En attendant le public...

SCENES | Le spectacle vivant, c'est leur métier : à défaut de pouvoir se produire en public, les compagnies de théâtre et de danse réfléchissent à leur avenir, continuent parfois de travailler et attendent impatiemment un retour à la normale. Nous sommes allés à la rencontre de quatre d'entre elles, dans l'agglo grenobloise. Témoignages.

La rédaction | Jeudi 28 janvier 2021

Photo : (c) Bruno Thircuir / Fabrice Plas / Elise Martin / Kreatura


Bruno Thircuir – La Fabrique des petites utopies

Dans la région grenobloise, La Fabrique des petites utopies, compagnie qui « tente de raconter le monde d'aujourd'hui de manière politico-poétique », est une institution en place depuis 21 ans. D'où, sans doute, le fait que l'équipe traverse plutôt sereinement cette période compliquée comme nous l'a expliqué son metteur en scène Bruno Thircuir lorsqu'on lui a demandé comment il allait.

« Ça va. On a la chance de travailler, d'être en répétition [dans la région grenobloise comme ailleurs en France – NDLR] puisque, bien avant toute cette crise, on avait monté un joli temps de création pour notre nouveau spectacle jeune public Et si l'océan dont les premières dates de jeu n'auront lieu que début mars. On peut donc continuer notre activité pendant ce temps, avec même un petit papier en poche pour rentrer après le couvre-feu. On n'a donc pas trop le droit de se plaindre. »

Pourtant, la situation sanitaire modifie tout de même leur travail, notamment la diffusion des spectacles en tournée – ils ont eu une grosse vingtaine de dates cet été par exemple, souvent en plein air. « On pense tout maintenant en plan A, B, C. Jusqu'à D comme déprime, si on est obligés de se rabattre sur le "on line", solution pas très satisfaisante ! On reste tout de même des amoureux du spectacle vivant et de la rencontre. » Ils sont d'ailleurs en train d'imaginer des solutions si la première d'Et si l'océan ne pouvait se tenir début mars à Saint-Égrève – comme c'est un jeune public, le présenter dans les écoles, si le gouvernement l'autorise, pourrait être un plan B.

Malgré une situation financière diminuée, la Fabrique tient donc toujours debout. « Par contre, mon moral politique est à terre. Je suis, comme beaucoup de monde, désespéré par l'attitude du gouvernement qui fait fermer les lieux de culture mais pas les grandes surfaces. Et je suis sidéré du peu de réactions du milieu culturel. Il n'y a pas, par exemple, de mouvement de masse de directeurs pour transformer leur théâtre en édifice religieux. Ces bâtiments-là ont le droit d'être ouverts ! Si j'avais un lieu, j'aurais fait ça. Enfin, j'aurais essayé. » / AM


Laurent Poncelet – Ophélia Théâtre

En mai prochain, nous aurions pu découvrir Roda Favela, nouvelle création du metteur en scène Laurent Poncelet interprétée par « des jeunes artistes des favelas de Recife au Brésil ». Un spectacle qui, après des mois de travail tant au Brésil qu'en France, aurait dû tourner pendant un mois dans l'agglomération grenobloise mais également ailleurs en France, en Italie et en Belgique. Sauf qu'en novembre dernier, après plusieurs semaines de réflexion, Laurent Poncelet a dû se résoudre à reporter cette aventure d'un an « notamment au vu de la situation brésilienne, car il était impensable de pouvoir travailler là-bas avec le fou d'extrême droite qu'ils ont au pouvoir qui ne prend pas du tout la mesure de la situation sanitaire ».

La crise du coronavirus, française comme mondiale, a ainsi profondément chamboulé les plans de la compagnie grenobloise Ophélia Théâtre, que ce soit donc le report de sa prochaine création mais aussi l'annulation obligée en novembre dernier du Festival International de Théâtre Action qu'elle organise tous les deux ans dans l'agglo ou encore l'impossibilité de défendre Des gens passent et j'en oublie, dernier film en date réalisé par Laurent Poncelet – « la sortie nationale a eu lieu juste avant le premier confinement, on n'a malheureusement pu le montrer que trois jours avant que tout ne ferme ».

Pourtant, malgré ces embûches, Laurent Poncelet reste optimiste. « Oui, il y a eu des coups d'arrêt, des choses qui n'ont pas pu se faire, mais je relativise ma situation par rapport à d'autres, en France comme au Brésil. Les financeurs publics sont toujours là, et il y a aussi l'intermittence qui limite les dégâts. » La situation imposée lui a même ouvert « de nouveaux espaces » : en plus de continuer à travailler sur ses chantiers en cours, il a profité d'avoir plus de temps libre pour se lancer dans de nouveaux projets. Dont la réalisation d'un documentaire « sur un éleveur bio du coin en Matheysine ». Loin, très loin du Brésil donc. / AM


Emmanuèle Amiell – Les Sept Familles

Les Sept Familles sont à l'arrêt. On vient de confirmer à Emmanuèle Amiell ce qu'elle redoutait : la reprise du spectacle Let's dance remix, prévue à l'espace Aragon le 5 février, ne pourra pas avoir lieu. Même si rien n'est encore officiel, elle craint que les autres dates annoncées avant l'été soient également annulées. « Je préférerais parfois qu'on nous dise tout net que les salles de spectacle n'ouvriront pas avant septembre, avoue la metteuse en scène. On aurait au moins la possibilité de se projeter. »

La compagnie ne travaille pas avec les écoles et n'avait pas de nouvelle création à répéter et/ou à présenter : elle n'a donc pas pu travailler, même à huis clos, dans un théâtre resté ouvert aux artistes. « Lorsqu'on est en création, une dynamique se met en place. Mais faire des résidences dans ces conditions, à quoi bon ? Notre métier, ce n'est pas seulement de faire joujou entre nous. Nous avons besoin de ce lien avec le public. »

Financièrement, la troupe tient encore le choc grâce aux indemnisations, mais les promesses d'une vraie reprise se font rares : « Avec tous les reports annoncés, il se crée un embouteillage. Je comprends que pour les responsables de programmation, ce soit un vrai casse-tête aujourd'hui. On nous parle de plus en plus de 2022-2023. » Face à ce marasme, Emmanuèle – qui n'est plus montée sur scène depuis le Western de Serge Papagalli – réfléchit à de nouvelles idées pour des spectacles en plein air cet été, non sans difficulté. Elle ajoute, sans accabler quiconque : « Je constate que le public ne nous réclame pas. Il serait bon pour nous, les artistes, de revoir le lien qui nous unit à lui. » / MK


Sébastien Geraci – Théâtre du Risque

La compagnie peut passer quelques jours à la Faïencerie, avec La tour de la Défense, une pièce qu'elle est censée jouer à la Vence Scène début avril. Une bonne opportunité, qui n'était pas prévue initialement. Sébastien Geraci rappelle cependant que, du 19 au 23 janvier, la compagnie devait reprendre La mélancolie des barbares au Théâtre Prémol… et a finalement dû se contenter de travailler à huis clos (avec tout de même deux filages devant des professionnels et des scolaires, dont un a été capté en vidéo).

