Voir l'invisible

ECRANS | Une nouvelle édition pertinente du festival À nous de voir à Oullins, où le cinéma scientifique est aussi passionnant sur son versant cinéma que sur son versant science. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 novembre 2013

Photo : "Bestiaire" de Denis Côté


Qu'on se le dise : À nous de voir est un des meilleurs festivals de cinéma de l'agglomération. Il n'a qu'un seul inconvénient : il tombe en même temps qu'un autre des meilleurs festivals de cinéma de l'agglomération, celui du film court de Villeurbanne. Même si les deux jouent la complémentarité, dur pour le spectateur de se dédoubler afin de suivre l'un et l'autre, et c'est souvent à rebours que l'on constate les trésors qui sont montrés à Oullins.

L'an dernier, par exemple, le festival présentait en compétition le très beau Le Bonheur… terre promise de Laurent Hasse, qui a depuis connu un joli voyage dans les salles hors des circuits de diffusion traditionnels. Pour cette 27e édition, À nous de voir reste donc fidèle à son credo, celui du film scientifique, appréhendé tant dans sa dimension cinématographique que par sa manière d'aborder des sujets relevant des sciences dures comme des sciences humaines ou sociales. Fidélité à sa formule aussi : les films donnent lieu à des débats avec des intervenants, que ce soient les réalisateurs ou des spécialistes des questions soulevées.

Un trip à travers l'espace et le temps

Il y a donc, dans ce programme riche, une compétition et des grands thèmes illustrés par des films de tous genres et de tous formats, longs et courts-métrages, tournés pour le grand ou le petit écran, majoritairement des documentaires mais aussi quelques fictions et même un beau programme de films expérimentaux psychédéliques, où sera projeté notamment le mythique Invocation of my demon brother, trip visuel ultime de Kenneth Anger.

Il y a donc des films déjà connus, et souvent remarquables : on citera notamment Boxing gym, où le maître Frederick Wiseman va filmer une salle de boxe à Austin, Texas ; Être là, docu de Régis Sauder qui donne la parole aux femmes travaillant dans les services médicaux de la prison des Baumettes ; ou encore le trop peu vu Bestiaire du franc-tireur québécois Denis Côté, qui réinvente le documentaire animalier — genre éculé par trop de sous-produits commerciaux — avec un vrai regard d'auteur.

Il y a aussi, et surtout, des découvertes à faire : on pense notamment au prometteur The End of time de Peter Rettler, dont l'ambition est rien moins que saisir la nature pourtant indicible du temps, auquel devrait faire écho un 52 minutes de Cécile Denjean, Le Mystère de la matière noire, produit par le CNRS et qui cherche, lui, à donner corps à cette «matière noire» incorporelle. Ce sont de vraies belles questions de cinéma — voir l'invisible, saisir l'insaisissable — et la preuve de l'exigence esthétique et scientifique d'À nous de voir.

À nous de voir
Au Théâtre de la Renaissance d'Oullins, du 21 novembre au 1er décembre

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Rentrée cinéma : du côté des festivals

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Vincent Raymond | Mardi 1 septembre 2015

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Si le festival Lumière ouvre le bal des festivals de l’automne, une cohorte de rendez-vous se pressera dans son sillage, célébrant toutes les formes de cinéma. Ça va aller vite, autant être prévenu. Lumière s’achèvera en effet avec l’ouverture des vacances de la Toussaint… et donc le lancement du festival Les Toiles des Mômes dans les salles du GRAC (du 17 octobre au 1er novembre). Dédié au jeune public, complété par des animations, ce rendez-vous autrefois baptisé Toiles des Gones prend du galon en dépassant les frontières de la Métropole. Aux mêmes dates, Ciné Filou sillonnera les Monts du Lyonnais. Le cinéma Les 400 Coups de Villefranche accueillera ensuite la 20e édition de ses Rencontres du Cinéma Francophone (du 9 au 15 novembre) avec son lot d’avant-premières présentées par leurs auteurs, précédant le doyen des festivals de l’agglomération, l’incontournable 36e Festival du film Court de Villeurbanne au Zola (13 au 22 novembre). Plus discret, mais pas moins intéressant, Sol'enFilms programmera (dans les salles du GRAC à nou

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SCENES | Oubliez tout ce que vous savez du cirque. Le chapiteau coloré, les fauves aux manières de gros chatons, les acrobates aux corps élastiques, les clowns attifés (...)

