Camille-cature

Chanson | La chanteuse française sera mercredi 8 et jeudi 9 novembre à la Belle électrique, à guichets fermés, dans le cadre de la tournée de son sixième album "OUÏ". Pas le plus réussi de sa carrière, même si sa carrière, elle, est l'une des plus réussies de France.

Aurélien Martinez | Jeudi 2 novembre 2017

Photo : Patrick Messina


Il est agaçant OUÏ, le sixième album de Camille sorti début juin. Agaçant parce que la chanteuse semble donner raison à tous ses contempteurs, se renfermant par moments dans une sorte de musique beaucoup trop intellectualisée. Avec, en guise de preuve ultime, le titre Langue qui clôture l'album où le mot en question est répété pendant une minute – on dirait un sketch.

N'empêche, se glissent ici et là quelques morceaux magnifiques : le single Fontaine de lait à l'érotisme décalé, l'entêtant (même si abscons) Je ne mâche pas mes mots ou le très beau Seeds tout en anglais… Des exemples qui confirment ainsi que Camille est une artiste immense, aussi bien en studio (Le Fil, son deuxième album sorti en 2005, est un véritable chef-d'œuvre qui restera dans l'histoire de la chanson française) qu'en concert.

Car Camille est une bête de scène à la voix maîtrisée comme seules les plus grand.e.s le peuvent, ce que cette nouvelle tournée, construite autour de percussions, démontre une fois de plus. Surtout lorsqu'elle interprète ses anciens hits énergiques (les tubesques Ta Douleur et Allez Allez Allez ou son premier succès Paris dans une version presque yéyé) ; ainsi que ceux forts en émotions tel ce Pâle septembre / Winter's Child seule au piano qui ne peut pas ne pas déchirer le cœur de ceux qui, un jour, ont été aimés et, plus tard et sans raison, ne l'ont plus été.

Camille
À la Belle électrique mercredi 8 et jeudi 9 novembre à 20h


Camille


La Belle Électrique 12 esplanade Andry-Farcy Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Dans la marmite du Bouillon

Initiative | Les travaux continuent à la Capsule de l’association Cap Berriat, rue Boucher de Perthes. Un café-resto devrait y être installé : le Bouillon, engagé notamment dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. On est allé rencontrer Adrien Cougnon et Arnaud Deshayes, à l’initiative du projet.

Martin de Kerimel | Jeudi 18 février 2021

Dans la marmite du Bouillon

« On s’est rencontré… autour d’une bouffe ! » Clin d’œil du destin ou pas, Adrien se marre franchement à l’évocation de ce souvenir. Cette simple phrase suffit pour convaincre qu’Arnaud et lui ont un point commun décisif pour leur projet : ils apprécient la bonne chair ! Les deux trentenaires se sont connus fin 2019 et sont voisins de palier dans une grande maison de Meylan, divisée en appartements et dotée d’un jardin partagé. Après avoir sympathisé, ils se sont rendu compte que leurs ressemblances dépassaient le goût culinaire : l’un et l’autre souhaitaient donner une nouvelle orientation à leur vie professionnelle, plus proche de leurs valeurs. « C’est marrant, parce qu’on a connu des parcours parallèles, raconte Arnaud. On a fait des études, lui comme ingénieur, moi un peu plus dans le design. Et, après des expériences courtes et pas forcément désagréables, on n’a pas eu envie de poursuivre dans ces domaines. Du coup, on a voyagé, lui en Australie, moi en Nouvelle-Zélande. C’est là que, personnellement, je me suis demandé comment je pourrais allier ma passion pour la cuisine, ma fibre sociale et mes convictions environnementales. »

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La Source s'écoule toujours

Spectacles en ligne | Depuis quelque mois, malgré la situation sanitaire, la Source continue de proposer résidences et événements (pour la plupart en livestream), pour combler un tant soit peu notre irréductible besoin de consolation. Et voici que la dernière salve en date s'avance pour les prochaines semaines !

Stéphane Duchêne | Mercredi 17 février 2021

La Source s'écoule toujours

ÀÀ vos agendas : le programme débute très vite, dès ce jeudi 18 février, à 18h30, avec la sortie de résidence des P'tits Maux des Mômes, un spectacle jeune public de la Cie Poêle à Gratter. Une résidence durant laquelle la compagnie a proposé des ateliers musicaux à destination des enfants du Centre de loisirs de Fontaine. Sur scène, et donc à travers le filtre du livestream, on retrouve trois musiciens pour un spectacle participatif né de leurs expériences dans le milieu scolaire et de la petite enfance. Les mardi 23 et mercredi 14 février, à 19h, sonnera l'heure des auditions régionales des iNOUïS du printemps de Bourges, un événement réservé aux professionnels de la profession (il s'agit comme indiqué d'auditions) mais retransmis sur Sol FM, qui proposera également des interviews des artistes. Les huit artistes régionaux présélectionnés par l'antenne régionale des iNOUïS seront comme d'usage répartis en deux groupes sur les deux soirs : le rappeur Richi, la protée lyonnaise Thaïs Lona, le Brésilien d'origine Joao Selva et la magnifique gouaille gone de

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"Les Elfkins : Opération pâtisserie" : bonnet petit, bien sûr !

ECRANS | Dès 6 ans ★★☆☆☆ De Ute von Münchow-Pohl (All., 1h18) avec les voix de Jella Haase, Louis Hofmann, Leon Seidel… En salles le 16 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Appartenant à un peuple de lutins vivant à l’écart des humains, la maladroite Elfie décide contre l’avis de tous d’apprendre un métier dans le monde des "géants". Elle atterrit à point nommé chez le grincheux Théo, un pâtissier artisanal en guerre contre son industriel de frère… Familiers des folklores nordiques et germaniques, les lutins se situent entre les auxiliaires de maison (façon Dobby dans Harry Potter) et les chapardeurs malicieux, du style rongeurs comme… Ratatouille, tiens ! N’y a-t-il pas quelque similitude avec ce gentil conte opposant émotion de l’art culinaire et insipidité vénale de la production industrielle, où le méchant a été coupé de son âme d’enfant et où un talentueux modèle réduit vient sauver le gentil ? « L’Histoire ne repasse pas les plats », disait Céline. Disons qu’il les accommode à une autre sauce…

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" ADN" : les racines et la terre par Maïwenn

ECRANS | ★★☆☆☆ De et avec Maïwenn (Fr., 1h30) avec également Louis Garrel, Fanny Ardant, Marine Vacth…

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Son grand-père Émir, qui périclitait en Ehpad, meurt. Très proche de lui, Neige (Maïwenn) vit plus douloureusement son départ que le reste des siens. En hommage, elle décide de prendre la nationalité algérienne… Épidermique, le cinéma de la cinéaste Maïwenn est depuis toujours nourri par ses joies, cris ou deuils intimes : Neige est ici son double, Émir un décalque de son grand-père (déjà évoqué par le passé) et la famille dysfonctionnelle à l’écran un reflet de la sienne propre (elle aussi assaisonnée jadis). Seulement, ADN laisse une impression de confusion dérangeante. Porter la mémoire d’un combattant de l’indépendance algérienne devenu amnésique avant de mourir (quel symbole !) et traiter en comédie une séquence de funérailles (quels acteurs !), pourquoi pas ? Mais les fixettes de son personnage sur la religiosité de son aïeul comme la candeur romantique enveloppant son désir de passeport algérien la montrent tout aussi immature, hors-sol, que le reste de sa parentèle. ADN n’est certes pas un film de paix ni d’apaisement, mais une question que Maïwenn se pose à elle-même, à laquelle elle seule pe

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"L'Enfant rêvé" : graine de discorde

ECRANS | ★★☆☆☆ De Raphaël Jacoulot (Fr., 1h48) avec Jalil Lespert, Louise Bourgoin, Mélanie Doutey…

Vincent Raymond | Mercredi 7 octobre 2020

À la tête de la scierie jurassienne familiale, François et Noémie luttent chaque jour pour leur entreprise comme pour leur couple, infécond. Mais voilà que François entame une liaison clandestine avec Patricia, une cliente par ailleurs mariée. Celle-ci va tomber enceinte… Le drame passionné en gestation, aux accents ruraux (et musicaux) de La Femme d’à côté, est hélas rattrapé par une triste prévisibilité lorsqu’à la trame sentimentale s’ajoutent des enjeux plus terre à terre. Le personnage de François ressemble alors à une foultitude de protagonistes masculins vus ici ou là ces dernières années, embringués dans des histoires vaguement similaires (entreprise à sauver avec patriarche emmerdeur dans le terroir/couple en déroute/histoire de fesses) ; à croire que cette situation tient du lieu commun et que Jalil Lespert se substitue ici à Guillaume Canet ou Gilles Lelouche en chemise à carreaux. Restent les paysages du Jura filmés par drone…

