"Hostiles" : le western bouge encore

ECRANS | de Scott Cooper (ÉU, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi…

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

Photo : ©Metropolitan Filmexport


1892. Peu avant de quitter l'armée, le capitaine Blocker se voit confier une ultime mission : escorter sur ses terres sacrées le chef Yellow Hawk moribond et les siens. Or Blocker, vétéran des guerres indiennes, hait les Cheyennes. Au terme d'un voyage agité, il révisera ses opinions.

Le western constitue plus qu'un genre cinématographique : une merveilleuse éponge, s'imprégnant davantage de son contexte de tournage que de l'époque qu'il est censé dépeindre. Ainsi, le 1892 vu par le réalisateur Scott Cooper en dit-il long sur 2018 et l'approche de plus en plus ouvertement nuancée d'Hollywood vis-à-vis de la "conquête de l'Ouest". La représentation manichéenne, historiquement biaisée, du "gentil pèlerin propre sur lui face au vilain sauvage" a ainsi été rectifiée depuis les années 1970 (avec notamment Soldat Bleu et Little Big Man) ; et la terminologie elle-même a changé : les pionniers sont devenus des colons et les Indiens, des Amérindiens. Ceux-ci ne sont plus considérés comme des masses informes, mais en tant qu'individus organisés en peuple, aptes à agir indépendamment.

Décrivant un long chemin (au sens propre vers le Montana, métaphorique vers la fraternisation), Hostiles brosse dans le format canonique du genre, le CinemaScope, la naissance d'une paix inéluctable au fil d'alliances de raison puis de choix : la confiance menant à l'amitié, et le devoir au pardon, en particulier grâce à la puissance de résilience d'une victime de razzia (superbe composition de Rosamund Pike, d'ailleurs superbement ignorée par les Oscars). Cette fresque épique renforce le mythe américain parce qu'elle montre justement la capacité de ses citoyens à surmonter leurs errements passés et à défendre la justice contre la force. On peut s'arrêter à une lecture patriotique d'une nation à l'infaillibilité papale, ou voir plutôt une exhortation à aller encore plus loin dans le progressisme. On y souscrit volontiers.


Hostiles

De Scott Cooper (ÉU, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike...

De Scott Cooper (ÉU, 2h13) avec Christian Bale, Rosamund Pike...

voir la fiche du film


En 1892, un légendaire capitaine de l'armée américaine accepte à contrecœur d'escorter un chef de guerre Cheyenne et sa famille, désireuses de retourner sur leurs terres tribales. Sur le chemin, qui va les emmener du Nouveau Mexique au Montana, ils doivent faire preuve de solidarité pour survivre à l'environnement et aux tribus Comanche qu'ils rencontrent, en compagnie d'une veuve dont la famille a été assassinée.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Serge Papagalli : « Il n'y a pas d'humour intéressant sans tragique »

Théâtre | Pour célébrer ses 50 ans de carrière, le comédien, metteur en scène et auteur Serge Papagalli, comique dauphinois par excellence, propose un western-spaghetti de 2h20 avec, à ses côtés, 13 comédiennes et comédiens de la scène grenobloise qui lui sont fidèles. Avant la première de cet intrigant "Western !" mardi 13 octobre sur la scène de la MC2 (et la tournée iséroise qui suivra), on lui a posé quelques questions.

Aurélien Martinez | Mardi 6 octobre 2020

Serge Papagalli : « Il n'y a pas d'humour intéressant sans tragique »

Fêter ses 50 ans de scène, ça doit être vertigineux ! Serge Papagalli : Ce n’est pas anodin, en effet. Ça peut même être vertigineux, certes, mais comme j’ai fait un peu d’escalade dans ma jeunesse, je me cramponne aux rochers pour tenir ! Plus sérieusement, disons que quand on démarre dans ce métier à hauts risques, surtout à l’époque où j’ai commencé, on le fait avec passion, sans calcul et donc sans savoir réellement où l’on va. Être encore vivant après ce demi-siècle de théâtre, c’est génial ! Quand vous vous retournez sur ces 50 ans de carrière, que vous dites-vous ? Vous en êtes fier ? Vous avez des regrets ? Bien sûr que j’en suis fier, surtout que je suis encore là comme on le disait, avec un public toujours aussi fidèle. C’est incroyable ! Après, puisqu’on parle de regrets, je pense à l’époque où nous étions à Paris au début des années 1980. J’avais 33-34 ans, le Café de Gare était plein, des gens comme Patrice Leconte venaient nous voir sans qu’on ait un attaché de presse qui s’en occupe, nous faisions l’Olympia, je remplaçais Desproges sur France Inter dans Le Tribunal des flagrants d