« La Mélancolie, c'est un spectacle important, avec quatorze comédiens sur scène, de 19 à 70 ans, accompagnés de trois techniciens et moi en coulisses, précise-t-il. Au total, avec notre administratrice et notre coordinatrice, vingt personnes sont concernées. Dans les conditions actuelles, il faut prendre garde à tout, être masqués quand on n'est pas sur scène notamment, et être attentifs au temps de travail que l'on demande aux comédiens. »

Là aussi, la compagnie s'en sort à peu près financièrement, les indemnisations des intermittents courant a priori jusqu'en août. Le metteur en scène note que beaucoup de théâtres restent ouverts et y voient « un point positif ». Sauf changement des règles sanitaires, la compagnie devrait ainsi être accueillie au Déclic et peut-être au Jeu de Paume. Difficile pour la troupe, comme pour tant d'autres, d'avoir une véritable visibilité et des certitudes absolues sur son planning de travail. Il faut donc s'adapter, encore et toujours. Les pensées de Sébastien s'évadent parfois vers le très long terme : en 2023-2024, le Théâtre du Risque fêtera ses vingt ans. / MK

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"Des gens passent et j'en oublie" : Laurent Poncelet présentera son film jeudi au Club

ECRANS | Des gens passent et j'en oublie : voilà le beau titre choisi par Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie grenobloise Ophélia Théâtre, pour son (...)

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2019

Des gens passent et j'en oublie : voilà le beau titre choisi par Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie grenobloise Ophélia Théâtre, pour son moyen-métrage (55 minutes) autoproduit. Un film qui mêle acteurs professionnels et amateurs du groupe théâtral grenoblois Mange-Cafard dont ses membres « sont en situation de marginalisation sociale pour une partie d’entre eux » (extrait du dossier de présentation). Une aventure singulière présentée comme une comédie sociale (un banquier va être kidnappé) qui surprend par sa théâtralité assumée – logique, on a souvent pu croiser les Mange-Cafard sur scène. À découvrir jeudi 4 avril à 20h15 au cinéma le Club, avant des projections plus tard dans d’autres lieux de l’agglo et d’ailleurs.

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Un Festival international de théâtre action « pour avoir un regard sur le monde »

Festival | Et revoici le Fita dont la neuvième édition se déroulera du mercredi 14 au samedi 24 novembre dans divers lieux de Grenoble et de l’agglo. Avec, comme à chaque fois, un florilège de spectacles militants (huit cette année) que Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie Ophélia Théâtre qui pilote l’événement, nous présente.

Alice Colmart | Mardi 13 novembre 2018

Un Festival international de théâtre action « pour avoir un regard sur le monde »

« On compte encore rassembler autour de questions contemporaines, sociales, politiques, économiques » : voilà comment Laurent Poncelet, directeur du Fita (Festival international de théâtre action), décrit l’événement qu’il porte depuis neuf éditions. « Je me suis inspiré d’un concept venu à l’origine de Belgique : un festival qui parlait de questions contemporaines en mettant essentiellement en avant des créations collectives. On l’a transformé un peu, en partant de l’idée que si une thématique forte est traitée, peu importe le genre concerné, un texte d’auteur par exemple, on pourra inclure la pièce à la programmation. » Et cette année, les spectacles, joués par des compagnies françaises comme internationales « pour avoir un regard sur le monde, l’objectif étant de voir des choses qu’on ne voit pas d’habitude », tournent autour « du témoignage ». Des témoignages qui peuvent à la fois être autobiographiques comme dans Ma vie en prison, « spectacle prévu au

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"Confidences de Drac et dragonnes" : quartier libre

Spectacle de rue | Samedi 16 juin après-midi, la Fabrique des petites utopies proposera un spectacle déambulatoire dans le quartier Chorier Berriat de Grenoble.

Alice Colmart | Mardi 12 juin 2018

Après le festival Écoute(s) qui, en avril dernier, invitait à découvrir le quartier Saint-Bruno de Grenoble grâce au son, c’est la compagnie La Fabrique des petites utopies du metteur en scène Bruno Thircuir qui propose ce samedi 16 juin de le parcourir à travers un spectacle-balade gratuit poétiquement nommé Confidences de Drac et dragonnes. « L’idée était de construire un spectacle gratuit et tout public avec un suivi théâtral. C'est-à-dire que trois comédiens et un musicien accompagneront les spectateurs d’étapes en étapes. À chacune de ces étapes, ils leur raconteront des histoires qui se basent sur des faits historiques au sujet du quartier » explique Marika Gourreau, chargée de communication pour la compagnie. Ces histoires, écrites grâce aux témoignages d'habitants du quartier, aborderont plusieurs thèmes parmi l

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"Mines de rien" : ensemble c’est tout, n'est-ce pas la Fabrique des petites utopies ?

Jeune public | L'une des dernières créations de la compagnie grenobloise est à découvrir dimanche 3 décembre à la Salle rouge, dans le cadre du Mois de l’accessibilité en ville.

Aurélien Martinez | Mardi 28 novembre 2017

« Spectacle de théâtre d’objets questionnant le handicap et la différence », Mines de rien est une petite pépite jeune public (mais finalement tout public) créée cet été par la compagnie grenobloise la Fabrique des petites utopies. Soit, en plusieurs tableaux visuellement riches, l’histoire d’un enfant différent (« Rien est cet enfant qui n’a pas de place dans un monde qui rejette les différents » – extrait de la note d’intention) qui cherche un sens à sa vie. Et va finir par le trouver... Il n’est pas facile de parler de handicap avec justesse sur le plateau. Le metteur en scène Bruno Thircuir y est arrivé en évitant aussi bien les discours larmoyants censés forcer l'empathie du spectateur que la mise à distance froide censée démontrer le recul de l’artiste. Son ton est juste, touchant, grâce notamment aux deux comédiennes qui portent l’histoire. Et, surtout, à la féerie convoquée sur scène (des marionnettes, des jeux d'ombres et lumières ou encore de la vidéo se déploient autour de différents livres pop-up éclairant le parcours de Rien) qui donne un côté fantastique à ce récit d’apprentis

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"Échecs et Mâts" : le petit jeu de Bruno Thircuir

Cirque | Le metteur en scène grenoblois de la Fabrique des petites utopies revient avec un spectacle interprété par des circassiens et des comédiens dans lequel le jeu d'échecs permet d'aborder des questions plus larges et contemporaines.

