prises ailleurs. C'est un fait. Cela ne rend pas l'élection inutile. Une campagne est un moment pour exprimer des préoccupations et pour dire d'où viennent les problèmes. Le logement inaccessible, les services publics qui se dégradent, les conditions de travail qui se durcissent ne sont pas des questions purement locales.

Nous ne prétendons pas tout régler depuis une mairie. Nous disons que si l'on veut 'attaquer au fond du problème, il faut remettre en cause le système économique et les intérêts des grandes entreprises, car tant que le pouvoir économique restera concentré entre les mains des grands groupes, les marges locales resteront limitées.


Grégory Doucet (Les Écologistes) 

Cadre de l'action humanitaire durant plus de quinze ans, notamment comme directeur des opérations chez Handicap International, Grégory Doucet a rejoint Europe Écologie Les Verts (devenu Les Écologistes en 2023) dès 2007. Artisan de la "vague verte" de 2020, il a conquis l'Hôtel de Ville de Lyon en mettant fin à deux décennies de gouvernance héritée de l'ère Collomb. Désormais chef de file du mouvement rebaptisé Les Écologistes, il brigue un second mandat pour les élections municipales de 2026.

© Blandine Soulage

Quelle serait votre première décision ?

GD : Le lancement de la convention citoyenne pour la culture. Elle doit permettre de fixer les priorités du mandat en associant directement les acteurs concernés et les habitants. En parallèle, la transformation de la rive droite du Rhône poursuivra sa mise en œuvre. Les travaux ne commenceront pas immédiatement, il y a des délais liés aux procédures, mais la décision sera actée dès le début du mandat.

Quelles sont vos priorités ?

GD : Il y en a trois principales : le logement, la sécurité et la santé. Sur le logement, nous maintenons l'objectif de 30 % de logements sociaux d'ici à 2040. Nous poursuivons l'encadrement des loyers et nous souhaitons aller plus loin en mettant en place la garantie locative municipale et l'assurance habitation groupée pour réduire les charges. Nous avons aussi créé un fonds d'aide pour améliorer le confort thermique d'été et d'hiver dans les logements. La question aujourd'hui, ce n'est pas seulement de produire plus de logements, c'est aussi de permettre aux habitantes et habitants de vivre dignement dedans.

Sur la sécurité, l'objectif est d'atteindre 400 policières et policiers municipaux. Nous allons créer une brigade anti-incivilités de 50 agentes et agents, nous continuerons également à déployer la vidéoprotection et à moderniser le centre de supervision urbain.

Sur la santé, nous prévoyons l'ouverture de 10 centres de santé car la Ville peut identifier des locaux, faire des travaux et faciliter l'installation de professionnel·les en exercice collectif. 

Ce mandat sera le mandat de la culture.

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

GD : La culture est envisagée comme un service public et ce mandat sera celui de la culture. Son budget a progressé de 20 % depuis 2020. En cas de réélection, j'entends conforter les grands équipements de la Ville. La bibliothèque de la Part-Dieu doit devenir un pôle culturel majeur, ouvert aux pratiques contemporaines, avec des espaces dédiés au cinéma, au jeu vidéo, à la musique, à l'égalité et à l'éducation aux médias. Ce projet, estimé à 140 millions d'euros, vise à élargir les usages et à faire de ce lieu un point d'entrée central vers la culture. La Halle Tony Garnier fera également, l'objet d'un investissement de 15 millions d'euros. Les gradins seront rénovés et les espaces modernisés afin d'améliorer le confort du public et de préserver la vocation musicale du lieu dans un contexte de concurrence accrue. De la même manière, le musée Guimet est appelé à évoluer vers un grand lieu d'exposition capable d'accueillir des projets de plus grande ampleur. 

La politique culturelle doit aussi descendre à l'échelle des quartiers. Trois bibliothèques de proximité seront créées. Des kiosques culturels seront installés dans chaque arrondissement afin d'informer les habitants sur les événements, ateliers et initiatives programmés dans leur secteur. L'objectif est de rendre l'offre plus lisible et de rapprocher les habitants de ce qui existe déjà.

Enfin, je souhaite mettre en place une convention citoyenne pour la culture qui sera chargée de définir les grandes orientations du mandat avec les habitantes et habitants, les artistes et les professionnels.

