"Amin" : Philippe Faucon et les (magnifiques) invisibles

ECRANS | Chronique de l’existence d’un travailleur sénégalais entre sa famille restée au pays et son parcours en France, "Amin" marque le retour d’un Philippe Faucon comme "dardennisé" après le triomphe de "Fatima" (César du meilleur film en 2016) dans une tranche de vie élargie à l’entourage de son personnage-titre. De l’humanisme à revendre.

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Photo : Pyramide Distribution


Ouvrier du bâtiment en France, Amin rentre rarement au Sénégal pour voir sa famille. Vivant en foyer, son horizon se limite à ses voisins, partageant le même quotidien. Lors d'un chantier chez un particulier, Amin est entrepris par Gabrielle, la propriétaire des lieux. Une liaison commence...

Samia, Fatima et maintenant Amin. Les titres de Philippe Faucon annoncent en toute transparence leur ambition programmatique : raconter des histoires à hauteur humaine. Ce qui peut sembler infime s'avère a contrario d'une insondable richesse, puisque ses films dévoilent des personnages-mondes en marge des récits communs, dont les existences sont autant dignes d'être contées que celles, au hasard, de profs neurasthéniques du XVe arrondissement parisien.

De fait, Amin mène plusieurs vies simultanées, entre le monde "d'ici" (celui de l'expatriation par nécessité où il s'acquitte dans une discrétion prudente de ses tâches) et le "là-bas", où ses salaires lui permettent d'être considéré comme un bienfaiteur. Une vie en yoyo, cyclique (le film s'ouvre et se clôt par une image quasi identique, insistant sur la répétitivité mécanique des choses ), singulière et représentative de mille autres.

Amin, Abdelaziz, Gabrielle et les autres…

Tout à la fois individu à part entière et symbole, Amin est aussi un passeur dans le récit, "activant" à chacune de ses rencontres d'autres existences, dont on suit par contiguïté les problématiques propres : la femme d'Amin se révoltant contre un beau-frère trop "protecteur" ; son collègue Abdelaziz condamné à une retraite dérisoire après une carrière au black, ou l'ex et la fille de Gabrielle, assumant mal cette relation socialement transgressive. Loin de faire catalogue ou millefeuille, cet éventail de situations densifie le réalisme, offrant à Amin ce qui manquait hélas au Samba (2014) de Nakache & Toledano.

On regrettera toutefois le choix de l'affiche focalisant l'attention (et l'attente du public) sur un seul épisode du film : la relation entre l'ouvrier noir et la femme blanche. Certes, elle constitue un moment fort, mais il serait trompeur d'y réduire Amin, qui n'est pas plus la réactualisation de Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder qu'un remake inversé du Romuald et Juliette de Coline Serreau ! Concession maladroite à la réclame permettant "d'exposer" la star Emmanuelle Devos, cette image-contresens simpliste est la seule fausse note dans la partition complexe de ce film-fable.

Amin
de Philippe Faucon (Fr, 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Fantine Harduin…


Amin

De Philippe Faucon (Fr, 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos...

De Philippe Faucon (Fr, 1h31) avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos...

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Amin est venu du Sénégal pour travailler en France, il y a neuf ans. Il a laissé au pays sa femme Aïcha et leurs trois enfants. En France, Amin n’a d’autre vie que son travail, d’autres amis que les hommes qui résident au foyer. Aïcha ne voit son mari qu’une à deux fois par an, pour une ou deux semaines, parfois un mois. Elle accepte cette situation comme une nécessité de fait : l’argent qu’Amin envoie au Sénégal fait vivre plusieurs personnes. Un jour, en France, Amin rencontre Gabrielle et une liaison se noue. Au début, Amin est très retenu. Il y a le problème de la langue, de la pudeur. Jusque-là, séparé de sa femme, il menait une vie consacrée au devoir et savait qu’il fallait rester vigilant.


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"Le Discours" : tu parles ? Tu parles !

ECRANS | C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, (...)

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

C’est l’histoire d’un énième repas de famille auquel Adrien assiste alors que son esprit divague. Car la seule chose comptant pour lui à ce moment précis, c’est que Sonia réponde à son SMS. Et voilà que son futur beau-frère lui demande de faire un discours pendant la noce… Le Discours n’est pas un film, c’est du cinéma. En tout cas, une de ces propositions cinématographiques, pour reprendre le mot de Godard, qui s’amusent avec les possibilités du médium ; qui considèrent le 7e art comme la somme, la résultante, l’aboutissement ou l’évolution des précédents et surtout ne se prennent pas au sérieux. Ce qui ne les empêche pas de triturer la structure avec intelligence pour fabriquer de l’espace avec des mots et du temps avec des images ; bref créer, comme Resnais, un spectacle ludique superposé à un film mental. Tirard réussit son adaptation de Fabcaro comme on transforme un essai au rugby : il transpose cette obsession anxiogène de la répétition traversant l’œuvre de l’auteur (et bédéiste) en l’accommodant de variations oulipiennes donnant à Ben

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Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

ECRANS | À l’écran, on l’a connu odieux (Le Sens de la fête), irrésistible de drôlerie (Mon inconnue), fuyant (Antoinette dans les Cévennes) mais à chaque fois impeccable. Benjamin Lavernhe, de la Comédie Française, poursuit sur sa lancée en tenant l’affiche (et le crachoir) du Discours, adaptation ô combien cinématographique de Fabcaro par Laurent Tirard.

Vincent Raymond | Mercredi 16 juin 2021

Benjamin Lavernhe dans Le Discours : « J’aime bien causer… »

Le Discours raconte une histoire des retrouvailles différées. Or le film, d’abord annoncé pour Cannes 2020, avait été repoussé en décembre, avant d’être à nouveau décalé pour le 9 juin. Il y a là comme une mise en abyme un peu ironique et cruelle, non ? Benjamin Lavernhe : Oui, c’est vrai que c’est tragiquement drôle ; après, on peut se dire que notre personnage du Discours se plaint beaucoup, se complaît un peu ; qu’il est peut-être un peu pénible… Nous, on a eu l’impression que notre plainte, elle était légitime ; on n’a pas envie qu’elle soit vue comme nombriliste et qu'elle finisse par agacer. Comme disait Jean-Michel Ribes sur les réseaux sociaux, « la culture n’est pas au dessus du reste, mais elle existe ». Aux yeux du public, votre personnage peut passer pour nombriliste ; en réalité, c’est quelqu’un en attente et en souffrance. Une souffrance qui dévore tout le reste et que le film ne fait que retranscrire avec justesse… Oui, c’est son caractère obsédant, s

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La culture façon puzzle

Initiatives | Face à l’impossibilité pour les salles de spectacle d’accueillir du public, la Ville de Grenoble annonce, jeudi 14 janvier, une série d’animations culturelles en plein air. Et la Rampe, à Échirolles, a aussi une proposition...

Martin de Kerimel | Jeudi 14 janvier 2021

La culture façon puzzle

On se souvient que, l’été dernier, de nombreuses animations culturelles avaient été offertes à la curiosité du public, un peu partout dans les rues de Grenoble. Rebelote, en versio courte : cette fois, c’est au cours d’une fin d’après-midi que la ville va s’animer, malgré une météo incertaine et des températures frisquettes. Éclats de culture(s) : le titre de la manifestation est assez neutre et peu explicite. Musique, danse, poésie, théâtre, cinéma, clown… entre autres réjouissances annoncées, si le programme est respecté, il devrait toutefois y en avoir pour tous les goûts et dans tous les quartiers, à partir de 16h et jusqu’à 20h, heure fatidique du couvre-feu. La Ville promet qu’il sera possible de profiter de l’ensemble des propositions dans les meilleures conditions actuelles, depuis son balcon ou sa fenêtre, sur les places de marché ou à l’arrêt du tram le plus proche de chez soi. Une opportunité un peu plus alléchante que la conférence de presse de Jean Castex, programmée à 18h, et qui doit faire état des nouvelles mesures sanitaires édictées par le gouvernement – on surveillera bien sûr celles qui concernent le monde de la culture. Avec un petit regret tout de

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Caroline à Grenoble

Avant-première | Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 septembre 2020

Caroline à Grenoble

Si le festival de Cannes avait eu lieu en mai comme il se doit, on aurait vu Patrick, l’un des protagonistes du nouveau film de Caroline Vignal Antoinette dans les Cévennes, gravir les marches rouges du Palais des Festivals. Jusque là, rien d’étonnant. Sauf que si : Patrick est un âne. Certes, beaucoup d’ânes ont déjà arpenté la Croisette, mais celui-ci est un pur baudet à poil gris qui donne du fil à retordre à sa partenaire, interprétée par Laure Calamy, institutrice à la poursuite de son amant (une sorte de maîtresse au carré, si vous voulez). Caroline Vignal vous en dira davantage à l’occasion de l’avant-première qu’elle accompagne de sa présence. Mais sans âne. Ce sera jeudi 10 septembre, à 20h15, au cinéma Le Club.