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Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Panorama de rentrée culturelle 2020/2021 | Les théâtres de Grenoble et de l'agglomération ont de nouveau dégainé des programmations bourrées de propositions qu'on avait envie de défendre. Suivez-nous ! Par Aurélien Martinez et Nadja Pobel

La rédaction | Mercredi 14 octobre 2020

Voici 23 spectacles pour une saison théâtrale grenobloise variée

Western ! À Grenoble et aux alentours (ce que l’on appelle de par chez nous le Dauphiné), Serge Papagalli est une légende qui foule les scènes de la région depuis maintenant 50 ans. Pour célébrer cet anniversaire comme il se doit, et avant de le croiser fin novembre sur grand écran dans le film Kaamelott (le fameux Guethenoc le paysan, c’est lui) d’Alexandre Astier, notre homme se lance dans le western-spaghetti et théâtral, lui qui revendique fièrement ses origines italiennes. Avec une douzaine de comédiennes et comédiens à ses côtés (dont pas mal de fidèles de chez fidèles toutes générations confondues), son Western ! était forcément très attendu par un paquet de monde. Dont nous. AM À la MC2 du mardi 13 au jeudi 22 octobre Au Théâtre Jean-Vilar (Bourgoin-Jallieu) vendredi 6 et samedi 7 novembre Au

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Obsolescence déprogrammée

Accrochage | La galerie Tracanelli renoue avec ses habitudes en proposant pour le mois de juin un accrochage d’un duo d’artistes dont le dialogue reste en grande (...)

Benjamin Bardinet | Mardi 9 juin 2020

Obsolescence déprogrammée

La galerie Tracanelli renoue avec ses habitudes en proposant pour le mois de juin un accrochage d’un duo d’artistes dont le dialogue reste en grande partie soumis aux interprétations du visiteur. Mathieu Arfouillaud livre une série de paysages obscurs baignés d’une lumière lugubre et confirme son goût pour une nature aseptisée, domptée par l’homme ; une nature simili-sauvage grandement inspirée par la place qu’on lui accorde dans les aménagements urbanistiques contemporains. En guise de "signature", Arfouillaud intervient toujours sur une portion conséquente de toile en appliquant un aplat monochrome qui rompt avec la nature illusionniste de la représentation. De son côté, Lucas Schiesser, fraîchement sortie de l’École supérieure d’art et design de Grenoble, développe une pratique qui joue également des représentations… en trois dimensions cette fois. Il procède au moulage d’objets ayant incarné, il n’y a pas si longtemps, une sorte de modernité technologique. Des téléphones Nokia 3310 et un Mac pas si vieux que ça, semblent ainsi surgir d’un autre temps, comme fossilisés. Une manière de pétrifier l'état "naturel" d'obsolescence programmée de ces objets et de questionner l'accél

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"Jumbo" : l’amour à la machine

ECRANS | De Zoé Wittock (Fr.-Bel-Lux., 1h33) avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque… Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant pour donner corps à cette nouvelle romance interdite — Portrait de la jeune fille en feu, Curiosa

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Un fils

ECRANS | Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous (...)

Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

Un fils

Si vous aveiz manqué l'avant-première d'Un fils concoctée par le Festival du film africain à Mon Ciné, rien n'est perdu ! Mercredi 26 février, à 20h15, Le Club vous permet une séance de rattrapage (toujours dans l'anticipation, puisque le film n'est pas sorti) en présence du réalisateur Mehdi M. Barsaoui et de Sami Bouajila qui, en plus de venir en voisin, a obtenu pour son interprétation, un prix de meilleur acteur lors de la dernière Mostra vénitienne (section Orizzonti).

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"La Dernière Vie de Simon" : des débuts prometteurs

ECRANS | Les grands débuts de Léo Karmann réalisateur de long-métrage offre un film fantastique à la française tout à fait séduisant. Une histoire d'ados qui bascule également dans le drame ou le mélo. Vivement recommandée !

Vincent Raymond | Mardi 4 février 2020

À part Thomas et Madeleine, personne ne connaît le secret de Simon, petit orphelin capable de prendre l’apparence de ceux qu’il touche. Quand Thomas est victime d’un accident, Simon le remplace sans prévenir qui que ce soit. Dix ans plus tard, Simon va "ressurgir"… Du fantastique à la française ! C’est-à-dire héritier de la (bonne) littérature de la fin du XIXe siècle, du Horla de Maupassant, de L’Homme à l’oreille cassée d’About, de La Cafetière de Gautier, tous ces romans et nouvelles ayant profité du mouvement positivo-scientiste pour entrouvrir les volets du paranormal, pendant que Jules Verne conservait une rigueur toute cartésienne. Ici, point de pyrotechnie ni de super-héros en cape et collants, mais l’instillation perpétuelle du doute et de l’inquiétude : sur les visages, dans les regards, et même dans la douceur fluide des mouvements de caméra. Conte fantastique, La Dernière Vie de Simon tient également de l’habile réflexion identitaire, métaphorisant la dualité intérieure que peut ressentir un enfant adopté, même si l’amour qu’il reçoit de sa famille d’accueil lui permet de développer a

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Camille Lellouche trace sa route

Humour | Toulouse le 28 janvier, Bordeaux le lendemain, Nantes, Nancy, Dijon… les dates s’enchaînent à un rythme soutenu pour l’humoriste. Le public grenoblois ne s’en plaindra pas : l’humoriste doit débarquer au Summum jeudi 6 février.

Martin de Kerimel | Mardi 4 février 2020

Camille Lellouche trace sa route

Cela fait un petit moment déjà que l’on a vu Camille Lellouche faire une déclaration d’amour anticipée au public grenoblois. Un coup de com’ sympa avant sa première dans une salle de l’agglo de cette importance. « C’est un véritable bonheur, bien évidemment, que de faire le métier que l’on aime dans ces conditions. » Désormais, on a hâte, nous aussi, de découvrir sur scène cette pile électrique, douée à la fois pour jouer, improviser, chanter et danser. Les femmes qu’elle incarne sont toutes différentes, mais avec pour point commun d’affronter la solitude. Pour rire, bien sûr ! Précision : l’artiste souligne qu’elles existent réellement, au moins dans le souvenir des innombrables visages qu’elle a croisés lors des quinze années de sa vie professionnelle. Pudeur oblige, Camille préfère ce défilé à un spectacle autocentré, même si certains de ses personnages féminins lui ressemblent aussi, parfois. « Il s’agit avant tout de femmes de tous les jours, que vous pourriez rencontrer dans un magasin ou au restaurant », assure-t-elle, en malicieuse alchimiste de ces moments attrapés au vol. Un succès "explosif" C’est donc en observant ses contempor

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"La Sainte Famille" : ministère à mère

ECRANS | De et avec Louis-Do de Lencquesaing (Fr., 1h30) avec également Marthe Keller, Léa Drucker, Laura Smet…

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Sa femme s’éloigne, son frère se sépare, son aristocrate de mère le fait tourner en bourrique, sa grand-mère n’est plus très vaillante, sa cousine lui fait de l’œil ; il a du mal avec ses filles… Malgré cet environnement intime bancal, le novice en politique Jean est nommé ministre de la Famille… La particule de son patronyme laisse supposer que l’auteur-interprète principal a pioché dans un décor, disons, familier : celui d’une lignée enracinée dans l’aristocratie ou la grande bourgeoisie, habituée aux parquets point de Hongrie des beaux quartiers parisiens, prenant ses quartiers de campagne dans quelque gentilhommière d’Île-de-France ; où l’usage veut que les enfants voussoient leurs parents. Un contexte où sa silhouette mi-guindée, mi-ébahie, évolue visiblement en pays de connaissance. Si on ne peut dire qu’on n’a jamais vu de films avec des familles de bourges en crise (c’est même le fonds de commerce d’un certain cinéma français), ce qui tranche ici, c’est « la pudeur des sentiments », pour reprendre Gainsbourg : les situations se résolvent davantage dans l’écoute et l’étreinte que dans l’hystérie collective, tout mucu

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Trois soirées à ne pas rater

Sorties | On a repéré pour vous trois immanquables pour la semaine, à partir du 4 décembre. Au programme : rap et techno en divers lieux grenoblois.

