Naissance des pieuvres

ECRANS | de Céline Sciamma (Fr, 1h45) avec Pauline Acquart, Adèle Haenel...

Christophe Chabert | Mercredi 12 septembre 2007

Il y a quelques semaines, le premier film de Lola Doillon, Et toi t'es sur qui ? proposait une voie possible pour un teen movie à la française, crédible à défaut d'être complètement convaincant. Naissance des pieuvres prolonge cette tentative, avec grosso modo les mêmes limites. Le sujet est vite balisé (l'éveil du désir chez trois adolescentes), et la forme tout aussi vite circonscrite : parents absents à l'écran, refus de l'hystérie dans le jeu des comédiennes (plutôt douées), recherche d'une atmosphère cotonneuse collant à la fois au gimmick du film (la natation synchronisée) et à son humeur mélancolique. Cette manière de jouer sur les stéréotypes en refusant les clichés, de traquer les émois sans faire de la psychologie, de surveiller son sujet sans oublier de lui donner une dimension auteurisante, reste quand même assez... scolaire ! À l'instar de la musique de Para One, lorgnant ouvertement du côté de Boards of Canada, Naissance des pieuvres est un protoype de film ambiant. Mais, hélas ! seulement un prototype.

Christophe Chabert

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Consumée d’amour : "Portrait de la jeune fille en feu"

Le Film de la Semaine | Sur fond de dissimulation artistique, Céline Sciamma filme le rapprochement intellectuel et intime de deux femmes à l’époque des Lumières. Une œuvre marquée par la présence invisible des hommes, le poids indélébile des amours perdues et le duo Merlant/Haenel.

Vincent Raymond | Mardi 17 septembre 2019

Consumée d’amour :

Fin XVIIIe. Officiellement embauchée comme dame de compagnie auprès d’Héloïse, Marianne a en réalité la mission de peindre la jeune femme qui, tout juste arrachée au couvent pour convoler, refuse de poser car elle refuse ce mariage. Une relation profonde, faite de contemplation et de dialogues, va naître entre elles… Il est courant de dire des romanciers qu’ils n’écrivent jamais qu’un seul livre, ou des cinéastes qu’ils ne tournent qu’un film. Non que leur inspiration soit irrémédiablement tarie au bout d’un opus, mais l’inconscient de leur créativité fait ressurgir à leur corps défendant des figures communes ; des obsessions ou manies constitutives d’un style, formant in fine les caractéristiques d’une œuvre. Et de leur singularité d’artiste. Ainsi ce duo Héloïse-Marianne, autour duquel gravite une troisième partenaire (la soubrette), rappelle-t-il le noyau matriciel de Naissance des pieuvres (2007) premier long-métrage de Céline Sciamma : même contemplation fascinée p

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Quand on a 17 ans

ECRANS | Des ados mal dans leur peau se cherchent… et finissent par se trouver à leur goût. Renouant avec l’intensité et l’incandescence, André Téchiné montre qu’un cinéaste n’est pas exsangue à 73 ans.

Vincent Raymond | Mardi 29 mars 2016

Quand on a 17 ans

Autant l’avouer, on avait un peu perdu de vue Téchiné depuis quelques années : le cinéaste a pourtant tourné sans relâche, mais comme à son seul profit (ou en rond), s’inspirant volontiers de faits divers pour des films titrés de manière la plus vague possible — La Fille du RER, L’Homme qu’on aimait trop — à mille lieues de ses grandes œuvres obsessionnelles et déchirantes des années 1970-1990, de ses passions troubles, lyriques ou ravageuses. Comme si le triomphe des Roseaux sauvages (1994), puisé dans sa propre adolescence, avait perturbé le cours initial de sa carrière… Cela ne l’a pas empêché d’asséner de loin en loin un film pareil à une claque, à une coupe sagittale dans l’époque — ce fut le cas avec Les Témoins (2007), brillant regard sur les années sida. Le chenu et les roseaux De même que certains écrivains trouvent leur épanouissement en se faisant diaristes, c’est en prenant la place du chroniqueur que Téchiné se révèle le plus habile, accompagnant ses personnages de préférence sur une longue période, les couvant de l’œil pour mieux suivre leur(s) métamorphose(s), l’

