Des histoires de France…

Alors que son dernier film est toujours à l’affiche, Pascal Thomas voit enfin une partie de son œuvre éditée en DVD. Trois films essentiels d’un cinéaste fièrement insituable qui montre la France provinciale avec naturel. CC

Il est temps de reconnaître la place tout à fait unique de Pascal Thomas dans le cinéma contemporain français. Venu de la critique, il a tourné des films où les références sont peu évidentes — il cite Dwan et Tourneur comme ses maîtres ; sa carrière à éclipses en a fait le phoenix d’un cinéma artisanal, qui s’est retrouvé avec une étiquette («le nouveau naturel») dont il a été l’unique représentant. Enfin, son œuvre, bien que souvent diffusée à des heures improbables sur les chaînes câblées, ne semblait pas susciter de mise en perspective profonde. La sortie en DVD de trois films majeurs dont deux tournés pendant son époque bénie des années 70, pourrait réparer cette injustice. Après le succès des "Zozos", il enchaîne en 1973 avec l’excellent "Pleure pas la bouche pleine". Thomas ne se concentre plus sur les garçons mais sur les filles, à travers le portrait d’une adolescente à la campagne qui hésite entre son fiancé parti à l’armée et un dragueur un peu minable mais disponible. Celui-ci est interprété par l’acteur fétiche de Thomas, Bernard Menez, qui prendra l’année d’après le premier rôle du "Chaud Lapin".

Carte du tendre

Menez, comme il le fera chez le grand ami de Pascal Thomas, Jacques Rozier, incarne avec génie une certaine image du séducteur maladroit mais efficace, pas vraiment bel homme mais opiniâtre et sûr de lui. Raccourci parfait de l’art du cinéaste, qui n’aime rien tant que laisser à ses acteurs le soin d’inventer le dialogue à mesure où la pellicule s’impressionne, enregistrant hésitations, incidents mais aussi moments de grâce dans des séquences où le vertige naît de cette spontanéité absolue. Thomas est par ailleurs un vrai cinéaste français, posant sa caméra dans une province qu’il filme comme John Ford le faisait avec les espaces désertiques du grand ouest américain. "Pleure pas la bouche" pleine laisse ainsi l’action se déployer dans la profondeur, à travers des plans minutieusement composés qui captent, par des choix de lumière ou de son, l’atmosphère des séquences et l’humeur des personnages, souvent mélancolique. "Le Chaud Lapin" apparaît au premier abord comme une comédie beaucoup plus franche : la mise en place, à base de quiproquos énormes, traduit ainsi une certaine rigueur de récit. Mais Pascal Thomas va laisser infuser peu à peu un air de vacances dans le film, pour faire apparaître une carte du tendre bien de son temps : femme trompée mais philosophe, mari insatisfait, jeune fille délurée et playboy en toc, les personnages de Thomas incarnent ce léger tremblement des mœurs, entre vaudeville et libération sexuelle.

Coffret Pascal Thomas
En DVD chez Fox Pathé Europa

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