"Bit" de Maguy Marin : la vie, une farandole

SCENES | Dans sa dernière pièce baptisée "BiT", la chorégraphe Maguy Marin tisse une frêle farandole sur le fumier de l'histoire et dans un univers sonore techno. Une ronde de nuit, aussi brève et poignante que la vie d'un groupe et celle d'un individu.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 3 mai 2016

Photo : Didier Grappe


Sur une scène plongée dans la pénombre, des bourdons martèlent leurs masses électroniques en fusion sur le tambour de nos tympans. Un véritable enfer techno au beau milieu duquel, incongrus, six danseurs entament une farandole sur six plans inclinés. Un pas sur le côté, deux pas en avant, main dans la main, ils filent ensemble leur petite joie de vivre collective alors qu'autour d'eux, les rasoirs d'acier de la musique découpent l'espace et le temps en lamelles acérées.

Il y a "bit" et "bit" semble vouloir dire Maguy Marin à travers ce contraste ; rythme et rythme. Si important pour la chorégraphe, ce n'est pas le tempo ou la cadence répétitive du mouvement, mais le cœur rythmique de chaque individu, comme de chaque collectif.

La musique qui bat entre nous

Maguy Marin entremêle ainsi les cadences infernales de la techno avec les rythmes d'une farandole, petite frise humaine se découpant sur le plateau, s'égayant en gestes presque enfantins, montant et descendant les pentes de la vie et du monde... « La seule question qui vaille au fond, déclare la chorégraphe, c'est : comment produire de la musicalité entre nous ? Comment les rythmes individuels, singuliers, peuvent s'articuler avec ceux des autres, pour créer quelque chose qui ouvre un partage possible. »

La chorégraphe tisse les mouvements comme elle entre-tisse les rythmes et les temporalités, les strates d'histoire à partir desquelles nos gestes s'appuient, se fondent toujours. De temps à autre, Maguy Marin évoque le passé à travers quelques images scéniques fortes : des corps antiques à demi nus glissent sur un drap de sang tragique, trois Parques mythologiques dévident le fil des destinées humaines, des moines masqués ourdissent quelques cabales sulfureuses...

Autant de parenthèses et de visions sombres et inquiétantes, avant que ne resurgissent la bande son techno et notre farandole artisanale faite de bric et de broc, de rythmes et de singularités. Le temps de danser ici n'est, ni plus ni moins, que le temps de vivre (ensemble si possible), avant de basculer dans le néant.

BiT
À la MC2 du mardi 10 au jeudi 12 mai


BiT

Avec Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, conception Maguy Marin
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Slalom" : sortie de piste

Drame | ★★★☆☆ Un film de Charlène Favier (Fr-Bel, 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… Sortie le 19 mai

Vincent Raymond | Jeudi 13 mai 2021

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont la réalisatrice Charlène Favier s’empare à beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avénement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’elle représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective – un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par Noée Abita et Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "

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"Slalom" : sortie de piste

ECRANS | ★★★☆☆ De Charlène Favier (Fr.-Bel., 1h30) avec Noée Abita, Jérémie Renier, Marie Denarnaud… En salles le 16 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Lyz, 15 ans, intègre une classe de ski-études. Délaissée par ses parents, l’adolescente douée va rapidement passer sous la coupe d’un entraîneur abusif… À l’instar de la pratique du ski, le traitement de certains sujets sensibles réclame du tact et de l’équilibre ; le moindre faux-pas entraînant une chute fatale. Celui dont Charlène Favier s’empare a beau croiser une double actualité (la mise au jour de scandales dans l’univers des sports de glace en particulier et l’avènement du mouvement #MeToo en général), il n’était pas exempt d’un risque de manichéisme, en (sur)chargeant facilement le coupable, ou en édulcorant ce qu’il représente. Au contraire a-t-elle choisi de montrer la construction d’une mécanique d’emprise dans son détail, dans la complexité de son irrésistible déploiement, ne cachant pas l’existence d’une responsabilité collective, d'un "terreau favorable" pour un prédateur. En découle l’apparente acceptation de la victime, son mutisme malgré les appels à l’aide. Admirablement servi par le duo Noée Abita-Jérémie Renier, duo qui ne s’épargne rien dans l’épreuve, ce film va au-delà du "dossier" en offrant

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Slalom

Avant-première | La très riche sélection du Festival de Cannes 2020, qui a déjà (dé)livré de bonnes surprises sur les écrans, compte quelques productions tournées en région Auvergne (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Slalom

La très riche sélection du Festival de Cannes 2020, qui a déjà (dé)livré de bonnes surprises sur les écrans, compte quelques productions tournées en région Auvergne Rhône-Alpes. Et notamment le premier long métrage de Charlène Favier, Slalom, se situant dans les hauteurs enneigées de Bourg-Saint-Maurice et racontant l’empire d’un entraîneur de ski sur une jeune sportive, interprétée par une comédienne non moins jeune mais dont on a eu l’heur de souligner les prometteurs débuts dans Ava (2017), Noée Abita. Déjà auréolé du Prix d'Ornano-Valenti décroché au festival d’Angoulême, le film sortira début novembre mais sera présenté en avant-première au public du Club le samedi 17 octobre, à 20h15. Allez-y tout schuss !

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"Jojo Rabbit" : j’avais deux camarades

Fiction | Un garçonnet, dont le confident imaginaire est Hitler, se retrouve à sauver des nazis une orpheline juive. Taika Waititi s’essaie au burlesque dans une fable maladroite ne sachant jamais quel trait forcer. Une déception à la hauteur du potentiel du sujet.

Vincent Raymond | Mardi 28 janvier 2020

Allemagne, années 1940. Tête de turc de sa section des Jeunesses hitlériennes, le malingre et craintif Jojo trouve du réconfort auprès d’un ami imaginaire, Adolf en personne. Tout s’embrouille lorsqu’il découvre une adolescente juive cachée dans les murs de sa maison… L’accueil enthousiaste rencontré par Jojo à Toronto, doublé d’un Prix du Public, en a fait l’un des favoris dans la course à l’Oscar. Sur le papier, le postulat du film a de quoi susciter la curiosité tant il semble cumuler les transgressions volontaires. Résumons : Jojo conte tout de même la fin de la Seconde Guerre mondiale côté allemand du point de vue d’un jeune féal du Führer, en adoptant un registre absurdo-burlesque avec des stars populaires, le tout sous la direction de Taika "Ragnarok" Waititi qui s’adjuge de surcroît le rôle d’Hitler. Ça fait beaucoup, mais pourquoi pas si une cohérence supérieure gouverne les choses ? Ce n’est malheureusement pas le cas. Hitler ? Connais pas… Waititi ne sachant pas quel ton maintenir, son film apparaît violemment hétérogène. Taillant sur mesure ses séquences aux

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Biscornue Bitch et Secteur Flèche : la glace et le feu

MUSIQUES | Encore un concert plus qu'intrigant qu'organise le Bauhaus Bar samedi 15 juin.