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François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

Été 85 | Dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020, en compétition au Festival de San Sebastien, Été 85 séduit… Sans doute parce qu’il parle de séduction et renvoie à l’adolescence des spectateurs. En tout cas, à celle de son auteur, François Ozon. Rencontre.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

François Ozon : « Il n’y a pas une manière pour diriger les acteurs »

La réalisation de ce film a-t-elle été pour vous une manière d’exécuter un pacte que vous auriez contracté avec vous-même, lecteur de 17 ans découvrant le roman de Aidan Chambers ? François Ozon : Quand j’ai lu le livre, je n’étais pas encore cinéaste, c’est vrai, j’étais lycéen rêvant de faire du cinéma et je me suis dit que j’adorerais faire ce film, raconter cette histoire… En même temps, j’avais presque plus envie d’en être le spectateur. Peut-être que, déjà, je me sentais trop proche des personnages, je n’aurais pas été capable de raconter l’histoire. J’étais quasiment sûr d’ailleurs qu’un réalisateur comme Gus Van Sant, John Hughes ou Rob Reiner aurait pu s’en emparer et faire un teen movie à l’américaine. Mais ça c’est jamais fait. Quand j’en ai parlé à Aidan Chambers, qui a 85 ans aujourd’hui, il m’a dit que trois réalisateurs avaient essayé de l’adapter pendant toute cette période, sans succès. Après Grâce à Dieu — qui avait été un film un peu compliqué, vous vous doutez pourquoi — j’avais env

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"Abou Leila" : du sang à la dune

ECRANS | De Amin Sidi-Boumedine (Alg.-Fr., int.-12 ans, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Meriem Medjkane…

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers le sang et la folie… Il ne faut pas craindre l’épreuve de la durée ni l’errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l’histoire politique récente de l’Algérie à travers les yeux d’un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d’une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible. Bad trip au sens propre, le voyage se double d’une évocation des Algéries (pluriel signifiant, puisqu’entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé). De cett

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"Eté 85" : cherchez le garçon

ECRANS | Généalogie d’une histoire d’amour entre deux garçons à l’été 85 qui débouchera sur un crime. François Ozon voyage dans ses souvenirs et lectures d’ado et signe son Temps retrouvé. Sélection officielle Cannes 2020.

Vincent Raymond | Mardi 7 juillet 2020

Normandie, été 1985. David sauve Alexis d’un naufrage. Très vite, une amitié profonde se noue entre les deux adolescents, qui se mue en romance passionnée. Mais les amours d’été sont souvent éphémères et celle-ci débouchera sur un drame ainsi que sur un crime… Nul ne guérit jamais de son enfance et encore moins de son adolescence. L’une comme l’autre laissent une marque indélébile et invisible sous la peau adulte, pareille à une scarification intérieure. D’aucuns apprennent à apprivoiser leurs cicatrices en les caressant quand d’autres les torturent en les creusant ; tous les conservent néanmoins à portée de main. Ou d’inspiration lorsqu’il s’agit d’artistes. François Ozon ne fait évidemment pas exception. En adaptant La Danse du coucou, un roman découvert en 1985 alors qu’il avait peu ou prou l’âge des protagonistes, le cinéaste effectue une sorte “d’autobiographie divergée”. Non qu’il s’agisse ici de raconter au premier degré son propre vécu d’ado, mais plutôt d’user du substrat de l’intrigue écrite par Aidan Chambers pour concaténer et agréger l’essence de l’époque, p

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"Les Parfums" : Et néanmoins patronne…

Cinéma | De Grégory Magne (Fr., 1h40) avec Emmanuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

En galère de boulot, Guillaume devient le chauffeur d’Anna Walberg, "nez" indépendante dans l’univers de la parfumerie et femme si exigeante qu’elle a épuisé tous ses prédécesseurs. Mais Guillaume va s’accrocher en lui tenant tête. Une manière de leur rendre service à tous les deux… Devenu un visage familier grâce à la série 10%, Grégory Montel avait éclos en 2012 aux côtés du regretté Michel Delpech dans le très beau L’Air de rien, première réalisation de Stéphane Viard et… Grégory Magne. Après l’ouïe, celui-ci s’intéresse donc à l’odorat mais conserve peu ou prou un schéma narratif similaire puisque son héros ordinaire-mais-sincère parvient à nouveau à redonner du lustre à une vieille gloire recluse prisonnière de son passé et/ou ses névroses, tout en s’affirmant lui-même ; la différence majeure réside dans le fait qu’une relation fatalement plus sentimentale que filiale se noue ici entre les protagonistes. Loin d’être une bluette à l’anglaise où les deux tourtereaux roucoulent après avoir fait chien et chat pendant l’essentie

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"La Dernière Vie de Simon" : des débuts prometteurs

ECRANS | Les grands débuts de Léo Karmann réalisateur de long-métrage offre un film fantastique à la française tout à fait séduisant. Une histoire d'ados qui bascule également dans le drame ou le mélo. Vivement recommandée !

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que ce soit. Dix ans plus tard, Simon va "ressurgir"… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier, tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté, même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer a

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"Adoration" : Ardennes que pourra

ECRANS | « Mes jeunes années (…)/Courent dans les sentiers/Pleins d'oiseaux et de fleurs », chantait Charles Trenet. À ce tableau pastoral, Fabrice Du Weltz ajoute sa touche d’intranquillité et de dérangement faisant d’une fuite enfantine une course éperdue contre (ou vers) l’âge adulte.

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Adolescent d’une petite dizaine d’années, Paul vit dans l’enceinte d’un hôpital psychiatrique où sa mère travaille. Lorsque Gloria, jeune patiente de son âge est internée, Paul éprouve pour elle une fascination intense. Un acte irréversible va lier leurs destins et les entraîner dans une cavale folle… Retour aux fondamentaux pour Fabrice Du Welz, que sa parenthèse – ou la tentation ? – hollywoodienne avait sinon dispersé, du moins un peu dérouté de sa ligne originelle. Ultime volet de sa "trilogie ardennaise", Adoration n’en est certes pas le moins sauvage ni le moins exempt de mystères non élucidés, mais il semble convertir en lumière pure la vitalité débordante de ses protagonistes. Et même s’autoriser, suprême audace, une espérance dans une conclusion en forme d’épiphanie. Le cadre lui-même s’avère propice puisque la nature dans laquelle se dissolvent les fugitifs déborde de vie, de bienfaits estivaux et de rencontres favorables ; quant aux poursuivants, ils demeurent à l’état de silhouettes – rien à voir avec La Nuit du chasseur ! Ados adorés En fait, Gloria et Paul transportent avec eux leur

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"Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part" : Gavalda remix

ECRANS | De Arnaud Viard (Fr., 1h29) avec Jean-Paul Rouve, Alice Taglioni, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 21 janvier 2020

Jean-Pierre, qui s’est jadis rêvé comédien, a depuis rejoint avec succès le négoce des vins. Aîné d’une fratrie comptant Juliette, prof démangée par l’écriture et tout juste enceinte, Mathieu, employé timide, et Margaux, photographe en galère, il traverse une phase difficile… En transposant à l’écran l’ouvrage homonyme d’Anna Gavalda, Arnaud Viard s’est attelé à un double défi. D’abord, d’unifier les nouvelles du recueil en une seule trame narrative sur le modèle de ce qu’avait accompli Robert Altman à partir de Neuf histoires et un poème de Carver pour bâtir son Short Cuts. Ensuite, de prendre le risque de décevoir les millions de lecteurs (voire adulateurs) de l’autrice qui avaient pu se forger du recueil leurs propres images. On ne contestera pas l’option choisie, évitant le morcellement du film à sketches, ni le choix de la distribution (les comédiennes et comédiens sont globalement bien trouvés, en particulier Rouve et Taglioni, quand la douleur les traverse comme un fantôme puis les habite). Mais quelle plaie de devoir, encore et toujours, subir ces destins de familles parisiennes pseudo normales, c’est-à-dire forcémen

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Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Cinema | Pour son premier long métrage, "Un vrai bonhomme", Benjamin Parent s’aventure dans un registre peu coutumier en France : le "coming at age movie", une sorte de film d’apprentissage adolescent. Une jolie réussite dont il dévoile quelques secrets. Attention, un mini spoiler s’y dissimule…

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Benjamin Parent : « J’avais envie de rendre un peu extraordinaire le quotidien »

Un thème commun se dégage de votre film Un vrai bonhomme et de Mon inconnue que vous avez co-écrit avec Hugo Gélin : l’uchronie, ou l’idée de permettre à des personnage d’accomplir des destinées alternatives. Est-ce délibéré ? Benjamin Parent : Pas du tout. Dans Mon Inconnu, l’idée d’uchronie vient d’Hugo ; je l’ai développée et essayé de développer la dramaturgie sur l’uchronie "la plus intéressante". Je trouve que l’uchronie permet de raconter l’histoire d’une manière extrêmement drastique, avec ce truc d’inversion absolue des choses : et si on pouvait rencontrer ses parents et qu’on se rendait compte que son père était un blaireau et que sa mère voulait nous choper, qu’est-ce qu’on ferait ? L’uchronie, finalement, c’est un pitch radical, qui permet plein de possibilités et un déploiement de l’imaginaire. Un vrai bonhomme, où le personnage de Léo est une extension de celui de Tom, permet également le déploiement de l’imaginaire. Donc du vôtre à travers eux… Effectivement. Mais plus qu’une uchronie, cela joue sur le principe de ce que l’on montr

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Le Drak-Art voit double

Anniversaire | Le célèbre club fête ses dix ans et invite une quinzaine d'associations pour deux soirées musicales. C'est un cadeau : elles sont gratuites !

