The Two Faces of January

ECRANS | D’Hossein Amini (EU-Ang-Fr, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst, Oscar Isaac…

Christophe Chabert | Mardi 17 juin 2014

Dans les années 60 en Grèce, un petit arnaqueur américain officie comme guide touristique et se rapproche d'un couple bien sous tous rapports, lui très riche, elle très belle. Sauf que le mari est en fait un escroc recherché, cachant à sa femme la réalité de ses activités et embringuant le guide dans un jeu dangereux. Tiré d'un roman de Patricia Highsmith, The Two Faces of January prolonge le travail entrepris par feu-Anthony Minghella sur Le Talentueux Monsieur Ripley, à qui Hossein Amini, scénariste de Drive — ce qui est à la fois un bon et un mauvais présage, la valeur du film tenant surtout à la mise en scène de Winding Refn — reprend une évidente volonté de classicisme.

De fait, The Two Faces of January tente de retrouver l'atmosphère des polars exotiques à l'ancienne, mais ne dépasse pas, dans sa mise en scène, le niveau d'un joli catalogue d'images glacées et racées, lissant tout le trouble de l'intrigue et réduisant les personnages à des stéréotypes sans épaisseur. Cette aseptisation touche particulièrement le jeu d'ordinaire fiévreux de Mortensen ; il se contente ici d'apporter son aura, mais on ne retrouve jamais ce plaisir de la composition qui fait sa réputation. Comme lui, le film n'arrive jamais à percer sa surface pour explorer des zones plus sombres et sulfureuses, suivant avec application un scénario habile dans une pure logique d'illustration.

Christophe Chabert


The Two Faces of January

De Hossein Amini (ÉU, Fr-GB, 1h37) avec Viggo Mortensen, Kirsten Dunst... 1962. Un couple d’américains très élégants, le charismatique Chester MacFarland et sa jeune épouse Colette viennent d’arriver à Athènes. A l’Acropole ils font la rencontre de Rydal, un jeune guide touristique, américain mais parlant grec, arnaqueur de touristes à l’occasion.
Pathé Vaise 43 rue des Docks Lyon 9e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Falling | Le comédien aux mille talents vient de signer son premier long-métrage en tant que cinéaste, qu’il a présenté en première française durant le Festival Lumière à Lyon. Une histoire de famille où l’attachement et l’oubli se livrent un duel sans ménagement. Rencontre.

Vincent Raymond | Mercredi 4 novembre 2020

Viggo Mortensen passe derrière la caméra, on en a parlé avec lui pendant le Festival Lumière

Comment se fait-il que ce soit cette histoire en particulier que vous ayez racontée pour votre premier film — car vous avez écrit plusieurs scénarios avant de réaliser Falling ? Viggo Mortensen : Je suppose que je voulais me souvenir de mes parents — de ma mère, pour commencer —, pour le meilleur et pour le pire comme tout le monde. Même si c’est devenu une histoire père/fils, l’inconscient de leur combat repose sur une différence d’opinion autour de leurs souvenir de leur femme et mère. Elle reste, à mon avis, le centre moral de l’histoire. Et c’est très important pour moi le casting de la mère, Gwen. Hannah Gross était parfaite, géniale : même si elle n’est pas là tout le temps, elle est là. Mais la raison pour laquelle j’ai fait mes débuts comme réalisateur et scénariste avec cette histoire, c’est parce que j’ai trouvé l’argent (sourire). J’avais essayé plusieurs fois, il y a 23-24 ans, avec un autre scénario, au Danemark, j’avais 20-30% du budget, mais pas davantage. Au bout du compte, je pense que c’était mieux que j’attende,

Continuer à lire

Viggo Mortensen : « c’est le boulot de chaque génération de lutter contre la discrimination »

Green Book : sur les routes du sud | Poète, peintre, photographe, polyglotte, supporter du San Lorenzo de Almagro, Viggo Mortensen est aussi un comédien rare, réservant ses participations à des films porteurs de fortes valeurs artistiques et/ou humaines. Conversation, en français dans le texte.