Damien Grimbert | Mardi 11 juin 2019

Biscornue Bitch et Secteur Flèche : la glace et le feu

Avis aux amateurs de musiques intrigantes : samedi 15 juin verra la rencontre au Bauhaus Bar de deux électrons libres comme on n’en croise que trop rarement. Déjà découverte au sein du duo Poupard avec Bleu Russe, Laurie Morcillo viendra présenter son nouveau projet solo Biscornue Bitch, entièrement composé à l’aide d’un iPhone. Mêlant mélodies synthétiques évanescentes, rythmiques brutes et paroles hallucinées scandées / chantées avec un détachement qui ne fait qu’en renforcer la curieuse étrangeté, sa musique joue au mieux sur les contrastes pour créer un univers mental hautement singulier dans lequel on se perd avec fébrilité. Comme en témoigne avec force son premier album autoproduit Les fleurs sauvages brûlent, disponible depuis janvier sur Bandcamp. À pas manquer non plus, la performance du mystérieux Secteur Flèche (photo), auteur d’une sorte de bordel hip-hop chaotique, bruitiste et expérimental noyé sous un déluge de samples, qui rappelle par moments le meilleur du catalogue du label états-unien indépen

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Kiddy is burning

Soirée | Chanteur, DJ, producteur, icône de mode et figure emblématique de la scène ballroom parisienne, Kiddy Smile est avant tout un passionné de longue date de la house américaine de la fin des années 1980 et du début des années 1990 à laquelle il rend un vibrant hommage sur son premier album "One Trick Pony". Comme il sera l’invité, samedi 11 mai, de la soirée "Let’s Dance" à la Belle électrique, on a décidé de lui tailler le portrait.

Damien Grimbert | Mardi 30 avril 2019

Kiddy is burning

21 juin 2018, sur le parvis de l’Élysée. Invité à mixer pour la Fête de la musique, Kiddy Smile arbore fièrement un T-shirt dont le slogan a valeur de manifeste : « fils d’immigrés, noir et pédé ». Si l’artiste au style flamboyant et au physique imposant (1m98), grandi dans une cité HLM des Yvelines, incarne de toute évidence une frange de la population française restée longtemps dans l’ombre, il serait pourtant injuste de réduire sa carrière à cette seule dimension symbolique. Musicien talentueux, engagé et charismatique, Kiddy Smile est avant tout un compétiteur féroce qui n’a pas ménagé ses efforts pour en arriver là où il est aujourd’hui. C’est d’abord en tant que danseur hip-hop qu’il fait ses premières gammes au milieu des années 2000, quittant sa cité de Rambouillet pour prendre des cours de danse à Paris. Casté dans un clip de George Michael (An Easier Affair), il s’envole quelques jours à Londres, touche son premier cachet et entame dans les années qui suivent une carrière de danseur professionnel pour des artistes comme Yelle, Magic System,

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"Les Crevettes pailletées" : homos au bain

ECRANS | De Cédric Le Gallo et Maxime Govare (Fr, 1h40) avec Nicolas Gob, Alban Lenoir, Michaël Abiteboul…

Vincent Raymond | Mardi 30 avril 2019

Parce qu’il a lâché une insulte homophobe à un journaliste, la Fédération de natation oblige Mathias, vice-champion du monde, à redorer son image en l’envoyant entraîner une équipe de water-polo gay. L’objectif ? La qualifier pour les Gay Games. Le problème ? Ils sont très mauvais et Mathias est peu motivé… Un merveilleux hasard fait succéder ce film au Grand Bain dont le succès, à la façon d’un Moïse des bassins chlorés, est susceptible de faciliter l’existence dans les salles de ces Crevettes pailletées. Tant mieux pour elles, même s’il n’y a pas de quoi plonger du tremplin des 10m : cette gentille fable célébrant la tolérance à coups de déhanchés suggestifs, de moues mutines et d’exubérance à la Liberace (vous avez dit "cliché" ?) semble bien terne comparée à Priscilla folle du désert, douche australienne maniant le show et froid de la dérision sans pour autant donner l’impression d’illustrer une version aquatique de Comme ils disent

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"Maguy Marin : l'urgence d'agir" : salut la compagnie !

ECRANS | de David Mambouch (Fr, 1h48) documentaire

Vincent Raymond | Lundi 4 mars 2019

Prenant l’emblématique pièce May B (1981) comme fil rouge, le documentariste David Mambouch retrace le parcours de la chorégraphe Maguy Marin en sa compagnie et celle des membres… de sa compagnie. Un regard intime et familial embrassant près d’un demi-siècle d’une aventure chorégraphique particulière… Cela fait près de quarante ans que David Mambouch suit au plus près le travail de la chorégraphe, dans les coulisses et en bord, voire sur scène. Et pour cause : il est son fils. C’est donc de l’intérieur qu’il peut témoigner de la progressive construction d’une œuvre, dans sa cohérence et son intégrité morale (en résonance avec des enjeux sociaux et des problématiques historiques, économiques ou humanistes), mais aussi de ses nécessaires évolutions artistiques (comme l’introduction de la parole et le glissement vers la "non-danse") rendant plus intelligible encore le propos ou le message politique sous-tendant chacune des créations de l'artiste. Portrait collectif d’une femme de troupe ind

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"Escape Game" : le game qui tue le game

ECRANS | de Adam Robitel (EU-Af du S, 1h39) avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll…

Vincent Raymond | Lundi 25 février 2019

Ils sont six à avoir reçu en cadeau une invitation à tester le plus formidable escape game de la ville. Six alléchés par la prime offerte au vainqueur. Six à déchanter lorsqu’ils découvrent que les pièces infernales s’enchaînent et qu’elles essayent toutes de les tuer. Pour de vrai… Il fallait bien que cela arrive : l’essor et l’engouement pour les escape games devait inspirer une adaptation cinématographique. Un juste retour des choses, puisque ces espaces ludiques hautement scénarisés tirent leurs ambiances pour partie d’univers littéraires et majoritairement d’atmosphères filmiques, à grand renfort de sound design. Mélange assez pervers d’éléments connus aperçus dans Dix petits nègres, Cube, Destination finale, Action ou vérité et Saw (la dimension fantastique en moins), Escape Game fait défiler une série de décors-énigmes témoignant de l’ingéniosité vicieuse des auteurs. On s’attend à être crispé sur son fauteuil et, de fait, on l’est – en particulier durant une séquence littéralement "renversante", où le public sujet au vertige risque de prendre cher. Composé comme une suite de sketches, ce bon diverti

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"La Bible, vaste entreprise de colonisation d'une planète habitable" : amen

Théâtre | Créé ce printemps lors du galvanisant festival Théâtre en Mai piloté par le centre dramatique national de Dijon, le spectacle La Bible, vaste entreprise de (...)