Martin de Kerimel | Mardi 7 janvier 2020

Le Drak-Art voit double

Attention, événement : les 10 et 11 janvier, à partir de 23h, le Drak-Art ouvre grand ses portes pour célébrer son dixième anniversaire, avec une soirée bass music et une seconde techno-électro, les deux gratuites. L’occasion de découvrir la quinzaine d’associations musicales fidèles à l’établissement du 163, cours Berriat. Amine Larabi, le patron, est assez fier de son succès. Sans subvention publique, à 54 ans, il s’occupe de tout avec une équipe réduite (deux régisseurs permanents et des extras, soit une dizaine de personnes au maximum). Le Drak-Art propose une grosse centaine de soirées et accueille quelque 45 000 fêtards par an. Amine reçoit beaucoup de demandes de groupes pour se produire chez lui et, parfois, pioche dans un carnet d’adresses bien fourni, après plus de trente ans de métier. Le nom Drak-Art ? Il évoque son évidente passion pour la programmation musicale, la rivière proche de l’établissement, mais aussi... l’espoir d’être aussi solide qu’un bateau nordique. « C’est mon côté viking du Sud ! Au départ, plein de groupes de hard m’appelaient pour me demander des infos. » Depuis, les murs portent aussi la mention "cabaret scandinave". Tout est

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"Un vrai bonhomme" : je mets les pas dans les pas de mon frère

Cinema | Un adolescent solitaire s’appuie sur le fantôme de son aîné pour s’affirmer aux yeux de ses camarades, de la fille qu’il convoite et de son père qui l’ignorait, perdu dans le deuil de son fils préféré. Une brillante première réalisation signée par le coscénariste de "Mon Inconnue".

Vincent Raymond | Mardi 7 janvier 2020

Ado introverti ayant toujours subi l’aura solaire de de son frère Léo, Tom fait sa rentrée dans un nouveau lycée. Heureusement, Léo est là pour lui prodiguer encouragements et conseils. Sauf que depuis un accident de la route fatal à Léo, celui-ci n’existe plus que dans la tête de Tom… On ne divulgâche rien en dévoilant d’entrée le fait que Léo est ici un personnage imaginaire, puisque Benjamin Parent s’arrange pour lever toute ambiguïté à ce sujet dès la minute 18. Tout l’enjeu de son film n’est pas de fabriquer un mystère à la Shayamalan pour le public, mais d’inclure ce dernier dans la névrose de son héros ; de lui faire partager les affects d’un adolescent mal remis d'un traumatisme et croyant trouver par cet expédient le chemin de la résilience. Mon frère, ce halo Comédie, drame ? Disons dramédie bien tempérée, ce qui constitue un tour de force : rares sont en effet les films hexagonaux capables d’aborder la question adolescente sans s’abandonner à des récits d’amourettes (La Boum), à des pitretries pathétiques (

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"Rois & Reine" : le roi Desplechin

ECRANS | En partie tourné à Grenoble, ce film culte du fameux réalisateur français sera repris jeudi 20 juin au Méliès. Immanquable.

Vincent Raymond | Mardi 18 juin 2019

Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Arnaud Desplechin a rencontré son plus grand succès public à ce jour avec un film tourné partiellement à Grenoble, Rois & Reine (2004). Lançant la seconde partie de sa carrière, ce long-métrage est le premier d’une série de cinq fictions où Mathieu Amalric va incarner le premier rôle, le "corps social" du cinéaste, et bien souvent un double fantasmé prénommé Ismaël. Dépressif et interné au début de cet opus, cet Ismaël dépenaillé va peu à peu se libérer de ses fantômes (déjà !) et retrouver l’équilibre en servant de repère (mais pas de père) de substitution à un enfant. Cet enfant, figure centrale et pourtant discrète de l’histoire, est celui de l’autre personnage principal, Nora (Emmanuelle Devos), âme et femme forte, devant assumer plusieurs deuils successifs… Desplechin tisse ici une fibre des plus bergmaniennes avec ce drame cruel hérissé de burlesque. Et s’il reprend quelques procédés dont il est coutumiers (comme les lettres lues face caméra), il se montre de plus en plus tenté par des approches stylistiques plus aventureuses (

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Il était une fois le prince Tamino

Concert | Rattaché depuis ses débuts à la grâce d'un Jeff Buckley avec lequel il partage un timbre de voix aux possibilités infinies (écoutez son sublime "Habibi"), le jeune chanteur belge Tamino a malgré tout développé un univers très personnel qui court des rivages de la pop contemporaine au pays d'origine de sa famille, l'Égypte. À découvrir sur la scène de la Belle électrique.

Stéphane Duchêne | Mardi 9 avril 2019

Il était une fois le prince Tamino

Comparaison n'est certes pas raison, encore que. Toujours est-il que lorsque l'on rapproche le talent, les compositions à la fois brutes et délicates et le timbre céleste du jeune (22 ans) Tamino de celui de l'étoile filante Jeff Buckley, c'est parce qu'on y trouve une troublante résonance avec les envolées de ce Dream Brother tragiquement disparu. Déjà dans cette manière d'utiliser sa voix comme un instrument à part entière, toujours à la recherche d'une virtuosité surtout pas démonstrative et tournée vers la performance mais plutôt vecteur, subtil, de l'âme et de ses tourments. C'est, au fond, l'histoire de deux atavismes portés comme des bénédictions-malédictions. Buckley avait hérité de la voix, l'une des plus belles que la pop ait engendrée, et du visage d'ange de son père Tim, qu'il n'avait que très peu connu. Tamino, lui, fut prénommé ainsi en référence au prince, musicien et magicien, de La Flûte enchantée de Mozart que sa mère écoutait en boucle, le genre d'assignation dont il faut être digne – son deuxième prénom Amir, qui donne son titre à son premier album, signifie "prince" en arabe.

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"Curiosa" : chambre avec vues

ECRANS | De Lou Jeunet (Fr, 1h47) avec Noémie Merlant, Niels Schneider, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Paris, fin XIXe. Pour sauver les finances familiales, Marie de Héredia est "cédée" par son poète de père au fortuné Henri de Régnier, alors qu’elle aime son meilleur ami, le sulfureux Pierre Louÿs. Tous deux entretiendront malgré tout une liaison suivie, émaillée de photographies érotiques… Quand une chambre (noire) peut être le lieu de toute les passions… La réalisatrice Lou Jeunet donne une vigueur nouvelle et réciproque à l’expression "taquiner la muse" en animant son élégant trio – lequel ne restera pas longtemps prisonnier de sa relation triangulaire. La relation entre Pierre et Marie (où Henri fait figure d’électron satellite, ou d’observateur consentant) admet plus ou moins volontiers d’autres partenaires et inspire, outre des clichés porno/photographiques, une abondante correspondance ainsi qu’une féconde production littéraire chez les deux amants – sans parler d’un rejeton adultérin. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est le voyeurisme de l’érotomane Louÿs qui permettra l’émancipation de Marie : en découvrant l’exultation des corps, la jeune femme va trouver les ressources pour s’affranchir d’un patriarcat plus obscène q

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"Mon inconnue" : je t’aime, je t’aime

ECRANS | De Hugo Gélin (Fr-Bel, 1h58) avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe…

Vincent Raymond | Mardi 2 avril 2019

Dix ans après leur coup de foudre, Raphaël et Olivia vivent ensemble. Lui est devenu auteur à succès, elle a remisé ses rêves de concertiste. Un matin, Raphaël s’éveille dans un monde alternatif où ils n’ont jamais fait connaissance. Il doit la séduire pour espérer reprendre sa vie d’avant… Plutôt enclin aux comédies de potes et d’enfants malades ruisselant de bons sentiments, Hugo Gélin aurait-il atteint, avec ce troisième long-métrage, le fatidique "film de la maturité" ? Il s’inscrit ici en tout cas dans le sillage plutôt recommandable de Richard Curtis (et son charmant About time de 2013), voire d'Harold Ramis (pour l’indispensable Un jour sans fin sorti en 1993), maître de cette spécialité anglo-saxonne qu’est la comédie fantastico-sentimentale se lovant dans les replis du temps. À la fois léger comme l’exige la romance et dense du point de vue narratif (saluons au passage l’efficacité du montage et sa fluidité), Mon inconnue remplit son office en rapprochant in extremis des amants désunis voués à s’aimer et en parsemant de magie leurs roucoulades contrariées. Aux côtés de l’impeccable couple d