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Viggo Mortensen : « c’est le boulot de chaque génération de lutter contre la discrimination »

Connaissiez-vous avant de tourner ce film l’existence du Green Book, ce “guide“ recensant tous les lieux spécifiquement destinés aux voyageurs de couleur dans les États ségrégationnistes ? Et Don Shirley ? Viggo Mortensen : Je ne l’avais pas lu avant de commencer la préparation du personnage, mais j’avais un livre pour les enfants, Ruth and the Green Book, racontant l’histoire d’une petite fille de Chicago qui voyage pendant les années 1950 avec ses parents au sud en Alabama, je crois, et qui voit que ses parents lisent ce livre. Elle ne comprend pas pourquoi ils ne peuvent pas rester ici ou là. C’est intéressant parce que cela raconte l’humiliation quotidienne. Quant à Don Shirley, je ne connaissais que deux chansons, dont Water Boy, mais pas sa vie. Il me fait un peu penser à Zora Neale Hurston, une écrivaine très talentueuse des années 1930-1940, oubliée jusqu’aux années 1990. Mais grâce à Alice Walker et d’autres qui ont parlé et écrit sur elle et ses œuvres comme Their Eyes Were Watching God, son travail est depuis reconnu. J’espère que Don Shirley va être reconnu grâce à Gre

Continuer à lire

Mister Shirley et son chauffeur : "Green Book : Sur les routes du sud"

Biopic | Un dur à cuire devient le garde du corps d’un pianiste noir gay en tournée dans les états du Sud d’avant les droits civiques. Version alternative de Ebony and Ivory, cette traversée de l’Amérique profonde (et saignante) rappelle qu’on ne saurait compter sans Viggo Mortensen.

Vincent Raymond | Mardi 22 janvier 2019

Mister Shirley et son chauffeur :

New York, 1962. Videur temporairement au chômage, l’Italo-américain Tony Lip est recruté comme chauffeur par le Dr Shirley, un pianiste noir homosexuel sur le point d’entreprendre une tournée dans le Sud ségrégationniste. Tony s’avère en effet idéal pour “régler“ tout type de problème… Ayons d’entrée une pensée pour Peter Farelly qui risque de subir ce que dégustent tous les interprètes de comédie opérant la bascule vers un registre dramatique — transmutation connue en France sous le nom de “syndrome Tchao Pantin“ — : l’étonnement émerveillé le disputera à l’incrédulité. Gageons même qu’une poignée de sots et sottes ira jusqu’à évoquer un hypothétique besoin de respectabilité du cinéaste, une quelconque (œuvre de) maturité, entre autres fadaises, renvoyant comme d’habitude ses précédentes œuvres à une sous-culture indigne. Alors qu’elles participent, par la charge, de l’étude sociologique de l’Amérique contemporaine — y compris le trop mésestimé My Movie Project (2013), auquel le temps rendra justice. Voyage dans le temps

Continuer à lire

"Captain Fantastic" : à qui “père”, gagne

ECRANS | de Matt Ross (E-U, 1h58) avec Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Un père de famille survivaliste radical se résigne à quitter sa forêt avec ses six enfants pour assister aux obsèques de son épouse — leur mère. En découle une confrontation initiatique avec la prétendue “civilisation”, ainsi que les proches de la défunte, hostiles à son choix d’existence… La présence de Viggo Mortensen au générique aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : Captain Fantastic tranche avec ces faux films indé fabriqués par les studios dégueulant de mièvrerie et d’archétypes middle-class — telle l’escroquerie aux bons sentiments Little Miss Sunshine, pour ne pas la citer. Le doute subsiste pourtant lorsque la petite famille abandonne son cocon über-rousseauiste pour embarquer à bord de Steve, le car post-hippie : la succession de sketches montrant à quel point les (magnifiques) enfants super-éduqués valent bien mieux que tous les dégénérés rencontrés au fil du chemin, se révèle en effet un peu longuette. On croit ensuite deviner une issue réglée comme du papier à musique de feu de camp. Mais l’histoire, dans un soubresaut étonnant, offre aux personnages un dénouement si éloigné des

Continuer à lire

Ex_Machina

ECRANS | Pour son premier film derrière la caméra, l’ex-scénariste de Danny Boyle Alex Garland s’aventure dans la SF autour du thème de l’intelligence artificielle, dont il livre une variation qui peine à trouver sa forme, entre didactisme dialogué et sidération visuelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 juin 2015