Aurélien Martinez | Lundi 25 septembre 2017

Sous chapiteau, en guise de scène, un échiquier posé sur la piste centrale, avec des circassiens et des comédiens habillés en noir ou en blanc comme des pions : dans Échecs et Mâts, sa dernière création « pour fous et stratèges » que nous avons découverte à quelques jours de la première, le metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies file la métaphore « des cases dans lesquelles chacun de nous est enfermé ». D’accord. Mais l’axe choisi autour des rêves des uns (le public, sondé en arrivant) et des autres (les interprètes) s’apparente très vite à un mât pas très stable, les différentes scènes s’empilant avec plus ou moins de finesse (les tentatives d’humour noir tombent à plat) pendant plus d’1h30 de spectacle. Et ce même si, bien sûr, on en prend parfois plein les yeux grâce aux circassiens (qui viennent du Maroc, d’Argentine, du Bénin…) ; même si l’interaction avec le public donne du dynamisme à l’ensemble, et même si la métaphore du jeu d’échecs a un côté ludique appréciable. C’est déjà ça. Pour info, la

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"Les Bords du monde" : les rois du monde surtout

Spectacle | Le metteur en scène grenoblois Laurent Poncelet (compagnie Ophélia Théâtre) a de nouveau conçu un spectacle bondissant et énergique avec de jeunes interprètes venus des quatre coins du monde, de ses bords. Nous avons assisté à une générale quelques jours avant la première représentation.

Aurélien Martinez | Vendredi 5 mai 2017

Le metteur en scène Laurent Poncelet, directeur de la compagnie Ophélia Théâtre et du Festival International de Théâtre Action qui a lieu tous les deux ans dans l’agglo grenobloise, est ce que l’on peut communément appeler un artiste engagé. C’est-à-dire un homme qui ne fait pas des spectacles déconnectés du monde mais avec ce monde, sa complexité, ses enjeux, ses drames… Un monde pluriel puisqu’il s’entoure de tout un tas de jeunes venus de différents pays, pour des créations entre théâtre, danse, cirque et musique souvent bondissantes et rageuses. Après les claques Magie Noire et Le Soleil juste après, c’est une nouvelle fois le cas avec Les Bords du monde. Un spectacle construit avec des interprètes brésiliens, marocains, togolais et syriens, d’où le côté réellement cosmopolite de l’aventure. Et un spectacle dans lequel on re

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Laurent Poncelet : « Nous avons une démarche militante »

Festival International de Théâtre Action | Sept pays se retrouvent pour onze spectacles durant le Festival International de Théâtre Action (Fita), à Grenoble et dans l’agglo. On en parle avec Laurent Poncelet, de la compagnie Ophélia Théâtre qui le porte.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 8 novembre 2016

Laurent Poncelet : « Nous avons une démarche militante »

Avec le Fita, on rit, on danse, on joue, on parle. Tout cela en même temps. Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie Ophélia Théâtre et organisateur de l’événement, n’a jamais voulu se cantonner à un seul domaine artistique. « Il y a de la danse, du théâtre, des récits et puis des arts mêlés » énumère-t-il. Un festival qui aborde des thèmes variés venant du monde entier, avec un fil reliant le tout : « l’engagement ». Les pièces traitent ainsi des questions de société, de la nourriture (avec Manger, pièce burlesque qui revient sur les modes de consommation actuels comme la malbouffe), de la Syrie (Les deux réfugiés, où deux frères racontent leur quotidien en France) ou encore du racisme (Blue's-cat, spectacle pluridisciplinaire de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso). Cet engagement est aussi visible par les liens qu’entretient la compagnie Ophélia avec le monde associatif. « À Grenoble, il y a un réseau associatif très riche qui nous permet de faire un travail de fond. On travaille avec 60 partenaires. » Le festival, pour cette 8e édition

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Du neuf dans du vieux au festival Textes en l'air

SCENES | Entre le 27 et le 31 juillet, c'est à Saint-Antoine-l'Abbaye que ça se passe. Avec notamment la reprise de deux excellents spectacles créés l'an passé à Grenoble (ou aux alentours).

Aurélien Martinez | Lundi 18 juillet 2016

Du neuf dans du vieux au festival Textes en l'air

Il existe un festival à quelques dizaines de kilomètres de Grenoble qui est un point de refuge estival pour la foisonnante scène culturelle grenobloise. Son (joli) nom ? Textes en l’air. Son lieu de villégiature ? Le (lui aussi joli) village médiéval de Saint-Antoine-l’Abbaye. Des vieilles pierres oui, mais qui servent d’écrin à un art théâtral (mais pas que – il y a aussi de la musique) on ne peut plus contemporain, qu’il vienne de Grenoble donc, mais aussi de toute la France – faut pas être sectaire ! Au petit jeu du "je mets en avant ce que je veux dans la programmation de cette année", on retient surtout les nombreuses reprises de spectacles marquants. Ainsi du passionnant et intelligent Rue des voleurs de la Fabrique des petites utopies, adaptation par le metteur en scène Bruno Thircuir du roman de Mathias Énard sur les aspirations d’un jeune Marocain. Ainsi également du Au Pont de Pope Lick, passage au plateau par la metteuse en scène Anne Courel d’un texte de Naomi Wallace sur des gamins paumés et désespérés dans les

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PB d'or 2015 : théâtre et danse

SCENES | Cette année, deux spectacles de théâtre nous ont fait un bien fou. Et un ponte de la danse a dû faire ses cartons.