Damien Grimbert | Mardi 3 décembre 2019

Trois soirées à ne pas rater

04.12.19 > EVE Lean Chihiro Déjà trois années qu’on entend parler de Lean Chihiro, jeune rappeuse parisienne d’à peine 20 ans définie par un univers à la fois très singulier… et très dans l’air du temps : références à la pop-culture japonaise tous azimuts, stylisme irréprochable, flow ultra mélodique explorant les frontières entre chant et rap, affection particulière pour les infrabasses saturées au point de faire trembler les murs… Précisons qu’elle rappe essentiellement en Anglais, ce qui lui fait au moins un point commun avec les groupes ASM et Mû, avec lesquels elle partagera l’affiche de ce concert organisé par Retour de Scène. 06.12.19 > Ampérage DE_dust II Ça fait longtemps qu’on défend dans ces pages le DJ et producteur français Panteros 666, son approche très ouverte et décloisonnée des styles musicaux, sa passion sincère pour la grosse techno des années 90, la cyberculture et les nouvelles technologies… On est donc ravi de le voir venir présenter son nouveau projet en collaboration avec Romain Casa, DE_dust II, un live techno / acid / warehouse inspiré par le jeu vidéo Counter Strike

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Jean-Louis Murat : Stakhanov à la Bourboule

Concert | Á peine livrés les actes de son séminaire scénique post-"Il Francese", Jean-Louis Murat reprend du service live comme pour teaser l'avènement de sa future production, troisième volet promis d'une trilogie du pas de côté entamée avec "Travaux sur la N89", sans doute déjà dans les tuyaux.

Stéphane Duchêne | Mardi 19 novembre 2019

Jean-Louis Murat : Stakhanov à la Bourboule

On connaît la verve impatiente du Stakhanov arverne. Mais au vrai, si elle n'étonne plus personne, elle épate toujours un peu. Comme fascine le torrent ininterrompu de sève poétique débordant par tous les temps les flancs offerts à la muse de cet incorrigible graphomaniaque, seul véritable specimen d'authentique artisan capable d'aligner sa production dans des proportions industrielles. Le tarif est immuable : un album par an les années ingrates, deux quand les semailles ont été généreuses et le tempérament clément. Cette année, à peine avait-il entamé la tournée consécutive à la publication d'Il Francese, deuxième étage d'une fusée exploratrice dont le premier lancement - un Travaux sur la N89 à la facture destructurée, éparpillée, expérimentale jusqu'à la désinvolture, forcément deconcertant - que le passant du (Mont) Sans-Souci en livrait une capture live immortalisée au Toboggan de Décines : Innamorato. Où, dans une dérive tout neilyoungienne, supportée par la complicité de l'hydre

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"Les Éblouis" : il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir

Cinema | De Sarah Suco (Fr., 1h39) avec Camille Cottin, Jean-Pierre Darroussin, Eric Caravaca…

Vincent Raymond | Mardi 19 novembre 2019

Depuis que sa famille a rejoint la communauté chrétienne de Luc-Marie, Camille a vu sa mère sortir de son apathie dépressive. Mais les règles et les rites qui lui sont imposés, ainsi qu’à ses frères, l’étouffent. Camille sent bien l’anormalité de cette aliénation souriante, au nom de la foi… Dans une semaine faste en films d’épouvante, Les Éblouis ne dépare pas. S’inspirant de ses souvenirs personnels, la comédienne Sarah Suco signe un premier long-métrage d’autant plus effrayant qu’il se passe d’effets en décrivant au jour le jour et à travers les yeux d’une adolescente, les conséquences du mécanisme d’embrigadement sectaire. Comment un loup aux allures débonnaires se déguise en berger pour attirer à lui les proies qu’il a flairées fragiles, en l’occurence, la mère de Camille, dépressive et flétrie dans son existence. Et parvient à tout obtenir d’elles grâce à un conditionnement culpabilisateur. Se revendiquant du christianisme et pratiquant une lecture très personnelle des Écritures, la communauté déviante de Luc-Marie est l’un de ces trop nombreux cercles de fêlés prétendant détenir la vérité en droite l

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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"Camille" : la femme à la caméra

ECRANS | De Boris Lojkine (Fr.-Centr.-, avec avert., 1h30) avec Nina Meurisse, Fiacre Bindala, Bruno Todeschini…

Vincent Raymond | Lundi 14 octobre 2019

Jeune photographe fascinée par l’Afrique, Camille Lepage part en indépendante couvrir les remous en Centrafrique qui déboucheront sur la guerre civile. Sans couverture, elle va plus loin que les photo-reporters de guerre professionnels. Au risque de se perdre… C’est un double, voire un triple film que Boris Lojkine signe ici. D’abord, évidemment, un portrait de Camille Lepage (1988-2014) au cours des derniers mois de son intense existence. Le biopic d’une journaliste investie par la nécessité d’éveiller les consciences occidentales à l’imminence du drame centrafricain, mais aussi d’une jeune femme piégée par sa trop grande proximité avec son sujet. Une proximité affective se retrouvant dans sa pratique photographique, puisqu’elle cadre physiquement au plus près des événements et des gens, mais qui dénote également un manque de recul dans son approche. Ce qui conduit à l’insoluble question éthique de la photographie de guerre : celui (ou celle) qui la réalise peut-il/doit-il rester neutre lorsqu’il témoigne d’une situation ? À côté de confrères expérimentés accrédités par les grands quotidiens se conduisant en expats hautains

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"Chambre 212" : la clé des songes

ECRANS | De Christophe Honoré (Fr.-Bel.-Lux., 1h27) avec Chiara Mastroianni, Vincent Lacoste, Camille Cottin…

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Vingt ans après le début de son idylle avec Richard (Benjamin Biolay), Maria (Chiara Mastroianni) quitte le domicile conjugal pour faire le point dans l’hôtel d’en face, chambre 212. La nuit étant propice aux prodiges, Maria est submergée par les fantômes de ses amours du temps jadis, et ceux de son conjoint. Chambre 212 est un peu une version sentimentale (et érotisée) du Christmas Carol de Dickens où le personnage visité par des esprits du passé et se baladant dans des uchronies ne serait plus Scrooge l’avaricieux mais une quadragénaire random en plein cas de conscience. Et où les apparitions – en l’occurrence des doubles de ses amants d’antan – seraient plus désorganisées. Cette fantaisie grave oscillant entre le réalisme cru du drame sentimental et une artificialité assumée, comme elle module du cocasse au bizarre, évoque le cinéma de Blier où tous les temps et destins se superposent dans un cauchemar quantique ; où les personnages coexistent parfois sous divers âges et visages. On ne s’étonnera donc pas que le réalisateur de Merci la vie ! compte parmi les remerciements au géné

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Gestes naturels et défaillances technologiques par Lee Dahye et Mathieu Arfouillaud

Exposition | À l’occasion d’un accrochage sobrement intitulé "Nature ?", la galerie Tracanelli fait dialoguer la production de deux très jeunes artistes autour du rapport que leur travail entretient à la dite nature – source d’inspiration pour l’un, sujet de représentation pour l’autre. Stimulant !

Benjamin Bardinet | Mardi 8 octobre 2019

Gestes naturels et défaillances technologiques par Lee Dahye et Mathieu Arfouillaud

Même si cela ne se voit pas au premier coup d’œil, la nature est au cœur du processus de création de Lee Dahye, artiste d’origine coréenne, actuellement en dernière année aux Beaux-Arts de Paris. Elle développe un travail dont les œuvres réalisées au pinceau ou bien au charbon sont largement inspirées par son environnement naturel dont elle s’imprègne longuement afin d’en retranscrire les effets par l’accomplissement de gestes sûrs qu’on imagine guidés avec une grande concentration. Ainsi, dans une série de peintures de petits formats, la touche picturale, et le geste qui l’accompagne, parviennent à créer des effets qui évoquent tour à tour la fluidité aquatique, la froideur minérale ou le duveteux végétal. L’attention accrue et la sensibilité singulière que Lee Dahye entretient avec son environnement lui permettent de donner forme à des compositions abstraites d’une grande diversité. Derrière la toile À l’inverse, Mathieu Arfouillaud présente une série de toiles de paysages de facture assez classique, très illusionnistes, sur lesquelles surgissent au premier plan des formes géométriques colorées évoquant différen

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Lil' Louis, pour l’amour de la house

Soirée | Chevronné vétéran des débuts la scène house de Chicago, Lil’ Louis est avant tout entré dans la postérité comme l’auteur du classique d’entre les classiques "French Kiss" en 1989. Il sera à la Belle électrique ce samedi 5 octobre pour une soirée qui promet.