Continuer à lire

Marjane Satrapi : « L’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

Interview | On ne peut s’empêcher de voir des similitudes entre la figure de Marie Curie et celle de Marjane Satrapi. La cinéaste bouscule l’image d’Épinal en signant un portrait non pas de la seule scientifique, mais également du rayonnement de ses découvertes. Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Marjane Satrapi : « L’art est une recherche de la vérité à travers le prisme de la beauté »

À l’instar de Flaubert parlant de Madame Bovary, pouvez vous dire que cette Madame Curie, c’est un peu vous ? Marjane Satrapi : C’est un génie auquel je ne peux me comparer, mais que je comprends très bien. On est arrivées à Paris au même âge pour pouvoir réaliser ce que l’on ne pouvait pas faire chez nous. Je comprends donc sa difficulté d’être une immigrée parlant français avant de venir en France. Comme elle, aussi je ne cherche pas à plaire à tout le monde — je m’en fous, en fait. J’apprécie tout particulièrement ça chez elle, et le fait qu’elle ne soit pas quelqu’un de parfait. Je n’ai pas voulu en faire une héroïne, c’est-à-dire l’image parfaite de la femme merveilleuse, parce qu’elle n’était pas toujours commode. C’était un être humain avec ses imperfections ! Au-delà de l’album de Lauren Redniss, comment avez-vous déterminé ses contours ? Il y avait évidemment les biographies, les historiens, mais chacun donne son interprétation de l’histoire. Pour moi, on a la perception la plus corre

Continuer à lire

"Radioactive" : brillante fusion

ECRANS | Évocation indirecte des lois de l’attraction et du magnétisme, "Radioactive" dépeint simultanément les atomes crochus entre Pierre et Marie Curie, ainsi que les propriétés de ceux qu’ils mirent en évidence. De la science, des frictions et le regard de Marjane Satrapi.

Vincent Raymond | Mardi 10 mars 2020

Paris, aube du XXe siècle. Jeunes scientifiques assoiffés de savoir, Marie Skłodowska et Pierre Curie s’allient au labo comme à la ville pour percer le mystère de la radioactivité. De cette union naîtront deux enfants et d’inestimables découvertes, des Prix Nobel, ainsi qu’une certaine jalousie teintée de haine xénophobe et machiste, Marie étant polonaise… Aux premières images de Radioactive montrant Madame Curie au soir de sa vie s’effondrant et se remémorer son existence par flash-back façon Les Choses de la vie, on s’inquiète un peu. Marjane Satrapi aurait-elle succombé à cette facilité du biopic hagiographique, ces chromos animés surglorifiant des célébrités ? Heureusement, non : la Madame Curie dont elle tire ici le portrait en s’inspirant du roman graphique de Lauren Redniss va se révéler bien différente des images déjà connues : moins fofolle que celle vue par Jean-Noël Fenwick (Les Palmes de M. Schutz), plus nuancée que la Femme honorable de Françoise Giroud ; bref, complexe et vivante, loin de la statufication. Têtue et pa

Continuer à lire

"Le Mans 66" : the mans of Le Mans

Cinema | De James Mangold (É.-U., 2h33) avec Matt Damon, Christian Bale, Jon Bernthal…