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Bande de filles

ECRANS | Céline Sciamma suit l’ascension d’une jeune black de banlieue qui préfère se battre plutôt que d’accepter le chemin que l’on a tracé pour elle. Ou comment créer une héroïne d’aujourd’hui dans un film qui se défie du naturalisme et impose son style et son énergie. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 14 octobre 2014

Bande de filles

Au ralenti et sur la musique (électro-rock) de Para One, des filles disputent la nuit une partie de football américain. Virilité et féminité fondues dans une parenthèse sportive au milieu de la vie monotone d’une cité ; Céline Sciamma marque dès l’entame de Bande de filles son territoire, loin des sentiers étroits du naturalisme propre au banlieue-film hexagonal. Pas question de sombrer dans le misérabilisme social ou le cinéma à thèse, mais au contraire de le déborder par l’action et la rêverie. De fait, chaque fois que Merieme, adolescente black de seize ans, verra cette réalité-là lui barrer la route — conseiller scolaire cherchant à l’orienter vers une filière pro, grand frère veillant depuis son canapé sur sa moralité, amoureux maladroit, filles du quartier résignées à n’être que des mères au foyer — elle cherchera à la renverser de toutes ses forces, préférant combattre et s’échapper plutôt que de courber l’échine. Le film enregistre cette volonté farouche comme une constante création d’énergie, révélant dans un même mouvement une inoubliable héroïne de fiction et la comédienne qui lui donne corps — la formidable Karidja Touré. Girl power

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Cherchez la femme

ECRANS | En ouverture d’Écrans mixtes le 8 mars, journée de la femme, le festival a la bonne idée de rendre hommage à Céline Sciamma. Il est vrai que Tomboy a fait (...)

Christophe Chabert | Vendredi 2 mars 2012

Cherchez la femme

En ouverture d’Écrans mixtes le 8 mars, journée de la femme, le festival a la bonne idée de rendre hommage à Céline Sciamma. Il est vrai que Tomboy a fait sensation, l’année dernière, dans le cinéma d’art et essai français. Tourné avec peu de moyens mais une grande intelligence de la mise en scène, il confirmait que Sciamma était non seulement dotée d’une grande sensibilité pour saisir le trouble identitaire et sexuel (ce que son premier film, Naissance des pieuvres, laissait déjà deviner) mais qu’elle faisait preuve d’un pragmatisme plutôt rare dans le cinéma hexagonal. Issue de la FEMIS, elle n’est pas passée par la filière «réalisation», mais par celle du «scénario» ; et alors que le succès critique et public de sa première œuvre aurait pu lui offrir un tremplin vers des budgets plus confortables, elle a préféré tourner Tomboy avec des petits moyens et des acteurs peu connus. Cette modestie est sans doute ce qui contribue à la vérité du film, concentrée sur l’intelligence

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Tomboy

ECRANS | De Céline Sciamma (Fr, 1h22) avec Zoé Héran, Malonn Levana…

Christophe Chabert | Mercredi 13 avril 2011

Tomboy

«— Comment tu t’appelles ? — Mickaël.» C’est ainsi que le tout jeune héros de Tomboy se présente à Lisa, sa première amie après un énième déménagement familial. Mais Mickaël s’appelle Laure et son androgynie lui permet d’abuser sans peine ses camarades, mais Céline Sciamma ne dissimule pas longtemps l’imposture au spectateur (le titre, malgré son anglophonie, est en soi une forme d’aveu). Plus énigmatique sont les raisons de ce changement d’identité sexuelle : envie d’intégration ou réelle ambivalence ? L’intérêt de Tomboy réside partiellement dans ce refus de donner des réponses aux questions qu’il soulève. Cette incertitude se déporte vers un autre terrain une fois le secret dévoilé (comment Mickaël-Laure maintiendra-t-il l’illusion auprès de ses copains ?) et permet à Sciamma de s’écarter du naturalisme à la française (défaut principal de son premier film, Naissance des pieuvres) par des scènes installant un vrai suspense. Il faut saluer aussi la direction d’acteurs, laissant ce qu’il faut de naturel aux enfants pour rendre la mise en

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