Damien Grimbert | Mardi 1 octobre 2019

Lil' Louis, pour l’amour de la house

C’est peu de dire que Lil' Louis a grandi dans la musique. Fils du grand Bobby Sims, guitariste au sein du Rotary Connection, mythique collectif soul psychédélique de Minnie Ripperton, il fait ses débuts aux platines en 1974, âgé d’à peine douze ans, lorsqu’il doit remplacer au pied levé le DJ lors d’une soirée organisée par sa mère pour unifier les gangs de Chicago. Ce sont les prémices d’une carrière qui débutera réellement quatre ans plus tard, lorsqu’il commence à mixer professionnellement dans les différents clubs de sa ville. Cette place en or lui permet de défendre contre vents et marées les nouveaux courants musicaux émergents qui le passionnent : disco d’abord, puis house music dès le début des années 1980, dont il devient rapidement, aux côtés d’artistes comme Ron Hardy, Frankie Knuckles ou Marshall Jefferson, l’un des pionniers incontestés. Pour se distancier de la concurrence, Lil' Louis entreprend, à la même période, de produire ses propres morceaux, qu’il ne commercialise que tardivement pour pouvoir en garder l’exclusivité en soirées. Le tube mondial qui lui fera connaître la notoriété, le fameux French Kiss, sorti en 1989 est v

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Musique classique : une saison, huit étapes

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Avec des stars, des jeunes pousses, des compisteurs d'hier comme d'aujourd'hui...

La rédaction | Jeudi 19 septembre 2019

Musique classique : une saison, huit étapes

Camille et Julie Berthollet Le 27 décembre 2014, pour la première édition de Prodiges sur France 2 (une émission consacrée aux jeunes talents du classique), quatre millions et demi de téléspectateurs suivirent les mouvements d’archet de Camille Berthollet. Une virtuose de quinze ans qui, dans une robe rouge coquelicot, réchauffa l’hiver par son interprétation fougueuse de L’Eté des Quatre saisons de Vivaldi. Un choix gagnant qui lui assura un début de carrière fulgurant, mais pas solitaire. Sur son premier opus bientôt disque d’or, elle associa ainsi sa sœur aînée Julie, également violoniste. Depuis, la surprenante paire construit des aqueducs où Schubert et Brahms côtoient Stromae et Nino Ferrer. Un programme cosmopolite qui, en dehors de refléter des goûts éclectiques, aspire en douce à faire venir les plus jeunes au classique. Au Grand Angle (Voiron) mardi 8 octobre Joachim Horsley Auteur de musiques pour le cinéma et pianiste dans l’ombre des succès de John Legend et Mich

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"Le Mystère des pingouins" : oiseaux de bon augure

ECRANS | Leur ville inexplicablement envahie par des pingouins, plusieurs enfants profitent des vacances pour enquêter. Un songe astrophysique réalisé par le Japonais Hiroyasu Ishida drapé de poésie mythologique, empli de fantaisie. Et de palmipèdes.

Vincent Raymond | Mardi 13 août 2019

Garçonnet éveillé mais réservé, Aoyama prend d’incessantes notes sur son entourage. Lorsque des manchots surgissent et s’évanouissent aussi vite qu’ils sont apparus dans sa ville, il cherche à comprendre en compagnie de quelques amis. Et de l’assistante dentaire dont il est (très) épris… Ne vous arrêtez pas à l’extrême platitude du titre, évoquant un film à destination exclusive du très jeune public ! C’est d’ailleurs un peu la malédiction de nombreux "anime", où personnages humains et animaux se côtoient volontiers quant ils ne s’hybrident pas les uns avec les autres ; où des figures divines protectrices de la Nature s’incarnent volontiers dans des créatures réelles ou imaginaires – Pompoko, Porco Rosso, Mon voisin Totoro, Princesse Mononoke, Le Voyage de Chihiro, Les Enfants Loups, Ame & Yuki… Un florilège de situations reléguées aux contes pour enfants en Occident, quand elles constituent l’essence de contes à résonance morale ou philosophique au Japon – dont Takahata, Miyazaki ou Hosoda. Dans un autre registre, la problématique du titre trompeur se posera bientôt avec le très beau Je veux manger ton pancréas (en salle le 13 novembre)

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"Face à la nuit" : trois nuits et une seule mort

ECRANS | de Wi-ding Ho (ÉU-Chi-Taï-Fr, 1h47) avec Jack Kao, Lee Hong-Chi, Louise Grinberg…

Vincent Raymond | Mercredi 3 juillet 2019

Durant une nuit d’un XXIe siècle avancé, un homme assassine un ministre hospitalisé, en finit avec son épouse et renoue avec un amour passé via une créature cybernétique. Ses actes trouvent leur justification bien des années en amont, durant d’autres nuits. Et ainsi de suite, jusqu’à l’enfance… En dire trop serait criminel sur ce film à chapitres et énigmes aux faux airs de poupées russes : plus on avance dans cette histoire à rebours, plus on en découvre le cœur sensible, la clé secrète. Une telle construction réveille le souvenir de l’uppercut provoqué par Peppermint Candy (2000) de Lee Chang-dong, autre fresque dramatique conditionnée par un traumatisme initial que l’on découvre en fin de film. Le réalisateur malaisien Wi-ding Ho se distingue en repoussant les frontières de son récit : un mode de narration non orthodoxe autorise de plonger d’emblée dans l’anticipation. Et sa vision du futur, sans être "bladerunnerienne", constitue une très plausible extrapolation du présent, grisaille urbaine, cybermenaces et noirceur politique incluses. Le cinéaste a d’autres surprises dans sa besace, à commencer par la prés

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Les trois soirées de la mi-juin

Soirées | Suivez-nous au Vieux Manoir, à l'Ampérage et à la Bobine.

Damien Grimbert | Lundi 10 juin 2019

Les trois soirées de la mi-juin

14 & 15.06.19 > Vieux Manoir Manoir Solidaire C’est le genre d’initiative qu’on ne peut que cautionner : vendredi 14 et samedi 15 juin au club le Vieux Manoir, l’entrée sera délivrée gratuitement en échange d’une denrée alimentaire non périssable (riz, pâtes, conserves…) qui sera reversée aux Restos du cœur. L’occasion rêvée de découvrir aux platines un line-up composé de quelques-unes des principales forces vives de la scène électronique locale, avec Tauceti (photo), Jissbass et Endrik Schroeder le vendredi, et Easy Tiger, Vouiz, Polaar et Sinnermen le samedi. 15.06.19 > Ampérage Subversion #7 Lancées à l’automne dernier, les soirées Subversion du collectif The Dare Night auront vu en l’espace de six éditions défiler la crème de la nouvelle scène techno, indus et EBM européenne, dans une ambiance exaltée. Pour ce septième et ultime volet en forme de bouquet final, c’est le Berlinois Inhalt der Nacht qui tiendra le haut du pavé avec un DJ-set de 3h. Également au line-up, deux lives haute intensité, l'un signé par le duo toulousain Imperial Black Unit et l'autre par

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"Entre deux genres d'humanité" : splendeur et misère par Louis Jammes

Exposition | Visite guidée de l'exposition que l'Espace Vallès de Saint-Martin-d'Hères consacre au photographe français.

