Ensemble c'est two

Leur "First Album" avait durablement traumatisé son monde, assis leur réputation à l’international, et donné ses lettres de noblesse à la mouvance électroclash. Huit ans plus tard, "Two", le second album de Miss Kittin et The Hacker, surfe sans complexe sur d’autres esthétiques. Décryptage. François Cau

2001. La scène électro française vit tranquillement sur ses acquis, se repose nonchalamment sur les représentants proprets de ce qu'on a appelé, dans un élan d'inspiration à même de décoiffer le brushing de Bob Sinclar, la French Touch. Surgi de nulle part (enfin, de Grenoble, quoi), un duo frondeur, sexy en diable, baigné dans les sonorités électro pop des années 80 et armé d'une ironie létale impose un improbable mantra. To be famous is so nice, Suck my dick, Lick my ass. Le refrain de Frank Sinatra, redoutable single du First Album de Miss Kittin et The Hacker, hymne décalé à la fatuité jet-setteuse, entre dans les têtes des amateurs de techno pour ne plus en sortir.

Là où tant d'autres auraient capitalisé sur cette soudaine reconnaissance jusqu'à ce que mort artistique s'ensuive, le tandem a alors d'autres aspirations, comme l'explique rétrospectivement Michel "The Hacker" Amato. « On avait signé en 1997 sur Gigolo Records en Allemagne, on jouait notre live depuis cinq ans, sans équipe, dans un état de stress permanent, à l'arrache complet. Quand la hype est arrivée en 2002, on était heureux mais passablement épuisés. Et les journalistes anglais ont inventé le terme d'électroclash, ont voulu nous étiqueter comme étendard de ce mouvement. Avec Caroline (Hervé, alias Miss Kittin, NDLR), ça nous a fait flipper, on ne voulait pas se cantonner à ce genre qu'on trouvait réducteur, on avait des envies chacun de notre côté. On a donc convenu de faire un break. »

Chemins de traverse

Laissant sur le bas-côté les accros de sonorités immédiatement jouissives, le duo préfère explorer ses obsessions musicales. Ils enchaînent les dates chacun de leur côté, préparent leur premier album solo respectif. Miss Kittin affine ses textes comme sa technique vocale sur I Com puis Bat Box, s'éloigne progressivement de ses tonalités lascives et sarcastiques. The Hacker opère un retour aux sources dark et atmosphériques avec le monstrueux Rêves mécaniques. Les années passent, les deux DJs gardent contact, se réservent la primeur de leurs productions respectives. Petit à petit, la collaboration reprend forme.

Michel envoie des compositions à Caroline, elle commence à imaginer leur pendant textuel. « Je ne lui ai rien dit, parce que c'est toujours délicat d'orienter le travail de quelqu'un d'autre, mais je ne voulais pas qu'on refasse Frank Sinatra, ça n'aurait eu aucun sens. À l'époque, on avait 25 ans, dix ans se sont écoulés, nos préoccupations ne sont plus les mêmes. Je n'ai jamais pu m'exprimer à l'écrit, je n'arrive pas à me lâcher, je le fais à travers mes compositions. Et sans qu'on ne se soit rien dit, Caroline est arrivée à exprimer en paroles ce que je voulais faire passer par la musique. On a halluciné, puis on est parti confiant, en sachant que la connexion était toujours là. » Pendant un an, Miss Kittin et The Hacker travaillent à distance, elle à Paris, lui à Grenoble. Avec une dizaine de morceaux et un tracklisting qui s'impose de lui-même, Two est prêt.

On the road again

L'album s'écoute d'un bloc, témoigne en permanence de l'évidente complémentarité d'un duo désormais éloigné des gimmicks et des tentations poseuses de l'électroclash. Et ce jusque sur les morceaux les plus instantanément aguicheurs, comme la reprise du Suspicious Minds d'Elvis Presley ou le faussement caustique Ray Ban. Two joue la carte d'un premier degré qui ne manquera pas de déstabiliser les fans du premier album, brouille les influences, mais la Miss et le Hacker persistent et signent. « Le premier album reflétait ce qu'on était à l'époque, et c'est toujours le cas, sauf qu'on est devenus des trentenaires qui se posent des questions… » Il est clair que Two, jusque dans sa transposition live testée l'an dernier lors d'une mini-tournée américaine, prend le risque calculé de se situer en marge des gros succès électro du moment, à des lieux des bulldozers scéniques à la Justice ou Daft Punk, ou du revival 90's lourdement décalé de MGMT ou Empire of the Sun. Un baroud électro intemporel, mâtiné de touches rock, disco, new wave, à l'équilibre finement dosé et dont la sincérité ne saurait être mise en doute.

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