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"Meltem" : avec le temps, avec le vent

ECRANS | de Basile Doganis (Fr-Grè, 1h27) avec Daphne Patakia, Rabah Naït Oufella, Lamine Cissokho…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Un an après le décès de sa mère, Elena se rend sur l’île de Lesbos solder la succession en compagnie de deux potes, afin d’éviter de rester en tête-à-tête avec son beau-père. Le trio va se dessiller en découvrant les réfugiés sur place, et Elena peu à peu se rabibocher avec son passé… Sous des dehors de comédie d’été entre grands ados à la plage, sentant bon la mélancolie et le sable chaud, Basile Doganis signe un premier film joliment ambitieux, tissant beaucoup de thèmes sans jamais s’emmêler. Il faut en effet une enviable finesse pour raconter l’accomplissement d’un deuil, mettre en perspective l’écartèlement entre plusieurs cultures d’hier et d’aujourd’hui selon que l’on vienne de France ou de Syrie, et parsemer ces sujets graves de grâce et d’insouciance – qualités naturelles infusant le cœur et le corps des jeunes adultes. Doux-amer et pétillant, ce cocktail chavirant en un clin d’œil de la gravité à la légèreté rappelle le (bon) cinéma de Klapisch, dans les questionnements métaphysiques que se posent (ou s’imposent) les personnages, et leur volonté de se positionner dans un monde contemporain de plus en plus indéchiffrable. Ni film-do

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"Dragon Ball Super: Broly" : grave les boules

ECRANS | de Tatsuya Nagamine (Jap, 1h40) animation

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Quarante ans après avoir été expédié par le Roi Vegeta sur une planète hostile, le super guerrier Broly est retrouvé par l'armée de Freezer. Désormais dévoué à son "sauveur", Broly doit combattre Vegeta fils et Goku sur Terre, et la soumettre pour le compte de Freezer. Sujets à la migraine ou l’épilepsie, prenez garde à l’interminable combat final, d’autant qu’il dure la moitié du film. Un déséquilibre proprement injustifiable d’un point de vue narratif, les évolutions de personnages se succédant dans une surenchère frisant le ridicule (c’est le cas de le dire, car chaque degré supérieur donne lieu à une nouvelle coloration capillaire) et un charivari visuel quasi-insoutenable, entre le luna park sous amphétamines et la contemplation forcée d’une guirlande de Noël électrique un 14-juillet au soir. Ce vacarme optique, aggravé par une désinvolture graphique et esthétique confinant au mépris du public, ravale la japanimation aux pires clichés d’une sous-culture artistiquement bâclée – une médiocrité dont Takahata, Miyazaki, Hosoda, Makoto Shinkai et Shunji Iwai entre autres ont prouvé depuis des lustres qu’elle était loin d’englober la totalité de la production

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"Dynamita's Night" : « C’est dingue, on ne s’attendait pas à un tel succès ! »

MUSIQUES | Vingt-cinquième édition déjà pour l'incontournable soirée funk et soul grenobloise créée en 2010 dans un petit restaurant du Pont-de-Claix et installée maintenant, après des passages par le Drak-Art et l’Ampérage, dans l’immense Belle électrique grenobloise. Avant d’aller groover vendredi 1er mars avec nos looks vintage au son du groupe Echoes of et de DJ ATN, on a remonté le fil de l’histoire accompagnés d’Aminata Fall, co-créatrice de cette aventure réjouissante pour la vie nocturne locale.

Aurélien Martinez | Mardi 26 février 2019

« L’idée, c’est de faire une soirée comme si c’était une fête dans ton salon avec des potes qui ramènent des potes qui eux aussi ramènent des potes… Parce que c’est comme ça qu’on aime faire la fête, avec plein de monde dans une bonne ambiance ! » L’esprit Dynamita’s Night, selon Aminata Fall, co-créatrice de cette série de soirées grenobloises, c’est ça. Mais pas que. « Ce sont surtout des soirées pour promouvoir la black music, la funk, la soul, et ainsi mettre à l’honneur la danse. On s’est inspirés des émissions télé Soul Train qui, aux États-Unis dans les années 1970, ont largement contribué à l’émergence de la culture et de l’entertainment noirs américains. » Des soirées, organisées dans l’agglo depuis 2010 par le collectif grenoblois Soul Gang, qui sont donc loin du tout-venant techno trop souvent en place la nuit dans les salles. « On a lancé ça car on s’est clairement dit à l’époque qu’il y avait un manque. Tous mes collègues de Soul Gang, qui sont aussi musiciens, le déploraient : ils ne se retrouvaient pas dans les sorties nocturnes proposées. Tout co

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Festival des Maudits Films : la passion du bis

ECRANS | Onzième édition pour le Festival des Maudits Films, qui revient du mardi 22 au samedi 26 janvier au cinéma Juliet-Berto avec une équipe renouvelée mais un objectif inchangé : faire découvrir l’époustouflante richesse du cinéma bis à travers un vaste panorama d’œuvres souvent méconnues. Et passées au crible par nos soins ci-dessous, histoire de vous repérer au sein de cette programmation foisonnante.

Damien Grimbert | Mardi 15 janvier 2019

Festival des Maudits Films : la passion du bis

Les apparences sont parfois trompeuses : le plus ancien des films projetés cette année dans le cadre du festival, Les Chasses du comte Zaroff (1932 ; à voir mercredi 23 janvier à 20h) d’Irving Pichel et Ernest B. Schoedsack, est également l’un des plus rythmés et des plus palpitants. Tourné en même temps, dans les mêmes décors et par la même équipe que le mythique King Kong, cette aventure à mi-chemin entre thriller horrifique et récit d’aventure accumule en l’espace d’à peine 63 minutes les moments de bravoure avec une grâce infinie. On est donc là sur l'un des immanquables de cette nouvelle édition du Festival des Maudits Films. Tout comme cette autre pépite : Des monstres attaquent la ville (1954 ; vendredi 25 à 18h) de Gordon Douglas, avec sa colonie de fourmis géantes issues d’une mutation génétique, qui reste sans doute l’une des plus grandes réussites de la vague de films de science fiction surfant sur la peur du nucléaire en vogue dans les années 1950. Toujour

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"High Life" : Claire Denis de la Terre à l’hallu

ECRANS | de Claire Denis (Fr-All-GB-Pol, 1h51) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Loin du système solaire, un module spatial. À son bord, un équipage de relégués cornaqués par une infirmière déglinguée a embarqué pour une mission suicide : l’exploration d’un trou noir et de ses potentialités énergétiques. Mais le pire péril réside-t-il à l’extérieur ou à l’intérieur ? Que Claire Denis s’essaie à la science-fiction galactique n’a rien de stupéfiant en soi : elle s’était déjà confrontée au fantastico-cannibale dans Trouble Every Day (2001). En vérité, ce n’est pas le genre qui modèle son approche, mais bien la cinéaste qui, par son style et son écriture, modèle le cinéma de genre. High Life tient donc du conte métaphysique et du roman d’apprentissage : il zone davantage dans les environs ténébreux de 2001 et de Solaris qu’aux confins opératiques de Star-Wars-Trek. Claire Denis semble de surcroît s’ingénier à vider son film de sa puissance épique : sa déconstruction de la chronologie du récit, réduit à des lambeaux juxtaposés, absorbe, à l’instar du trou noir, toute velléité de spectaculaire cosmique. Seuls les accords languides de Stuart Staples d

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Des Bifurkations pour « donner à voir toutes les activités de la Bifurk »

Événement | Samedi 6 et dimanche 7 octobre, l’événement "Les Bifurkations", porté par le Collectif des usagers de la Bifurk, s’emparera du parvis et de la halle de ce « lieu d’expérimentations culturelles, citoyennes, écologiques et sportives » pour proposer des spectacles, des performances, des concerts… Le tout gratuitement. Benjamin Muzart, membre de l’équipe de coordination, nous déroule le programme.