Nadja Pobel | Mardi 6 novembre 2018

Créé ce printemps lors du galvanisant festival Théâtre en Mai piloté par le centre dramatique national de Dijon, le spectacle La Bible, vaste entreprise de colonisation d'une planète habitable se posera deux jours à Meylan (mardi 13 et mercredi 14 novembre à 20h). Un drôle de titre certes, mais raccord avec l’ambition de son autrice et metteuse en scène Céline Champinot qui, loin de faire une exégèse divine, choisit plutôt de rester les pieds bien arrimés au sol, questionnant Dieu sur ses supposés pouvoirs. Sur scène, cinq comédiennes, dans un espace de salle de gym de lycée, s'harnachent de cordages, baudriers et casques façon scouts pour dénoncer, sans esclandre et au premier degré, certains messages christiques. Comme lorsque l'une d'elles, en sang, s’insurge contre les avortements à répétition dont elle a été victime faute de pouvoir prendre de contraceptif ou de bénéficier d’opération médicale adéquate. En résulte un spectacle parfois drôle mais souvent foutraque et dispersé. Et, surtout, très politique.

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Théâtre : quinze spectacles pour une saison parfaite (ou presque)

Panorama de rentrée culturelle 2018/2019 | Suivez-nous, on vous emmène à la MC2, à l'Hexagone, au Théâtre municipal de Grenoble, à l'Heure bleue, à l'Ilyade, à l'Espace Paul Jargot, au Grand Angle...

La rédaction | Vendredi 28 septembre 2018

Théâtre : quinze spectacles pour une saison parfaite (ou presque)

Et pendant ce temps, Simone veille ! « Quatre générations de femmes se succèdent dans ce voyage qui s’étend de la lutte pour l’avortement à la procréation assistée. » Voilà bien un spectacle audacieux dans le fond (surtout que parler de féminisme fait encore peur à certains de nos jours) et très réussi dans la forme, comme il mixe propos politiques forts et humour bienvenu. Sur scène, les comédiennes traversent les époques et les questionnements pour rappeler que le combat féministe a certes avancé, mais reste toujours d’actualité. Passionnant (même si on peut discuter de certains propos, ce qu’on essaiera de faire en octobre avec l’une des autrices). À l’Heure bleue (Saint-Martin-d’Hères) mardi 9 octobre La Rose et la hache Créé en 1979, déjà redonné en 2004 pour la réouverture (après travaux) de la MC2, La Rose et la hache est un spectacle culte de Georges Lavaudant, avec notamment sur scène le fameux comédien Ariel Garcia-Valdès, complice de longue date du metteur en scène né à Greno

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"Deux mille dix sept" : vivement la Maguy Marin de 2018

Danse | La papesse de la danse-théâtre en France sera mercredi 16 et jeudi 17 mai à la MC2 avec sa dernière création. Qui, malgré la force de son propos, nous a laissés de marbre.

Aurélien Martinez | Lundi 14 mai 2018

Le capitalisme c’est pas bien, et ça a fait beaucoup de mal : voilà, résumé de façon lapidaire, le propos de la dernière création de la chorégraphe Maguy Marin baptisée Deux mille dix sept – elle a cherché un titre longtemps, avant de choisir celui-ci, on ne peut plus factuel (la pièce a été créée l'an passé). Un propos largement documenté en amont qu’elle illustre, comme à l'accoutumée, avec force d'images soignées plus théâtralisées que chorégraphiées. Pourquoi pas (surtout que son analyse est pertinente), mais dans ce cas précis, tout est beaucoup trop appuyé, désincarné et long pour toucher le spectateur. Et semble même par moments daté de chez daté. « L'état social actuel est assez catastrophique, de plus en plus de gens tentent de survivre, prennent des bateaux pour vivre… Cette situation n'arrête pas de cogner » nous avait-elle répondu il y a quelques semaines lorsque, dans le cadre d'une interview à l'occasion de la reprise à la MC2 de son spectacle culte

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Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Danse | Immense danseuse et chorégraphe multiprimée, Maguy Marin, enfant d’exilés du franquisme, n'a de cesse, depuis 40 ans, de mettre son art au service de la résistance à la violence du monde. Ce qu’elle démontre une nouvelle fois avec sa dernière création "Deux mille dix sept" et la transmission d'une de ses œuvres phares ("May B") à de jeunes danseurs brésiliens ; deux pièces à découvrir à la MC2. Rencontre en amont.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Maguy Marin : « On devrait tous se lever et agir »

Vous êtes une chorégraphe bien installée dans le paysage de la danse contemporaine française, avec pas mal de "tubes" à votre actif – May B (1981), Cendrillon (1985), Description d'un combat (2009), Bit (2014)… À côté de ce travail de création, la transmission est aussi un de vos engagements, comme l’on peut s’en rendre compte avec le spectacle De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité… Maguy Marin : May B a traversé 35 ans, plus de 90 danseurs l'ont dansé dont des jeunes, moins jeunes, expérimentés ou non. Il y a eu un brassage de différents parcours. C’est un vrai établi de travail qui offre des outils à de jeunes danseurs : c'est ce rapport générationn

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"May B" : danse-la comme Beckett

Danse | La création culte de Maguy Marin sera reprise à la MC2 du mercredi 25 au vendredi 27 avril par la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues sous le nom de "De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité". Immanquable.

Nadja Pobel | Lundi 23 avril 2018

Avec De Sainte-Foy-lès-Lyon​ à Rio : May B à la Maré, une fraternité, c'est une page de l'histoire de la danse que nous verrons à la MC2. Cette pièce n'a jamais cessé d'être présentée depuis sa création en 1981, à l'exception de pauses de deux ou trois ans : dingue ! La danseuse Lia Rodrigues (dont les travaux chorégraphiques récents ont été vus à Grenoble – Pindorama, Pororoca, Incarnat…) faisait alors partie de la distribution. Trente-cinq ans plus tard, elle l’a transmise aux élèves en formation continue de l'École de danse libre qu'elle a montée à la Maré, une des favelas les plus âpres de Rio de Janeiro. Le résultat est remarquable. Inspirée par l’œuvre du dramaturge Samuel Beckett (d’où le côté très danse-théâtre du résultat), May B posait déjà à l’époque tant d'éléments de ce qui fera la force du travail chorégraphique de Maguy Marin : une conscience politique aigüe des dominants et dominés mêlée à un souffle de vie qui affleure des décombres. Semblables à des zombies ayant passé des heures sous les gravas sans doute dus à un séisme ou des bomba

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"L’Assassin habite au 21" et "Le Corbeau" : deux Clouzot, sans autre forme de procès

ECRANS | La récente réédition de l’intégrale de l’œuvre du réalisateur français Henri-Georges Clouzot (1907-1977) est l’occasion de sa ressortie, et donc de sa redécouverte sur grand écran. Autant faire les choses correctement, c’est-à-dire dans l’ordre chronologique en s’offrant les deux premières réalisations du Maître. Pour ce faire, rendez-vous au cinéma le Méliès.