Benjamin Mialot | Lundi 4 février 2013

Attention les vieux

Oubliez tout ce que vous savez du cirque. Le chapiteau coloré, les fauves aux manières de gros chatons, les acrobates aux corps élastiques, les clowns attifés comme des figurants d'une publicité pour lessive, tout ça, c'est bon pour un samedi soir chez Patrick Sébastien. Quand Les Encombrants font leur cirque, comme ils le feront vendredi 8 février au Théâtre de Vénissieux, c'est sur une piste aux étoiles improvisée dans une décharge, avec la complicité d'une mante religieuse équilibriste, d'une famille de boîtes de sardines passée maître dans l'art du trapèze volant ou d'une carcasse de cheval à la voix de stentor, et le résultat est anti-spectaculaire au possible. Il faut dire que les encombrants en question, marionnettes à taille humaine manipulées avec une dextérité et un sens du burlesque sans pareils par les membres du Théâtre La Licorne, sont des vieillards un peu séniles sur les bords et très arthritiques au milieu. Un handicap qu'ils compensent par une fantaisie de tous les instants, faisant de cette mise à jour du Bestiaire forain, dans lequel la metteur en scène Claire Dancoisne multipliait déjà les visions poétiques à base d'animaux bricolés et d'ai

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Les voyants passent au rouge

CONNAITRE | Toujours impeccable, la programmation du festival À nous de voir, consacré aux films scientifiques au sens très large du terme, affirme une ligne toujours plus politique année après année. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 16 novembre 2012

Les voyants passent au rouge

Il y a comme un marabout-bout de ficelle entre le festival du film court de Villeurbanne, À nous de voir et le tout neuf Mode d’emploi : certains films du premier se retrouvent dans la programmation du second, et certains sujets abordés du côté d’Oullins vont trouver un écho dans la manifestation organisée par la Villa Gillet. Si À nous de voir avait au départ l’ambition de mettre en lumière un genre (le film scientifique) dont on pouvait penser qu’il était un peu ingrat, la qualité de sa programmation, l’exigence dans le choix des intervenants et sa volonté de rebondir sur les questions les plus actuelles ont peu à peu posé ce rendez-vous comme un vaste forum de réflexion sur ce qui agite la société. On ne s’étonnera pas d’y trouver cette année la présence de Pierre Carles, infatigable pourfendeur des collusions entre le médiatique et le politique, avec son dernier brûlot autoproduit où il démontre que DSK et Hollande furent les candidats choisis par les médias dominants avant de l’être par les sondés, puis par les électeurs. La démarche de Carles n’a rien de scientifique ; c’est un pamphlétaire, un guerrier de l’image, un poil à gratter nécessaire dans une démo

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Christophe Chabert | Lundi 12 novembre 2012

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Alors que le mois du film documentaire bat son plein, deux festivals complémentaires y seront exclusivement consacrés durant les quinze jours à venir. Histoires vraies.doc au Ciné Duchère tire le premier, avec parmi les reprises proposées De mémoires d’ouvriers de Gilles Perret, sur la naissance de la classe ouvrière dans les Alpes ou encore le beau film de Safinez Bousbia sur El Gusto, ce groupe de papys du chaâbi algérois façon Buena Vista Social Club. La musique sera au cœur de cette édition avec Les Fils du vent, sur les héritiers de Django Reinhardt, Traviata et nous, ou comment Nathalie Dessay et Jean-François Sivadier se sont confrontés au monument de Verdi et enfin, en avant-première, un documentaire sur la rencontre entre les Pockemon Crew, troupe de danseurs hip-hop lyonnais et Emelthée, un chœur spécialisé dans la musique baroque et contemporaine. Du côté de Décines, Les Écrans du doc ouvrira sa troisième édition avec l’avant-première des Invisibles de Sébastien Lifschitz, témoignage d’une

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Être là

ECRANS | De Régis Sauder (Fr, 1h34) documentaire

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Le documentaire pénitentiaire, on a déjà donné, entre les reportages coups de poing TF1 et la TNT, reine de l'audience judiciaire crasse. Rodé mais toujours écœuré par ces plongées carcérales, on avait forcément un a priori sur Être là, docu d'auteur sur le personnel féminin des Baumettes à Marseille. Passé le dispositif un peu pesant (noir et blanc sous pression, surcadrages envahissants, monologue face caméra), cette rencontre avec les psychiatres, infirmières et autres ergothérapeutes dévoile beaucoup plus que des conditions de travail difficiles. Devant des détenus toujours hors champ, la caméra observe et écoute, à l'image de ces femmes. Tout est question ici de regard et de parole, de trouver la bonne distance et savoir désamorcer les conflits, gérer les états d'âme, panser au mieux les destins brisés. Le film de Régis Sauder s'adapte ainsi, pudique, livrant une vision humaine mais jamais compatissante. Un simple accompagnement, lucide, éclairant, depuis les enfers. Jérôme Dittmar