En 2025, Lyon a connu des records d'embouteillages. Certains commerçants et habitants estiment que la réduction de l'accès automobile pénalise l'activité et complique la venue des non-Lyonnais. Que leur répondez-vous ?

GD : 2025 a été le pic des travaux. Plusieurs axes structurants étaient en chantier en même temps, notamment pour rénover des réseaux souterrains anciens. Cela a créé des congestions importantes. Depuis, un certain nombre de voiries ont rouvert. Notre objectif n'est pas d'empêcher l'accès à la ville, mais il est de notre responsabilité avec la Métropole de développer des alternatives : bus à haut niveau de service, lignes T9 et T10, projet TEOL vers l'ouest lyonnais. Nous renforçons aussi les parkings-relais pour permettre aux personnes venant de l'extérieur de laisser leur voiture en périphérie et de rejoindre le centre facilement. Une ville saturée n'est bonne ni pour les habitantes et habitants ni pour les commerçantes et commerçants. 


Alexandre Humbert-Dupalais (Union des droites - Rassemblement national)

Avocat de profession, encarté à 16 ans à l'UMP, Alexandre Humbert Dupalais a suivi Éric Ciotti lorsqu'il a formé l'Union des droites et fait alliance avec le Rassemblement national. À Lyon (dans la 11e circonscription), il s'est présenté pour la première fois au moment des législatives anticipées de 2024.

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Quelle serait votre première action ?

AHD : Cela serait de rétablir la sécurité avec le procureur François Falletti mon adjoint à la sécurité. On compte ajouter 5 000 caméras de vidéoprotection et embaucher 1000 policiers, qui travailleront notamment la nuit, au moment où les criminel·les agissent, car les postes de police sont fermés le soir et le week-end. On souhaite mettre en place une application qui s'appelle "ma sécurité", qui permet de ne pas passer par le 17 qui est surchargé : on peut attendre une heure ou deux heures d'être aidé ! On veut trouver un autre moyen de prévenir à la fois la police et d'enregistrer ce qui est en train de se passer pour servir de preuve. L'activer devrait permettre d'alerter les caméras de protection, l'éclairage...

Quelles sont vos priorités ?

AHD : Il y a la sécurité, mais aussi la compétitivité, l'économie. On a complètement décroché de Milan, dont le PIB a doublé celui de Lyon : il faut qu'on attire les grandes entreprises et les start-ups. Je pense dédier le musée Guimet à cela. On pourrait y trouver des entreprises spécialisées dans l'intelligence artificielle ou les sciences biomédicales : il faut que le maire soit un ambassadeur pour faire venir ces entreprises à Lyon. Je souhaite aussi permettre à nouveau la circulation dans Lyon, en supprimant la ZTL dès mon élection. Je veux aussi édifier des zones franches dans certains quartiers comme le 8e. Comme on ne va pas faire de dépenses superfétatoires, on peut promettre 0 hausse d'impôt et l'annulation de la taxe foncière. On souhaite aussi libérer le marché de l'immobilier, débloquer les loyers et ainsi remettre sur le marché les 20 000 logements inoccupés, car les propriétaires ont peur des lois socialistes comme des squatteurs.

Nous souhaitons aussi investir dans les transports en commun. Dans l'état actuel des finances, on n'est pas contre la ligne ouest mais on a surtout pour priorité de rendre les lignes existantes sécurisées et fiables. Une grande partie des escalators et des ascenseurs sont en panne à Lyon. Il faut réparer l'escalator de l'arrêt Bellecour côté Charité, celui de Sans-souci. Il faut aussi rénover les écoles qui sont dans un état pas possible, on retrouve des douilles devant certaines d'entre elles. On veut rétablir le service public mais surtout pas proposer la gratuité dans les cantines scolaires, il faut offrir des aliments de qualité à nos enfants, tout en respectant le travail des agriculteurs pour donner à nos enfants le goût des bonnes choses.

En distribuant mes subventions, je ferai attention aux programmations politisées à outrance.

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

AHD : De l'économie et de la culture ! C'est bien quand les deux marchent ensemble, c'est pour cela que j'ai proposé que dans le 8e on puisse développer des studios de cinéma et d'animation, un peu comme ce qu'il y a au Pôle Pixel de Villeurbanne, on veut récupérer la friche Givaudan-Lavirotte. L'Institut Lumière fait un très beau travail d'un point de vue patrimonial mais il faut maintenant se tourner vers la fabrication. Je souhaite aussi séparer la galerie des Terreaux en deux, et mettre d'un côté des commerces d'artisan et de l'autre des expositions d'exception, pour en faire une annexe du musée des Beaux-Arts.