Vincent Raymond | Jeudi 9 novembre 2017

Bien que tournés sous l’égide de la Continental (compagnie de capitaux allemands produisant sous l’Occupation des films français dûment "approuvés" par les autorités), L’Assassin habite au 21 (1942) et surtout Le Corbeau (1943) ne sont en rien des manifestes collaborationnistes. Ce dernier montre en effet les ravages de la délation sur une petite communauté jusqu’alors paisible, dont l’un (ou l’une) des représentant·e·s s’emploie à révéler les travers privés des uns et les petits secrets des autres à coups de missives anonymes – enfin, signées "le Corbeau". L’enquête s’enlisant, chacun en vient à soupçonner ses voisin·e·s et l’on n’est pas loin de lyncher plusieurs victimes expiatoires. Le rigide Pierre Fresnay (alias le Dr Germain) est l’une des premières cibles du maudit volatile ; il parvient toutefois à lui faire face entouré d’une galerie des seconds rôles savoureux (Larquey, Roquevert, Blin, Sylvie, Ginette Leclerc…), signant là un authentique acte de… résistance. L’autre opus, d’une année antérieure, montre le même Fresnay endosser une nouvelle fois avec le costume du commissaire Wens après Le De

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"Anna" : maman a tort

ECRANS | de Jacques Toulemonde Vidal (Fr.-Col., 1h36) avec Juana Acosta, Kolia Abiteboul, Bruno Clairefond…

Vincent Raymond | Mardi 4 juillet 2017

Bipolaire, Anna a peur de perdre son fils Nathan. Alors elle l’enlève et l’emmène dans son pays d’origine, la Colombie, où elle veut tout recommencer avec son nouveau compagnon… Comment ne pas éprouver de la sympathie pour Anna ; comment ne pas être effrayé par son inconséquence, son exubérance, sa mise en danger perpétuelle ? Absolue en tout, raisonnable en rien, l’amour qu’elle porte à son enfant ne l’empêche pas de commettre les pires négligences. La comédienne Juana Acosta s’investit avec une entière sincérité dans le yoyo émotionnel de son personnage. La fragilité touchante qu’elle dégage fait écho aux fragilités propres du film… et le renforce, paradoxalement. À noter dans ce film franco-colombien l’esquisse transversale d’une Colombie spectaculairement tranquille ; une vision plutôt rare d’un pays habitué à la représentation de ses soubresauts.

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"Ava" : et Noée Abita creva l’écran

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; et premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des "Fantômes d’Ismaël" d'Arnaud Desplechin) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique du dernier Festival de Cannes que ce premier long-métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme : Ava s’octroie ainsi des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge des métamorphoses, avec son regard fixe et

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"Ava" en avant-première mardi au Club

ECRANS | Présenté à Cannes lors de la dernière Semaine de la critique, le premier long-métrage de Léa Mysius (par ailleurs coscénariste avec Desplechin des Fantômes d’Ismaël) y (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Présenté à Cannes lors de la dernière Semaine de la critique, le premier long-métrage de Léa Mysius (par ailleurs coscénariste avec Desplechin des Fantômes d’Ismaël) y a révélé une toute jeune comédienne très prometteuse : Noée Abita. Elle porte sur ses épaules cet Ava dont elle interprète le rôle-titre, celui d’une adolescence plus mûre que sa mère. Vous en conviendrez volontiers lors de l’avant-première organisée par le Club mardi 20 juin à 20h15, en présence de la réalisatrice.

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"À bras ouverts" : oh, un conte colonial moderne

ECRANS | de Philippe de Chauveron (Fr., 1h32) avec Christian Clavier, Ary Abittan, Elsa Zylberstein…

Vincent Raymond | Vendredi 31 mars 2017

Au cours d’un débat télévisé, un intellectuel de gôôche (Christian Clavier) prônant la générosité se targue d’être prêt à accueillir une famille rom si d’aventure elle venait à sonner à sa porte. Babik (Ary Abittan) et les siens acceptent l’invitation, au grand effarement de leur hôte, forcé d’aligner ses actes sur ses paroles… En sabrant le nauséabond titre initial (Sivouplééé !), le pire du pire a été évité de justesse. Il se peut fort, d’ailleurs, qu’après le tollé suscité par l’annonce d’un projet de film censé jouer sur les clichés et les caricatures, le scénario ait été expurgé de ses outrances – scénario est un bien grand mot : on anticipe jusqu’à 75 minutes chacun des rebondissements de cette trame préfabriquée. Finalement, si cette comédie d’immersion dans une communauté (comme Thomas Gilou en tournait il y a 20 ans), signée par Philippe de Chauveron, réalisateur du fameux Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?, n’exhorte pas à la haine des Roms, elle conforte l’image du bon sauvage laid et arriéré

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"Les Derniers Parisiens" : ode nostalgique au Pigalle de jadis

ECRANS | de Hamé Bourokba & Ekoué Labitey (Fr., 1h45) avec Reda Kateb, Slimane Dazi, Mélanie Laurent…

Vincent Raymond | Lundi 20 février 2017

En probation, Nas est employé par son frère Arezki, tenancier d’un bar à Pigalle. Si Nas déborde d’ambitions pour animer les nuits, son aîné les tempère sèchement, causant leur rupture. Alors, le cadet se tourne vers un investisseur prêt à l’écouter… Représentants du groupe de hip-hop La Rumeur, Hamé & Ekoué signent une ode nostalgique quasi élégiaque au Pigalle de jadis, à ses troquets populaires s’effaçant peu à peu du paysage : Les Derniers Parisiens est scandé de saynètes montrant la faune de la rue dans son quotidien – clochard pittoresque, joueurs de bonneteau embobinant les passants etc. Une manière d’inscrire l’aventure/mésaventure de Nas, caïd en carton, dans une perspective bien actuelle, car ses rêves appartiennent au passé ; à un idéal façonné entre les années 1950 et 1980. Pas étonnant, avec ses codes périmés, qu’il se fasse si facilement enfumer par une nouvelle génération sans feu… ni lieu. Reda Kateb et Slimane Dazi composent une fratrie a priori surprenante, ma

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"Trois Grandes Fugues" : un quatuor pour trois chorégraphes