Ex_Machina

Imitation Game a popularisé la figure d’Alan Turing auprès du grand public ; sans le succès du film, il est peu probable que les spectateurs comprennent spontanément à quoi Alex Garland fait référence dans Ex_Machina. On y voit un informaticien remporter, lors d’un prologue expéditif, une sorte de loterie interne à son entreprise pour aller passer un séjour auprès de son patron dans sa somptueuse villa isolée du reste du monde. Assez vite, il se rend compte que loin d’être des vacances, il s’agit encore et toujours de travail — n’y voyez pas là une quelconque critique sociale, nous sommes dans le futur. En l’occurrence, faire passer un test de Turing à une androïde sexy dotée d’une intelligence artificielle, histoire de voir si celle-ci prend conscience de son caractère robotique ou si elle persiste à se considérer comme humaine — auquel cas, le test est réussi. Ex_Machina devient alors un long développement autour de la scène inaugurale de Blade Runner, le réplicant moustachu étant remplacé par une bimbo diaphane au corps inachevé, laissant appa

Continuer à lire

Jauja

ECRANS | De Lisandro Alonso (Arg-Dan-Fr, 1h50) avec Viggo Mortensen, Ghita Norby…

Christophe Chabert | Mardi 21 avril 2015

Jauja

Sur le papier, Jauja avait de quoi se mesurer au mythique Aguirre de Werner Herzog : la Patagonie remplace l’Amazonie, mais y circule la même folie apportée par des conquistadors avides de conquérir un désert en y massacrant ses populations autochtones. Mais là où Herzog cherchait le trip psychédélique sous acide, Lisandro Alonso, fidèle à son cinéma, choisit plutôt le rêve sous valium. Ne lésinant pas sur les coquetteries stylistiques — un écran 4/3 aux bords arrondis comme un vieux diaporama — et laissant durer jusqu’à l’épuisement ses plans, il fait littéralement pédaler son film dans le vide pour le ravissement ébahi des critiques français — cf. les réactions hystériques à Cannes. Le plus curieux, c’est de constater à quel point Alonso se contrefout de ce qu’il met dans ses cadres ; ce qui l’intéresse, c’est uniquement le discours qu’on pourra y apposer, dans un réflexe pas très éloigné de certains artistes contemporains. Rien ne le démontre mieux que la présence, irréelle, de Viggo Mortensen en capitaine danois traversant le désert pour retrouver sa fille, qu’il a tentée de protéger des dangers alentours mais aussi de son pro

Continuer à lire

Loin des hommes

ECRANS | Adapté d’Albert Camus, le deuxième film de David Oelhoffen plonge un Viggo Mortensen francophone dans les premiers feux de la guerre d’Algérie, pour une œuvre classique et humaniste dans le meilleur sens du terme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Loin des hommes

Il serait regrettable de faire à David Oelhoffen, dont on avait déjà apprécié le premier film, le polar Nos retrouvailles, un faux procès déjà à l’origine du rejet de The Search : voilà un réalisateur qui ose transporter le cinéma français ailleurs, via le genre ou grâce à un voyage plus littéral hors de nos frontières. Quoique, à l’époque où se déroule Loin des hommes (1954), l’Algérie est encore un territoire français, et c’est justement sur les premières fissures de la guerre d’indépendance que se bâtit le récit. Mais, là aussi, tout est affaire de dépaysement : l’instituteur Daru est une forme d’apatride, enseignant le français à des enfants algériens, mais dont les origines sont à chercher du côté de la Catalogne. Grande idée de David Oelhoffen : confier le rôle à Viggo Mortensen, lui-même sorte "d’acteur du monde" comme on le dit de certains citoyens, qui l’interprète avec son charisme habituel en mélangeant le français et l’

Continuer à lire

A Most Violent Year

ECRANS | J. C. Chandor explore à nouveau les flux du capitalisme américain en montrant l’ascension d’un self made man dans le New York violent et corrompu de 1981. Un thriller glacial, élégant et cérébral qui confirme son auteur comme la révélation américaine des années 2010. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

A Most Violent Year

La chute d’une banque et de ses employés lors de la crise financière de 2008 ; un marin solitaire en perdition sur l’océan ; un entrepreneur cherchant à faire fructifier son business malgré une violence omniprésente et la pression des juges et de ses concurrents. Quoi de commun entre Margin Call, All Is Lost et A Most Violent Year, les trois premiers films (en trois ans !) de J. C. Chandor ? Une affaire de flux et de cap, de tempêtes et d’éthique, de systèmes déréglés et d’humanité en péril. Le protagoniste de A Most Violent Year, Abel Morales, aime les lignes droites. On le découvre longeant les quais de New York pour son footing quotidien, dans un travelling latéral qui vaut résumé de son caractère. Il ne cessera de le répéter : toute sa vie, il a suivi «le droit chemin». Cet entrepreneur ambitieux, qui a fait de la distribution du pétrole son fonds de commerce, est sur le point de gravir un échelon en rachetant des entrepôts au b

