Les Rencontres d'après minuit

ECRANS | De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider, Éric Cantona…

Christophe Chabert | Vendredi 8 novembre 2013

Au prix du foutage de gueule 2013, il y aura photo finish entre La Fille de nulle part, Les Coquillettes, La Fille du 14 juillet, Tip Top et ces Rencontres d'après minuit, d'une nullité tout aussi abyssale quoique pour des raisons différentes. Ici, une partouze organisée dans un lieu mystérieux (une maison hi-tech au milieu d'une forêt enneigée) vire plutôt à la branlette mentale, chaque personnage –   «L'Étalon», «La Chienne», «La Star»… – exposant son passé dans une logorrhée verbale qui a le redoutable inconvénient d'être particulièrement mal écrite.

Parfois, c'est comique, mais on ne sait pas si c'est voulu – Canto qui parle longuement de sa «queue», avant de déballer la marchandise, l'horripilant Nicolas Maury en mauvaise copie de Copi… ; souvent, c'est insoutenable de prétention, notamment la dernière demi-heure, qui figure un potentiel équivalent auteuriste d'Ed Wood ou de son clone français Jean Rollin.

En même temps, Yann Gonzalez ne fait que reproduire ce qu'on a l'habitude de voir dans le mauvais théâtre subventionné, et sa mise en scène, statique et plate, scénographiée mais jamais filmée, le souligne sans équivoque. Soit une certaine idée de l'avant-garde d'il y a quarante ans ou, si vous préférez, de la ringardise absolue.

Christophe Chabert


Les Rencontres d'après minuit

De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider...

De Yann Gonzalez (Fr, 1h32) avec Kate Moran, Niels Schneider...

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Au cœur de la nuit, un jeune couple et leur gouvernante travestie préparent une orgie. Sont attendus La Chienne, La Star, L’Etalon et L’Adolescent.


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"Les Choses qu’on dit, les choses qu’on fait" : pas sages à l’acte

ECRANS | ★★★★☆ De Emmanuel Mouret (Fr., 2h02) avec Camélia Jordana, Niels Schneider, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

C’est l’histoire de plusieurs histoires d’amour. Celles que Maxime raconte à Daphné, la compagne de son cousin François ; celles que Daphné raconte à Maxime. Et qu’advient-il lorsqu’on ouvre son cœur sur ses peines et ses joies sentimentales ? On finit par se rapprocher… Emboîtant et mélangeant les récits-souvenirs de ses protagonistes (à l’image de son délicat Un baiser s’il vous plaît), abritant un sacrifice amoureux absolu (comme le très beau Une autre vie) ; accordant aux jeux de langues et à la morale un pouvoir suprême (dans la droite ligne de Mademoiselle de Joncquières), ce nouveau badinage mélancolique d’Emmanuel Mouret semble une synthèse ou la quintessence de son cinéma. Jadis vu comme un héritier de Rohmer, le cinéaste trouve ici en sus dans la gravité sentimentale des échos truffaldiens ; son heureux usage de l’accompagnement musical (ah, Les Gymnopédies !) lui conférant une tonalité allenienne. Malgré le poids de ces références, ce que l’on apprécie à l’écran est bel et bien du Mouret et l’on en redemande.

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Un amour impossible" : Christine Angot réussit bien à Catherine Corsini

ECRANS | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le "roman autobiographique" (on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique) de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui, si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose où le comportement déviant du héros est "expliqué", marque surtout la

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"Un couteau dans le cœur" : il a bon dos le cinéma bis

ECRANS | de Yann Gonzalez (Fr, 1h42) avec Vanessa Paradis, Nicolas Maury, Kate Moran…

Vincent Raymond | Lundi 25 juin 2018

Productrice de séries Z porno gay, Anne (Vanessa Paradis) digère mal sa rupture avec Loïs (Kate Moran), sa monteuse. À ses finances déclinantes s’ajoute une épidémie de meurtres sanglants ravageant son équipe, laissant indifférente la police en cette fin des années 1970. Pourtant, Anne s’obstine à tourner… Copains comme cochons, les cinéastes Yann Gonzalez et Bertrand Mandico ont biberonné aux mêmes sources filmiques et partagent le désir de fabriquer un cinéma pétri de leurs références esthétiques. Mais quand le second, réalisateur des récents Garçons sauvages, bricole un univers cohérent et personnel où affleure un subtil réseau d’influences savamment entremêlées, le premier, à qui l'on doit ce Couteau dans le cœur produit un bout-à-bout de séquences clinquantes et boiteuses se réfugiant derrière l’hommage à Dario Argento, Jess Franco, Jean Rollin (qui sais-je encore parmi les vénérables du genre horifi