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Passé, présent, futur

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Dorotée Aznar | Jeudi 10 novembre 2011

Passé, présent, futur

Actu / Le Festival À nous de voir de Oullins a 25 ans. Un quart de siècle que cet événement consacré aux films scientifiques explore tous les domaines de son concept : sciences dures, mais aussi sciences sociales, sciences de la terre et de l’environnement… Pour cette édition anniversaire, À nous de voir récapitule avec panache cette ouverture maximale. D’abord en choisissant la réactivité face à l’actualité : l’Histoire en marche du côté des pays arabes sera doublement représentée au sein de sa sélection, avec Tahrir (place de la libération) de Stefano Savona et Fragments d’une révolution, montage de documents amateurs tournés pendant l’insurrection réprimée en Iran. Actualité encore avec un double programme consacré à la crise financière où seront projetés Les Coulisses de la crise d’Hervé Vacheresse et La Stratégie du choc de Michael Winterbottom. Actualité enfin avec la venue d’Ariane Doublet, une des grandes documentaristes françaises, qui présentera son dernier film, La Pluie et le beau temps, où elle évoque la mondialisation à travers la production du lin en France et son exploitation en Chine. Dans ce festival riche en proposi

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Laboratoires d’images

CONNAITRE | Festival / À nous de voir, le festival du film scientifique de Oullins, réconcilie cinéphiles et scientifiques autour d’une approche du documentaire comme œuvre d’auteur ouvert sur le monde. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 novembre 2010

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Les images de la guerre, la question du travail, les mutations urbaines… Les thèmes du 24e festival À nous de voir ne dépareilleraient pas au milieu d’un grand forum d’actualité façon Libé. Mais non ; la manifestation reste fidèle à son projet initial : expliquer la science à travers le regard des cinéastes, qu’ils soient documentaristes, cinéastes de fiction, ou qu’ils aillent au gré de leur carrière de l’un à l’autre. C’est le cas cette année de trois personnalités importantes : Sergey Loznitsa, dont le premier film de fiction, "My joy", sort justement cette semaine sur les écrans. À Oullins, on pourra découvrir un de ces documentaires, "Blockade", qui retrace à travers un montage d’archives resonorisées le siège de Saint-Petersbourg pendant la Deuxième Guerre mondiale ; René Vauthier, auteur du film référence sur la guerre d’Algérie, "Avoir vingt ans dans les Aurès". Un cinéaste engagé et infatigable, victime de la censure, dont le festival présentera un court métrage de 1971, mais aussi un documentaire sur son travail, "Algérie, images d’un combat", signé Jérôme Laffont ; enfin, José Luis Guerin, cinéaste barcelonais qui s’était fait connaître avec le beau "Innisfree", où il re

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Viens voir les physiciens…

ECRANS | Festival / À nous de voir, le festival du film scientifique de Oullins, propose une nouvelle édition avec des films toujours aussi étonnants, des questions très actuelles et une pincée de divertissement. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 novembre 2009

Viens voir les physiciens…

La place particulière que tient dans le paysage des événements cinématographiques lyonnais le festival À nous de voir tient à son thème : le film scientifique. D’où question : qui es-tu, le film scientifique ? Certainement pas un machin bricolé avec le caméscope de mamie dans un labo par un chercheur en physique quantique ou le délire d’un geek fabriquant, tel Woody Harrelson dans l’épouvantable 2012, des vidéos animées expliquant que la fin du monde est pour demain… À nous de voir propose à l’inverse des films scientifiques qui sont avant tout des œuvres d’auteur et de recherche au sens cinématographique autant que scientifique du terme. C’est leur réunion en thématiques qui finit par poser des questions globales et actuelles sur le monde dans lequel nous vivons. Pour son édition 2009, le festival présente ainsi un triptyque opportun et éloquent autour d’Internet. Le web 2.0 et son utopie participative sont ainsi interrogés dans leurs possibles politiques (La Campagne du net, sur son efficacité démocratique), via l’explosion des blogs (Twenty show, où des jeunes racontent leur rapport à cet outil banalisant la fiction de soi) et, plus étonnant, l’apparition du web-documentaire int

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Scientiflicks !

