Very bad trip

ECRANS | De Todd Philips (ÉU, 1h30) avec Bradley Cooper, Ed Helms, Zach Galifianakis…

Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2009

Si le titre français (!) cherche la comparaison avec le déplaisant Very bad things, cette réjouissante comédie de Todd Philips est à rapprocher du mythique Eh mec, elle est où ma caisse ? Partis célébrer un enterrement de vie de garçon à Las Vegas, quatre Américains très moyens vont effectivement faire un mauvais trip et se réveiller sans aucun souvenir et surtout sans trace du futur marié. S'ensuivent des péripéties imprévisibles (donc à ne pas trop raconter) qui donnent lieu à des situations salaces et rocambolesques où les trois gugusses chercheront à remonter leur propre piste effacée à coups d'alcool et de drogues. La force du film tient d'abord à sa réunion d'acteurs épatants extirpés de la télé et projetés sur grand écran, répliques de personnages sans charme paumés dans un environnement hostile à force d'être rutilant. Verhoeven l'avait déjà montré dans Showgirls : on ne dénonce pas la vulgarité, on s'y vautre jusqu'à l'écœurement du spectateur. Au fil des séquences, c'est donc un portrait effarant de Vegas qui se dessine, où la frustration, la violence et la misère sexuelle sont poussées jusqu'à leur point limite par le double effet de la régression et de la transgression. D'un cours de taser donné à des gosses par des flics hilares, jusqu'à l'apparition de Mike Tyson chantant du Phil Collins, le film ose tout, assumant sa joyeuse connerie pour notre plus grand bonheur.

CC

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Ris amer : "Joker"

Le Film de la Semaine | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode rite initiatique sadique et parcours contre-résilient. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Ris amer :

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un

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"Gangsterdam" : very dumb trip

ECRANS | Pas facile de vivre pour les comédies françaises à l’époque de Judd Apatow, Seth Rogen ou Todd Phillips. En essayant vainement de les imiter tout en (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Pas facile de vivre pour les comédies françaises à l’époque de Judd Apatow, Seth Rogen ou Todd Phillips. En essayant vainement de les imiter tout en correspondant aux attentes nationales, elles ne font que perdre sur les deux tableaux. Gangsterdam répond bien à cette idée, narrant les aventures de Ruben, Durex et Nora, embarqués malgré eux dans un deal de drogue foireux, entre mafieux aux Pays-Bas. Il n’y a rien de plus triste que de voir un film tentant de ressembler à ce qu’il n’est pas et ne sera jamais. Voix off, blagues de pets et BO moderne passant de Tangerine Dream à Gucci Mane, Romain L

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"War Dogs" : Saddam et Gomorra

ECRANS | de Todd Phillips (E-U, 1h55) avec Miles Teller, Jonah Hill, Bradley Cooper…

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

Donc, l’administration Bush a permis à n’importe quel gugusse de répondre aux appels d’offres du Pentagone — afin que les plus gros marchés puissent aller aux copains sans qu’on les accuse de favoritisme — et deux magouilleurs ont profité de l’aubaine pour s’enrichir durant la guerre d’Irak, malgré les embargos… Bien sûr, c’est une histoire vraie ; et bien entendu, son adaptation taillée en pantalonnade permet aux protagonistes comme aux autorités d’en sortir à leur avantage. Todd Philips fait montre d’un cynisme très très modéré, hein : il préfère faire rire avec ce sujet pathétique, et prend à dessein une idole de la génération bizness ayant biberonné au Scarface de DePalma, Jonah Hill. Omniprésent depuis Le Loup de Wall Street, ce Melissa McCarthy masculin prompt à l’hystérie interprète ici le “cerveau” de l’escroquerie. Un type qui gesticule, boit, sniffe, dupe, débite plus de propos graveleux qu’un crew de rappeurs en studio d’enregistrement. Mais qui a empoché plein des liasses avec la bénédiction de Washington et pourra même recommencer d’ici moins de dix ans. Alors, si Phil

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American Sniper

ECRANS | En retraçant l’histoire de Chris Kyle, le sniper le plus redoutable de toute l’histoire américaine, Clint Eastwood signe un film de guerre implacable où la mise en scène, aussi spectaculaire qu'aride, crée une dialectique chère au cinéaste pour rendre la complexité de ce héros ambigu. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 février 2015

American Sniper

«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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The Place beyond the pines

ECRANS | Après "Blue valentine", Derek Cianfrance retrouve Ryan Gosling pour un ambitieux triptyque cherchant à ranimer la flamme d’un certain cinéma américain des années 70 tout en en pistant l’héritage dans l’indépendance contemporaine. Pas toujours à la hauteur, mais toutefois passionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

The Place beyond the pines

The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine, qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le "héros" de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chap

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Happiness therapy

ECRANS | Des personnages borderline dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu’en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’♥ Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy veut faire de cette bizarrerie généralisée la matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d’équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus

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Limitless

ECRANS | De Neil Burger (ÉU, 1h45) avec Bradley Cooper, Robert De Niro…

Dorotée Aznar | Jeudi 2 juin 2011

Limitless

Un écrivain raté découvre une drogue miraculeuse, capable de solliciter 100% de l’activité cérébrale, et, pour assouvir ses nouvelles et mystérieuses ambitions, devient un trader génial et charismatique – du moins tant qu’il n’est pas en manque. De ce high concept gentiment racoleur, Neil Burger et la scénariste Leslie Dixon tirent un film-univers à la Hyper tension, où la surenchère est de mise grâce à une réinvention constante des règles en vigueur. Aussi ludique que vulgaire, le traitement de cette histoire sidère par son amoralité soutenue – peu importe ce que fait le héros, l’important est qu’il se shoote à nouveau ! Dans le paysage de plus en plus normalisé des séries B américaines, Limitless offre une respiration inattendue, tout en tendant à l’industrie hollywoodienne le reflet déformé de son irresponsabilité. Oui, carrément. FC