Danse | Superbe affiche de rentrée à la MC2 pour le fameux Ballet de l'Opéra de Lyon qui reprend les "Grandes Fugues" magistrales de Maguy Marin et d’Anne Teresa de Keersmaeker. Et s’approprie celle de Lucinda Childs, venue spécialement à Lyon cet été pour la créer. Jean-Emmanuel Denave et Nadja Pobel

La rédaction | Vendredi 23 décembre 2016

Maguy Marin, Anne Teresa de Keersmaeker, et maintenant Lucinda Childs... Que de succès féminins pour Ludwig van Beethoven et sa Grande Fugue, l'une de ses dernières pièces musicales composée entre 1824 et 1825. Ces trois grandes dames de la danse ont, chacune dans leurs univers dissemblables, été fascinées par ce quatuor à cordes, controversé à l'époque de sa création et aujourd'hui considéré comme le sommet de l’œuvre de l’Allemand. Car Beethoven y entremêle la puissance d'expression dramatique qu'on lui connaît à une forme de composition des plus complexes : une savante combinaison de sonate, de fugue et de variation, ainsi qu'une structure contrapuntique. Inventant sa danse au plus proche des partitions musicales qu'elle entreprend de travailler, on imagine alors la jubilation d'Anne Teresa de Keersmaeker devant un tel monstre sacré. Sa Grande Fugue, créée en 1992 et transmise au Ballet de l'Opéra de Lyon en 2006, dessine, avec huit interprètes

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"Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" mercredi au Ciné-Club

ECRANS | Qu’il soit encensé ou victime de traversées du désert (c’est un peu le cas en ce moment), Robert Zemeckis demeure un auteur touche-à-tout et un authentique (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 décembre 2016

Qu’il soit encensé ou victime de traversées du désert (c’est un peu le cas en ce moment), Robert Zemeckis demeure un auteur touche-à-tout et un authentique précurseur, qui pourrait en remontrer à pas mal de jeunes (ou de moins jeunes) arrogants. Certaines de ses œuvres ont dès leur sortie gagné l’éternité, tel Qui veut la peau de Roger Rabbit ? (1988), mariage hallucinant de live-picture et d’animation, d’un polar grand style et d’une screwball comedy ; d’une histoire de discrimination entre toons et humains et d’un hommage délirant à Hollywood. Un excellent choix du Ciné-Club de Grenoble pour conclure l’année. Rendez-vous mercredi 14 décembre à 20h, au cinéma Juliet-Berto.

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Regards habités signés Mathieu Pernot

ARTS | Questionnant l’architecture, mais surtout l’habitant dans son rapport à l’habitat, le photographe Mathieu Pernot offre un regard frontal sur la question avec une double exposition à la MC2 et à la Maison de l’architecture, entre exploration de carte postale et mise en abyme photographique.

Charline Corubolo | Mardi 22 novembre 2016

Regards habités signés Mathieu Pernot

À travers la photographie, Mathieu Pernot interroge l’urbanité de nos villes et les représentations communes qui en résultent, alors inscrites dans nos inconscients. Avec sa double exposition Paysages Habités à la MC2 et Le Grand Ensemble à la Maison de l’architecture, le photographe s’intéresse aux paysages habités du quartier grenoblois de la Villeneuve et à ceux des cartes postales des années 1960-1970. Pour la proposition présentée à la MC2, l’artiste a ainsi réalisé des prises de vue depuis les appartements du sud de la ville dans lesquelles une dualité se met en place entre les barres d’immeubles et les montagnes lointaines. La scénographie crée une mise en abyme donnant l’impression que le regardeur se trouve dans la pièce. Changement de procédé à la Maison de l’architecture, Mathieu Pernot présentant cette fois-ci des cartes postales colorisées des années 1960-1970 de logements collectifs. Sorte d’utopie architecturale, la plupart de ces constructions ont été depuis rasées.

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Les Habitants : un Depardon décevant

ECRANS | de Raymond Depardon (Fr., 1h24) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 26 avril 2016

Les Habitants : un Depardon décevant

Raymond Depardon déplace un studio-caravane sur les routes de France, invitant les badauds à poursuivre devant sa caméra la discussion qu’ils tenaient sur le trottoir. Le cadre, fixe, est partout identique, mais les propos (re)tenus très inégaux : on passe ainsi de la philosophie de comptoir à quelques (trop rares) considérations constructives. Comme si Depardon avait manqué de matière utile dans ses rushes, et s’était cru obligé de conserver des séquences d’habitants mal à l’aise devant l’objectif, ressassant artificiellement leur conversation, ou meublant le vide par des rires gênés (voir le joli couple évoquant sa prochaine union). Le dispositif rappelle Délits flagrants, mais en moins intense du fait de son montage plus lâche. Il ressemble surtout à une sorte de face B (ou de bonus DVD grand format) du remarquable Journal de France (2012), portrait itinérant de l’Hexagone à travers ses paysages et quelques témoignages saisis sur le motif. La déception se situe donc à la mesure de l’attente. Doit-on la tempérer en affirmant que

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Mandarines

ECRANS | de Zaza Urushadze (Est./Geo., 1h26) avec Lembit Ulfsak, Elmo Nüganen, Georgi Nakashidze…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Mandarines

Davantage que le suave parfum de leurs zestes, ces Mandarines exhalent l’odeur du sang et de la poudre – une fragrance tenace, nourrie par l’absurdité d’un conflit et la bêtise des belligérants. Comme dans un conte sartrien, des ennemis sont ici contraints de cohabiter pour espérer vivre ou supporter de survivre ; dépasser des antagonismes de principe et apprendre à se connaître. On a déjà vu moult films se déroulant dans le contexte d’une guerre user de l’humour noir pour en prouver l’inanité. Parfois, l’excès d’ironie et la surabondance de la farce-faisant-pouët traduisent un intérêt très superficiel pour le sujet (voir le récent A Perfect Day) ; parfois, on se trouve touché par la sincérité de la démarche, et la volonté de planter une graine parabolique dans l’œil du spectateur. Le fruit que nous propose de cueillir Zaza Urushadze est amer, acide ; au moins a-t-il une saveur. VR

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Zoom sur les artistes de la 15e Cuvée grenobloise

MUSIQUES | La fameuse compilation dédiée à la scène locale sort ce mercredi 27 janvier. Qui trouve-t-on dessus ? Et quels groupes joueront cette semaine à la Bobine, à la Bibliothèque centre-ville ou à la Belle électrique pour la promouvoir ? Réponses.