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Petit "Diamant noir" pour Arthur Harari

ECRANS | de Arthur Harari (Fr., 1h55) avec Niels Schneider, August Diehl, Hans Peter Cloos…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Petit

Un cadre réputé prestigieux et impénétrable (le monde dynastique des diamantaires d’Anvers), de la spoliation d’héritage, des truands, un cousin épileptique, une thésarde boxeuse, un négociant indien prêchant le jaïnisme, une bonne vengeance des familles bien remâchée, des cas de conscience en veux-tu en voilà et une séquence d’ouverture sanglante… Pour son premier long-métrage, Arthur Harari avait suffisamment d’éléments attrayants en mains pour signer un thriller original ou, à tout le moins, vif. Sauf qu’il a dû égarer en cours de route sa notice de construction. Cela reste dépaysant pour qui aime entendre causer flamand ou allemand, même si l’on attendait davantage des personnages et surtout du rythme, rivalisant ici en tonus avec un ressort distendu…

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Le Cœur régulier

ECRANS | de Vanja d’Alcantara (Fr./Bel., 1h30) avec Isabelle Carré, Jun Kunimura, Niels Schneider…

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Le Cœur régulier

D’un certain point de vue, Vanja d’Alcantara signe une adaptation conforme au roman d’Olivier Adam, Le Cœur régulier étant l’un de ses ouvrages les plus dépouillés, sinistres (sur ce point, il y a débat, car chaque nouveau livre de l’auteur de Je vais bien ne t’en fais pas rebat les cartes) et pour tout dire rébarbatifs, le film en découlant se révèle d’un intérêt chétif. Épure à la nippone ? Admettons, au risque de tomber dans le cliché. Or, justement, Le Cœur régulier-film ressemble à une biennale de la photographie tant il en accumule : contemplation, caméra à hauteur de tatami, mutisme éloquent, jeune écolière en uniforme délurée (comprenez : qui va se dénuder), Isabelle Carré grave dans l’attente d’une illumination intérieure, puis Isabelle Carré dégageant une sérénité irénique de chrétienne pour chromo sulpicien… Ce drame assourdissait par les mots sur papier, il indiffère sur écran. VR

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Les Rois du monde

ECRANS | De Laurent Laffargue (Fr., 1h40) avec Sergi López, Céline Sallette, Éric Cantona, Romane Bohringer…

Vincent Raymond | Mardi 22 septembre 2015

Les Rois du monde

Jeannot Sanchez est du genre sanguin : il a passé du temps en prison pour avoir tranché à la hache les doigts d’un type qui s’était égaré sur l’épaule de sa compagne Chantal. Mais comme pendant son incarcération, Chantal s’est mise en ménage avec Jacky, le boucher du coin, Jeannot s’emploie à la reconquérir. À sa manière taurine et anisée… Derrière sa bonhomie coutumière, on avait presque oublié le Sergi López inquiétant de Harry, un ami qui vous veut du bien (2000), capable d’une animalité furieuse et ravageuse. Avec Les Rois du monde, Laurent Laffargue se fait fort de nous rafraîchir la mémoire dans ce film étrange qui, s’il se nourrit volontiers d’un pittoresque local (Casteljaloux, dans le Sud-Ouest de la France), ne saurait se réduire à de la « gasconnerie » folklorique. Car c’est tout un climat qu’il suscite et ressuscite, rappelant ce cinéma des années quatre-vingt en travaillant la pesanteur atmosphérique rurale comme un personnage (L’Été meurtrier, 37°2 le matin ou L’Été en pente douce). Quant aux « rois » de ce monde, ce sont en réalité de petits seigneurs dérisoi

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Switch

ECRANS | De Frédéric Schoendoerffer (Fr, 1h40) avec Karine Vanasse, Eric Cantona…

François Cau | Jeudi 30 juin 2011

Switch

Frédéric Schoendoerffer n'a honte de rien. Pas de s'acoquiner avec Jean-Christophe Grangé au scénario (encore que), mais de rempiler pour un énième thriller référencé. Très sérieux, comme toujours, l'auteur de Truands convoque du lourd avec Switch, allant chercher Hitchcock (pour le film de machination) et Jason Bourne (pour l'action et la reconquête de l'identité volée). Mais quand Frédo pousse sa caméra dans les escaliers, façon Greengrass, en collant ici au cul de Cantona (pas mauvais), l'image tremble, ça se voit, et c'est tout. Tout le problème du maniériste est là : il imite en vain. Et l'intrigue ? Du Grangé : la vengeance d'un bébé éprouvette qui, élevé par une mère dans l'art contemporain, dégomme ses parents biologiques. Nul. Jérôme Dittmar

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