La cantatrice fauve

théâtre / Jamais là où on l'attend, Emmanuel Daumas propose une mise en scène de L'Ignorant et le fou d'une rigueur et d'une sobriété étonnantes, interprétée par une équipe de choc. Dorotée Aznar

Lors de son dernier passage sur les scènes de la MC2, Emmanuel Daumas avait débarqué avec une version de La Tour de la Défense déjantée, jouée par une troupe de comédiens extravagants qui, pour certains, s'essayaient pour la première fois à l'exercice. On le retrouve cette saison au Grand Théâtre de la MC2 avec une mise en scène de l'Ignorant et le fou sobre et humble, jouée par un trio de comédiens qui n'a plus à faire ses preuves. Le choix de la pièce peut surprendre. L'Ignorant et le fou nous invite à nous immiscer dans la loge d'une cantatrice, la plus célèbre du monde, qui interprète la Reine de la Flûte Enchantée pour la 222e fois. Elle est en retard, son père et son médecin l'attendent en causant de dissections en tout genre, d'alcoolisme, de la nullité des critiques, des journaux et des professeurs des conservatoires en évoquant au passage la cruauté des enfants. L'arrivée tardive de la Reine de la nuit ne change rien à l'absurdité des conversations : chacun reste concentré sur ses obsessions en ne prêtant qu'une oreille distraite aux discours des autres ; tous sont profondément enchaînés à ce qui les fait souffrir. Mis en scène au scalpel Le décor, tout en suggestion, ne laisse pas le choix aux spectateurs, il n'y a plus qu'à écouter le texte de Bernhard, il n'y a qu'à suivre ces trois personnages dans les monstrueux rapports qui les unissent. Le père ne vit que pour sa fille, mais la déteste, sombrant chaque jour un peu plus dans l'alcool. Le médecin, obsédé par les techniques de dissections, oublie de voir ceux qui souffrent à côté de lui. Et cette “Reine», qui a tout vu, tout lu, tout connu, quelles possibilités s’offrent encore à elle ? S'arrêter au beau milieu d'une représentation, tirer la langue au public ? Qu'elle joue la diva blasée à deux doigts de la crise de nerfs ou la sale gamine pourrie gâtée, Dominique Valadié est incroyable. Les liens qui se tissent entre les comédiens rendent ce texte dur, parfois odieux, d'une drôlerie féroce. Dans la deuxième partie du spectacle, l'angoisse longtemps contenue s'échappe et il souffle un vent de liberté sur la scène. Les amateurs de Tg Stan ne s'y tromperont pas, on retrouve ici cette impression d'improvisation, ce sentiment que tout peut arriver. Et pour cette liberté-là, il faut remercie les comédiens. Michel Fau (dans le rôle du médecin) s'impose avec un texte impitoyable et ne souffrant aucune médiocrité d'interprétation. Roland Bertin enfin se jette dans ce rôle de père-enfant alcoolique comme si c'était le dernier. Imposant et fragile à la fois, ce spectacle prouve qu'Emmanuel Daumas est un garçon dont la palette est variée et le talent avéré.L’ignorant et le foudu mar 13 au jeu 15 nov, au Grand Théâtre de la MC2

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