Stéphane Duchêne | Mardi 26 janvier 2016

Zoom sur les artistes de la 15e Cuvée grenobloise

À force de cuvées, la grenobloise, ourdie par Retour de scène-Dynamusic, devrait finir par s'autoproclamer AOC : Sainte-Émergence ou Château-La Pompe à talents. Le nom reste à trouver et, pour l'heure, c'est donc Cuvée grenobloise, 2016 et 15e millésime. Comme chaque année, le jury de la désormais fameuse compilation de talents locaux (émergents à divers niveaux) s'est enfilé quelques bonnes rasades de production locale avant d'en sélectionner un échantillon représentatif de nectar du cru. Représentatif car au-delà de la qualité intrinsèque et de l'engagement des acteurs (critères essentiels), tous les genres se trouvent ainsi représentés, un peu à la manière des sélections régionales du Printemps de Bourges. Il n'est pas de chapelle musicale qui passe sous le radar : rouge qui tache rock et son tanique avec Quintana, blanc acide coupé à la vodka de Cash Misère (prime de la meilleure étiquette pour le titre Poursuitovksy), chanson sulfatée de Bleu, ou reflets abstraits d'un Dzihan ou d'un Nikitch, étoiles montantes de l'électro.

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Lubitsch enlève le bas

ECRANS | Peu de scènes d’exposition sont aussi brillantes et hilarantes que celle de La Huitième femme de Barbe Bleue. À Nice, un milliardaire américain (Gary (...)

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Lubitsch enlève le bas

Peu de scènes d’exposition sont aussi brillantes et hilarantes que celle de La Huitième femme de Barbe Bleue. À Nice, un milliardaire américain (Gary Cooper) entre dans une boutique pour acheter un pyjama. Problème : il ne veut que le haut, car il ne porte jamais de bas pour dormir. Les vendeurs, craignant que cette exigence ne crée un dangereux précédent, avertissent chaque échelon de la hiérarchie, jusqu’au directeur en personne qui sort de son lit… en ne portant qu’un haut de pyjama ! Ce gag pourrait conclure une séquence à la vivacité folle, dont les dialogues impeccables sont débités avec ce rythme imparable qui fait la marque d’Ernst Lubitsch – et qui deviendra plus tard celle de Billy Wilder, ici pour la première fois co-scénariste de celui qu’il considérait comme son maître. Mais Lubitsch joue les prolongations, avec l’entrée en scène d’une aristocrate française déshéritée (Claudette Colbert) qui veut bien acheter le fameux bas de pyjama. D’accord, mais pour qui ? Son frère ? Son mari ? Son amant ? Les questions que se posent le milliardaire ouvrent la voie à une comédie sentimentale particulièrement retorse, où le mariage est un arrangement, l’a

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Le Hobbit : La Désolation de Smaug

ECRANS | Ce deuxième épisode retrouve les défauts d’"Un voyage inattendu", même si Peter Jackson a soigné et densifié en péripéties son spectacle, seul véritable carte dans sa manche pour faire oublier qu’au regard de la première trilogie, ce "Hobbit" fait figure de série télé sur grand écran. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Le Hobbit : La Désolation de Smaug

Tout d’abord, la sortie de ce deuxième volet du Hobbit donne lieu à une surenchère technologique quant à sa diffusion, si bien qu’entre la 2D, la 3D, l’IMAX, le HFR, le Dolby Atmos et ce truc tellement XXe siècle qu’est la VO, il y a presque autant de versions du film que de cinémas qui le projettent — quoique certains les diffusent toutes, sait-on jamais, faudrait pas perdre un spectateur potentiel et sa carte illimitée.… Cela pourrait être purement anecdotique, mais cela en dit long aussi sur le statut même de cette nouvelle trilogie tirée de Tolkien : elle semble chercher à compenser par de la nouveauté technique son évidente infériorité thématique par rapport au Seigneur des anneaux, comme un petit frère qui voudrait à tout prix se hisser sur les épaules de son aîné. Rien n’y fait pourtant, et même si les efforts de Jackson sont louables pour inverser les carences manifestes d’Un voyage inattendu, La Désolation de Smaug ne tient pas la comparaison avec Les Deux tours, l’opus majeur

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Cendrillon au pays des jouets

SCENES | Ils transpirent, étouffent, en bavent littéralement, les danseurs du ballet de l'Opéra de Lyon derrière leurs masques à la fois poupons et étranges, trop à l'étroit (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 11 décembre 2013

Cendrillon au pays des jouets

Ils transpirent, étouffent, en bavent littéralement, les danseurs du ballet de l'Opéra de Lyon derrière leurs masques à la fois poupons et étranges, trop à l'étroit dans leurs habits boursouflés... Pour Cendrillon, sa première création en 1985 avec le ballet de Lyon, Maguy Marin ne ménage pas ses interprètes ni les fondements de la danse classique. « Je ne renie pas cette pièce même si elle est très loin de moi ; à présent, je ne suis plus trop dans cet esprit. Mais ça fait partie d'un processus. C'est un exercice intéressant de se confronter à une partition et un livret déjà écrits, ça permet de traverser des choses singulières et de passer entre elles pour exprimer autre chose, justement. » La pièce de répertoire est transposée ici dans un univers de jouets, de pantins maladroits, de pantomime, où le féerique et la naïveté s'y disputent à la cruauté et aux angoisses infantiles. Cendrillon est un peu godiche en esquissant ses entrechats et en se raccrochant à son balai ; son prince est un peu fade et fat dans ses mouvements aux raideurs de soldat de plomb. Maguy Marin a inclus tellement d'obstacles et de difficultés dans sa pièce que celle-ci exige par

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Un truc dans le genre

ACTUS | Pourquoi si peu de textes de femmes sont mis en scène au théâtre ? Existe-t-il une spécifié de l’écriture féminine ? Quel est le rapport des femmes avec une langue si masculine ? Des questions (et bien d’autres encore) qui seront abordées au cours d’une « journée autour de l’écriture théâtrale des femmes ». Des paroles d’artistes (notamment les metteuses en scène Pascale Henry et Marie Potonet, à l’origine du projet) se mêleront à celles d’universitaires. Comme Yannick Chevalier, enseignant-chercheur à l’université Lyon 2, qui s’intéresse aux liens entre langue et genre. On l’a rencontré. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 31 mai 2013

Un truc dans le genre

Vous enseignez à l’Université Lyon 2 au sein du master européen Égales (Études de genre et actions liées à l'égalité dans la société)...Yannick Chevalier : Je suis enseignant en grammaire française. Et le genre est d’abord une notion grammaticale, un mode de classement du vocabulaire. En français, on a des noms qui sont repris par "il" ou par "elle", alors que dans d’autres langues, ce classement n’existe pas [comme en finnois ou en hongrois– ndlr], ou alors il y a plus de deux catégories de classement. Dans la tradition grammaticale latine, les étiquettes de ces catégories sont le masculin et le féminin. Mais ces étiquettes ne sont pas du tout pertinentes pour des mots qui ne désignent pas des êtres sexués. On parle par exemple du genre masculin pour couteau et du genre féminin pour fourchette... Mais pourquoi une fourchette serait-elle quelque chose de plus féminin qu’un couteau ? S’ajoute à ça, en français, une règle qui stipule que le masculin l’emporte sur le féminin pour les accords...Cette règle est finalement très réc

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Les soirées du mois de juin

MUSIQUES | Zoom sur… Bambounou Estampillé "relève de la techno française" par le big boss Laurent Garnier lui-même, Bambounou viendra nous rendre visite à la fin du mois. (...)