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Date limite

ECRANS | De Todd Phillips (ÉU, 1h35) avec Robert Downey Jr, Zach Galifianakis…

Christophe Chabert | Lundi 8 novembre 2010

Date limite

À la fois buddy movie et road movie, "Date limite" est à "Very bad trip" ce que "Funny People" était aux précédents films de Judd Apatow : une variation douce-amère, moins drôle mais plus profonde. Peter, un architecte propre sur lui (Downey Jr, sobre, remarquable) et Ethan, un hurluberlu qui veut devenir acteur à Hollywood (Galifianakis, mélange détonnant de lourdeur et de subtilité) doivent tailler la route ensemble, entre coups de gueule et coups de blues. Détail qui donne tout son sens à cette rencontre de fiction : Peter va devenir père et Ethan promène les cendres du sien dans un paquet de café. Le scénario orchestre des variations autour de ce thème, certaines réussies (les deux gamins turbulents de Juliette Lewis), d’autres avortées (la sous-intrigue avec Jamie Foxx, à la conclusion expéditive). "Date limite" parvient, dans ses meilleurs moments, à faire vaciller la frontière entre le comique et le tragique : une engueulade avec un vétéran de l’Irak, une séquence où Ethan contourne ses piètres talents d’acteur en se laissant déborder par l’émotion… Sans oublier l’ambivalence de son attirance pour Peter : homosexualité ou solitude ? Todd Phillips laisse des points de susp

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L'Agence tous risques

ECRANS | De Joe Carnahan (ÉU, 1h53) avec Liam Neeson, Bradley Cooper, Jessica Biel…

Christophe Chabert | Jeudi 17 juin 2010

L'Agence tous risques

À l’image du récent Iron man 2, The A Team (le titre français, hérité des années 80 et de la série d’origine, paraît soudain bien ridicule…) est un blockbuster qui marque un retour aux fondamentaux du genre : de l’action, certes, mais aussi des neurones ; du numérique, d’accord, mais aussi des comédiens, du verbe, du concret. L’introduction relate en une petite dizaine de minutes déjà spectaculaires la formation de cette équipe de rangers à la complémentarité parfaite (des muscles, un cerveau, une belle gueule et un grain de folie), puis l’envoie en Irak dans un futur proche au moment où l’Amérique retire ses troupes. Chargée de récupérer une machine à faux billets volée par les Irakiens, elle se fait doubler par un autre commando, avant de signer un pacte avec un agent de la CIA qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un trader de wall street. Cette excellente entame scénaristique fait donc un grand pont entre le fiasco militaire et la déroute financière des États-Unis, cultivant un esprit anar où les institutions américaines sont ridiculisées au profit de la bande de mavericks rigolards en quête de rédemption. Carnahan n’a plus qu’à déplier avec un savoir-fa

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Gigantic

ECRANS | De Matt Aselton (ÉU, 1h37) avec Paul Dano, Zooey Deschanel…

Christophe Chabert | Lundi 21 décembre 2009

Gigantic

Sur le papier, "Gigantic" a tout du petit film sympathique, avec son charmant duo d’acteurs (Dano et Deschanel), son ton de comédie mélancolique, ses apartés bizarres… Mais, probablement par peur de raconter linéairement une histoire il est vrai conventionnelle (un vendeur de lits déprimé tente d’adopter un bébé chinois et tombe amoureux d’une fille à papa un peu artiste et un peu cinglée), Aselton laisse dériver son scénario au gré de fantaisies inexplicables, cherchant le détail absurde et le clin d’œil complice au détriment de l’élémentaire lisibilité de son récit. En gros, ça part dans tous les sens, notamment lors des apparitions de Zach Galifianakis (oui, celui de "Very bad trip") en SDF menaçant. Incarnation de l’esprit torturé du héros ? Ou vraie mauvaise conscience urbaine rôdant comme un spectre autour de ces petits-bourgeois avec des petits problèmes ? "Gigantic" ne prend pas la peine d’élucider la question, et on a le sentiment que tout cela n’a pas grande importance, dans un film qui confond légèreté et inconséquence. CC

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Midnight meat train

ECRANS | De Ryuhei Kitamura (ÉU, 1h25) avec Bradley Cooper, Vinnie Jones… (sortie en salles le 29 juillet)

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Midnight meat train

Cela fait un moment que ce film d’horreur, le premier réalisé par le potache inconséquent Kitamura, aux États-Unis, traîne dans les tiroirs. À sa vision, on comprend pourquoi. Du pitch de base inspiré d’une nouvelle de Clive Barker, le cinéaste ne fait rien, sinon tirer à la ligne. Un photographe en panne pense avoir découvert un serial killer qui officie dans le dernier métro, ce qui perturbe l’équilibre fragile de sa vie personnelle et révèle ses penchants les plus monstrueux. Alternant une scène de sitcom avec sa copine et une scène de meurtre (toujours la même), avant un petit twist macabre à la fin (ce qu’il y a de mieux dans le film, cela dit), Midnight meat train avance comme un vieux trolley. Reste la présence de Bradley Cooper, qui depuis a démontré son talent dans Very bad trip, film autrement plus provocant et subversif ! Christophe Chabert

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