Alice Colmart | Mardi 2 octobre 2018

Des Bifurkations pour « donner à voir toutes les activités de la Bifurk »

« Un peu plus pointu, un peu moins familial » : pour cette 4e édition, l’événement Les Bifurkations, organisé par l’équipe de la Bifurk (qui se présente comme un « lieu d’expérimentations culturelles, citoyennes, écologiques et sportives »), mise sur une approche plus personnelle que les autres années. « On a essayé de faire quelque chose qui nous ressemblait. Quelque chose de plus expérimental, à l’image de la Bifurk, de notre mode de gouvernance…» explique Benjamin Muzart, chargé de coordination du lieu. En effet, cette ancienne usine de fils Télécom située à Grenoble en face de la MC2, au cœur du quartier Flaubert, est un véritable laboratoire d’activités « qui héberge 11 associations » qui, elles, co-gèrent le bâtiment et les espaces de pratique. « Il se passe plein de choses à la Bifurk à l’année. On peut trouver le skatepark de Grenoble, une salle d’expo, une salle de concerts, une salle de création en arts numériques. On voulait croiser et donner à voir toutes nos activités. » Dès 14h le samedi se déroulera ainsi une block

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Amours, délices et immigrations au Club et au Méliès

ECRANS | À peine la rentrée passée, une pluie de sorties s’offre à vous. Et notamment dans les salles où s’enchaînent les séances exceptionnelles. Commençons par le Club, (...)

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Amours, délices et immigrations au Club et au Méliès

À peine la rentrée passée, une pluie de sorties s’offre à vous. Et notamment dans les salles où s’enchaînent les séances exceptionnelles. Commençons par le Club, qui accueille samedi 15 à 20h15 le sympathique Emmanuel Mouret pour présenter son nouvel opus, Mademoiselle de Joncquières. Deux soirs auparavant, jeudi 13 à 20h15, Jean-Philippe Gaud aura accompagné l’avant-première Tazzeka, appétissant film mêlant gastronomie et immigration. Et le lendemain, vendredi 14 à 20h, c’est toujours l’immigration qui sera au menu du nouveau film de Philippe Faucon, Amin (photo), à voir cette fois-ci au Méliès. Le réalisateur de Fatima viendra présenter le parcours de ce travailleur écartelé entre deux vies et deux pays. Une histoire extraordinaire en apparence et cependant si courante.

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"Le Quatuor à cornes" : qui m’aime meuh suive !

ECRANS | de Benjamin Botella, Arnaud Demuynck, Emmanuelle Gorgiard & Pascale Hecquet (Fr-Bel, 0h43) animation

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Dotées de caractères très dissemblables, Aglaë, Rosine, Clarisse et Marguerite paissent dans le même champ clos. Un aimable piaf leur faisant miroiter l’infini changeant de la mer, le quatuor prend la route pour la voir la grande bleue. En chemin, il fait de drôles de rencontres… Parce qu’il est composé de trois courts-métrages ayant la très originale particularité d’épouser des formes bien différentes (stop motion, animation 2D…), ce joyeux programme inspiré des albums d’Yves Cotten rappelle les Exercices de styles de Queneau. Mais si les héroïnes changent de visages à chacune de leurs aventures, cela ne déconcertera pas forcément le public-cible des tout-petits – dont la capacité d’adaptation (et d’imagination) est toujours plus grande que ce que l’on imagine. Et l’humour bon enfant de l’ensemble se trouve dynamisé par de savoureux moments burlesques grâce aux rencontres effectuées en chemin (un musculeux taureau et un désopilant troupeau de moutons dans la grande escapade La Clef des champs ; une congénère shetland dans Dorothy la vagabonde). Une vacherie de bons films !

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Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

ECRANS | Quels sont les cinéastes et, surtout, les films à ne pas louper avant la fin de l'année ? Réponses en presque vingt coups – dix-neuf pour être précis.

La rédaction | Mardi 4 septembre 2018

Rentrée cinéma 2018 : et voici les films qui feront les prochains mois

Les Frères Sisters de Jacques Audiard Sortie le 19 septembre Escorté par son inséparable partenaire et coscénariste Thomas Bidegain, Jacques Audiard traverse l’Atlantique pour conter l’histoire de deux frères chasseurs de primes contaminés par la fièvre de l’or. Porté par l’inattendue fratrie John C. Reilly/Joaquin Phoenix (à l’œil puant le vice et la perversité), ce néo-western-pépite empli de sang et de traumas ne vaut pas le coup, non, mais le six-coups ! Climax de Gaspar Noé Sortie le 19 septembre Une chorégraphe a réuni une équipe internationale de danseurs pour son nouveau projet qu’elle achève de répéter dans une salle isolée. Après un ultime filage, la troupe s’octroie un réveillon festif sur la piste, s’enivrant de musique et de sangria. Mais après quelques verres, les convives se mettent à vriller sérieusement. Qu’y avait-il donc dans cette satanée sangria ? Noé compose un cocktail de survival et de transe écarlate à déguster séance hurlante.

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"Je marche donc nous sommes" : marche et rêve

Exposition | Malicieusement intitulée "Je marche donc nous sommes", l'exposition collective du centre d’art le Magasin des horizons s’attaque, avec principalement des vidéos, au versant contestataire de la marche. Une proposition tout en sobriété et originalité qui fait écho à l'actualité sociale et commémorative.

Benjamin Bardinet | Mardi 22 mai 2018

Lumières éteintes, murs laissés bruts, espaces dégagés et ponctués d'immenses structures cubiques d'où se dégage le halo lumineux des vidéos projetées : la scénographie de la nouvelle exposition du Magasin des horizons a de quoi déconcerter les fidèles du centre d'art. Rappelons toutefois que la situation délicate que traverse l'institution n'y est pas pour rien : le bâtiment donne de sérieux signes de faiblesse tandis que le chauffage et le système d'éclairage ont carrément déclaré forfait. Face à ces déconvenues, Béatrice Josse, directrice des lieux depuis 2016, a adopté la stratégie du judoka : tirer partie de la force de l’adversaire et faire ainsi de ces contraintes des atouts. D'où le choix de ne présenter quasiment que des vidéos (« des œuvres qui ne craignent absolument rien »). Et d’intégrer l’ensemble dans un programme plus vaste en partie hors les murs : la stimulante Académie de la marche, organisée depuis fin 2017 pour « questionner le déplacement contrai

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Six soirées à ne pas louper à Grenoble les quinze premiers jours de mai

MUSIQUES | Rendez-vous au Drak-Art, au Black Lilith, à la Bobine ou encore au Bauhaus.

Damien Grimbert | Mercredi 2 mai 2018

Six soirées à ne pas louper à Grenoble les quinze premiers jours de mai

Bashment Au Drak-Art vendredi 4 mai Retour printanier pour les soirées Bashment de l’asso Eddy Rumas, dédiées aux musiques dansantes caribéennes et à la culture sound-system dans toute son ampleur (reggae, dancehall, carnival, soca, bass music). Aux platines, les résidents Bassroom Sound, Tropikal Selecta et Badman & Gringo et, en invité spécial, Soul Crucial Sound, activiste dancehall de la première heure et résident des fameuses soirées Nice & Easy à la Bobine. Dreaming Back To Future Au Bauhaus samedi 5 mai Sans doute l’un des secrets les mieux gardés de la vie nocturne grenobloise, les soirées Dreaming Back réunissent aux platines deux DJs passionnés à la complémentarité évidente et à l’ouverture musicale sans égale (Youpidou et Phrax Bax) autour d’une sélection affûtée allant du reggae-dub à la techno, en passant par la disco, la house, le zouk, les musiques ethniques, l’ambient, les bandes-son psyché vintage ou encore l’expérimen

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"Vent du Nord" : délocalisation mon désamour

ECRANS | Prouvant que la misère est aussi pénible au soleil que dans les zones septentrionales, le réalisateur Walid Mattar offre dans son premier long-métrage un démenti catégorique à Charles Aznavour. Et signe un film double parlant autant de la mondialisation que de la famille. Bien joué.

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Délocalisation d’usine au nord (de la France). Grâce aux indemnités qu’il a acceptées, Hervé espère devenir pêcheur et convertir son glandouilleur de fils. Relocalisation au sud (en Tunisie). Embauché, Foued rêve grâce à ce job de conquérir Karima et de disposer d’une mutuelle. Que de rêves bâtis sur du sable… À l’aube du XXIe siècle néo-libéraliste, quand le capitalisme se réinventait dans des bulles virtuelles, une théorie miraculeuse promettait des lendemains de lait et de miel (un peu comme celle du "ruissellement" de nos jours) : la "convergence". Force est de reconnaître aujourd’hui qu’elle n’était pas si sotte, s’étendant au-delà des contenants-contenus médiatiques. Enfin, tout dépend pour qui… Du nord au sud en effet, l’accroissement des inégalités a depuis fait converger les misères, les plaçant au même infra-niveau social : les contextes semblent différents, mais la matière première humaine subit, avec une sauvagerie identique, le même nivellement par le bas. Mistral perdant Sur un thème voisin du maladroit

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"Tesnota – Une vie à l'étroit" : elle est libre Ilana

ECRANS | de Kantemir Balagov (Rus, int-12 ans avec avert., 1h58) avec Darya Zhovner, Veniamin Kats, Olga Dragunova…

