Les sens de la Fête

Avec ce goût de l'arbitraire qui lui vaut autant de violente tendresse que de douce haine, la rédaction du Petit Bulletin a fait son marché dans la programmation de cette Fête de la Musique 2010.

Un deux trois quatre
Juste en face des locaux de Rocktambule, vous pourrez profiter de la programmation rock conçue par les sbires du PMI. The Tchacks et les Stolen Sweethearts auront à charge de chauffer le public en leur faisant parcourir des sentiers rock gentiment balisés, Les Chevals Hongrois feront partager leurs délires punko-hip-hop post Svinkels dans une allégresse espérée générale, puis ce sera au tour de nos petits chouchous de donner de la voix. En l’occurrence les p’tits gars d’EinZweiDreiVier (photo), la nouvelle formation des fondateurs de Schwere Artillerie et Monaco Monaco qui, de groupe en groupe, s’orientent de plus en plus ostensiblement vers un absolu pop qui leur sied plutôt bien au teint, sans pour autant renier leurs velléités punk, ce dont on ne manquera pas de les remercier chaleureusement. La fulgurante énergie vocale qui nous avait fait aimer leurs précédentes moutures est toujours au rendez-vous, on n’est pas à l’abri d’une monstrueuse déflagration de guitares ou de nappes de synthé tapies dans l’ombre, prêtes à nous fondre dessus. C’est exactement ce qu’on leur demandait, louée soit leur générosité.
FC
EinZweiDreiVier
Lundi 21 juin à 22h30, scène rock Caserne de Bonne

La menace fantôme
Le plateau du parc Paul Mistral est une étape clé des habitués de la Fête de la Musique made in Grenoble – sa programmation électronique et son cadre chatoyant, pour ne pas dire bucolique, en font le repaire privilégié des amateurs de fins de soirée percussives. Mais cette année, il serait foutrement dommage d’attendre la tombée de la nuit pour y faire une apparition tardive à tendance jet-setteuse. Après le hip hop dispensé par Squall of Soldier, A-Boss et C.Vice, la scène accueillera le son chiadé plus que de raison de Ghostown sur les coups de 20h30. Soit un MC au flow mitraillette hypnotique ayant bien fait ses preuves en live, soutenu par des productions électro aux petits oignons osant épisodiquement le ludique décomplexé. Pour peu que le beau temps soit de la partie (et ouais, malgré la malédiction grenobloise assurant quasi systématiquement des cieux pourris le 21 juin, on garde ce fol espoir chevillé au corps), le live de Ghostown devrait sans problème être l’un des moments forts de cette Fête de la Musique. Il sera suivi des sets des membres du Lite Licht DJ Crew (à qui l’on doit notamment l’organisation et l’animation des soirées What the F_ck ? au George V), puis du Bass Jump DJ Crew, dont les sonorités devraient raviver de beaux souvenirs au public de la soirée Bass Rec à la Bifurk le 12 juin dernier.
FC
Ghostown
Lundi 21 juin à 20h30, scène rap / électro parc Paul Mistral

Quand le Jazz est là
Plateau éclectique offert par la scène jazz du côté de la Bastille. Coordonnées par le Conservatoire à rayonnement régional de Grenoble, les formations en lice se proposent de faire chatoyer le jazz de tous ses feux. Et pour commencer la soirée, quoi de mieux qu'une composition du grand Claude Bolling, connu entre autres pour ses musiques de films, dont celle de Daisy Town (1971), souvenons-nous. Sa suite pour flûte et piano-jazz sera interprétée par une bande d'élèves du conservatoire trop heureux d'être applaudis pour faire la nique au classique. Le duo Loudmila prendra le relais pour une proposition intimiste et viscérale flirtant clairement avec le blues. À sa suite on sera curieux d'écouter le jazz a capella de Mélocoton qui a pour habitude d'emprunter son répertoire aussi bien à Claude Nougaro qu'à Philippe Katerine ou David Bowie. On imagine, pour les six interprètes, la technique vocale et le sens de l'écoute que requiert la traduction d'univers sonores si différents et exigeants à la fois. L'autre bonne surprise de la soirée pourrait bien venir de Clartet, quatuor de clarinettistes qui s'évertuera à faire découvrir les textures variées de cet instrument si souvent fondu dans la masse orchestrale.
Quentin Pourbaix
Claude Bolling par les musiciens du Conservatoire / LoudmiLa / Mélocoton / Clartet / 36/37 Trio / C7b5 Jazz-band
Lundi 21 Juin dès 19h, scène Jazz à la Bastille

Main dans la main
POP / Un nom de groupe doux comme une sucrerie. Bon choix, car les chansons du trio grenoblois Lilapoem sont de cet acabit. Une pop acidulée naïve évoquant certaines chanteuses des années soixante à même de vanter les mérites de friandises lubriques avec un premier degré non feint. Mais il y a en parallèle la musique électro rock lancinante qui offre des sonorités plus 80’s au rendu. Leur tube Donne-moi sonne ainsi comme la version 2.0 de certains tubes de Lio composés par Jacno (même s’il faut bien l’admettre, ils n’arrivent pas encore à la cheville du fantastique Amoureux solitaires !). Le jeu sur les voix, faussement nonchalantes et langoureusement sensuelles, confère à certains titres un côté tendrement décalé, comme sur le duo Attends, entre Laetitia (la chanteuse du groupe) et Julien (le guitariste). Âgée de maintenant deux ans et demi, la formation commence à se faire connaître dans la région. En 2009, ils avaient ainsi participé à la "Cuvée Grenobloise" de Dynamusic. A voir ce que tout ça donne en live, même si aux premiers abords, par l’écoute de certains live sur leur myspace, le côté rétro-pop semble s’effacer sur scène au profit d’un lissage plus chanson. On espère avoir mal entendu.
AM
Lundi 21 à 19h30, place Saint-André (Grenoble)

Initiales BB
Si la programmation de la fête de la musique est plus imposante à l’intérieur des remparts séparant Grenoble de ses extensions (oui, son agglomération), certains morceaux de choix se produiront bien hors de ces frontières, en se payant même le luxe pour quelques uns de bouder la bonne date et avancer les festivités à une soirée plus appropriée. Tel est le cas pour le passage du Burkina bé Bebey Prince Bissongo, qui viendra nous enchanter avec deux jours d’avance sur l’été. On adore sa ballade Balandon : percussions légères, sonorités jazzy-world fleurant bon le sable promis pour bientôt aux estivants. Sans être un adepte du genre, on peut se retrouver très facilement emballé par l’ambiance créée par ce musicien génial et chanteur à la voix rassurante, qui a déclaré avec une modestie appréciable dans une interview donnée à un journal Burkina bé : « Il y a des moments où rien ne m’inspire, alors qu’à d’autres, l’inspiration vient comme une “pluie”. » Une constante exprimée avec une naïve poésie qui nous plaît, et souligne l’authenticité patente des ses différents morceaux.
LG
Bebey Prince Bissongo
Le samedi 19 juin à 20h30 à l’Espace Paul Jargot (Crolles)
Le vendredi 25 juin à 20h à La Chaufferie (Grenoble)

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