Continuer à lire

Inside Llewyn Davis

ECRANS | Nouvelle merveille des frères Coen, l’odyssée d’un chanteur folk raté des années 60 qui effectue une révolution sur lui-même à défaut de participer à celle de son courant musical. Triste, drôle, immense… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 30 octobre 2013

Inside Llewyn Davis

Les dernières répliques de Burn after reading valent définitivement comme maxime du cinéma des frères Coen. Llewyn Davis, leur dernier anti-héros, n’échappe pas à cette loi : au terme d’un cycle narratif étourdissant, il n’a rien appris, sinon qu’il ne le refera pas — mais cet éternel retour laisse entendre qu’en fait si, il se fourvoiera dans la même impasse sombre… Llewyn Davis n’est pas un mauvais chanteur folk : les Coen le prouvent en le laissant interpréter en ouverture un de ses morceaux dans son intégralité, et c’est effectivement très beau. Mais le talent ne garantit pas le succès et Llewyn collectionne surtout les déconvenues. Ses disques ne se vendent pas, son manager le fait tourner en bourrique — scène admirablement écrite où la surdité du vieux grigou devient paravent à sa pingrerie — il met enceinte la copine d’un autre chanteur, qui lui répète en boucle son statut de loser. Et il n’est même pas foutu de veiller sur le chat de ses hôtes, fil rouge d’un premier acte d’une

Continuer à lire

Bachelorette

ECRANS | de Leslye Headland (ÉU, 1h27) avec Kirsten Dunst, Isla Fisher, Lizzy Caplan…

Jerôme Dittmar | Samedi 13 octobre 2012

Bachelorette

Le féminisme trash et décomplexé est-il l'avenir de l'homme ? À en croire la voie empruntée par Bachelorette, version sale et méchante de Mes meilleures amies, toutes les conditions à son avènement sont prêtes. Adaptation perso de sa propre pièce, le film de Leslye Headland prouve une fois encore que la prétention à l'intelligence par la vulgarité est pire que tout. Folle nuit de trois demoiselles d'honneur invitées au mariage de leur copine de fac obèse (c'est le film qui souligne), ce Very Bad Trip au leitmotiv étourdissant (réparer la robe de la mariée, ruinée après un excès de coke) se voudrait manier esprit punk et cynisme avec l'air de dire que la franchise le mérite bien. L'illusion ne tient pas deux secondes : la complaisance dans un immoralisme crétin comme nouveau gynécée irrévérencieux de la comédie romantique offre des perspectives assez effrayantes au genre. Si la femme s'imagine échapper à son éternel second rôle en jouant les badass soulardes et fières de l'être, on est mal barré.

Continuer à lire

A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung

Continuer à lire

Melancholia

ECRANS | Versant apaisé du diptyque qu’il forme avec le torturé "Antichrist", "Melancholia" poursuit le travail psychanalytique mené par Lars Von Trier sur la dépression et le chaos, et prouve que ses concepts ne tiennent plus vraiment leurs promesses. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 juillet 2011

Melancholia

Il est risqué de débuter un film par sa bande-annonce, l’exposé visuel d’un programme que les 120 minutes suivantes développeront à l’écran. D’autant plus risqué si ce film dans le film est d’une splendeur époustouflante, si chaque image y imprime durablement la rétine. Lars Von Trier avait déjà ouvert son précédent Antichrist, jumeau noir de ce Melancholia apaisé, par une séquence du même ordre, mais elle n’était qu’un prologue, lançant plus qu’elle ne l’anticipait le récit à venir. Dans Melancholia, tout est dit avec ces dix minutes sublimes : l’imminence de la fin du monde, qui se matérialise aussi bien par des visions cosmiques que par des focus sur une mariée flottant au-dessus d’un marais de nénuphars, connectée par des éclairs à d’autres planètes, s’arrachant à des racines qui la retiennent au sol… Après un si beau morceau de bravoure, l’excitation est de mise, mais Von Trier va vite doucher le spectateur : de tous ces tableaux fulgurants, il faut trier ce qui relève de la métaphore et ce que le cinéaste traitera dans sa littéralité. La mariée était en flammes Justine (Kirsten Dunst, pas mal)