Benjamin Bardinet | Lundi 10 juin 2019

Né à Carcassonne en 1958, Louis Jammes s’est fait connaître dans les années 1980 en photographiant les artistes superstars de l’époque dans des décors inspirés par leurs œuvres. Il appartenait alors à une génération soucieuse de rompre avec le dogme moderniste qui, depuis les années 1950, défendait un art pur, élitiste, autoréférentiel et généralement abstrait. Issu de la figuration libre, Jammes revendiquait au contraire un usage complètement libéré des techniques, produisant des images hybrides "photographico-picturalo-théâtrales". Avec le temps, sa pratique s’est formellement assagie. Il intervient désormais rarement graphiquement sur ses tirages. Et, surtout, privilégie une pratique plus documentaire et sociale. D’où le fait que sur le grand mur de l’Espace Vallès qui l’expose, ce ne sont pas des photographies de stars qui sont présentées mais celles de femmes, d’hommes et d’enfants dans ce qu’ils ont de plus humain. On y découvre des immeubles défoncés par des impacts de balles, des enfants jouant à la guerre avec des armes factices (et, même, parfois, sur de vrais tanks)… Des femmes en fichu et les graffitis en cyrilliques nous laissent

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"Alex, le destin d'un roi" : coup d’épée dans l’eau

ECRANS | De Joe Cornish (GB, 2h01) avec Louis Serkis, Tom Taylor, Rebecca Ferguson…

Vincent Raymond | Mardi 9 avril 2019

Élevé par une mère seule, tête de turc du collège avec son copain Bedders, Alex trouve dans un terrain vague une épée fichée dans un roc qu’il parvient à dégager. Signe qu’il est le nouveau roi désigné pour combattre l’odieuse fée Morgane, libérée de sa prison par le chaos mondial… Comme tous les grands contes ou récits traditionnels épiques, les légendes arthuriennes sont des fils avec lesquels on peut tisser des étoffes fort dissemblables : Excalibur, Perceval le Gallois ou Merlin l’Enchanteur ont en effet bien peu en commun. Toute variation est sur le principe recevable si elle abrite un univers propre ou une forme suffisamment originale : voyez Alexandre Astier, qui tourne justement sa propre version grand écran de Kaamelott, où Arthur pourrait presque être considéré comme un prétexte tant l’auteur Astier imprime sa marque, son cosmos. Pour cet Alex-ci, la situation est hélas bien différente : nous voici face à un "teenage movie" façon Goonies tentant, comme jadis Le Monde de Narnia ou La Croisée des mondes, de

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"Jungle Boogie" : apocalypse joyeuse signée Jonathan Ouisse

Exposition | Le peintre français de 35 ans vivant à Budapest expose son travail percutant à Spacejunk.

Benjamin Bardinet | Mardi 2 avril 2019

Revendiquant l’influence de grands excentriques du septième art comme Emir Kusturica ou Federico Fellini, le peintre français Jonathan Ouisse expose pour la première fois à Spacejunk, sous le titre Jungle Boogie, plusieurs toiles exubérantes ainsi qu’une série de petits formats bien sentis. D’un point de vue formel, son style se caractérise par un traitement qui joue des contrastes entre des fonds malmenés par une gestuelle picturale nerveuse et des figures représentées avec un pointilleux souci du détail. Du côté des sujets, on assiste à une sorte de cirque pictural dans lequel tout un tas d’animaux côtoient des humains souvent masqués et arborant des symboles obscurs qu’on imagine liés à des cultes d’un nouveau genre – ils ont souvent l’air de s’adonner à des rituels païens dans des environnements architecturaux abandonnés. L’ensemble de ces tableaux, à la tonalité burlesque, s’apparente alors à une sorte de surréalisme post-apocalyptique où l’effondrement de notre civilisation apparaît sous un jour plutôt joyeux. Certainement pas du goût de tous, ce travail reste néanmoins remarquable et n’a pas grand-chose à envi

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"Synonymes" : Paris est une quête

ECRANS | Un jeune Israélien rejetant son pays et sa langue s’installe à Paris en guise de protestation et mène une existence de bohème. Un roman d’apprentissage aux faux-airs de Nouvelle Vague emplis de vrais échos du propre parcours de son auteur Nadav Lapid. Ours d’Or à Berlin 2019.

Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Ex-soldat israélien en violent désaccord politique et humain avec son pays, Yoav débarque sac au dos à Paris. Détroussé et entièrement nu à la suite d’un rocambolesque coup du sort, il rencontre Émile et Caroline, un couple aisé de son âge qui va l’aider à rebondir et à se reconstruire… Le réalisateur Nadav Lapid ne fait pas mystère de la large inspiration autobiographique de ce film, narrant autant sa rupture d’avec sa patrie de naissance que son désir quasi-amoureux de s’enraciner en France. Un nouveau pays dont le personnage de Yoav aime le "concept" avant même de l’avoir pratiqué et dont il engloutit avec voracité le lexique et les fondements républicains afin d’en assimiler l’essence. Mais un lien fabriqué présente toujours le risque d’être artificiel. Car même si Yoav repart de zéro à Paris nu comme l’enfant qui vient de naître, s’il apprend à parler le français en refusant de prononcer le moindre mot hébreu, s’il fait cadeau de ses "histoires" (c’est-à-dire de ses souvenirs personnels ou familiaux) à Émile qui peine à écrire son roman, il demeure prisonnier de son identité première, profondément ancrée en lui, impossible à oblitérer to

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Jacques Attali : « "La Traviata" est l'une des plus belles histoires d’amour »

Opéra | Et voilà la fameuse Fabrique Opéra qui revient pour une treizième édition au Summum. Ça se passera du vendredi 29 mars au mardi 2 avril, ça sera avec le chef-d’œuvre de Verdi "La Traviata", et avec Jacques Attali à la mise en scène !

Solène Permanne | Mardi 26 mars 2019

Jacques Attali : «

Sur scène, un chef-d’œuvre de 1853 signé Giuseppe Verdi joué par un ensemble de solistes, musiciens et choristes amateurs et professionnels. En coulisse, des centaines d’élèves d’établissements techniques de l’agglomération chargés de la confection des décors, des costumes et du maquillage… Eh oui, la Fabrique Opéra, qui souhaite démocratiser cet art jugé élitiste (« seuls 4% des Français déclarent y aller »), est de retour au Summum pour une nouvelle édition (la treizième) le temps de quatre représentations. Après Carmen l'an passé (photo), le chef d’orchestre et directeur artistique Patrick Souillot a décidé que sera donnée cette fois l’indémodable Traviata de Verdi. Inspiré du roman et de la pièce de théâtre La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, l’opéra raconte l’amour impossible de la courtisane Violetta pour Alfredo Germont. «

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« L’Isère a une véritable puissance paysagère » (et l'événement Paysage > Paysages le prouve)

Festival | Après l’automne et l’hiver, et avant l’été l’an prochain, voici le printemps : pour sa troisième édition, le gros événement départemental Paysage > Paysages se déroulera du 23 mars au 22 juin. Avec toujours l’idée de questionner la notion de paysage grâce à pas mal d’événements artistiques – dont un gros prévu en ouverture samedi 23 et dimanche 24 mars. On débroussaille ça.

Aurélien Martinez | Mardi 19 mars 2019

« L’Isère a une véritable puissance paysagère » (et l'événement Paysage > Paysages le prouve)

« Le paysage est vraiment quelque chose d’omniprésent dans notre région, ce qui n’est pas vrai partout en France. En Isère, il y a une véritable puissance paysagère, autant du côté du système alpin que du système rhodanien. Et le paysage, c’est notre bien commun. C’est un patrimoine gratuit qui permet de s’échapper, de gagner en qualité de vie, en santé public – aller se balader en marchant dans les feuilles mortes, c’est plus utile qu’un psychanalyste ! » Voilà comment Philippe Mouillon, directeur du Laboratoire, structure artistique implantée à Grenoble et spécialisée dans les interventions à échelle urbaine (souvent d’ailleurs loin de Grenoble et de France), explique la genèse de l’entreprise très locale Paysage > Paysages lancée en 2016. À l’époque, l’homme et son équipe sont partis avec, en tête, deux constats pas très réjouissants. « On s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser se faire l’effondrement des écosystèmes sans réagir – ça devient une problématique publique. Je trouve intéressantes, p

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La Trilogie, ou quand le Magasin des horizons, le CCN2 et le Pacifique « assument publiquement » leur trio

ACTUS | Nous étions à la conférence de presse organisée jeudi 14 mars au Magasin des horizons.