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Seul Américain à avoir remporté Le Mans, Carroll Shelby s’est reconverti dans la vente de voitures. Quand Henry Ford junior fait appel à lui pour construire la voiture capable de détrôner Ferrari, il saute sur l’occasion. D’autant qu’il connaît le pilote apte à la conduire : l’irascible Ken Miles… L’actualité a de ces volte-face ironiques… Sortant précisément au moment où le mariage PSA-Fiat (Chrysler) vient d’être officialisé, Le Mans 66 débute par la fin de non recevoir de Ferrari de s’allier à Ford, l’indépendante Scuderia préférant assurer ses arrières dans le giron de Fiat. Un camouflet, une blessure narcissique qui va précipiter l’industriel de Détroit dans une lutte orgueilleuse avec en ligne de mire la couronne mancelle. Est-ce de l’émulation (puisqu’il y a un enjeu technologique pour les deux sociétés en lice) ou bien la traduction d’un complexe psychologique de la part de leurs dirigeants ? On ne manquera pas de faire un lien avec la conquête

Continuer à lire

James Mangold : « "Le Mans 66" est un film dramatique adulte, pas un film pop corn »

ECRANS | Après sa parenthèse Marvel (et le tranchant "Logan"), James Mangold revient à un biopic et aux années soixante avec cette évocation d’une "course" dans la plus prestigieuse des courses automobiles, Le Mans. Interception rapide lors de son passage à Paris.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

James Mangold : «

La quête du Mans par Ford ressemble beaucoup à la quête de la Lune par la Nasa à la même époque. Avez-vous l’impression d’avoir fait un film d’astronautes sur la route ? Quelle était la dimension symbolique qu’avait la course du Mans ? James Mangold : Je pense que pour Ford, gagner Le Mans revenait à se prouver quelque chose. La conquête de la Lune était en effet aussi une compétition, puisqu’il fallait arriver les premiers sur la Lune, en particulier avant les Russes. Le film essaie de montrer que gagner une course, c’est bien plus qu’une victoire de coureur automobile : c’est aussi celle de l’amitié, de l’équipe et d’une marque. Quel est votre rapport aux voitures ? J’ai un Land Rover. Les voitures, ce n’est pas l’alpha et l’omega pour moi. Mais le XXe siècle a été défini par la voiture ; elle a changé nos vies. À une époque, chaque homme ou femme possédait son propre cheval, sa propre monture pour aller où bon lui semblait. Ford est arrivé en faisant que la voiture soit abordable pour tous. Ensuite, ça a été le règne des autoroutes. Même aujourd’hui, quand on entre dans ces boîte de mé

Continuer à lire

Adam McKay : « Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre Dick Cheney »

ECRANS | Biopic pop d’un politicien matois peu bavard, "Vice" approche avec une roublarde intelligence et un judicieux second degré le parcours du terrible Dick Cheney. Nous avons rencontré son auteur à Paris, ainsi qu'Amy Adams, l’interprète de Lynne Cheney. Et nous les avons fait parler…

Vincent Raymond | Lundi 18 février 2019

Adam McKay : « Il me fallait un regard un peu de côté pour comprendre Dick Cheney »

Après le 11 septembre, étiez-vous conscient de la politique manipulatrice de Cheney ? Adam McKay : Franchement, non. Ça n’a été qu’au moment de l’invasion de l’Irak que, soudain, il y a eu une prise de conscience que quelque chose n’allait pas, qu’une riposte n’était pas justifiée. Nous avons participé à toutes les grandes manifestations de protestation, mais il a fallu près de deux ans pour que nous puissions réagir. Adam, vous dites en ouverture du film que les renseignements sur Cheney ont été difficiles à trouver. Comment avez-vous procédé ? AMcK : Au départ, notre équipe de chercheurs a exploré tout le corpus "cheneyen" existant : tous les livres officiels, les interviews disponibles sur sa vie et son travail politique – ça ne manquait pas ! Une fois ce travail accompli, on a recruté nos propres journalistes qui sont allés faire des enquêtes sur les coulisses, à la rencontre de toutes ces personnes qui ont eu, à un moment ou un autre, affaire à

Continuer à lire

"Vice" : au cœur du pourri

ECRANS | En général, la fonction crée l’organe. Parfois, une disposition crée la fonction. Comme pour l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, aux prérogatives sculptées par des années de coulisses et de coups bas, racontées ici sur un mode ludique par Adam McKay. Brillant et glaçant.