Aurélien Martinez | Mardi 22 décembre 2015

PB d'or 2015 : théâtre et danse

Le PB d’or des spectacles grenoblois qui font du bien : Rue des voleurs (Bruno Thircuir) et Mon frère, ma princesse (Émilie Le Roux) Que ce soit avec le roman Rue des voleurs de Mathias Énard (sur un jeune ­Marocain qui finira à Barcelone) ou la pièce jeune public Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon (sur un gamin de cinq ans qui veut simplement porter des robes), deux metteurs en scène grenoblois (Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies et Émilie Le Roux des Veilleurs) ont, cette année, embrassé avec finesse des thèmes sociétaux forts pourtant sujets aux crispations et aux délires les plus dingues – la question des migrants pour l’un et celle des études de genre pour l’autre. En a résulté deux spectacles dépassionnés et, surtout, passionnants qui illustrent parfaitement comment des artistes peuvent défendre un discours humaniste et intelligent simp

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Vers un pôle des arts nomades à Grenoble

ACTUS | Pendant quinze jours, le fameux camion-théâtre de la compagnie grenobloise La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir va ouvrir ses portes à diverses compagnies et esthétiques en plein parc Paul-Mistral. Une sorte d'avant-goût d'un projet plus vaste baptisé Parc(s) des arts.

Aurélien Martinez | Mardi 1 décembre 2015

Vers un pôle des arts nomades à Grenoble

À Grenoble, la Fabrique des petites utopies est une compagnie à part. D’abord du fait des sujets qu’elle traite, souvent très forts et ouverts sur le monde qui l’entoure (voir Rue des voleurs, son dernier spectacle en date qui évoque la question des migrants) ; ensuite du fait de la forme mise en place : des pièces jouées dans un camion-théâtre et non dans des salles classiques. Un camion-théâtre que le metteur en scène Bruno Thircuir a justement décidé de mettre à la disposition sur un temps donné de différents partenaires culturels dans le but « d’ouvrir un espace temporaire et libre de création » en plein parc Paul-Mistral – là où la Fabrique s’était installée le week-end dernier, dans le cadre de Migrant’scène. Jusqu’au 13 décembre, il y a aura donc plusieurs propositions à découvrir dans cet espace atypique : du théâtre, de la magie, de la musique (avec l’a

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Mémoires d’un jeune fougueux

SCENES | Avec son adaptation du roman "Rue des voleurs" de Mathias Énard, Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies livre un spectacle sur un héros « prisonnier de sa condition de jeune arabe de Tanger, de l’Histoire coloniale, de la peur de l’Occident ». Une réussite. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 17 mars 2015

Mémoires d’un jeune fougueux

La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir est une compagnie grenobloise bien connue pour son théâtre engagé qui tente de « raconter le monde d’aujourd’hui de façon politico-poétique ». Rue des voleurs, dernière proposition en date créée fin février en camion-théâtre, est celle qui illustre sans doute le mieux les aspirations du metteur en scène – en gros : faire du théâtre à la fois populaire et engagé. Soit l’histoire de Lakhdar, jeune Marocain paumé entre des traditions qui l’étouffent et un Occident qui l’attire. Mais cet eldorado se refuse à lui, le gamin ouvert sur le monde et féru de roman policier, comme il se refuse également à tout un pan de l’humanité. Entre Tanger et (finalement) Barcelone, on suit donc Lakhdar à la trace, lui qui doute (face à des fondamentalistes religieux suspects), qui vivote (avec différents petits boulots), et qui surtout s’enflamme pour une jeune Européenne. Un désir ardent qui lui fera côtoyer un monde en ébullition, passant des Printemps arabes aux Indignés espagnols. Seul contre tous Le roman de Mathias Énard est un matériau riche et solide qui colle aux basques du

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« Un combat contre l’oubli »

SCENES | Trois questions à Laurent Poncelet, organisateur du Fita et directeur de la compagnie Ophélia Théâtre. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mercredi 12 novembre 2014

« Un combat contre l’oubli »

Comment définiriez-vous la ligne de ce Festival international de théâtre action, qui en est à sa septième édition ? Laurent Poncelet : Cette année, peut-être plus particulièrement encore que les fois précédentes, on parle de combat [l’édito est titré « Le Fita est un combat » – NDLR], et notamment de combat contre l’oubli. Beaucoup de spectacles renvoient à ces conflits, à ces peuples et à ces situations oubliés que ce soit en Algérie, en Syrie, au Rwanda... Ensuite, le Fita, c’est aussi souligner les enjeux pour nous, dans le monde du spectacle vivant, d’être présents dans la cité, auprès des habitants. Il y a des choses à dire, et ça concerne tout le monde, d’où le travail mené avec nos partenaires associatifs, de l’action sociale... Surtout ne pas être coupé des habitants. Vous défendez donc un théâtre d’action ouvert sur le monde. Est-ce dire que le théâtre présenté ailleurs à l’année est éloigné de ces préoccupations ? Oui, tout à fait. Pas forcément par manque de volonté, mais le constat est là : si aujourd’hui j’organise encore ce Fita avec les moyens du bord, alors que la compagnie a une

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"Le soleil juste après" : les voies rapides de Laurent Poncelet

SCENES | Après la claque "Magie noire" en 2010, le chorégraphe Laurent Poncelet (compagnie Ophélia Théâtre) a dévoilé la semaine dernière à Crolles "Le soleil juste après" : une nouvelle création bondissante toujours conçue avec des jeunes artistes des favelas du Brésil, mais pas que. Une réussite. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 20 mai 2014

Ils sont une douzaine sur scène. Des musiciens, sur le côté, et des danseurs-circassiens, au centre. Corps sculpturaux pour la plupart des interprètes masculins, à la technique épatante. Deux jeunes filles sont aussi présentes, plus effacées. Car comme dans Magie noire, sa précédente création, Laurent Poncelet a construit son spectacle autour des propositions et improvisations des jeunes artistes, d’où sans doute la difficulté des filles à s’imposer – elles sont sous-exploitées sur scène. Ce qui n’enlève pas de force à l’ensemble, qui se vit comme un véritable cri de rage. La moitié de l’équipe vient de Recife, au Brésil, et transporte l’énergie des favelas avec elle, d’où un rapprochement évident avec le précédent Magie noire, conçu avec des jeunes de la même ville et qui rencontra un véritable succès (quelque 70 représentations). Une recette efficace donc, que Laurent Poncelet a cette fois-ci étendue, en intégrant au dispositif des artistes marocains et un danseur togolais, ancien enfant des rues. D’où une ouverture de la focale, notamment

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Auprès de mes arbres

SCENES | Une partie du travail du metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies était volontairement frontal, dans le but de (...)

