Une longue histoire du film court

Cinéma / Pour ses trente ans, le festival du film court de Villeurbanne se tourne vers son passé et fait le bilan en films de trois décennies de court métrage. Mais par-delà cet anniversaire, les compétitions de 2009 affirment avec force la vitalité du genre. Christophe Chabert

À trente ans, certains ont le vague à l’âme, une pointe de nostalgie et un peu d’angoisse. Pas le festival du film court de Villeurbanne, ni son directeur Laurent Hugues. En confectionnant la trentième édition de cette manifestation-clé dans l’actualité cinématographique locale, il a entrepris un vaste travail de mémoire, en revoyant les films distingués lors des palmarès précédents, afin de confectionner ce qui représente la grande soirée anniversaire du festival : une longue nuit du film court où seront projetés 28 films primés à Villeurbanne toutes éditions confondues.Toute une époque !
Le choix était vaste (224 films ont obtenu un prix, sans compter les mentions spéciales !), et le résultat, riche en œuvres majeures ou en films cultes, permet à cette rétrospective de faire le bilan de trente ans de courts métrages. «Le début de la compétition correspond à un âge d’or du court français», explique Laurent Hugues. «On trouve des réalisateurs comme Eric Rochant, Matthieu Kassovitz, Pierre Salvadori, Jean-Pierre Jeunet ou Cédric Klapisch. Mais plus intéressant que cet empilement de noms, ce sont les films eux-mêmes. En les revoyant au printemps, je me suis aperçu que non seulement ils ont marqué leur époque, mais aussi qu’ils sont restés très contemporains. J’ai été frappé de revoir 'Alger la blanche' de Cyril Collard par exemple ; si l’image a vieilli, le film présente toutes les thématiques qui allaient ensuite devenir des interrogations centrales du court métrage pendant quinze ans». En d’autres termes, l’histoire du court métrage est non seulement une histoire des transformations du cinéma (l’apparition de l’animation, puis du numérique, anticipent ainsi les révolutions qui transformeront quelques temps après le long métrage), mais aussi un concentré des questions qui agitent la société française. Laurent Hugues cite un exemple éloquent : «En 1990, Michel Spinosa réalise ‘La Jeune Fille et la mort’, un des premiers films à aborder le thème du SIDA, et il en fait une maladie étrange, presque une malédiction. Quatre ans plus tard, Klapisch tourne ‘Poisson rouge’, une comédie qu’il fait dans le cadre d’un dispositif, 3000 scénarios contre un virus, avec une volonté de prévention». Les mœurs évoluent et les films avec ; le festival accompagne logiquement ces mouvements, et c’est encore le cas aujourd’hui…Paris tenus / paris ouverts
En trente ans, le festival a donc parié sur de nombreux cinéastes, et comme le dit de nouveau Laurent Hugues, «ce bilan nous donne raison». Quand on lui objecte que certains réalisateurs font figure de grands absents de cette liste, comme Xavier Gianolli, Gaspar Noé, François Ozon ou Jan Kounen, il rétorque : «Ils ont été en compétition, mais pas forcément au palmarès. C’est le cas de ‘Carne’ de Gaspar Noé, par exemple… Mais il faut se souvenir de ce qu’était ‘Carne’ à l’époque, c’était une bombe ! De la même façon, c’est un miracle que ‘Lune froide’ de Patrick Bouchitey se soit retrouvé au palmarès. Tout dépend du jury, s’il est plus ou moins consensuel…». Cette dimension «risquée» de la programmation est en effet ce qui a fait (et fait toujours) l’intérêt de Villeurbanne : les propositions sont audacieuses, thématiquement et esthétiquement, mais toujours de qualité. Cette édition 2009 devrait encore le confirmer… La compétition francophone mélange à quasi-égalité premières œuvres et retour des habitués. Parmi ceux-ci, Éric Guirado peut se targuer d’avoir obtenu un Grand Prix à Villeurbanne en 1999, et fera donc office de trait d’union entre la dimension commémorative de l’événement et son présent. Au-delà de la compétition francophone, il faudra prêter attention à la compétition 2D/3D, de haute tenue l’an dernier, et à la compétition européenne, avec un autre grand retour, celui de l’Espagnol Nacho Vigalondo, primé au festival en 2004 et réalisateur d’un long-métrage génial mais scandaleusement inédit dans les salles françaises, ‘Timecrimes’. La qualité est donc partout, au point qu’il n’y a plus vraiment, pour le spectateur assidu, de compétition «majeure» dans le festival. D’où question : va-t-on vers une super-compétition qui regrouperait le meilleur de la production, tous genres et nationalités confondues ? «C’est tentant, car ça permettrait de faire un programme de folie», répond Laurent Hugues. «Cette année, le prix du public est déjà étendu aux trois compétitions, c’est un début de fusion. Elle serait compliquée au niveau logistique, mais très excitante en matière de programmation. Je pense que le public est prêt pour cela. Est-ce que ce sera pour l’année prochaine ou pour dans deux ans ? En tout cas, c’est imminent !» À trente ans, le festival pense déjà à son avenir…Festival du film court de Villeurbanne
Du 13 au 22 novembre.

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