Damien Grimbert | Lundi 27 mai 2013

Les soirées du mois de juin

Zoom sur… Bambounou Estampillé "relève de la techno française" par le big boss Laurent Garnier lui-même, Bambounou viendra nous rendre visite à la fin du mois. Jeune DJ/producteur de 23 ans, Jérémy Guindo de son vrai nom a suivi un parcours sans faute pour le moment : après des débuts au sein du crew parisien Young Gunz aux côtés de French Fries, Manaré et Lazy Flow, il sort un EP en collaboration avec Joakim sur Sound Pellegrino (Fructose), enchaîne sur un deux titres pour ClekClekBoom (Night) avant d’être signé sur le prestigieux label 50 Weapons de Modeselektor sur lequel il sort en novembre dernier Orbiting, son premier long-format. Un album sec, dépouillé et rugueux, parfaitement en phase avec les sonorités du moment (post-dubstep, UK funky, juke, house et techno old-school), presque trop d’ailleurs, tant on a parfois du mal à discerner ce qui caractérise vraiment la personnalité de l’artiste, au-delà de sa virtuosité et de son adéquation à coller à l’air du temps. Ce qui ne devrait pas pour autant nous empêcher d’apprécier son DJ-set lors de la soirée Avalanche #14 du 29

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Le Hobbit : un voyage inattendu

ECRANS | Premier volet d’une nouvelle trilogie adaptée de Tolkien par Peter Jackson, "Le Hobbit" fait figure de longue exposition délayant un matériau moins passionnant que celui du "Seigneur des Anneaux", sauvé dans sa dernière partie par une mise en scène assez virtuose. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 décembre 2012

Le Hobbit : un voyage inattendu

À sa sortie, Le Seigneur des anneaux ressemblait à un pari un peu fou : une trilogie tirée de Tolkien par un cinéaste néo-zélandais jusqu’ici connu pour des films gore potache, s’attaquant à un monument de la contre-culture et de l’héroïc fantasy dont personne ne savait, à l’époque, s’il était capable de dépasser son cercle de fans. Dix ans plus tard, la donne a bien changé : reconnu à la fois par le public, la critique et même par les oscars, Jackson retourne en terre du milieu avec une nouvelle trilogie en forme de flashback. Littérairement, Bilbo le Hobbit est une œuvre qui préfigure la mythologie du Seigneur des anneaux, écrite des années auparavant, et qui se retrouve, cinématographiquement parlant, dans la situation inverse : une prequel dont on attend qu’elle s’inscrive dans la lignée d’une saga à la mythologie désormais connue de tous, ou presque. Bilbo et les douze nains C’est évidemment là que le bât blesse : en cherchant à donner la même ampleur à ce récit d’aventure reposant sur les principes basiques de la naissance d’un héros selon Joseph Campbell, Jackson en est fatalement réduit à tirer à la ligne. Passé un pr

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"La Piel que habito" : la mue de Pedro Almodóvar

ECRANS | Pedro Almodóvar revient aux récits baroques et teintés de fantastique de sa jeunesse, la maturité filmique en plus, pour un labyrinthe des passions bien noir dans lequel on s’égare avec un incroyable plaisir.

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

La Piel que habito se déroule à Tolède l’année prochaine, mais il se passe aussi bien avant ce présent qui n’est pas le nôtre. De ce laps temporel qui enjambe gentiment notre actualité pour aller fouiller dans le passé et anticiper un futur proche où la science sans contrôle ne servira plus que les désirs de ceux qui la maîtrisent, Pedro Almodóvar fait plus qu’une pirouette narrative ; c’est un vrai geste de cinéaste, retournant aux sources de son œuvre pour lui donner un nouveau souffle, là où ses derniers films avaient tendance à s’enfoncer dans un auto-académisme à base de scénarios virtuoses et réflexifs et de mélodrames au féminin mis en scène avec une élégance glacée. Il faut remonter à Matador ou La Loi du désir pour trouver chez lui une histoire aussi tordue, qui n’hésite pas à emprunter les voies du cinéma de genre (le fantastique en tête, avec des références très assumées aux Yeux sans visage de Georges Franju et au Frankenstein de James Whale) pour distraire à tous les sens du terme le spectateur de son horreur fondamentale. Que l’on ne dévoilera pas, histoire d’être fidèle aux souhaits de l’auteu

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Rabbit hole

ECRANS | De John Cameron Mitchell (ÉU, 1h32) avec Nicole Kidman, Aaron Eckhardt…

François Cau | Vendredi 8 avril 2011

Rabbit hole

Difficile d’être insensible à ce Rabbit hole qui traite du drame par excellence : celui de la perte d’un enfant. Et pourtant… Si on verse une larme pendant sa scène finale (mais on pleurait à torrent devant la fin similaire d’Arizona Junior), le film de John Cameron Mitchell agace aussi par son insistance à solliciter l’émotion du spectateur. La faute à une adaptation maladroite de la pièce de théâtre initiale : ce que l’on peut accepter sur une scène devient factice à l’écran, notamment le fait que les personnages secondaires n’existent que pour illustrer un aspect du sujet, comme si le monde du film se réduisait à son thème. La mise en scène suit le même chemin : elle s’interdit distance et humour, confond pudeur et pose démonstrative. Enfin, les acteurs se livrent à un étrange anti-cabotinage, notamment Kidman qui semble expier les choix malheureux de sa carrière en acceptant de laisser quelques rides lui rendre l’expressivité qu’un abus de botox avait finie par effacer. Christophe Chabert

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Brigitte Fontaine

MUSIQUES | En mars dernier, pour son concert à Voiron, nous avions consacré notre "une" à Brigitte Fontaine, avec un entretien-portrait rocambolesque où elle évoquait (...)

François Cau | Lundi 20 septembre 2010

Brigitte Fontaine

En mars dernier, pour son concert à Voiron, nous avions consacré notre "une" à Brigitte Fontaine, avec un entretien-portrait rocambolesque où elle évoquait pêle-mêle son image médiatique, la vieillesse, et notre société actuelle qu’elle exècre tant (retrouvez le sur notre site). Des thèmes tous abordés dans Prohibition, son dernier album en date qu’elle viendra de nouveau défendre dans la région, cette fois-ci à La Source de Fontaine, vendredi 24 septembre. Un album rageur, excessif, mais aussi poétique et lettré. Car Brigitte Fontaine est une artiste multifacettes passionnante, plus riche que l’image de "timbrée" qu’elle a pu donner un temps à la télé. La preuve sur scène, où elle irradie littéralement, tour à tour touchante, drôle ou rentre-dedans. « Je suis probablement différente des autres, je ne le fais pas exprès, je suis comme ça » nous avait-elle confié, sincère. On la croit pleinement, et l’on dit à ceux bloqués par leurs préjugés qu’ils perdent beaucoup. Tant pis pour eux.