Aurélien Martinez | Mardi 1 avril 2014

Auprès de mes arbres

Une partie du travail du metteur en scène grenoblois Bruno Thircuir de la Fabrique des petites utopies était volontairement frontal, dans le but de secouer le spectateur pour l’amener à réagir. Cette partie-là semble derrière lui comme il nous l’expliquait en 2012 (« niveau violence, on ne peut pas aller beaucoup plus loin que ce que l’on a fait sur Kaïna Marseille [spectacle de 2008 sur l’immigration – ndlr] »), et comme le confirme avec éclat La nuit, les arbres dansent, sa dernière création dévoilée la semaine passée dans le cadre du festival Les Détours de Babel. Une fable écologiste jeune public centrée sur quatre contes faisant référence à « des légendes des quatre coins du monde », toutes tournant au

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Bruno Thircuir : « On est toujours l’étranger du coin »

SCENES | Le Grenoblois Bruno Thircuir et sa Fabrique des petites utopies sont de retour avec "Nous sommes tous des K", repas-spectacle populaire basé sur un texte de Kakfa qui sera joué dans plusieurs lieux de l’agglo les semaines à venir. Rencontre avec le metteur en scène pour évoquer ce projet, et plus globalement les mutations de sa compagnie. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 28 mars 2013

Bruno Thircuir : « On est toujours l’étranger du coin »

La Fabrique des petites utopies est une institution à Grenoble. Une compagnie menée par Bruno Thircuir qui propose depuis douze ans un théâtre fort et engagé, que ce soit sur le fond (notamment avec un regard pertinent sur l’Afrique) ou sur la forme (avec son camion-théâtre). Que le metteur en scène se confronte aujourd’hui à Kafka et l’une de ses œuvres phares qu’est Le Château (1926) n’est donc pas une surprise. « Quand je l’ai lu il y a vingt ans, je me suis dit que cet auteur avait deviné que l’on allait vers une paralysie des relations. C’est de ça dont souffre cet étranger lorsqu’il arrive dans ce village d’Europe [le personnage de K, arpenteur, se heurte à l’hostilité des villageois et – surtout – à celle de l’administration – NDLR]. Je l’ai acheté au Benin en 1996, et je me suis alors dit qu’un jour, je le monterai avec un comédien noir dans le rôle de K. Parce qu’aujourd’hui, ce n’est plus un Juif qui est exclu de la société [Kafka était de confession juive – NDLR], c’est un Noir, un Arabe… En choisissant très radicalement de mettre K noir, ça nous bascule dans cette situation que vivent énorméme

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Le Fita pratique

SCENES | - La biennale, centrée sur le théâtre-action, propose de nombreuses formes artistiques : du théâtre donc, mais aussi du clown, des marionnettes, de la poésie, (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 1 novembre 2012

Le Fita pratique

- La biennale, centrée sur le théâtre-action, propose de nombreuses formes artistiques : du théâtre donc, mais aussi du clown, des marionnettes, de la poésie, de la musique... - Pour cette sixième édition, on dénombre quinze spectacles, dont deux seulement qui sont français. Ça nous fait donc treize compagnies étrangères, venues du Togo, du Burkina Faso, du Maroc, du Cameroun, du Congo, d’Algérie, d’Égypte, de Syrie, du Vietnam, d’Italie, de Belgique... Plusieurs seront créés pendant le Fita. - Pour que le plus possible de spectateurs puissent les voir, certains spectacles seront donnés plusieurs fois. Ainsi, une trentaine de lieux différents accueilleront le Fita : l’Espace 600, le Théâtre Prémol, le Prunier sauvage, l’Heure bleue de Saint-Martin-d’Hères, le CLC d’Eybens, l’Espace Paul Jargot de Crolles, le Théâtre en rond de Sassenage, le Jeu de Paume de Vizille, la Vence scène de Saint-Égrève... En tout, une quarantaine de représentations est prévue. - Le temps fort de cette année est la journée du samedi 17 novembre à l’Espace 600, avec les Assises populaires et européennes de la culture

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« Avoir un impact dans la cité »

SCENES | Le Fita, biennale de théâtre engagée invitant des compagnies du monde entier, fête cette année ses dix ans. On a donc interrogé son directeur Laurent Poncelet, un insatiable promoteur de la rencontre entre art et citoyens. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Jeudi 1 novembre 2012

« Avoir un impact dans la cité »

Laurent Poncelet est un être affable qui sait défendre son bifteck avec conviction : oui, son Festival international de théâtre-action (dit Fita) est, depuis dix ans, l’un des événements phares de la vie culturelle de l’agglo. Et il se charge de nous le rappeler dès que possible, mais toujours avec courtoisie. Une façon de faire qui résume bien l’état d’esprit de sa biennale : parler de choses capitales, bien insister sur le caractère capital, tout en évitant d’être plombant. « En tant que metteur en scène [son activité principale, avec sa compagnie Ophélia Théâtre – ndlr], je suis en lien avec le monde dans lequel je vis. Je monte des pièces parce que c’est essentiel, parce qu’il y a une urgence. Avec le souhait que tout ce travail soit facteur de transformation, qu’il ait un impact dans la cité, qu’il mobilise et touche les habitants. » L’art, ce n’est donc pas une occupation du dimanche, c’est une mission, à faire partager au plus grand nombre. Tout en se disant que l’art doit quand même continuer à être de l’art. « Il est hors de question de rentr

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La meilleure défense, c’est la parade

SCENES | Zoom / Un beau jour (ou peut-être une nuit), le metteur en scène Bruno Thircuir de la compagnie de spectacles itinérantes La Fabriques des Petites Utopies (...)

François Cau | Lundi 19 mars 2012

La meilleure défense, c’est la parade

Zoom / Un beau jour (ou peut-être une nuit), le metteur en scène Bruno Thircuir de la compagnie de spectacles itinérantes La Fabriques des Petites Utopies jette une oreille aux dernières compositions de son complice musicien Philippe Codecco. Tout de go, il décrète que cette musique est faite pour prendre la rue avec une grandiose création ad hoc – l’une des (nombreuses !) obsessions d’un homme de théâtre adepte du défi foutraque comme de l’émulation populaire. Et le projet de prendre forme par une coproduction des Détours de Babel dans le cadre de leur festival : sous leur impulsion, se greffent alors au projet Bruno Théry, concepteur du bestiaire de la future parade, et Bastien Mots Paumés, qui en écrira les divers textes. Très vite, sous l’inflexion bouillonnante de Bruno Thircuir, le projet prend des allures de cauchemar logistique : quatre parades, drivées chacune par un char et des musiciens dans sa foulée, doivent partir d’Eybens, Crolles, Fontaine et Grenoble, pour se rejoindre lors d’un finish grandiloquent. Fort heureusement, l’enthousiasme du metteur en scène, en balance avec le pragmatisme de son ingénieur / bras droit François Gourgues, fédère tous les partenaires m

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No man’s land

SCENES | THÉÂTRE/ Le metteur en scène Laurent Poncelet (compagnie Ophélia Théâtre, organisatrice du Festival Théâtre Action) a l’habitude de livrer des spectacles hors (...)