Vincent Raymond | Mardi 6 mars 2018

Russie, 1998. Ilana vit avec ses parents dans une petite congrégation juive plus ou moins intégrée dans le Nord Caucase. Un soir, après le célébration des fiançailles de son frère, celui-ci et sa future femme sont kidnappés et une rançon réclamée. À quels sacrifices consentir pour réunir les fonds ? S’inspirant de faits avérés, Kantemir Balagov décrit un contexte particulièrement pesant pour les citoyens juifs, considérés par la population locale comme des individus de seconde zone ; des butins ambulants à détrousser impunément ou des corps adaptés aux émois privés. Loin de faire le seul procès de la société russe, le cinéaste montre également l’archaïsme coutumier de cette communauté étouffant sa jeunesse, où l’on en est réduit à brader une fille pour sauver un fils. Parce qu’il se concentre sur Ilana, garçonne ayant soif d’indépendance et de l’énergie à revendre, Balagov prend le parti de la jeunesse, de la révolte et de la modernité. Elle se pose non à la place de la victime consentante, dans l’acceptation de la fatalité, mais dans un désir d’émancipation, d’ailleurs et de combat. En fait, le rapport de forces ne peut évoluer que si des Ilana font b

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"La Douleur" : Mélanie Thierry, étonnante Marguerite Duras

ECRANS | de Emmanuel Finkiel (Fr., 2h06) avec Mélanie Thierry, Benoît Magimel, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Lundi 22 janvier 2018

L’ironie sordide de l’actualité fait que ce film sort sur les écrans peu après la disparition de Paul Otchakovsky-Laurens, l’éditeur ayant publié le livre dont il est l’adaptation. Un livre qui aurait pu demeurer dans une confidence obstinée : Marguerite Duras prétendait avoir oublié jusqu’à l’existence de la rédaction de cette partie de son journal intime – la mémoire sait être sélective pour s’épargner certaines souffrances. Son mari Robert Antelme ayant été arrêté puis déporté, Marguerite Duras jette sur des cahiers le cri muet de son attente quotidienne ; cette douleur sourde avivée par l’incertitude et la peur pour l’autre, pour le réseau, pour soi. Dans la moiteur d’une Occupation expirante, un flic collabo profite de l’absence de nouvelles (bonnes ou mauvaises) pour engager avec elle un jeu pervers de séduction… Mais qui instrumentalise qui ? Mémoire effacée et ravivée, souvenir de la Shoah… On comprend que le réalisateur Emmanuel Finkiel ait été touché par le thème et la démarche de Duras. Pour cette adaptation naturellement sèche, il convoque la grande Histoire dans ses compartiments les plus intimes, faisant abstrac

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"Numéro Une" : Madame est asservie

ECRANS | Jusqu’où doit aller une femme pour conquérir un fauteuil de PDG ? Forcément plus loin que les hommes, puisqu’elle doit contourner les chausse-trapes que ceux-ci lui tendent. Illustration d’un combat tristement ordinaire par une Tonie Marshall au top.

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Cadre supérieure chez un géant de l’énergie, Emmanuelle Blachey (Emmanuelle Devos) est approchée par un cercle de femmes d’influence pour briguer la tête d’une grande entreprise – ce qui ferait d’elle la première PDG d’un fleuron du CAC 40. Mais le roué Jean Beaumel (Richard Berry) lui oppose son candidat et ses coups fourrés… Si elle conteste avec justesse l’insupportable car très réductrice appellation "film de femme" (dans la mesure où celle-ci perpétue une catégorisation genrée ostracisante des œuvres au lieu de permettre leur plus grande diffusion), la réalisatrice Tonie Marshall signe ici un portrait bien (res)senti de notre société, dont une femme en particulier est l’héroïne et le propos imprégné d’une conscience féministe affirmée. Peu importe qu’un ou une cinéaste ait été à son origine (« je m’en fous de savoir si un film été fait par une femme ou un homme » nous a d’ailleurs expliqué Marshall une interview) : l’important est que ledit film existe. Enquête de pouvoir Comme toute œuvre-dossier ou à thèse, Numéro Une ne fait pas l’économie d’un certain didactisme : le fi

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Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions sur la société seraient énormes »

ECRANS | Dans "Vénus beauté (institut)", elle avait exploré un territoire exclusivement féminin. Pour "Numéro Une", Tonie Marshall part à l’assaut d’un bastion masculin : le monde du patronat, qui aurait grand besoin de mixité, voire de parité…

Vincent Raymond | Mardi 10 octobre 2017

Tonie Marshall : « Avec une réelle mixité, les répercussions sur la société seraient énormes »

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à la (non-)place des femmes dans les hautes sphères du pouvoir ? Tonie Marshall​ : J’avais pensé en 2009 faire une série autour d’un club féministe, avec huit personnages principaux très différents. Chaque épisode aurait été autour d’un dîner avec un invité et aurait interrogé la politique, l’industrie, les médias, pour voir un peu où ça bloquait du côté des femmes. J’allais vraiment dans la fiction parce que ce n’est pas quelque chose dans lequel j’ai infusé. Mais je n’ai trouvé aucune chaîne que ça intéressait – on m’a même dit que c’était pour une audience de niche ! Mais vous n'avez pas abandonné... J’arrive à un certain moment de ma vie où non seulement ça bloque, mais l’ambiance de l’époque est un peu plus régressive. Moi qui suis d’une génération sans doute heureuse, qui ai connu la contraception, une forme de liberté, je vois cette atmosphère bizarre avec de la morale, de l’identité, de la religion qui n’est pas favorable aux femmes. De mes huit personnages, j’ai décidé de n’en faire qu’un et de le situer dans l’industrie. Parce qu’en généra

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"Phase IV" de Saul Bass : des fourmis et des hommes

ECRANS | Unique long-métrage réalisé par Saul Bass, graphiste de génie rentré dans la postérité pour avoir signé quelques-uns des génériques les plus emblématiques de la filmographie d’Alfred Hitchcock ("Sueurs Froides", "La Mort aux trousses", "Psychose"…), "Phase IV" est une véritable perle oubliée du cinéma américain des années 1970. Rendez-vous le vendredi 6 octobre au Club pour le constater.

Damien Grimbert | Mardi 3 octobre 2017

Passionnant thriller de science-fiction centré autour d’une intrigue minimaliste (l’investigation menée par deux scientifiques pour tenter d’expliquer l’étrange évolution comportementale d’une colonie de fourmis dans le désert d’Arizona), Phase IV (1974) surprend d’emblée par son incroyable beauté graphique, qui se double rapidement d’une approche quasi-métaphysique de son sujet. Loin de la petite série B horrifique sur fond de menace animalière comme le cinéma de l’époque en produisait à la pelle, Phase IV fait au contraire preuve d’une ambition démesurée dans son traitement qui n’est pas sans rappeler celle de Stanley Kubrick sur son 2001, sorti quelques années plus tôt. Faisant monter la pression cran par cran tout au long du film, Saul Bass conjugue ainsi un sens de l’efficacité à toute épreuve a un traitement visuel proche du psychédélisme, le tout au service d’un récit en perpétuelle évolution dont le climax final laisse le spectateur littéralement subjugué. Parce qu’un tel joyau méritait bien un écrin digne de ce nom, sa projection en copie restaurée sera couplée, à l’initiative de l’association La R

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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"Le Grand méchant renard et autres contes" : grandioses animaux animés

ECRANS | Révélé par le tendre "Ernest & Célestine", le réalisateur Benjamin Renner revient avec un projet qu’il a cette fois couvé depuis l’œuf : une lointaine (et désopilante) relecture du "Roman de Renart", mâtinée de Konrad Lorenz (biologiste et zoologiste autrichien) et de Robert McKimson (réalisateur et producteur étasunien). Une nouvelle réussite.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

C’est un peu la kermesse de fin d’année à la ferme, où Renard présente trois spectacles interprétés par les animaux : comment le lapin a remplacé à la patte levée la cigogne dans la livraison d’un bébé ; comment le canard s’est substitué au Père Noël ; et entre les deux s’intercale l’histoire de Renard, devenu papa poule de poussins destinés à son estomac… D’abord, un constat anecdotique : Benjamin Renner n’a toujours pas signé de long-métrage original puisqu’après Ernest & Célestine (adapté de Gabrielle Vincent), ce programme, co-réalisé avec Patrick Imbert, est en réalité constitué d’un assemblage de trois courts à l'origine prévus pour la télévision et tiré de sa propre BD. Cela ne signifie pas que l’univers de Renner souffre d’un manque d’originalité, au contraire ! Il insuffle d'ailleurs dans ses réalisations un savant dosage d’humour et de poésie mêlés, qui fait écho à sa touche graphique. Les œufs sont frais Chez lui, le trait délimite des zones mais ne les clôt jamais tout à fait ; quant aux coul

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Le grand (pas si) méchant Benjamin Renner

ECRANS | L'auteur et réalisateur français, à qui l'on doit le très beau film d'animation "Ernest et Célestine" (2012), est le parrain de la nouvelle édition de Voir Ensemble, festival jeune public du cinéma le Méliès. Il ouvrira la manifestation ce mercredi 22 février.