Surtout, je veux une culture accessible à tous, il ne faudra donc pas politiser à outrance les programmations. En distribuant mes subventions, je ferai attention à ce que chacun se sente le ou la bienvenue. Ce qu'on montre à Lyon est très orienté à gauche, on a vu beaucoup trop de choses militantes, sur le conflit israélo-palestinien par exemple. Cela pervertit les choses, surtout quand c'est payé par l'impôt des Lyonnais. Il faut aussi qu'on ait des artistes ou des œuvres de droite. C'est comme dans le service public audiovisuel, normalement le ministère n'est pas censé intervenir, mais quand c'est trop militant il intervient : les personnes dans la culture ne sont pas là pour imposer leurs opinions, il vaut mieux présenter des choses qui font rêver, des choses belles, sinon les gens n'iront plus.

Vous avez été adoubé par le RN et vous faites campagne aux côtés de Tiffany Joncour qui brigue la Métropole. Mariée avec un ancien hooligan identitaire (Maxime Gaucher, qui a écopé de 18 mois avec sursis de prison pour avoir agressé une photographe indépendante et deux policiers), on a aussi pu voir tracter pour elle plusieurs militants connus de la mouvance identitaire, parmi lesquels Victor Guy, ex-porte-parole du groupuscule des Remparts. Est-ce une alliance souhaitable ?

AHD : Je n'ai pas ces informations et je ne connais pas les gens dont vous parlez. J'ajoute qu'on ne demande pas à une femme de s'expliquer sur son époux. Je connais mon entourage à moi : je suis issu de l'UMP et je pense que ces groupuscules desservent les causes qu'ils pensent servir. Les débats animés à l'Assemblée nationale, par exemple, sont faits pour éviter la guerre civile, les violences. J'ajoute qu'il faut sortir de ce débat de "l'infréquentabilité". Il n'y a rien d'extrémiste dans nos idées, et je m'interroge sur les étiquettes distribuées par un ministre de l'Intérieur de centre gauche comme Laurent Nuñez : on peut tout aussi bien parler avec lui d'une dérive d'extrême-centre.


Georges Képénékian (Sans étiquette)

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Chirurgien urologue de profession, Georges Képénékian a commencé sa carrière politique en tant qu'adjoint à la culture, des grands événements et des droits des citoyens du maire Gérard Collomb en 2008. Il a aussi occupé la fonction de 1er adjoint et de maire par intérim. Initialement membre du Parti socialiste, il a rejoint La République en marche à partir de 2017 mais se présente aujourd'hui comme candidat sans étiquette.

Quelle serait votre première action ?

GK : En matière de culture, par exemple, ce sera de rencontrer les acteurs. Je connais les anxiétés de nos institutions, l'État n'augmente pas les budgets et certaines collectivités considèrent que la culture est une variable d'ajustement. Je ne suis pas de ces gens-là et j'ai conscience que rien ne se fera d'un coup de baguette magique. En 2017, quand j'étais maire, je voulais penser l'évolution de la Fête des lumières, la moderniser. Le pire est de s'endormir.

J'aurais du mal à donner une première action, en priorité sur les autres. S'occuper d'une ville, c'est comme s'occuper de quelqu'un avec une pathologie, il faut traiter tous les éléments de cet organisme. Je vais commencer par tout. Si vous n'avez pas de logement pour les jeunes étudiants, s'ils n'ont pas de lieu d'expression culturelle, s'ils n'ont pas d'endroit où aller, ils vont traîner. Chaque politique publique nourrit toutes les autres.

Quelles sont vos priorités ?

GK : Elles tiennent en un mot : c'est comment on veut faire évoluer cette ville. Ma "ligne de fond" est de prendre soin de la ville, de considérer que la ville est un corps complexe, vivant. Si on ne s'occupe que d'une partie des sujets et qu'on ne répond qu'à une partie des attentes des Lyonnais, on ne va pas s'en sortir. Ça veut dire : prendre en compte les familles, la jeunesse, la formation, l'emploi, le logement, et ne pas oublier les seniors. Je veux aussi prendre soin des entreprises, le maire peut créer des entreprises, un climat d'innovation, s'occuper des commerces comme de la santé. Je veux autant m'occuper de l'accès au médecin de chacun que des grandes décisions. Je souhaite aussi relancer une vraie démocratie locale. 70 à 80% des gens n'ont plus confiance dans les partis.