François Cau | Vendredi 6 mai 2011

No man’s land

THÉÂTRE/ Le metteur en scène Laurent Poncelet (compagnie Ophélia Théâtre, organisatrice du Festival Théâtre Action) a l’habitude de livrer des spectacles hors normes. Ce fut le cas l’an passé avec Magie Noire : une fresque dynamique et généreuse interprétée par des gamins des rues de Recife, au Brésil, et qui sera reprise la saison prochaine dans l’agglo. C’est encore le cas cette semaine avec le nouveau projet des Mange-Cafard : fondé en 1996 par Laurent Poncelet, le groupe a une « composition atypique, avec des membres aux origines sociales diverses, souvent en situation de fragilité ou d’exclusion sociale ». Quartiers divers, leur sixième création, n’est donc pas un spectacle ordinaire. Les acteurs sont amateurs, certes, mais l’exigence professionnelle est bel et bien là, portée par le maître de cérémonie Laurent Poncelet, d’une véritable rigueur comme nous avons pu le constater lors d’un filage à deux semaines de la première. En résulte une proposition théâtrale enlevée, notamment au niveau du texte né des diverses improvisations menées avec les Mange-Cafard. Le metteur en scène en a sorti le meilleur : devenant grinçant certains moments, très ironique et d

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Dessine-moi une fiction

SCENES | Avec "Les enfants d’Icare", la Fabrique des Petites Utopies poursuit inlassablement son exploration des cultures lointaines et incite tous les publics à la contemplation onirique. FC

François Cau | Vendredi 18 mars 2011

Dessine-moi une fiction

Les dernières pérégrinations de la compagnie l’ont porté jusqu’en Birmanie, nation sous la coupe d’un simulacre de gouvernement hostile, culturellement carnassier, et dans laquelle les artistes – c’est rien de le dire – ont plutôt du mal à s’exprimer. Perdurent cependant les traditions liées aux marionnettes, dont les mécanismes intemporels (et largement sacralisés dans le pays) continuent d’être animés par des passeurs vieillissants et une jeune scène à l’avenir pour le moins incertain. Bruno Thircuir, metteur en scène de la Fabrique, s’est donc mis en tête de créer un spectacle voulu comme un pont entre les sociétés birmane et française, pour lequel les membres de son équipe auraient créé des marionnettes de différents styles, afin de les incorporer à un récit pensé comme une exaltation de l’imaginaire. Un enfant d’argile y prendrait forme au gré d’aventures oniriques, contées par trois voix singulières. Il serait donc l’héritier du fils de Dédale, rêverait d’une île inatteignable, d’un roi obstiné, de machines aliénantes, d’un cosmonaute, d’un robot, et tomberait finalement amoureux. Chaos debout La scène du camion-théâtre de la compagnie es

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Utopie toi-même

SCENES | Armée d’une volonté à toute épreuve (il fallait bien ça), l’équipe de la Fabrique des Petites Utopies inaugure ce samedi le Caravansérail, pôle d’art nomade situé au cœur du quartier Mistral. Point sur la genèse d’un lieu encore en préfiguration. François Cau

François Cau | Lundi 22 novembre 2010

Utopie toi-même

Au Petit Bulletin, on suit le travail de la Fabrique des Petites Utopies et de son metteur en scène Bruno Thircuir depuis les débuts. On a toujours été francs sur leur boulot, tour-à-tour enthousiastes et plus réservés. Et au-delà de toute considération purement artistique, on leur a toujours reconnu le mérite considérable de s’ouvrir vers l’ailleurs, que ce soit par le choix de l’itinérance dans leur camion-théâtre, leur constant et salutaire travail de médiation auprès de tous les publics, ou leur soif inaltérable de pérégrinations qui a pu les mener en Bosnie, en Afrique et bientôt en Birmanie (où le climat politique ne s’est absolument pas détendu, malgré les récentes apparences). Pour résumer, même si l’on peut faire les fines bouches sur certaines créations, on les respecte pour leur incroyable détermination et leur croyance, tout simplement superbe, que rien n’est réellement impossible. La preuve : ces trois dernières années, tout en continuant leurs tournées, les utopistes ont implanté un chapiteau au beau milieu du quartier grenoblois dit “sensible“ de Mistral. Ils sont allés à la rencontre de ce lieu qu’une maigre poignée de rêveurs, comme les membres de Cultur’Act (vo

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Plein les yeux

SCENES | La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir, l’une des compagnies locales les plus intéressantes, va poser ses valises au Grand Angle de Voiron (...)

François Cau | Lundi 4 octobre 2010

Plein les yeux

La Fabrique des petites utopies de Bruno Thircuir, l’une des compagnies locales les plus intéressantes, va poser ses valises au Grand Angle de Voiron pour une résidence de trois ans au cœur de la ville. Cette arrivée se fera en fanfare avec la présentation de deux spectacles aériens. D’abord Cabaret perché, dernière livraison en date de la compagnie. Le boss a ainsi fait confiance à ses circassiens, qui chacun ont proposé un numéro original. À lui ensuite de faire le liant avec ses comédiens, façon grande famille d’artistes ambulants (ce qu’ils sont vraiment, puisqu’ils habitent dans des caravanes itinérantes, même en hiver !). Tour Babel ensuite, spectacle déjà présenté la saison dernière sur le campus et au parc Bachelard : une création basée sur le mythe de la tour de Babel avec là aussi circassiens et comédiens. Avec ces deux propositions, on comprend ainsi que Bruno Thircuir, comme il nous l’a affirmé, souhaite construire des formes accessibles et généreuses rentrant dans une certaine tradition du spectacle vivant (moins cérémonial et plus perméable). On lui en sait gré. Mais on regrette simplement que le discours très fort de la compagnie, présent dans le

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"Magie Noire" : jours de fête signés Laurent Poncelet

SCENES | Magie Noire, la nouvelle création de Laurent Poncelet (cie Ophélia Théâtre), a carrément de la gueule (bien que nous l’ayons découverte pas tout à fait aboutie, à (...)