Aurélien Martinez | Mardi 19 mars 2019

La Trilogie, ou quand le Magasin des horizons, le CCN2 et le Pacifique « assument publiquement » leur trio

« On a voulu concrétiser quelque chose qui se passe déjà » : voilà comment Camille Planeix, coordinatrice du Magasin des horizons, explique le pourquoi du comment de la petite conférence de presse organisée la semaine dernière dans une des salles du centre d’art pour lancer officiellement la « coalition pluri·elles et opérationn·elles » baptisée La Trilogie. Un regroupement composé du Magasin des horizons, du Centre chorégraphique national de Grenoble (CCN2) et du Centre de développement chorégraphique national de Grenoble le Pacifique. Soit trois structures qui ont vu leur direction changer en 2016, et qui se sont alors rapidement rapprochées. « Jusque-là, c’était très intuitif » a expliqué Erell Melscoët, directrice du pôle territoire du CCN2. On peut par exemple parler des Grands Rassemblements du CCN2, auxquels le Magasin et le Pacifique ont été associés. « Maintenant, on assume publiquement et plus clairement ce trio. »

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"Le Mystère Henri Pick" : édition très limitée

ECRANS | de Rémi Bezançon (Fr, 1h40) avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Mardi 5 mars 2019

Une éditrice découvre dans une bibliothèque pour manuscrits refusés le roman d’un pizzaïolo breton que personne n’a jamais vu écrire une ligne de son vivant. Publié, le livre est un succès et suscite les doutes d’un critique télévisuel qui mène l’enquête en compagnie de la fille de l’écrivain… Si l’on met de côté les invraisemblances en chaîne du dénouement (qu’on ne révèlera pas ici) et les revirements incessants du personnage joué par Camille Cottin (rivalisant avec le chat de Schrödinger, puisqu’elle est à la fois l’alliée et l’ennemie de l’enquêteur tentant de prouver que son père est un imposteur), on peut trouver crédible de voir Fabrice Luchini pratiquer la dissection littéraire avec l’opiniâtreté d’un microtome et le flux verbal d’un Onfray croisé Sollers. Dommage, en revanche, que le réalisateur Rémi Bezançon, lui, ne semble pas croire assez à son intrigue pour oser un vrai thriller, préférant une version édulcorée pour soirée télé où le bon mot ou la pirouette tranquille viennent par convention conclure chaque séquence. Un exemple parmi d’autres de son irrésolution : le pseudo reportage d’archives

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Acquisitions en cours d’exposition grâce à l'Artothèque municipale de Grenoble

Exposition | L'Artothèque de Grenoble investit la Bibliothèque centre-ville jusqu’au samedi 9 mars pour une savoureuse exposition de ses nouvelles acquisitions.

Benjamin Bardinet | Mardi 26 février 2019

Acquisitions en cours d’exposition grâce à l'Artothèque municipale de Grenoble

La traditionnelle exposition annuelle consacrée aux récentes acquisitions de l’Artothèque de Grenoble (située, on le rappelle, à Chavant, dans la Bibliothèque d'étude et du patrimoine) est l’occasion amusante d’évaluer votre assiduité aux expositions grenobloises (et à nos chroniques) puisqu’une bonne partie des pièces acquises sont celles d’artistes ayant récemment exposés à Grenoble. Précisément, l’accrochage à la Bibliothèque centre-ville ouvre avec les photographies de Stéphanie Nelson et Alexis Bérar dont le travail est encore visible à la Bibliothèque d’étude et du patrimoine dans l’exposition Nos mémoires vivent. On retrouve chez la première le goût de l’histoire intime et familiale et chez le second un intérêt pour les accidents photographiques et l’artificiel. S’ensuit deux amusants « Rétr

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Variations indie folk avec Louis Jucker et Emilie Zoé

Concert | Samedi 23 février, l'association Reafforests nous donne rendez-vous au Café du Nord. Et ce sera forcément très bien.

Damien Grimbert | Mardi 12 février 2019

Variations indie folk avec Louis Jucker et Emilie Zoé

On avait déjà eu l’occasion de découvrir à Grenoble les musiciens helvètes Louis Jucker et Émilie Zoé il y a maintenant un peu plus d’un an, par le biais de leur formation rock lo-fi Autisti, aux échos volontiers 90’s. Les voilà aujourd’hui de retour, toujours à l’invitation de l’association Reafforests mais dans un contexte musical pour le moins différent, puisqu’ils viennent cette fois présenter chacun leur projet solo. Pour Louis Jucker (photo), difficile d’en dire beaucoup plus au stade actuel, puisque l’album qu’il viendra défendre pour l’occasion, Kråkeslottet [The Crow's Castle], enregistré en Norvège, ne sortira pas avant mars. Au vu du pédigrée du bonhomme, et des quelques extraits déjà disponibles sur le net (Seagazer, Tale of a teacher’s son et Merry dancer), la curiosité pour cette échappée indie-folk volontiers expérimentale est néanmoins de mise, d’autant qu’il sera accompagné en live par les membres de son (autre) groupe Coilguns, avec lesque

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Mystère et bricolage avec Jean-Louis Bernard

Exposition | Les drôles de sculptures-assemblage de l'artiste isérois sont exposées à la librairie Arthaud jusqu'au 23 février.

Benjamin Bardinet | Mardi 5 février 2019

Mystère et bricolage avec Jean-Louis Bernard

Assiettes ébréchées, bidons d’huile rouillés, verres brisés, plaques de cuivre… Jean-Louis Bernard fait feu de tout bois pour réaliser, depuis une bonne quarantaine d’années, des sculptures-assemblages rustiques qui témoignent autant de son plaisir à jouer avec les matériaux que d’une certaine douce folie surréaliste. Présentée à la librairie Arthaud, l'exposition Ne pas ouvrir avant l’arrêt du train revient sur plusieurs séries d’œuvres dont ses Portraits de famille, personnages auxquels il associe des anecdotes farfelues. Ainsi, la légende « Il était fier de ses nouvelles prothèses et de déclencher les détecteurs de métaux dans les aéroports » accompagne une figurine dont le torse est traversé de clous rappelant certains fétiches d’Afrique centrale. Pas étonnant, l'Isérois est amateur d’art traditionnel africain et a d’ailleurs imaginé une série de Fétiches aux pouvoirs magiques saugrenus comme, par exemple, celui de rassurer les septuagénaires sur leur longévité. À leurs côtés, accrochées au mur, plusieurs œuvres plus abstraites renvoient à

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Une Nuit des idées pour « créer des rencontres »

Événement | Jeudi 31 janvier, et pour la deuxième fois, le Magasin des horizons participera à la manifestation nationale (voire plus) La Nuit des idées autour du thème "Yes we care". Un temps gratuit pour prendre soin de soi, de son esprit et plus encore comme nous l’explique Camille Planeix, coordinatrice du projet.

Alice Colmart | Mardi 29 janvier 2019

Une Nuit des idées pour « créer des rencontres »

Alors que jeudi 31 janvier dans le monde entier, grâce à l’Institut français, La Nuit des Idées invitera des milliers de personnes à dialoguer et réfléchir, à Grenoble, ce sera au Magasin des horizons que cela se passera pour la deuxième fois (après une première en janvier 2017). L’occasion, selon la coordinatrice du projet Camille Planeix, « de découvrir ou redécouvrir ce lieu culturel », centre d’art devenu aussi « lieu d’incubation de la pensée » depuis son changement de direction en 2016. Mais l’objectif principal de cette soirée est, surtout, de réfléchir autour du thème "Yes we care" (oui, en référence au célébrissime slogan de l’ancien président américain). « La notion du "care" est difficile à traduire en français. Ça se rapproche de l’idée de prendre soin de soi mais il y a aussi quelque chose de l’ordre de la sollicitude. Parmi les sujets, on va notamment réfléchir à comment agir à l’heure de la catastrophe du réchauffement climatique. »

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"Yao" : cahier d’un retour au pays des ancêtres

ECRANS | De Philippe Godeau (Fr-Sen, 1h44) avec Omar Sy, Lionel Louis Basse, Fatoumata Diawara…

Vincent Raymond | Lundi 21 janvier 2019

Petit Sénégalais de 13 ans, Yao vénère la star européenne Seydou Tall, au point de connaître le livre de l'acteur par cœur. Apprenant que l’idole est de passage à Dakar, Yao fait les 400 kilomètres séparant son village pour le rencontrer. Touché (et poussé par le destin), Seydou décide de le ramener chez lui. Il s’agit là clairement d’un conte où le voyageur pensant maîtriser son cheminement se trouve "voyagé", guidé par des forces de plus en plus pressantes à accomplir une mission initiatique à laquelle il n’était pas préparé. Dans ce récit, Yao n’est pas le héros mais le déclencheur inconscient, l’adjuvant à travers lequel le destin va se manifester pour infléchir la trajectoire de Seydou ; un guide malgré lui tirant par ailleurs des leçons profitables de son escapade. Si Philippe Godeau et Omar Sy ont tenté manifestement d’éviter le "folklorisme" tout en préservant un certain réalisme dans la vision du pays, il ne faut pas non plus s’attendre à une vérité documentaire : la caméra ne reste pas assez longtemps pour cela, c’est l’histoire qui veut cela… Et le road-movie, qui lui aussi effectue une manière de retour aux source

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2019 sur les chapeaux de roues avec le Ciné-Club de Grenoble

ECRANS | Il lance ce mercredi 9 janvier un cycle de trois films baptisé "En Cavale".

