Un Conte de Noël + L'Aimée

ECRANS | Arnaud Desplechin Bac Vidéo

Nadja Pobel | Jeudi 19 février 2009

C'est une sérénade virtuose dans laquelle Mathieu Amalric se glisse encore avec délectation. Son personnage Henri revient passer Noël dans sa famille du Nord dont il a été banni quelques années plus tôt par sa sœur. Desplechin filme avec maestria ce rassemblement au cœur de l'hiver dans lequel le grand absent, le petit frère mort, occupe toute la place. Pour sauver la mère atteinte d'un cancer, il ne reste plus que le fils maudit dont Deneuve dit avec une dose de tendresse et une classe inouïe qu'elle ne l'aime pas. Probablement le film français le mieux dialogué – le plus drôle aussi - de l'an dernier, Un Conte de Noël, c'est surtout du cinéma à tous les étages et une vitalité bouleversante. Face à la photo de sa première épouse décédée dans un accident de voiture, il faut entendre Almaric répondre à son amoureuse (éternelle Emmanuelle Devos) qui lui dit qu'elle était belle : «Oui, mais elle conduisait mal». Constamment sur le fil de la vie dans ce qu'elle a de plus réaliste et surtout de plus romanesque à la fois, Desplechin mêle le banal à la tragédie grecque. Il fait de même dans le documentaire qui accompagne le film (dans le coffret Fnac uniquement). L'Aimée, c'est sa grande mère morte très jeune. Il en retrouve des portraits et des photos dans la maison familiale de Roubaix fouillée une dernière fois avant d'être vendue. Desplechin y rend vie aux morts et donne à l'absente des allures d'héroïne tragique. NP

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Julie Deliquet : le théâtre, hors caméra

Entretien | Alors qu’elle est en short-list pour succéder à Jean Bellorini à la tête du Théâtre Gérard-Philipe à Saint-Denis, la metteuse en scène Julie Deliquet prend le temps de revenir pour nous sur son adaptation théâtrale du magistral film d’Arnaud Desplechin, Un conte de Noël.

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

Julie Deliquet : le théâtre, hors caméra

Vous avez précédemment monté des textes de théâtre (Tchekhov, Brecht, Lagarce), un téléfilm de Bergman (Fanny et Alexandre à la Comédie Française), qu’est-ce qui vous a poussé à vous pencher sur le film d’Arnaud Desplechin ? Julie Deliquet : C’est parce que j’ai travaillé sur Fanny et Alexandre que j’ai eu cette idée. Cette pièce commence par un Noël et Un conte de Noël débute par un hommage à Fanny et Alexandre, avec un petit théâtre d’ombre. Ça m’a vraiment passionnée de travailler sur les différents supports de Fanny et Alexandre, car ça a effectivement d’abord été un scénario novellisé, puis un téléfilm en quatre épisodes, puis remonté en film. Et l’auteur, Ingmar Bergman, est un homme de théâtre. Je me suis interrogée sur l’émergence d’adaptations cinématographiques qui ont un peu envahi nos scènes ces dernières années et j’ai eu envie de poser la question à un réalisate

Continuer à lire

De l'écran aux planches

Adaptés du cinéma | Longtemps Shakespeare a fait les beaux jours d’Orson Welles et Elia Kazan fit un Tramway nommé désir plus fort que bien des adaptations scéniques. (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2020

De l'écran aux planches

Longtemps Shakespeare a fait les beaux jours d’Orson Welles et Elia Kazan fit un Tramway nommé désir plus fort que bien des adaptations scéniques. D’où vient que ces dernières années, la matière filmique — ou plus exactement scénaristique — se répand dans les salles de théâtre ? La puissance des films adaptés intrigue les metteurs en scène qui cherchent souvent un récit choral fort. Ainsi Julie Deliquet, après Fanny et Alexandre, a-t-elle sondé l’âme de la famille Vuillard qui n’a rien à envier aux héros shakespeariens. En ce mois de janvier, Maud Lefebvre qui a pour habitude de travailler des textes originaux avec le Collectif X, a adapté Une femme sous influence. « Ma pièce n’a rien à dire sur Cassavetes, disait-elle. Il ne s’agit pas de faire un discours sur son œuvre mais de l’interpréter comme on le fait d’une partition mus

Continuer à lire

Quatre pièces à réserver sans attendre

Théâtre | S’il ne fallait retenir que quatre spectacles à voir cette saison, ce serait ceux-là.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Quatre pièces à réserver sans attendre

Le plus tendre : Un conte de Noël C’est peut-être le plus grand film d’Arnaud Desplechin. Julie Deliquet qui avait déjà signé un triptyque intéressant, Des Années 70 à nos jours (trois pièces pour relier Brecht et Lagarce à la génération de ses parents) et une Mélancolie(s) plus convenue mêlant Ivanov et Les Trois sœurs. Entre temps, la Comédie Française l’a happé pour un Fanny et Alexandre acclamé. En bi-frontal, elle retrouve une partie de sa troupe In Vitro à laquelle s’ajoute l’excellent Lyonnais Thomas Rortais. De la joie de retrouver Abel, Junon et leurs enfants aussi tourmentés et cruels que fantasque et joviaux. Et l’écriture somptueuse et acide de Desplechin et Emmanuel Bourdieu. Création à la Comédie de Saint-Étienne en octobre puis… Au Radiant (programmation des Célestins et du Théâtre de la Croix-Rousse) du 5 au 9 février Le plus grinçant : Blanche-Neige, histoire d’un prince C’est parfois au hasard des montages de productions et des projets avortés qu’un spectacle marquant voit le jour. C’est le cas de cette Blanche-Ne

Continuer à lire

Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absent, mort

Continuer à lire