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«Le changement est plutôt sain»

SCENES | La chorégraphe Maguy Marin, directrice du Centre chorégraphique national (CCN) de Rillieux-la-Pape, quittera ses fonctions à l’été 2011. L’occasion de l’interroger sur ses motivations avant son passage en novembre prochain à la MC2, avec ses deux dernières créations. Propos recueillis par Dorotée Aznar

François Cau | Mercredi 8 septembre 2010

«Le changement est plutôt sain»

Petit Bulletin : Pourquoi quittez-vous la direction du CCN ?Maguy Marin : Je suis à Rillieux [une ville à la périphérie de Lyon – NDLR] depuis douze ans. Avant, je dirigeais le CCN de Créteil... Aujourd’hui, j’ai envie de créer en dehors de mes fonctions de directeur d’un CCN. Ensuite, je pense que le CCN de Rillieux existera réellement en tant que structure quand il ne sera plus attaché à un seul nom. Et, si j’ai eu beaucoup de plaisir à être à Rillieux, cela m’a demandé également une présence très suivie. J’ai envie de retrouver un autre temps de travail. On a pu lire que vous souhaitez « reprendre votre liberté », est-ce bien de cela dont il s’agit ? La liberté, c’est un bien grand mot. S’engager à la tête d’une structure comme le CCN, c’est un peu comme avoir un enfant : quand on l’a, on ne peut plus sortir tous les soirs. Cela demande beaucoup d’attention, beaucoup de présence. Ce n’est pas que je n’ai pas été libre pendant douze ans, mais je n’avais pas la possibilité de partir en résidence dans une autre ville, de m’absenter trop longtemps. Je reprends ma mobilité plus que ma liberté. Je vais limiter m

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« J’ai ressorti mes griffes »

MUSIQUES | MUSIQUE / La magnifique et sincère Brigitte Fontaine est de passage dans la région pour défendre Prohibition, un album rageur contre notre société liberticide à tout va. Allô, Brigitte ? « Excusez-moi si je suis un peu brutale, ça passe très mal chez moi, mais je ne peux pas sortir parce que je suis malade. » Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Lundi 1 mars 2010

« J’ai ressorti mes griffes »

Jeudi 25 février, 18h. Dans les locaux du Petit Bulletin. Au téléphone. On doit interviewer Brigitte Fontaine, femme fantasque et artiste passionnante, en préambule de son concert voironnais. « Voiron ? Je ne connais pas. » On situe : en Rhône-Alpes, près de Grenoble. « C’est dans la montagne ? Ah ! Quelle horreur ! Je déteste la montagne, et j’ai peur… Il y a des routes enlacées et tout ça ? Ah non alors… » L’entrée en matière est à l’image du personnage : entier, franc et authentique. Pourtant, on a pu tout lire et tout voir sur Brigitte Fontaine, surtout ces dernières années à la grâce d’un retour artistique à succès. Les émissions de télé grand public multipliaient alors les invitations, que Brigitte Fontaine s’empressait d’accepter. Jeu dangereux. « À un moment, alors que je voulais simplement m’amuser à la télévision, ils en ont profité pour dire que j’étais fofolle, déjantée et craquée… Que je pétais des plombs… ça ne me plaisait pas, alors j’ai tout arrêté depuis environ quatre ans… » De cette période voyeuriste, elle en avait tiré Folie (Saint-Louis-en-L’île – 2004), une chanson pudique : « Brûlée vive sur le bûcher

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Éloges de la lenteur

SCENES | Danse / Deux très grands rendez-vous chorégraphiques cette semaine : Turba de Maguy Marin et Kinkan Shonen de la Cie Sankai Juku. Deux pièces qui, chacune dans son style, dilatent le temps et remontent aux origines du monde... Jean-Emmanuel Denave

François Cau | Mercredi 27 janvier 2010

Éloges de la lenteur

Depuis plusieurs années, Maguy Marin ralentit et intensifie le geste chorégraphique : elle a fait marcher de manière répétitive ses interprètes au milieu de grands miroirs dans Umwelt, les a assis devant des pupitres dans Ah ! Ah !, et les compose en différents tableaux quasi picturaux dans Turba. Cette pièce, créée en 2008, est pourtant un hymne au désordre, au chaos fertile en nouvelles formes de vie... Il s'agit en l'occurrence d'une adaptation du De Natura Rerum de Lucrèce, poème philosophique épicurien, où tout n'est que mouvement et transformation ! Mais si la turbulence ne se traduit pas ou plus à travers la mise en mouvement des corps, elle se concrétise d'une autre et géniale façon en faisant circuler les intensités de leurs présences sur scène, les images qu'ils cristallisent un instant, en éclatant aussi le texte de Lucrèce dit par les danseurs en différentes langues. Ce théâtre-danse du fragment et de l'éclat est très proche du théâtre composite et polyphonique de François Tanguy. Pièce chorale, Turba fait danser les émotions, les mots, les masques, les "cadrages", les chants, les costumes, les tableaux (avec des références évidentes à Velasquez par exemple)...

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La Fiancée de Frankenstein

MUSIQUES | Artiste fantasque terriblement attachante, Brigitte Fontaine est de celles qui sont arrivées à créer un univers musical unique. Sur Prohibition, son dernier (...)

François Cau | Jeudi 7 janvier 2010

La Fiancée de Frankenstein

Artiste fantasque terriblement attachante, Brigitte Fontaine est de celles qui sont arrivées à créer un univers musical unique. Sur Prohibition, son dernier album en date, elle essaie néanmoins de casser son image d’allumée hors du temps pour rentrer pleinement dans le lard d’une société qu’elle ne semble plus comprendre : en témoigne le titre Partir ou rester (l’un des plus réussis), en duo avec Katerine, et écrit au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy. Son refus d’un monde aseptisé se matérialise ainsi pleinement dans la première partie de l’album, presque punk (notamment sur Dura Lex et le titre choc Prohibition où elle clame « je suis vieille et je vous encule, avec mon look de libellule »). Bien sûr, le discours est quelques fois limité : qu’importe, Brigitte Fontaine n’est pas une politique, mais une artiste. A elle la révolte, les cris, les coups de gueule violents dans des saillies dont elle seule a le secret. Son talent se matérialise pleinement sur scène, où elle devient plus que son personnage qui fait les choux gras des émissions de télévision consensuelles (un jeu dangereux). Touchante et sensible, elle interprète

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