Continuer à lire

La Route

ECRANS | John Hillcoat réussit une transposition fidèle, mais pas forcément payante, du roman de Cormac MacCarthy : une parabole épurée sur la transmission. CC

Christophe Chabert | Jeudi 26 novembre 2009

La Route

Ceux, nombreux, qui ont lu La Route de Cormac MacCarthy et ceux, à peu près aussi nombreux, qui l’ont aimé, attendaient avec impatience son adaptation à l’écran. Qu’on les rassure : les choses ont été faites dans les règles. Un cinéaste australien talentueux derrière la caméra (John Hillcoat auteur de Ghosts of the civil dead et du formidable western The Proposition), le grand Viggo Mortensen dans le rôle principal, Nick Cave et à la musique… De fait, La Route est un film impressionnant formellement, qui fait naître la mélancolie en filmant des corps perdus dans des décors dépouillés, et saisit des instants de terreur pure que le livre ne faisait que suggérer. C’est le cas de la scène de la cave, où Hillcoat filme des êtres nus et décharnés s’extirpant de la pénombre tels des rescapés des camps. Si l’on s’en tient là, La Route mérite tous les éloges. Le dernier homme sur la route Mais il y a le bouquin de MacCarthy, et cette foutue question de la fidélité. Le récit est aussi simple qu’une parabole biblique : après l’apocalypse, un père et son fils prennent la route pour se rendre au

Continuer à lire

Appaloosa

ECRANS | de et avec Ed Harris (ÉU, 1h55) avec Viggo Mortensen, Renée Zellweger...

Dorotée Aznar | Jeudi 9 octobre 2008

Appaloosa

Sous le climat rugueux d'un Far West flattant doucettement ses images d'Épinal, Virgil Cole et son adjoint Everett Hitch jouent les redresseurs de torts itinérants et a priori sans attaches. Appelés à la rescousse par les notables de la ville d'Appaloosa, les justiciers vont se confronter à Randall Bragg, salopard surfant sans vergogne sur l'avidité d'un pays en pleine préfiguration économique. En sus, ils vont devoir composer avec l'arrivée d'une sémillante veuve un peu trop esseulée... Difficile (impossible ?) de passer après le décrassage esthétique, viscéral, politique et moral opéré sur la charogne du western par toute l'équipe de la série Deadwood. Ed Harris s'acquitte très honorablement de la gageure en marchant peu ou prou dans les pas du James Mangold de 3h10 pour Yuma, à travers une mise en scène sèche, refusant tout spectaculaire, dans une ambiance crépusculaire où les hommes économisent autant leurs paroles que leurs balles. Ce qui intéresse le réalisateur/scénariste dans son adaptation du livre de Robert B. Parker, c'est plutôt l'auscultation de la pureté idéalisée de la relation entre Virgil et Everett, les confrontations de leur système de valeur, où la justice va da

Continuer à lire

Vigoureux Viggo

ECRANS | Portrait / "Les Promesses de l'ombre", deuxième chapitre d'une collaboration fructueuse entre Cronenberg et le génial Viggo Mortensen. CC

Christophe Chabert | Mercredi 14 novembre 2007

Vigoureux Viggo

Pour beaucoup, il n'a de passé que celui du Roi Aragorn dans Le Seigneur des anneaux, la trilogie de Peter Jackson. Pourtant, Viggo Mortensen a vingt ans de carrière au cinéma derrière lui ; première apparition aux côtés d'Harrison Ford dans le film de Peter Weir Witness. Figure marquante dans le premier film de Sean Penn, Indian Runner, en frère alcoolique, violent et probablement cinglé d'un flic ordinaire quelque part dans un Nebraska "à la Springsteen". Grosse sensation aussi dans L'Enfant miroir de Philip Ridley, où il incarnait un père soupçonné de pédophilie qui se suicidait en s'immolant par le feu. Des rôles forts, physiques, qui pourtant tardent à trouver un écho chez des cinéastes importants ou dans des œuvres susceptibles de fédérer les spectateurs. L'arrivée du Roi C'est donc Jackson qui l'impose, comme une partie du casting, pour l'autre rôle central du Seigneur des Anneaux. À l'écran, Mortensen-Aragorn fait figure d'évidence, au point que l'on ait pu craindre qu'il se retrouve figé dans ce personnage mythique, comme avant lui Mark Hamill-Luke Skywalker. Son choix a été le bon : non pas se précipiter sur un projet d'ampleur pharaonique (en fait si, puisqu'il a joué

Continuer à lire