L'ultime razzia

S’il fait partie des touts premiers films réalisés par Stanley Kubrick, L’Ultime Razzia, splendide épure de film noir, n’en reste pas moins déjà stupéfiant de maîtrise et d’humanité. Damien Grimbert

Après 5 années passées en prison, Johnny Clay est sur un coup juteux qui devrait lui permettre d’enfin décrocher : le braquage d’un hippodrome avec à la clé plus de 2 millions de dollars de butin. Pour ce faire, il échafaude un plan des plus élaborés, nécessitant l’intervention, à des degrés divers, de six acolytes différents, recrutés aussi bien parmi ses connaissances que parmi les employés de l’hippodrome. Judicieusement monté, le casse, malgré son caractère hautement audacieux, fonctionne à la perfection. Du moins jusqu’à l’heure du partage, où les failles psychologiques d’un des personnages vont révéler toutes leurs néfastes conséquences. Si le pitch initial (adapté d’un roman de Lionel White, Clean break) a depuis été usé jusqu’à la corde, avec plus ou moins de bonheur par ailleurs, force est de reconnaître que l’impact de ce film, réalisé en 1956 par un Kubrick encore à ses débuts, est toujours aussi puissant aujourd’hui, près de 40 ans après sa sortie. Car le réalisateur y cristallise toutes les caractéristiques du film noir (alors à son apogée) au travers d’une réalisation ultra frontale, qui ne s’offre pas la moindre respiration du début à la fin.En apnéeAucune parenthèse ou intrigue secondaire ne vient en effet ici parasiter un script particulièrement bien agencé, qui happe le spectateur dès les premières minutes, aidé en cela par une mise en scène déjà virtuose et toute entière vouée à l’efficacité du métrage. Kubrick va droit au but, esquive tout superflu quitte à virer au minimalisme, mais réussit cependant la gageure de mener son film bien au-delà du simple exercice de style auquel il semblait destiné. Bien que solidement ancrés dans les archétypes du genre (malfrat au grand cœur, ex-boxeur philosophe, ami fidèle, femme fatale vénale, petite frappe sans scrupule, mari faible et manipulé...), chaque personnage, jusqu’au plus secondaire, bénéficie en effet de toute l’attention du cinéaste, qui s’attache à laisser transparaître le caractère profondément humain de chacun. Ainsi crédibilisée, l’âpre et veine lutte à laquelle chacun s’attelle pour sublimer sa condition misérable, moteur principal du film noir, fournit ici tout son impact, notamment lors d’un final aussi pathétique que poignant. Servi qui plus est par un excellent casting, regroupant quelques-uns des acteurs les plus marquants du genre (Sterling Ayden, Elisha Cook…), et par des dialogues absolument impeccables signés Jim Thompson, L’Ultime Razzia convainc donc de bout en bout et reste l’un des plus marquants exemple d’un genre qui n’aura de cesse ressusciter dans les décennies suivantes.L’ultime Razzia de Stanley Kubrick (1956, EU, 1h23) avec Sterling Hayden, Coleen Gray...projection au CCC le 12 octobre

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