François Cau | Mardi 21 février 2017

Le grand (pas si) méchant Benjamin Renner

« J'avais déjà essayé de l'inviter l'année dernière, sans succès » se souvient Marco Gentil, qui s'occupe du festival Voir Ensemble. Mais les années se suivent et ne ressemblent pas : en 2017, le réalisateur français Benjamin Renner, auteur en 2012 du très beau film d'animation Ernest et Célestine, sera présent. Et en parrain de l'édition, comme le veut la tradition de Voir Ensemble, il a signé l'affiche du festival. Apparu sur les écrans en 2007 avec son court-métrage La Queue de la souris, l'ancien élève de la Poudrière à Valence (« seule école française d'animation dédiée à la réalisation » selon son site) s'est rapidement imposé comme un auteur à suivre. Recourant volontiers à de grandes thématiques (comme la différence, l'acceptation, le géant face au petit), il a également fait preuve d'un flair remarquable montrant qu'il savait bien s'entoure

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"Wolf and Sheep" : la terre est fronde

ECRANS | de Shahrbanoo Sadat (Afg-Dan-Fr-Sue, 1h26) avec Sediqa Rasuli, Qodratollah Qadiri, Amina Musavi…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Pendant que leurs maigres troupeaux paissent, des bergers afghans à peine sortis de l’enfance s’exercent à lancer des pierres et perpétuent des légendes orales pleines de loups. Ils trompent ainsi leur ennui, tout en maintenant vive la menace fantomatique du prédateur… Un pays d’aridité, un peuple dont les traditions comme l’espace ne cessent d’être battus en brèche par ceux qui font et défont la loi dans les vallées. Et puis des enfants confrontés à l’éternelle peur du loup — pas théorique, celle-là, bien tangible, puisque l’animal peut d’un coup de croc menacer plus que la richesse : la subsistance de la famille. Ces gamins ont sur leurs petites épaules des responsabilités bien gigantesques, et peu de territoire pour vivre leur enfance. Même leurs bêtises revêtent immédiatement une gravité et des proportions considérables : imaginez ce qu’il advient lorsque l’on maîtrise mal une fronde ! Chronique d’un clan en voie d’extinction, Wolf and Sheep mêle le futile au grave en restant toujours du côté de l’innocence : c’est la force de la réalisatrice d’avoir su restituer le regard de ses petits protagonistes. Jadis, elle fut l’une d’entr

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« Nous n’avons pas pu tourner le film en Afghanistan »

ECRANS | Jusqu’alors spécialisé dans le documentaire, Xavier Rocher a coproduit avec sa jeune société La Fabrica Nocturna "Wolf and Sheep", le très réussi premier film de Shahrbanoo Sadat. Une aventure franco-dano-suédo-tadjiko-afghane…

Vincent Raymond | Lundi 19 décembre 2016

« Nous n’avons pas pu tourner le film en Afghanistan »

Pourquoi ce film arbore-t-il autant de pavillons nationaux différents ? Xavier Rocher : La réalisatrice a porté ce projet pendant presque 7 ans. Elle est passée par plusieurs programmes de formation et plateformes de rencontres ; elle l’a notamment développé au sein de la Cinéfondation du Festival de Cannes. C’est comme cela qu’on l’a rencontrée, avec plusieurs producteurs associés danois et suédois. Une production strictement afghane était-elle inenvisageable ? Il n’y a plus vraiment de production en Afghanistan. Quant aux salles de cinéma… Elles ont à peu près disparu, transformées en parking. Les quelques lieux où l’on peut voir des films à Kaboul sont l’Institut français ou le Goethe institut. C’est pour cela qu’on est obligé de travailler en coproduction internationale : on cherche des financements destinés à soutenir ce type de cinéma. On en trouve un peu dans plusieurs pays, car il n’y en aurait pas eu assez dans un seul pour monter le budget du film. Malgré cela,

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Le beau Biolay nouveau est arrivé

MUSIQUES | Quatre ans après "Vengeance", Benjamin Biolay revient avec un album frappant d'originalité et de sincérité. Véritable renaissance après sa dépression, "Palermo Hollywood" est un pied de nez aux préjugés qui lui collaient à la peau. Il sera jeudi à la Belle électrique.

Gabriel Cnudde | Mardi 15 novembre 2016

Le beau Biolay nouveau est arrivé

« C'est en s'oubliant qu'on trouve. » Qu'il ait été inspiré ou non par cette prière de saint François, Benjamin Biolay s'est vraisemblablement retrouvé sur son septième album studio, Palermo Hollywood. Au fond du gouffre pendant de longues semaines, perdu entre l'alcool et les médicaments, c'est en Argentine que le chanteur à texte a trouvé un échappatoire. Sept ans après le magistral La Superbe (2009), Biolay devait faire taire ceux qui pensaient que sa carrière avait alors atteint son apogée. Si Vengeance (2012) n'avait pas fait l'unanimité, Palermo Hollywood, lui, a davantage séduit. Ce succès retentissant, Benjamin Biolay le doit avant tout à sa capacité de réaction. Raillé pour son penchant naturel à la mélancolie, moqué pour son côté sombre, il a aujourd'hui réussi à sortir de ce carcan pour s'ouvrir à de nouveaux horizons musicaux. Resort de cette éclosion un album à l'orchestration magnifique sur lequel Ennio Morricone et quelques bandas prennent tour à tour le contrôle du chanteur. On remue des épaules sur le festif La noche ya no existe puis on danse plus franche

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Snowboard Garden Festival : kézako ?

festival | Créé en 2011, le Snowboard Garden Festival revient chaque année à l'automne pour célébrer la « culture montagne version snowboard » dixit le site de l'évènement. Mais de quoi s'agit-il exactement ?

Sandy Plas | Mardi 11 octobre 2016

Snowboard Garden Festival : kézako ?

Tout a commencé il y a cinq ans par un rassemblement au parc Paul-Mistral, avant un déménagement au Stade des Alpes, puis, l'an dernier, au Palais des Sports. Mais peu importe le lieu, le concept est resté le même depuis sa création. « Le Snowboard Garden Festival célèbre le début de la saison et cherche à faire découvrir la culture glisse au grand public » explique Benjamin Rhéty, coordinateur général du festival et de l'association Smil'in Event, en charge de son organisation. Et en guise de « culture glisse », le festival mise, comme son nom l'indique, essentiellement sur le snowboard. « Il existait déjà pas mal d'évènements consacrés au ski, c'était un moyen de se démarquer. » Au menu des trois jours : diffusion de films, animations diverses autour du snowboard, concerts, skate, street art... « Notre but est aussi d'ouvrir des lieux aux Grenoblois, comme le Stade des Alpes ou le Palais des Sports, pour qu'ils puissent en profiter différemment. » Avec une bière à la main ?

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Présidentielle : la mobilisation sur le campus commence

Numéro étudiant | Au printemps 2017 aura lieu l'élection présidentielle. Si la campagne s’intensifie au niveau national, qu'en est-il du côté de Grenoble, et notamment des étudiants ? On est allés poser la question (et d'autres) à un chercheur, à des jeunes de gauche, et même à un étudiant de droite.

Jean-Baptiste Auduc | Lundi 3 octobre 2016

Présidentielle : la mobilisation sur le campus commence

« Jean-Luc Mélenchon devrait passer sur le campus avant décembre. » C'est en tout cas ce qu'espère Amin Ben Ali, l'un des coordinateurs de Université Grenoble Alpes Insoumise, un groupe d'appui étudiant à la campagne présidentielle de JLM. Problème : « au vu du contexte local, il n'a pas très envie de venir » confie l'orateur de ce premier café politique où nous le rencontrons, organisé mardi 27 septembre à l'Espace vie étudiante. Comprendre : l'alliance entre Verts et Parti de gauche à Grenoble prenant l'eau, Jean-Luc Mélenchon ne désire pas trop se mouiller. Autour d'une bière et d'une cigarette, la dizaine de garçons (et une seule femme) discutent et échangent sur la candidature de « Jean-Luc ». On compte parmi eux des étudiants en droit ou à Sciences Po. Le groupe d'appui va intensifier son action sur le campus. Réunions, débats et conférences seront organisés dans les semaines à venir. Et les jeunes réfléchissent déjà aux manières d'attirer du sang neuf. Du genre : « Il faut amener

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Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Saison 2016 / 2017 | On fait quoi jusqu'à la fin de l'année ? On va écouter qui ? Voici une sélection extraite de notre panorama de rentrée culturelle sorti le 14 septembre. Mais allez fouiller aussi sur notre site, dans le coin "les choix de la rédaction" ; vous verrez : on attend de nombreux autres concerts !