Je ne comprends pas qu'on se permette de promettre des gratuités à tout azimut, de construire des tunnels ou des bibliothèques alors que le budget est contraint. Ce n'est pas la peine de faire des promesses qui frôlent le populisme quand les vraies préoccupations des gens sont le pouvoir d'achat, le logement, la santé, la sécurité. Moi, je m'attaque au réel, et ça ne veut pas dire que je n'ai pas de vision, bien au contraire.

Je sais imaginer des choses raisonnables en termes de budget.

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

GK : Rappelons que j'ai été aux affaires culturelles de 2008 à 2020. J'ai été maire par intérim pendant 15 mois mais j'ai surtout été 1er adjoint et donc adjoint à la culture, nous en avions d'ailleurs augmenté le budget de manière significative. Sous Michel Noir puis sous Gérard Collomb, Lyon a vu sortir de terre la Maison de la danse, les deux Biennales, le défilé, le festival Lumière et puis les Nuits sonores... C'est grâce à ces multiples événements que Lyon est devenue "the place to be". La politique culturelle d'une ville, ce ne sont pas que les bibliothèques. J'ai une boussole et j'ai envie de développer cet héritage, d'innover, de permettre à nouveau la création. Aujourd'hui, quand on diminue les 500 000 euros à l'Opéra, c'est une création de moins, il faut s'en rendre compte et je m'en rends compte. Il faut que les étudiants qui quittent nos brillantes écoles (CNSMD, CRR, ENSATT...) puissent rester à Lyon. On voulait d'ailleurs lancer un Erasmus de la culture et une maison des cultures, pour assurer des échanges des élèves et de nos créations avec l'international, car Lyon ne doit pas se renfermer sur elle-même.

Avec Guy Darmet, Dominique Hervieux... on a eu pour projet de monter une nouvelle Maison de la danse à Confluence, pour faire de Lyon un lieu de création autant qu'un lieu de monstration. Après avoir bâti la Philharmonie, le musée des Confluences, on nous a dit qu'il n'était plus question de financer des projets à 100 millions. On n'a rien lâché et on a finalement eu les Ateliers de la danse. Je sais imaginer des choses raisonnables en termes de budget, tout en considérant que l'écriture, le théâtre et les arts numériques... sont des priorités. Aujourd'hui, à l'heure où la culture est fragilisée, je dois m'interroger avec eux sur les moyens de continuer à rayonner. Par exemple, comment peut-on attirer et trouver des alternatives de coopération avec des acteurs privés ?

Vous axez une grande partie de votre programme autour de l'amélioration du logement : vous souhaitez participer à créer 10 000 logements pour étudiants et jeunes actifs dans le mandat, proposer un logement de fonction aux policiers municipaux pour en faciliter le recrutement... Comment comptez-vous vous y prendre ?

GK : Il y a 25 000 logements vacants à Lyon. J'ai entendu le NPA et Lutte ouvrière dire que les bourgeoises et bourgeois ont des trop grands appartements et qu'il faut les ouvrir. Une fois qu'on a dit ça, il reste quand même un parc immobilier saturé. On n'a jamais aussi peu construit dans cette ville que pendant ce mandat. Les promoteurs se sont détournés de Lyon parce que les règlements se sont trop complexifiés. J'étais à la FNAIM [Fédération nationale de l'immobilier] il y a quelques jours. Aujourd'hui une partie du parc n'est pas remise en location parce que les propriétaires n'ont pas les moyens de faire des rénovations, que s'ils investissent, ils ne pourront pas répercuter ces investissements sur le loyer à cause du plafonnement des loyers. Je ne suis pas fondamentalement contre le plafonnement des loyers, mais il est assez logique de penser que quand on a investi dans un logement, il faut permettre une augmentation du loyer et trouver des accommodements raisonnables pour que les propriétaires s'y retrouvent, sinon on ne remettra pas une partie des logements dans le circuit. On n'est pas dans un système autoritaire où on va obliger les propriétaires à louer leur bien, on peut croire au grand soir, mais je ne crois pas que ce soit l'ambiance du moment.