Aurélien Martinez | Lundi 26 avril 2010

Magie Noire, la nouvelle création de Laurent Poncelet (cie Ophélia Théâtre), a carrément de la gueule (bien que nous l’ayons découverte pas tout à fait aboutie, à une semaine de la première). Parti au Brésil rencontrer des jeunes des favelas de Recife, le metteur en scène grenoblois a ramené un spectacle festif issu pourtant d’un matériau difficile : l’histoire de ces jeunes brésiliens, tout juste sortis de l’enfance mais qui ont déjà côtoyé l’horreur de près (violences, meurtres de proches…). Poncelet a ainsi travaillé avec une douzaine d’entre eux, à partir d’improvisations, pour ensuite élaborer la trame : une tranche de vie dans un bidonville où une guerre des gangs fait rage, poussant chacun des deux camps aux représailles mortelles. Sur scène, ça part donc dans tous les sens, avec un savant mélange de capoeira, hip-hop, danse afro, percussions… La troupe de jeunes (qui restera en France jusqu’en juin, dates des dernières représentations) porte parfaitement le projet, même si évidemment certains sortent du lot plus que d’autres (les filles semblent effacées face à certains garçons charismatiques). On émettra simplement une réserve : l’utilisation excessiv

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Encore

SCENES | Si l’on n’avait pas spécialement accroché à Tour Babel, la dernière création un brin facile de La Fabrique des Petites Utopies présentée en octobre dernier, rien (...)

François Cau | Lundi 29 mars 2010

Encore

Si l’on n’avait pas spécialement accroché à Tour Babel, la dernière création un brin facile de La Fabrique des Petites Utopies présentée en octobre dernier, rien ne nous interdit de nous replonger dans les anciens spectacles de la compagnie. Ce sera chose possible du jeudi 1er au mercredi 7 avril au Terrain d’aventure (Saint-Martin-d’Hérès) où la Fabrique installe son camion-théâtre : l’équipe de l’Espace 600 reprogramme Kaïna Marseille, une proposition forte sur ces migrants à la recherche d’un eldorado porteur d’espoir. Bruno Thircuir est parti du roman de Catherine Zambon, qui avait soulevé une polémique phénoménale lors de sa publication : peut-on raconter la violence du monde aux adolescents sans l’édulcorer ? Sont-ils capables de tout entendre ? Thircuir répond à ces questions par un oui franc, en enfonçant le clou avec une mise en scène efficace et glaçante… Retrouvez sur notre site web la critique publiée lors de la création du spectacle la saison passée.

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Un autre théâtre est possible

SCENES | Alors que le vingt-et-unième siècle est à peine entamé, Bruno Thircuir, ancien collaborateur de Chantal Morel, décide d’impulser à sa jeune compagnie, La Fabrique (...)

François Cau | Lundi 1 décembre 2008

Un autre théâtre est possible

Alors que le vingt-et-unième siècle est à peine entamé, Bruno Thircuir, ancien collaborateur de Chantal Morel, décide d’impulser à sa jeune compagnie, La Fabrique des Petites Utopies, une série de directives fondamentales dans son approche à part du médium théâtral. Leur travail sera tourné vers l’étranger ; le but étant de se nourrir de cet ailleurs souvent intimidant, qu’il faudra dompter coûte que coûte via de multiples voyages et autres collaborations avec des auteurs et acteurs venus d’autres pays. Les moyens de diffusion seront atypiques, centrés sur l’idéal a priori désuet d’une scène itinérante, à même de transporter les créations dans les endroits les plus insolites, histoire de faire partager leurs spectacles aux laissés-pour-compte des grandes tournées internationales, et surtout d’entamer une relation plus poussée avec les publics. La rencontre de Bruno Thircuir avec son directeur technique François Gourgues sera à ce titre décisive : ce dernier donnera corps au projet de Fabrique Errante imaginée par le metteur en scène - un camion modulable, se transformant miraculeusement en théâtre ambulant. La pièce inaugurale de ce dispositif, Quichott, l’homme qui n’y était po

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Voyage au bout de l’enfer

SCENES | À travers le destin d’une jeune fille de treize ans, Bruno Thircuir et sa compagnie La Fabrique des petites utopies évoquent les drames ordinaires de l’immigration. C’est "Kaïna Marseille", et c’est tout simplement glaçant. Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 28 novembre 2008

Voyage au bout de l’enfer

« Si tu veux savoir où tu vas, il te suffit de regarder d’où tu viens. » Ces mots sont ceux de Kaïna, la grand-mère de Mamata qui, avant de mourir, conseille à sa petite-fille de fuir son village natal pour rejoindre l’eldorado français. Là-bas espère-t-elle, Mamata sera libre et échappera au mariage forcé auquel elle est promise dans son pays. « Le monde, pour Kaïna, commençait au bout du village » sourit, désabusée, la jeune fille. Désabusée, car ce qui devait être le paradis se transforme en enfer, sous la forme d’un container du port de Marseille. Très loin de l’idéal d’une terre accueillante… Mamata a treize ans. Pourtant, elle a déjà connu l’horreur du monde. Pourtant, elle est déjà enceinte d’un avocat véreux qui la violait en lui promettant de l’aider. Pourtant, elle continue à vivre, malgré tout. Avec Kaïna Marseille, Bruno Thircuir clôt magistralement sa trilogie africaine entamée début 2007. Les deux premiers volets (Et si l’Homme avait été taillé dans une branche de baobab, d’après le roman Désert de Jean-Marie Gustave Le Clézio et Niama-Niama, inspiré de contes du monde entier) étaient des fables enchanteresses,

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«Un spectacle coup de poing»

SCENES | Auteur, metteur en scène et comédienne, Catherine Zambon a écrit le texte qui a servi de matériau à la Fabrique des petites utopies. Propos recueillis par AM

François Cau | Jeudi 27 novembre 2008

«Un spectacle coup de poing»