Vincent Raymond | Mardi 12 février 2019

Le fabuleux destin d’un soûlard bagarreur troquant, après une cuite de trop et les admonestations de son épouse, sa vie de patachon pour la politique. D’abord petite main dans l’administration Nixon, l’insatiable faucon parviendra à devenir le plus puissant des vice-présidents étasuniens… Reconnaissons à Hollywood ce talent que bien des alchimistes des temps anciens envieraient : transformer la pire merde en or. Ou comment rendre attractive, à la limite du grand spectacle ludique, l’existence d’un individu guidé par son intérêt personnel et son goût pour la manipulation occulte. C’est que Dick Cheney n’est pas n’importe qui : un type capable d’envoyer (sans retour) des bidasses à l’autre bout du monde lutter contre des menaces imaginaires histoire d’offrir des concessions pétrolières à ses amis, de tordre la constitution à son profit, de déstabiliser durablement le globe peut rivaliser avec n’importe quel méchant de franchise. Il est même étonnant que le réalisateur Adam McKay

Continuer à lire

Otages à Entebbe : vol suspendu

ECRANS | de José Padilha (G.-B., 1h47) avec Daniel Brühl, Rosamund Pike, Eddie Marsan…

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

Otages à Entebbe : vol suspendu

1976. Convergence des luttes terroristes : des membres du Front populaire de libération de la Palestine reçoivent le soutien de gauchistes allemands des Cellules révolutionnaires afin de détourner un vol Athènes-Tel Aviv vers l’Ouganda et de protester contre la politique israélienne… À certains égards, le réalisateur brésilien José Padhila signe ici une double reconstitution historique. Il fabrique un "film d’époque" assez convaincant avec ses coupes de vêtements ajustées et ses cheveux gras seventies. Dans le même temps, il renoue avec ces euro-puddings qui faisaient jadis florès sur les écrans : des coproductions internationales causant dans une langue véhiculaire (donc l’anglais), farcies de stars représentant chacun des pays contributeurs. Douce aberration, qui nous donne ici à entendre Yitzhak Rabin et Shimon Peres échanger dans l’idiome de Churchill – l’un des deux interprètes étant britannique. Pas rédhibitoire, mais légèrement contrariant. Cela étant dit, Otages à Entebbe a le mérite d’ouvrir une brèche en abordant un événement peu relaté, et dévoile quelques rouages de la mécanique du Cabinet israélien. Bie

Continuer à lire

"HHhH" : oh, un nouvel euro-pudding

ECRANS | de Cédric Jimenez (Fr., 2h00) avec Jason Clarke, Rosamund Pike, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Allemagne, 1931. Radié de la marine pour une affaires de mœurs, Reinhard Heydrich épouse Lina von Osten et avec elle le nazisme. Il créera pour Himmler un service de renseignements, puis les Einsatzgruppen (unités de police politique militarisées du IIIe Reich) et théorisera la Solution finale avant de périr en 1942 dans un attentat. Le roman de Laurent Binet HHhH (pour, en allemand, "Himmlers Hirn heißt Heydrich" ; soit en français "le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich") fait partie de ces ouvrages qu’une adaptation cinématographique condamne immanquablement au nivellement par la médiocrité, au sens propre du terme. Les contraintes budgétaires sont telles qu’il faut accumuler les coproductions (donc les concessions) quitte à édulcorer les audaces narrative et/ou artistique. Avec sa distribution internationale et sa version originale anglophone, HHhH renvoie à ces "euro-puddings" qui faisaient l’ordinaire des années soixante-dix. Cédric Jimenez, qui avait déjà montré son attachement à cette période dans La French, tente d’en limiter la fatale pesanteur grâce à une construction non strictement linéaire, histoire

Continuer à lire

"Western Colors" : sur la route avec Bernard Plossu

Rencontre | Le photographe sera jeudi 8 décembre à la librairie Le Square pour évoquer son dernier livre de photographies. Une grande réussite.