Vincent Raymond | Lundi 7 janvier 2019

2019 sur les chapeaux de roues avec le Ciné-Club de Grenoble

Jamais à bout de souffle ni de course, le Ciné-Club de Grenoble entame la nouvelle année avec un cycle "En Cavale" composé de trois films à suivre – non : à traquer. Premier à s’échapper sur l’écran ce mercredi 9 janvier, le plus identifié du fait de régulières diffusions et d’une restauration récente : Thelma et Louise (1991, photo) de Ridley Scott, ou l’histoire de deux copines partant en goguette contraintes de faire feu de tout bois (et de tout flingue) pour échapper au machisme carnassier de l’Amérique profonde. Suivra le mercredi d'après une rareté signée Don Siegel, dans la foulée de Dirty Harry : Tuez Charley Varrick ! (1973), thriller aussi insolite qu’attachant avec un Walter Matthau en pulvérisateur aérien de récoltes reconverti dans les braquages et dévalisant une banque collectant l’argent à blanchir d’une organisation mafieuse. Celle-ci envoie le froid et inflexible Molly (Joe Don Baker) pour récupérer le magot… Rythmée par l’omniprésente B.O. de Lalo Schifrin (un quasi-habillage de série TV 70s’ façon Mission Impossible

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"Les Invisibles" : enfermées dehors

ECRANS | De Louis-Julien Petit (Fr, 1h42) avec Audrey Lamy, Corinne Masiero, Noémie Lvovsky…

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa fermeture prochaine, lui et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimé·es et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la "gestion" (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractère réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty (en manifestant une nette prédominance pour les figures féminines), Petit a encore du mal à s’affranchir de la double influence du scénariste de

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"L'Homme fidèle" : garrelement réussi

ECRANS | de et avec Louis Garrel (Fr, 1h15) avec également Laetitia Casta, Lily-Rose Depp…

Vincent Raymond | Jeudi 20 décembre 2018

Un jour, Marianne annonce à Abel qu’elle est enceinte de leur ami Paul et qu’elle le quitte. Abel encaisse. Dix ans plus tard, Paul est mort et Abel revient dans la vie de Marianne, désormais mère de Joseph. Il faut aussi compter avec Ève, jeune sœur de Paul, éprise depuis toujours d’Abel… Serait-ce un Conte moral inédit d'Éric Rohmer, une romance truffaldienne, un drame bourgeois chabrolien où soudain surgit une fantastique étrangeté ? À moins qu’il ne s’agisse d’une de ces relectures à la Desplechin revivifiant le genre "film en appartement parisien"… L’Homme fidèle, comme Louis Garrel, ne peut renier sa filiation avec la Nouvelle Vague et ses héritiers – elle est de toute façon constitutive de son identité, pour ne pas dire inscrite dans ses gènes. Synthèse habile du cinéma des aînés, bénéficiant du surcroît de la "patte" d’un coscénariste chevronné en la personne de Jean-Claude Carrière, ce film est une splendeur d’équilibre, de délicatesse et de surprises – les réactions des protagonistes étant tout sauf convenues. Ainsi, la brutale scène de rupture initiale pourrait-elle tenir de la comédie comme du d

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"Astérix - Le Secret de la Potion Magique" : transmission réussie

ECRANS | de Louis Clichy & Alexandre Astier (Fr, 1h25) animation avec les voix de Christian Clavier, Guillaume Briat, Alex Lutz…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

L’accident idiot : une branche qui rompt fait choir le druide Panoramix. Lequel y voit un signe des Dieux : penser à sa postérité et transmettre le secret de sa potion magique. Il part alors en quête d’un jeune successeur. Las ! Un confrère jaloux, le fourbe Sulfurix, a des vues sur la recette… Tombé dans la potion magique des mages Uderzo et Goscinny dès son plus jeune âge, Alexandre Astier en a gardé quelques séquelles — d’aucuns diront même que les effets en sont permanents sur lui. Aussi n’avait-il eu guère de peine à enfiler les braies de ses aînés pour signer l’adaptation du Domaine des Dieux, où déjà affleuraient quelques velléités d’émancipation : tout en respectant le principe d’une histoire "astérixienne", la langue et les attitudes évoluaient vers "l’astierisquien". Enti

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Alexandre Astier : « J’avais peur du vieillissement parce qu'Astérix est un monde fixe »

ECRANS | Alexandre Astier revient sur la recette d'"Astérix - Le Secret de la Potion Magique", nouvel opus animé de la série Astérix dont il partage la réalisation avec Louis Clichy. Où il sera question de Uderzo, de "L’Île aux enfants", de Goldorak, de Marvel, de manga et d’une note de "Kaamelott"… Entretien exclusif.

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Alexandre Astier : « J’avais peur du vieillissement parce qu'Astérix est un monde fixe »

Avec cette histoire originale, vous vous êtes retrouvé en situation d’apprenti devant obtenir la bénédiction du vénérable druide Uderzo. Au-delà de la mise en abyme, comment s’est déroulée cette transmission ? Alexandre Astier : La première fois que je lui ai présenté le pitch, il m’a dit qu’il ne pouvait pas rester un sujet fondamental qui n’aurait pas été traité en album – et ça se voyait que c’était sincère. J’avais peur du vieillissement parce qu'Astérix est un monde fixe : sans futur ni passé, ni vieillesse, ni mort, ni cheveux blancs, ni enfants pour remplacer les adultes. À chaque aventure, les personnages sont jetés dans une situation, s’en sortent et tout revient à la normale. Je crois qu’il a été touché par l’histoire. Est-ce qu’il l’a rapportée à lui ? Je n’en ai pas l’impression – je ne lui ai pas demandé. Mais je crois qu'il a voulu voir ce que ça allait donner, cette difficulté de trouver un successeur et le risque que cela comportait. En plus,

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"Les Confins du monde" : avant l'apocalypse (now)

ECRANS | de Guillaume Nicloux (Fr, 1h43) avec Gaspard Ulliel, Guillaume Gouix, Gérard Depardieu…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Indochine, 1945. Rescapé par miracle de l’exécution d’un village où son frère a péri, le soldat Robert Tassen (Gaspard Ulliel) reprend du service afin de châtier l’auteur du massacre, un chef rebelle. S’il n’hésite pas pour cela à recruter d’anciens ennemis, il est aussi chamboulé par Maï, une prostituée… Deux séquences étrangement symétriques encadrent ce film dont le décor et l’histoire sont imprégnés par la guerre, mais qui transcendent ce sujet. Deux séquences où l’absence de mots dits font résonner le silence ; un silence éloquent renvoyant indirectement à l’assourdissante absence de représentation de la Guerre d’Indochine, cette grande oubliée des livres d’Histoire, enserrée qu’elle fut entre 39-45 et les "événements" algériens. Une guerre sans mémoire (ou presque), dont l’essentiel de la postérité cinématographique repose sur Pierre Schoendoerffer. Une quasi "terre vierge" historique donc, sur laquelle le cinéaste Guillaume Nicloux greffe ses obsessions, notamment le principe d’une quête (ici dissimulée en vengeance) plus métaphysique que réelle. La forme, volontairement elliptique, tirant sur l’abstraction, ne fait p

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"Les Chatouilles" : Andréa Bescond, touchée mais pas coulée

ECRANS | Portant le fardeau d’une enfance abusée, Odette craque et solde son passé, subissant en sus l’incrédulité hostile de sa mère. Une histoire vraie passée par la scène peinant à trouver sa pleine voix au cinéma mais heureusement relayée par des comédiens d’exception.

Vincent Raymond | Lundi 12 novembre 2018

Enfant, Odette a régulièrement été abusée par Gilbert, un ami de la famille masquant ses sévices en "chatouilles". À l’âge adulte, la danse ne suffisant plus pour exorciser son passé, Odette entreprend (à reculons) une psychanalyse. Et lutte en sus contre le déni maternel… Comme un écho douloureux. Un semaine après la sortie d’Un amour impossible de Catherine Corsini d'après un roman de Christine Angot, ce premier long-métrage coréalisé par Éric Métayer et Andréa Bescond, adaptation du spectacle autobio-cathartique de cette dernière, aborde à nouveau (et plus frontalement encore) l’abominable question des attouchements et des viols sur mineur·es. S’il a fallu à l’autrice-interprète principale une dose de courage à peine concevable pour se livrer aussi crûment et se reconstruire, on ne peut cependant pas taire sa perplexité face à

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Il était une fois L'Art partagé, « musée éphémère de l’art brut »

Exposition | Depuis bientôt quinze ans, Jean-Louis Faravel se passionne, à Rives, pour l’art brut et l’art singulier. Au point de proposer une biennale, baptisée L’Art partagé, autour de « l’art des fous » (mais pas que…) dont c’est, jusqu’au dimanche 18 novembre, la septième édition. Nous l’avons visitée.