Raphaëlle Mizony (NPA Révolutionnaires)

Étudiante en licence d'espagnol à l'Université Lyon 2, Raphaëlle Mizony a commencé à militer à 16 ans. Elle a été placée aux côtés d'Anthony Bruno en tête d'une liste qui revendique sa jeunesse : 26 ans en moyenne.

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Quelle serait votre première action ?

RM : Notre mesure phare porte sur la question des transports en commun. Nous nous réjouissons qu'elle soit aussi importante au cœur de cette campagne électorale, même si on se désole d'entendre certaines informations. Par exemple, on a pu entendre que le CO² reste dans les tunnels, que les tunnels sont une solution pour restaurer des transports de qualité. On n'est pas d'accord avec ça, on n'est pas d'accord non plus avec le choix de l'allotissement de la mandature écologiste, séparant le mode bus du mode lourd. Cela a participé à la division du transport, c'est une vraie politique patronale. Nous, ce qu'on veut faire c'est : la gratuité pour toutes et tous et le développement de l'offre des transports en commun. C'est toujours compliqué de se déplacer à Lyon : les escalators sont en panne, les lignes sont mises en place trop vite... De plus, on n'oublie pas qu'il faut avant tout penser aux conditions de travail des salariés. Pour financer tout ça, il y a une solution : prendre l'argent où il y en a, c'est-à-dire dans les poches des patrons. 

Quelles sont vos priorités ?

RM : Ce qu'on met en avant, c'est la lutte des travailleurs et des travailleuses. Au cours de cette campagne, on a été sur les piquets de grève des soignants et soignantes des urgences de Lyon Sud et de l'Hôpital Édouard Herriot. On a aussi été sur celui de l'entreprise Biomérieux qui se battait pour les augmentations des salaires. Mon camarade de tête de liste Anthony Bruno, aiguilleur du rail, était en grève mercredi dernier pour lutter contre les suppressions de poste. Il faut que les conditions de travail et de rémunération des travailleuses et des travailleurs soient la priorité des politiques publiques.

On constate un accès inégalitaire à la culture. 

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

RM : On a de grandes ambitions. On constate qu'il y a un accès inégalitaire à la culture et que des subventions ont été enlevées, notamment à des acteurs du territoire qui permettent l'accès à la culture. Je pense à la Biennale de la danse par exemple, ça me touche car j'ai participé au défilé il y a deux ans. Je pense également aux petites associations de quartier qui essaient de mettre en avant l'accès à la culture, notamment celle directement produite dans les quartiers populaires. Je suis née et j'ai grandi à Vaulx-en-Velin, c'est le Centre culturel Charlie Chaplin qui m'a initiée au théâtre. Il faut à la fois visibiliser la culture qui fait vivre les quartiers populaires et se battre pour que les travailleuses et les travailleurs aient du temps et de l'argent pour bénéficier de cette culture.

Vos programmes sont assez proches avec Lutte ouvrière, pourquoi ne pas avoir fait d'alliance ?

RM : On les considère effectivement comme des camarades de lutte, on leur a d'ailleurs proposé de faire liste commune. Ils ont refusé, ça viendra peut-être plus tard, à d'autres occasions. 

Parmi les principales revendications de votre campagne, figure l'interdiction des licenciements, la gratuité des transports pour tous, la libre circulation et la régularisation de tous les sans-papiers, une augmentation des salaires de 400 euros et aucun salaire inférieur à 2 000 euros net et des services publics gratuits... : Rien de tout ça n'est une compétence municipale ou même métropolitaine.

RM : C'est vrai qu'on ne peut pas tout faire, il y a des compétences qui sont censées être nationales et il n'est pas question pour nous de faire des promesses. On a voulu parler de ces sujets-là parce qu'ils nous touchent, qu'ils sont au cœur de nos engagements. On souhaite avant tout rappeler que ces revendications ne pourront obtenir gain de cause que dans la lutte collective, faire comprendre qu'au même titre que les travailleuses et les travailleurs, les sans-papiers sont au cœur de nos préoccupations.


Nathalie Perrin-Gilbert (Divers gauche)

Maire du 1er arrondissement de 2001 à 2020, Nathalie Perrin-Gilbert s'est maintenue à ce poste lors des municipales de 2014 en s'opposant à la liste officielle de la majorité sortante. Nommée adjointe à la Culture en 2020, elle a été démise de ses fonctions par le maire de Lyon Grégory Doucet au printemps 2024. Elle conduit désormais sa propre liste, pour le prochain scrutin municipal.