ECRANS | À nous de voir, le festival Science et cinéma d’Oullins, propose pour la 22e année un étonnant panorama de questions scientifiques qui traversent la société, illustrées par des films à la qualité revendiquée et aux problématiques souvent pertinentes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 13 novembre 2008

Scientiflicks !

Quoi de commun entre la maladie d’Alzheimer, l’analyse d’une toile de maître, le quotidien d’un chirurgien au bloc opératoire ou la diminution de la fécondité masculine dans les espèces animales ? Ce sont tous des sujets abordés par un des films présentés au cours de la 22e édition d’À nous de voir. Cela devrait suffire à convaincre de l’approche extrêmement large et variée que le festival a de la science : sciences dures, sciences humaines, sciences sociales et même science de l’art. «Ça fait très longtemps qu’on cherche à être sur toutes les sciences» confirme Pascale Bazin, déléguée générale de la manifestation. «Sachant que le festival pose aussi la question de comment la science affecte notre environnement et en quoi elle concerne en priorité l’individu». Autrement dit : pas de déconnexion entre le quotidien et les œuvres présentées, mais une authentique interaction qui se traduit par la formule adoptée pour «montrer» les films : chaque projection est suivie d’un débat avec un intervenant, qu’il soit cinéaste, chercheur, scientifique ou, plus inattendu, game designer ou infirmière ! Les films plutôt que les sujetsAinsi, l’ambition du festival a toujours été d’établ

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Cinéma in vitro

ECRANS | Festival / Pour la 20e année, le festival À nous de voir à Oullins cherche à abattre les clichés sur le cinéma scientifique, en ouvrant grand les vannes de ses (...)

| Mercredi 29 novembre 2006

Cinéma in vitro

Festival / Pour la 20e année, le festival À nous de voir à Oullins cherche à abattre les clichés sur le cinéma scientifique, en ouvrant grand les vannes de ses sélections sur des questions de société, accueillant des documentaires dont les sujets et la forme garantissent à la manifestation un caractère populaire et présentant l'ensemble avec un souci constant de pédagogie (chaque séance est précédée d'une conférence ou d'un débat). Deux grands cinéastes ont cette année les honneurs du festival : Frederic Wiseman et Gérard Mordillat. Wiseman, c'est un peu le Depardon américain. On connaît ses grandes enquêtes documentaires sur les institutions que sont Welfare et Public Housing, moins ses films consacrés aux comportements des animaux ; c'est cet aspect de son œuvre qui sera discuté à Oullins, avec une conférence et un film, Primate. Quant à Gérard Mordillat, après une carrière en demi-teintes comme réalisateur de fictions, c'est bel et bien le documentaire (et sa rencontre avec Jérôme Prieur) qui lui offrit un second souffle : un film sur Antonin Arthaud, et une longue enquête historico-scientifique sur le Christ, Corpus Christi, présentée cette année. Pour ce qui est des thèmes ret

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Images sans équations

CONNAITRE | Festival / Avec une constance remarquable, À nous de voir, festival du film scientifique de Oullins, propose chaque année une programmation passionnante et pas aussi ardue que son thème pourrait le laisser croire. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 novembre 2007

Images sans équations

Avec À nous de voir, c'est chaque année la même histoire. Il faut faire tomber les préjugés : un festival de films scientifiques ? À Oullins, en plus ? Sur le papier, ça fait forcément un peu peur... Mais voilà, le festival aime autant le cinéma que les leçons scientifiques, et le "thème" des films présentés, même s'il offre ensuite la matière à un débat avec des invités "spécialisés", n'interdit pas de le déborder par une approche d'auteur. Prenons un des programmes les plus stimulants de cette édition... Consacré à l'autisme, il se divise en trois parties : un documentaire de cinquante deux minutes signé Adrien Rivollier traitant de la musicothérapie comme approche communicative pour les enfants autistes (Les Notes au-delà des maux), puis le portrait intime que Sandrine Bonnaire a réalisé sur sa sœur malade (Elle s'appelle Sabine) et finalement une rencontre avec un écrivain (Jacqueline Berger) et un médecin (Anne Visdomine)... De l'objectif de la caméra à l'objectivité du regard scientifique, en passant par la subjectivité du drame personnel, ce programme dessine un cercle parfait qui montre que les regards peuvent se croiser et s'enrichir. Le quotidien extraordinaire

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