La rédaction | Jeudi 15 septembre 2016

Les onze concerts de l'automne (onze, oui)

Ben Harper À en croire la chanson titre de son album Call it what it is, et en tout cas sur ce morceau au moins, Ben Harper continue, après un album avec maman, de revenir aux sources et aux tripes du blues, quelque part du côté de chez Taj Mahal, mais sans se départir de ses accents politiques. Ici, il est question de la vague de bavures meurtrières de la police américaine à l'endroit de nombre de jeunes noirs. C'est donc un Ben Harper habité, comme il l'est aussi en mode Stevie Wonder sur Shine, que l'on retrouvera sur la scène du Summum pour la deuxième en deux ans. Au Summum mardi 4 octobre __________ Stranded Horse Génial esprit transversal, le dénommé Yann Tambour n'en finit plus de tirer le fil que constituent les cordes d'une kora, produisant un mariage de folk, de pop et bien sûr de musique traditionnelle mandingue qui est allé un jour jusqu'à s'échouer magnifiquement sur les terres grises de Joy Division (ah, cette reprise de

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"Relève : histoire d'une création", le ballet de l'Opéra par Millepied

ECRANS | Benjamin Millepied transmet à de jeunes danseurs du ballet de l’Opéra de Paris son inépuisable enthousiasme et livre, au terme un époustouflant contre-la-montre, sa première création en tant que directeur de la danse à Garnier. Un édifiant et fascinant documentaire.

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

En 2013, la nomination de Benjamin Millepied à la tête du ballet de l’Opéra de Paris avait tout pour éveiller la suspicion. Trentenaire aux allures de gravure de mode, coqueluche des revues depuis son beau mariage avec une actrice à Oscar (Natalie Portman), il ressemblait moins au successeur attendu de la vétérane Brigitte Lefèvre qu’à une concession à l’air du temps – un préjugé emballé dans un tutu rose auquel sa démission expresse donna début 2016 la touche finale… N’en déplaise aux cancaniers, la présence du chorégraphe à ce poste n’avait rien d’usurpée ; et son passage, pour météorique qu’il fût, se révéla tout sauf anecdotique : Relève , documentaire sur les coulisses de la création Clear, Loud, Bright, Forward, démontre en filigrane à quel point Millepied semblait taillé pour y accomplir de nécessaires révolutions. Et Benjamin Millepied opéra… Relève porte ce regard original sur l’élaboration du ballet promis par le titre (de l’esquisse à la première) tout en intégrant des éléments périphériques grappillés dans le quotidien de la vénérable institution : cuisine administrative, obligations protocolaires et promoti

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Au Drak-Art, maintenant, c'est 7h du matin

ACTUS | Deux soirées d'ouverture gratuites de ce Drak-Art 2.0 (beaucoup de travaux ont été effectués pendant l'été) sont prévues ce week-end.

Damien Grimbert | Lundi 29 août 2016

Au Drak-Art, maintenant, c'est 7h du matin

Pendant l’été le Drak-Art, salle de spectacle du 163 cours Berriat très branchée soirées, a effectué différents aménagements qui lui permettent désormais de bénéficier des avantages réservés aux clubs. Concrètement, la salle peut dorénavant fermer à 7h du matin (contrairement à ses voisines l’Ampérage et la Belle électrique qui ont toujours besoin de solliciter des autorisations de fermetures tardives) et vendre de l’alcool au bar jusqu’à 5h30. Pour le reste, pas de gros changements pour le public : la programmation demeurera inchangée, le patron continuant de travailler avec les mêmes associations qu’auparavant, et le tarif des entrées et des consommations ne devrait pas augmenter non plus. En ce qui concerne les travaux de rénovation effectués, la salle est désormais climatisée (fini les murs suintants de condensation par grosse chaleur), le sol a été refait, et des vestiaires sont désormais en place. Également au programme, une augmentation du nombre de concerts les mercredis et jeudis, ainsi qu‘une réfection des murs et du bar prévue avant la fin de l’année. Histoire de fêter tout ça, le Drak-Art organise ce week-end deux soirées d’ouv

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"Divines" : la banlieue c’est pas rose

ECRANS | Oubliez son discours survolté lors de la remise de sa Caméra d’Or lors du dernier Festival de Cannes et considérez le film de Houda Benyamina pour ce qu’il est : le portrait vif d’une ambitieuse, la chronique cinglante d’une cité ordinaire en déshérence, ainsi que le révélateur de sacrées natures.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Pour échapper au déterminisme socioculturel, Dounia a compris qu’il fallait faire de l’argent – de préférence beaucoup et vite, quitte à emprunter des raccourcis illégaux. Et pour éviter d’être, à l’instar de sa mère, de la viande soûle entre les mains des hommes, elle a décidé d’avoir l’ascendant sur eux. Plongée crue dans le quotidien d’une ado de banlieue, Divines complète sans faire doublon les regards d'Abdellatif Kechiche (L’Esquive, La Graine et le Mulet) ou de Céline Sciamma (Bande de filles) en reprenant quelques aspects et thèmes du conte merveilleux, tout en les détournant pour coller au réalisme – davantage qu’à la réalité. Ainsi, dans cette histoire où la domination du masculin sur le féminin est battue en brèche et où toutes les perspectives sont bouleversées, Dounia va par exemple séduire son prince et lui sauver la vie. Rastiniaque ! Mais ce portrait d’une adolescente audacieuse capte aussi ce qui demeure d’indécision entre le reliquat d’enfance porteuse de rêves et l’état d’adulte, lesté d’une gr

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L’Opéra de Paris débarque à la Bastille de Grenoble

CONNAITRE | Dans le cadre de l’opération Opéra d’été de l’Opéra de Paris (qui a pour but de démocratiser cet art parfois intimidant), la régie du téléphérique de Grenoble proposera à la Bastille deux projections en plein air de spectacles créés dans la vénérable institution parisienne.

Aurélien Martinez | Mercredi 27 juillet 2016

L’Opéra de Paris débarque à la Bastille de Grenoble

Deux rendez-vous seront proposés en plein air cet été avec l'Opéra de Paris. Soit, le mercredi 24 août à 21h, l’opéra Le Barbier de Séville de Beaumarchais mis en scène par Damiano Michieletto – on ne l’a pas vu, mais paraît que ça a de la gueule (même trop pour certains). Et le mercredi 31 août à la même heure, un programme du Ballet de l’Opéra de Paris avec notamment une pièce du très star et efficace Benjamin Millepied (photo) et une du très légendaire mais très décédé George Balanchine. Pas besoin dans les deux cas de venir bien habillé, on n’est pas au Palais Garnier non plus.

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"Irréprochable" : inquiétante Marina Foïs

ECRANS | de Sébastien Marnier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Jérémie Elkaïm, Joséphine Japy, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

On ne spolie pas grand-chose de l’intrigue en laissant entendre que Constance, jouée par Marina Foïs, est ici tout sauf irréprochable. Crampon vaguement crevarde au début, elle se révèle ensuite mytho et érotomane, avant de dévoiler au bout du bout un visage plus trouble. Une cascade de "retournements" un peu outrés, censés changer notre point de vue sur ce personnage donné (trompeusement) pour bohème sympa. Le problème, c’est que l’on sait d’entrée qu’il y a un souci : regard fixe et lourd, attitudes maniaques, Constance n’a rien de la fille à qui vous confiriez votre sandwich ni votre code de carte de crédit ; elle respire le vice plus que la vertu. Modeler de la noirceur et des ambiances intrigantes ou inquiétantes semble davantage intéresser Sébastien Marnier qu’animer un personnage cohérent. Dommage, car il dispose par ailleurs d’atouts non négligeables : une distribution surprenante (mais qui fonctionne), ainsi qu’une excellente bande originale signée Zombie Zombie – un adjuvant essentiel.

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"Vicky", l'ego trip de Victoria Bedos

ECRANS | de Denis Imbert (Fr., 1h28) avec Victoria Bedos, Chantal Lauby, François Berléand, Benjamin Biolay…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

En théorie, on devrait éprouver compassion et bienveillance pour Victoria Bedos, la pauvre petite fille riche racontant ici sa difficulté d’avoir pour père un comédien misanthrope et pour frère un monstre d’égoïsme se servant d’elle comme d’un paillasson – de préférence les soirs de pluie. C’est à cause, ou grâce, à ces modèles masculins étouffants qu’elle a voulu se réinventer sur grand écran en devenant chanteuse underground, car elle a du talent, elle aussi… Mais notre empathie, on s’assoira dessus, puisque la comédienne-scénariste affirme qu’il ne faut chercher aucun règlement de compte dans ce film servant sa gloire et fusillant les affreux machos autocentrés de sa parentèle. Elle s’est pourtant donné bien du mal pour accentuer les ressemblances et que chacun identifie sans peine les Bedos derrière les Bonhomme. Cela dit, en étant de presque tous les plans dans l’autoficiton qu’elle se consacre, Victoria montre n’avoir rien à envier à son entourage en matière d’ego. Voir Vicky, c’est un peu comme assister à un spectacle scolaire de fin d’année joué par d’autres enfants que les vôtres : à quoi bon ?

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