Quelle serait votre première action ?

NPG : Je mettrai en place un fonds d'urgence pour les commerces de proximité. Beaucoup sont fragilisés par des travaux longs et une baisse de fréquentation. On ne peut pas transformer la ville en sacrifiant son tissu économique local. Ce fonds devra être simple, rapide et ciblé sur les commerces réellement impactés.

Parallèlement, je convoquerai des assises de la santé mentale. Les délais d'attente en CMP atteignent parfois plusieurs mois. Je réunirai les HCL, l'ARS et les professionnels pour reconstruire un maillage efficace. L'hôpital doit rester un lieu de soin, pas un outil de gestion sociale. En tant que maire, je pèserai au conseil de surveillance des HCL pour défendre des moyens adaptés.

Quelles sont vos priorités ?

NPG : Ma priorité est de replacer le "pouvoir vivre" au cœur de l'action municipale. Lyon est devenue une ville où l'on transforme beaucoup mais où l'on accompagne peu. Une politique municipale doit partir du réel, de ce que vivent les familles. La petite enfance est révélatrice. Il manque environ 800 berceaux à Lyon. Derrière ce chiffre, il y a des femmes contraintes de réduire ou d'abandonner leur activité, des familles en tension permanente. Je propose d'instaurer un droit opposable à l'accueil des moins de trois ans d'ici à 2030 et de relancer un plan massif de création de places publiques. Cela suppose de former davantage de professionnels. Je veux contractualiser avec des écoles comme Rockefeller, Don Bosco ou Ocellia pour augmenter les capacités de formation et revaloriser ces métiers. 

La santé constitue l'autre pilier. L'accès aux soins se dégrade, notamment dans certains quartiers. Je propose la création de maisons de santé pluridisciplinaires sur un modèle où la collectivité salarie les médecins afin de les libérer de la gestion administrative. Il faut aussi renforcer la prévention, en particulier sur la santé mentale.

Je veux reconstruire une politique culturelle de service public cohérente.

Quelles sont vos ambitions en matière de politique culturelle ?

NPG : Je veux reconstruire une politique culturelle de service public cohérente, du monde amateur aux grandes institutions. Aujourd'hui, la dispersion fragilise les acteurs et dilue le sens. Ma première décision sera de sanctuariser et d'augmenter le budget culturel pour garantir une véritable liberté artistique, avec des conventions pluriannuelles stables pour sortir de la logique permanente d'appel à projets.

Je propose de transformer la salle Paul Garcin en Maison des pratiques artistiques amateurs dédiée au spectacle vivant. Le théâtre Les Ateliers qui appartient aujourd'hui au TNG, deviendrait un pôle de mutualisation pour l'émergence, afin que jeunes compagnies et élèves du Conservatoire puissent expérimenter face au public. Je souhaite également métamorphoser le musée Guimet en un "exploratorium" : un musée du faire, consacré aux sciences, au son et à l'image, pensé pour les adolescents et les femmes et qui fonctionnerait en réseau avec le musée des Confluences et le MAC.

La Halle Tony Garnier doit rester un équipement public. Je refuse toute délégation à des groupes privés comme Live Nation et je souhaiterais en faire un pilier de la Fête des Lumières, transformée en expérience immersive de grande ampleur.

Enfin, sur le plan de l'éducation artistique, d'ici à 2028, chaque enfant lyonnais devra bénéficier d'un accès mesurable à la création. Cela implique un travail étroit avec la Métropole, notamment pour l'École des Beaux-Arts et le musée des Confluences.

Vous avez souvent souligné vos divergences avec Grégory Doucet et les Écologistes. Avec le recul, comment analysez-vous cette rupture et ce qu'elle dit de la gauche lyonnaise ?

NPG : Il s'agit d'une divergence de méthode. Je crois à une gauche du réel, pas à une gouvernance par le concept. Ces dernières années, certaines décisions ont été prises de manière verticale, en opposant les habitantes et habitants selon leur capacité à s'adapter. Je défends une écologie sociale et négociée. Transformer la ville est nécessaire, mais cela doit se faire en tenant compte des contraintes concrètes. Gouverner, ce n'est pas moraliser ; c'est rassembler. La gauche lyonnaise doit retrouver cette capacité à conjuguer ambition écologique et justice sociale. C'est la condition pour reconstruire une alternative crédible.


Propos recueillis par Clémence Depresle et Laure Solé