Petit Bulletin : Comment est né Kaïna Marseille ?Catherine Zambon : Je me suis intéressée au sort des enfants clandestins en France, et particulièrement à ceux qui sont le moins pris en charge par les associations, à savoir les filles. Il y a très peu de filles qui arrivent de manière clandestine, mais celles qui arrivent sont rapidement repérées par des réseaux de prostitution. Vouliez-vous livrer un message politique ?Entre le moment où je l’ai écrit, il y a cinq ans, et la période actuelle, la tension s’est tellement resserrée autour des problèmes d’immigration qu’évidemment ce qui était déjà un propos engagé à l’époque – à savoir attirer l’attention sur le sort de toute cette partie du monde qui est en souffrance – est encore plus violent maintenant. Si je devais écrire Kaïna Marseille aujourd’hui, j’en ferais sûrement quelque chose d’encore plus dur. Donc oui, il y a un message politique, mais aussi humain, humanitaire, et surtout humaniste. La mise en scène de Bruno Thircuir semble encore plus sombre que votre texte…Entre l’écriture du texte et ce qu’en a fait Bruno, il y

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Interroger notre monde

SCENES | Depuis sa création en 2002, le Festival International Théâtre Action a pris de l’ampleur, investissant maintenant les quatre coins de l’agglo. A l’occasion de la quatrième édition, rencontre avec Laurent Poncelet, metteur en scène de la compagnie Ophelia Théâtre et directeur de ce festival engagé. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 7 novembre 2008

Interroger notre monde

Petit Bulletin : Comment présenter le Fita ?Laurent Poncelet : C’est un temps de rencontre entre des spectacles venant des quatre coins du globe qui interrogent notre monde d’aujourd’hui, avec des regards différents que l’on vienne d’Afrique, d’Amérique, d’Europe de l’est… Les lieux de représentations sont essentiellement dans les quartiers populaires urbains, et en milieu rural pour le reste du département. L’enjeu est ainsi de pouvoir mobiliser un public le plus large possible, notamment celui qui vient rarement au théâtre, en travaillant avec de nombreux partenaires, des associations, des centres sociaux, des MJC, des foyers d’accueil. Et ça fonctionne : on en est à la quatrième édition, le public étant toujours plus conséquent et d’une rare diversité culturelle, générationnelle, sociale… C’est ça l’enjeu : que les gens se sentent chez eux quand ils viennent au théâtre. Les spectacles ne sont-ils choisis que pour leur côté engagé ?Nos spectacles posent des questions, bousculent, remuent. Il y a des temps d’échanges, de débats après les représentations. Autour de certaines, on propose carrément des forums p

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La danse de mort

SCENES | Ambitieux galop d'essai du Nouveau Théâtre de Création, l'adaptation de “Manque” de Sarah Kane marque le retour de la Fabrique des Petites Utopies à une forme nécessairement plus intime. François Cau

| Mercredi 23 novembre 2005

La danse de mort

Passé le chaos debout de son Juliette je Zajebala Romeo, la Fabrique des Petites Utopies fait une nouvelle fois muter son lieu de création ambulante (le Theatrum Stadium). L'espace scénique s'est replié sur lui-même, s'est recroquevillé en une carapace à jauge violemment restreinte. L'équipe s'est réduite, elle aussi. Le metteur en scène Bruno Thircuir, sans renier les affres de son précédent spectacle, apprécie plutôt la tournure des événements. Son nouveau coup de foudre théâtral appelait nécessairement une forme condensée, un travail approfondi avec les comédiens. L'objet du délit ? Le texte 4.48 Psychose, de l'auteure anglaise Sarah Kane, étoile filante du New British Theatre, partie beaucoup trop vite après nous avoir asséné une poignée de textes mordants, choquants, vibrants. Jouissant de l'accueil enthousiaste du Nouveau Théâtre de Création, les Petites Utopies se sont vues encouragées dans l'élaboration d'un dyptique, la pièce Manque (Crave en VO) apportant un complément précieux dans l'appréhension de l'œuvre de Sarah Kane, et surtout sur sa relecture par le dénommé Bruno Thircuir. Intime en fusion Ce dernier commenc

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Aveuglement

SCENES | Si vous nous suivez un brin, vous avez dû vous en rendre compte : on suit avec fidélité le travail de Bruno Thircuir et de la Fabrique des Petites (...)

| Mercredi 11 janvier 2006

Aveuglement

Si vous nous suivez un brin, vous avez dû vous en rendre compte : on suit avec fidélité le travail de Bruno Thircuir et de la Fabrique des Petites Utopies. Non pas pour de basses turpitudes extraprofessionnelles (quoique), ni pour notre potentiel amour immodéré de formes théâtrales un tant soit peu iconoclastes. Disons que le fil commun qui nous séduisait le plus, dans Quichott, Juliette je Zajebala Romeo et dernièrement Manque, greffon providentiel de son présent travail sur l'auteur culte Sarah Kane, c'était cette instabilité manifeste que le metteur en scène et son équipe parvenaient à transformer en force. À la grâce d'un enthousiasme indéfectible, mais aussi à une sorte d'ingéniosité du désespoir donnant lieu à de beaux instants de théâtre, à un pessimisme étouffant sur une nature humaine confinée à ses plus bas instincts. C'est pour toutes ces raisons qu'on attendait 4.48 Psychose avec une expectative confiante, d'autant que le stress véhiculé par Manque nous avait pris à rebrousse-poil. Cette nouvelle création nous fait entrer dans un nouveau décor sis au sein du camion-théâtre, inverse de la sombre alcôve de Manque, où le spe

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Engagé, mais pas que…

SCENES | Rencontre avec Laurent Poncelet, de la compagnie Ophélia Théâtre, initiateur du Festival International de Théâtre Action de Grenoble. Propos recueillis par Damien Grimbert

| Mercredi 1 novembre 2006

Engagé, mais pas que…

Qu’est ce qui définit le Théâtre Action ?Laurent Poncelet : C’est un théâtre en prise avec le monde d’aujourd’hui. Les troupes qui sont invitées par le festival traitent toutes de thèmes forts de société, qui soulèvent débat dans la cité, et qui, en même temps, travaillent à partir de formes et de matériaux en lien avec une culture d’origine. Et beaucoup de ces compagnies invitées, par ailleurs, sont souvent impliquées dans la vie sociale et politique de leur propre pays, ce qui explique aussi pourquoi elles travaillent autour de ces questions : elles ne sont pas déconnectées du monde dans lequel elles évoluent. Et ce qui est intéressant c’est que suivant les contextes sociaux, culturels et politiques, on pourra avoir des rapports différents, et une démarche artistique différente, avec des formes particulières autour de la danse, de la musique, puisque le théâtre, sous d’autres continents, peut présenter des formes très différentes. En tout cas, le texte peut ne pas être central. «Pas de discours, mais l’humain face au monde» ? Ça c’est essentiel, parce que c’est du théâtre et non pas un tract, on n’est pas dans quelques choses de didactiq

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