Charline Corubolo | Mardi 6 décembre 2016

Dans ses photographies, à l’instar du roman Sur la route de Jack Kerouac, soufflent un vent de liberté et une poésie que seul le photographe a su saisir dans la beauté banale du paysage. Le Français Bernard Plossu, né en 1945, fait partie de cette génération beatnik, piquée par l’irrépressible envie de goûter le monde. Pendant ses études à Paris, il s’initie à la photographie lors d’un voyage au Sahara avec son père en 1958. Le virus photographique ne le quittera plus. Au gré de ses expéditions, il rapporte des témoignages visuels allant au-delà du reportage, véritables expériences plastiques où la sensation vibre sur le papier. Connu pour son travail en noir et blanc, le photographe danse souvent dans la couleur : pour preuve les clichés de l’exposition Western Colors présentée lors des dernières Rencontres d’Arles. Après deux décennies à vivre aux États-Unis, Bernard Plossu livre une vision douce de cette Amérique du sud-ouest, entre grands espaces et ambiance western sur lesquels le grain de la matière dépose un film authentique qui creuse la profondeur du temps. Rencontre avec Bernard Plossu

Continuer à lire

Sept extra !

ECRANS | Le film de John Sturges, qui a véritablement lancé la carrière de Steve McQueen en 1960, ouvre ce mercredi à la Salle Juliet Berto un cycle baptisé "En route vers l’Ouest". Merci le Ciné-Club de Grenoble !

Vincent Raymond | Dimanche 3 janvier 2016

Sept extra !

Avant de voir Les Huit Salopards de Tarantino, en salle mercredi, les amateurs de six-coups galoperont vers la salle Juliet Berto, où le Ciné-Club de Grenoble entame le cycle "En route vers l’Ouest". Et pour ouvrir ce pèlerinage, on aura droit à un monument de l’âge d’or du western, datant de cette époque où les Hawks, Ford et Wellman achevaient leur carrière, laissant place à une nouvelle génération intégrant Leone, Eastwood, Siegel, Peckinpah… Faisant la liaison entre ces deux ères, John Sturges dresse un pont entre l’Ouest américain et le Pays du Soleil levant en signant en 1960 Les Sept mercenaires. Volontiers considérée comme canonique dans le genre western, cette œuvre d’anthologie se trouve en effet être le remake, ou plutôt la transposition, des 7 samouraïs (1954) de Kurosawa. Rien d’étonnant à cela : "rōnins" et cow-boys solitaires sont des cousins proches (voyez le Yojimbo de Kurosawa et le Shane

Continuer à lire

Exodus : gods and kings

ECRANS | Ridley Scott réussit là où Darren Aronofsky avait échoué avec "Noé" : livrer un blockbuster biblique où la bondieuserie est remplacée par un regard agnostique et où le spectacle tient avant tout dans une forme de sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

Exodus : gods and kings

2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. L'écrivain Emmanuel Carrère dans Le Royaume, le cinéaste Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’arme du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse now), Moïse (Chris

Continuer à lire

Gone Girl

ECRANS | Film à double sinon triple fond, "Gone Girl" déborde le thriller attendu pour se transformer en une charge satirique et très noire contre le mariage. Et permet ainsi à David Fincher de compléter une trilogie sur les rapports homme / femme après "The Social Network" et "Millenium". Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 7 octobre 2014

Gone Girl

Dans le commentaire audio de The Game, David Fincher affirme qu’il avait tourné là son dernier film pensé pour le soir de sa « première ». Tournant majeur qui consiste à ne plus vouloir scotcher le spectateur sur son siège par une succession d’effets de surprise, mais à s’inscrire dans un temps plus long où le film gagnerait en profondeur et en complexité, révélant à chaque vision de nouvelles couches de sens. C’est ce qui a fait, en effet, le prix de Fight club, Zodiac et The Social Network. Gone Girl, cependant, a les apparences du pur film de « première » : le calvaire de Nick Dunne, accusé de la disparition de sa femme le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, repose sur un certain nombre de retournements de situations importés du roman de Gillian Flynn qu’il convient de ne pas révéler si l’on veut en préserver l’efficacité. La matière est donc celle d’un bon thriller psychologique : un écrivain raté et falot est transformé en coupable idéal par des médias avides de

Continuer à lire

Jack Reacher

ECRANS | Très bonne surprise que cette série B qui tente de lancer Tom Cruise en nouveau justicier dans la ville, avec derrière la caméra Christopher MacQuarrie, qui montre qu’il connaît ses classiques et sait même, à l’occasion, en offrir de brillantes relectures. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 2 janvier 2013