Philippe Gonnet | Mardi 30 octobre 2018

Il était une fois L'Art partagé, « musée éphémère de l’art brut »

On a trop souvent traduit le "Beati pauperes spiritu" des Écritures par "Heureux les simples d’esprit", alors que ces vocatifs et ablatif signifient plutôt "Heureux les pauvres par leur esprit", ou "Heureux ceux qui ont su garder un esprit de pauvres"… Loin de l’herméneutique (cette science de l'interprétation des textes, religieux notamment), le rapport à la création artistique de personnes souffrant de troubles mentaux semble relever du même ordre, obéissant au même type de principe(s). L’art brut serait-il plus proche de l’authenticité ? C’est en tout cas le propos qu’entend illustrer, mieux qu’un long discours et non sans bonheur, la septième biennale L’Art partagé que Rives accueille jusqu’au 18 novembre. Salle François-Mitterrand, 64 artistes de sept nationalités (principalement Néerlandais et Français, mais également Allemands, Belges, Italiens, Portugais et Indonésien) le prouvent à l’envi, à l’aune de quelque 800 œuvres. Si tous ne sont pas en institution, ce charme singulier opère (presque…) à chaque fois. « Une présence, un passage » Dans ce que Jean-Louis Faravel, à l'origine de cette biennale, a conçu

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Pierre Salvadori « "En liberté !" est le film où Camille Bazbaz me complète et comprend le mieux mon univers »

ECRANS | L’accord entre un cinéaste et son compositeur est la clé invisible de nombreuses réussites cinématographique. Pierre Salvadori le confirme en évoquant sa collaboration harmonieuse avec Camille Bazbaz sur "En Liberté !". Avec, en prime, un solo de Pio Marmaï…

Vincent Raymond | Jeudi 1 novembre 2018

Pierre Salvadori «

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : Oui, c’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre – César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? PS : Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts

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Louis Winsberg : « Michael Brecker était un saxophoniste comme il n'y en a pas deux par siècle »

Festival | Jeudi 18 octobre à la salle Edmond Vigne, dans le cadre de la 14e édition du Grenoble Alpes Métropole Jazz Festival, le trio Charlier/Sourisse/Winsberg rendra hommage au saxophoniste américain Michael Brecker, pillier du jazz dans les années 1980. Le guitariste Louis Winsberg, aussi connu pour ses groupes Sixun et Jaleo, nous en dit plus.

Alice Colmart | Mardi 9 octobre 2018

Louis Winsberg : « Michael Brecker était un saxophoniste comme il n'y en a pas deux par siècle »

André Charlier et Benoît Sourisse formaient un duo avant que vous les rejoigniez. Comment est né ce trio ? Louis Winsberg : Je connais André Charlier, batteur et percussionniste, et Benoît Sourisse, organiste et pianiste, depuis 30 ans, mais notre rencontre musicale ne date que d'une dizaine d'années, suite à une idée d'un des programmateurs du Festival de Chamonix. Nous avons d'abord joué un mix de compos et de standards. Et au vu du plaisir évident qu’on a eu ensemble, nous nous sommes assis autour d'une table pour réfléchir à un projet qui ait du sens, quelque chose de fort. On a alors décidé de rendre hommage à Michael Brecker, ce saxophoniste américain décédé en 2007 et véritable pilier du jazz. Dans votre trio, il n'y a pourtant pas de saxophoniste à l’horizon… Oui, et c’était un vrai challenge à relever ! On est un trio orgue, guitare, batterie et on fait une musique jouée à l’origine par cinq-six personnes qui ont plus d’instruments. L'idée était avant tout de rendre hommage à ce musicien qui nous a inspirés dans le vocabulaire jazzistique de base. C’était un saxophoniste et un imp

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Un Orchestre universitaire de Grenoble pour « donner aux jeunes l’occasion de reprendre confiance en la musique »

ACTUS | Alors que l'Orchestre universitaire de Grenoble continue de recruter de nouveaux musiciens amateurs pour 2018-2019, on a rencontré Patrick Souillot, son directeur musical. La saison s’annonce chargée, alors en avant maestro !

Alice Colmart | Mardi 2 octobre 2018

Un Orchestre universitaire de Grenoble pour « donner aux jeunes l’occasion de reprendre confiance en la musique »

Tous les mardis à 20h30, de doux airs musicaux s’échappent du 1 rue du Vieux-Temple à Grenoble, et plus précisément de la Salle Morillot où l'Orchestre universitaire de Grenoble répète. Créé en 1977 par des professeurs d’université et des chercheurs du CNRS, cet ensemble à l’origine destiné au personnel universitaire du campus a très vite conquis les étudiants. Car ici, ni le niveau, ni l’âge ne compte : chacun est libre de venir avec son instrument, et il n’y a pas de sélection à l’entrée. « L’idée principale était de donner aux jeunes l’occasion de reprendre confiance en la musique. Beaucoup ont abandonné pendant deux ans, lors de leur classe prépa par exemple. Travailler dans un collectif aide à reprendre plus facilement » explique Patrick Souillot, son chef d'orchestre également à la tête de la Fabrique Opéra (qui, chaque printemps au Summum, cherche à démocratiser l’opéra). Amateur, ouvert à tous mais pas laxiste, l’orchestre ne lésine pas sur l’exigence nous assure son patron. « C’est un orchestre avec une politique d’encadrement, des chefs professi

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"Un peuple et son roi" : astre déchu

ECRANS | Dans cette fresque révolutionnaire entre épopée inspirée et film de procédure, Pierre Schoeller semble fusionner "Versailles" et "L’Exercice de l’État", titres de ses deux derniers longs-métrages de cinéma. Des moments de haute maîtrise, mais aussi d’étonnantes faiblesses. Fascinant et bancal à la fois.

Vincent Raymond | Mardi 25 septembre 2018

1789. La Bastille vient de tomber, et le roi quitte Versailles après avoir signé la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen soumise par l’Assemblée. Dans les rues de Paris, la famille d’un souffleur de verre est portée par ce vent d’espérance. Et si le peuple avait enfin voix au chapitre ? Moment-clé de notre histoire, tournant civilisationnel du fait de sa résonance sur les nations voisines, de son potentiel dramatique et de ses conséquences contemporaines, la Révolution française constitue un morceau de choix pour tout amateur de geste épique, de combats d’idées et d’élans tragiques. Filmer l’exaltation d’une guerre civile éclatant sous l’auspice des Lumières et la conquête de la liberté par le peuple a déjà galvanisé Abel Gance, Sacha Guitry ou Jean Renoir. Comme eux, Pierre Schoeller rallie ici la quintessence des comédiens de son époque : le moindre rôle parlé est donc confié à un·e interprète de premier plan – Gaspard Ulliel, Adèle Haenel, Olivier Gourmet, Louis Garrel, Izïa Higelin, Laurent Lafitte, Denis Lavant... Le défilé en est étourdissant, mais pas autant que celui des députés ayant à se prononcer par ordre alphabétique de circons

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Avant-premières avec cinéastes au Club

ECRANS | Deux films puisant leur origine dans des histoires familiales font leur avant-première au Club, accompagnés par leurs réalisateurs. Si le premier, Chris The (...)

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Avant-premières avec cinéastes au Club

Deux films puisant leur origine dans des histoires familiales font leur avant-première au Club, accompagnés par leurs réalisateurs. Si le premier, Chris The Swiss (mercredi 26 septembre à 20h15), est une enquête en animation sur le cousin de la réalisatrice Anja Kofmel, disparu pendant la guerre en Yougoslavie, le second, Les Chatouilles (mercredi 3 octobre à 20h15), explore une blessure plus intime : celle d’une enfant abusée sexuellement par un adulte. Andréa Bescond racontera comment la scène, puis le cinéma (où Éric Metayer lui a prêté main forte) l’ont aidée à dépasser ce douloureux passé.

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