Jack Reacher

Le film de justicier (ou vigilante movie) est un genre cinématographique qui demande au spectateur de laisser son idéologie au vestiaire, si tant est du moins qu’elle penche plus à gauche qu’à droite. En effet, le programme basique du genre consiste à : 1) montrer l’impuissance de la police et des institutions à rendre justice aux victimes ; 2) trouver une solution parallèle en la personne d’un homme solitaire, citoyen lambda ou militaire / policier en délicatesse ou en retraite de sa hiérarchie ; 3) le laisser zigouiller en toute impunité gangsters, flics ou juges corrompus ainsi que tout ce qui se présente comme un obstacle à l’accomplissement de sa mission. Jack Reacher applique méthodiquement les règles, lançant ainsi une franchise très claire où Tom Cruise ferait figure de Charles Bronson du XXIe siècle, en plus séduisant  — il bouge une paupière, toutes les filles tombent sous son charme ; c’est quasiment un running gag du film. Série Bien Première bonne décision de Christopher MacQuarrie, scénariste de Usual suspects dont le précédent Way of the gun avait laissé le souvenir d’un film archi-complaisant

Continuer à lire

The Dark knight rises

ECRANS | La très attendue conclusion de la trilogie imaginée par Christopher Nolan pour donner au personnage de Batman une ampleur sombre et contemporaine n’égale pas le deuxième volet, impressionnante dans sa part feuilletonesque, décevante sur son versant épique. Christophe Chabert

Aurélien Martinez | Mardi 14 août 2012

The Dark knight rises

Thèse, antithèse, synthèse. En bon cinéaste cérébral qu’il est, c’est ainsi que Christopher Nolan a conçu sa trilogie du chevalier noir dont ce dernier volet, qui en montre «l’ascension», fonctionne ainsi sur un système de reprises, croisements, répétitions, boucles et rimes, tous esquissés dans les deux opus précédents. Dans Batman begins, Nolan décrivait la naissance de son héros, gosse de riche orphelin devenu nomade paumé et bastonneur, puis recruté par la ligue des ombres qui l’instrumentalisait pour en faire un justicier nettoyant les rues de Gotham city de ses criminels et chassant la corruption qui gangrène ses élites. Ayant choisi l’ordre plutôt que l’anarchie, il devait faire face dans The Dark knight à ses doubles monstrueux, jusqu’à endosser le rôle d’ennemi public numéro un pour préserver une paix chèrement acquise. Nolan avait donc fait de Batman une figure réversible mais cohérente, celle d’une justice parallèle qui vient combler tous les vides de la démocratie, en édifiant un «mensonge» utile pour garantir son fonctionnement. Voici donc The Dark knight rises qui commence huit ans plus tard, et où Bruce Wayne vit reclus, solitair

Continuer à lire

Qui es-tu, le western ?

ECRANS | Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le (...)

François Cau | Mercredi 16 février 2011

Qui es-tu, le western ?

Genre / Donné pour mort après le passage de Sergio Leone et de Sam Peckinpah, le western reste un genre populaire, un film venant à intervalles réguliers le rappeler en faisant un carton au box office et en remportant une moisson d’oscars. Mais c’est aussi un genre atomisé, allant du néo-classique au maniérisme, du conservatisme au «révisionnisme». Quatre ans après l’échec cinglant du western marxiste de Cimino La Porte du paradis, Clint Eastwood tourne Pale Rider (1985), tentative crédible de réinscrire le genre dans son histoire — entre Ford et Leone. Le succès pousse d’autres cinéastes à s’engager dans cette voie, mais les conduit surtout à une distance ironique avec les codes : le troisième Retour vers le futur (1990) et les deux volets de Young guns (1988 et 1990) sont des westerns fétichistes et décalés. Seul Kevin Costner avec son triomphal Danse avec les loups (1990) retrouve le souffle spectaculaire des grandes épopées classiques, même si le sujet du film change complètement la perspective sur la légende de l’Ouest en montrant un Yankee adopté par les Indiens. Quand Eastwood, encore lui, réalise Impitoyable (1992), o

Continuer à lire