Un best of Bresson par Jean Douchet

ECRANS | Quatre films du grand Robert Bresson à l'Institut Lumière les 10 et 11 avril, présentés par le vénérable Jean Douchet

Christophe Chabert | Mardi 7 avril 2015

On mesure souvent l'importance d'un cinéaste au nombre de ses congénères qui se sont revendiqués de lui ; dans le cas de Robert Bresson, la liste semble ne jamais pouvoir être close, le "bressonisme" étant devenu un des écueils du cinéma d'auteur mondial. Certes, il a connu des mutations — en Autriche du côté d'Haneke, en Finlande avec Kaurismaki… — qui ont elles-mêmes donné naissance à une troisième génération de cinéastes bressoniens, encore plus affranchis des dogmes du maître. Mais comme dans l'histoire de l'art hegelienne, le canon bressonien est en constante évolution vers une synthèse encore à venir…

En attendant, l'Institut Lumière et le vénérable Jean Douchet proposent de revenir aux sources de Bresson avec un week-end et quatre films. Pas de risque : plutôt que de s'aventurer vers les discutables Le Diable probablement ou L'Argent, ce sont bien les quatre classiques du cinéaste qui seront montrés aux spectateurs : Pickpocket, Le Procès de Jeanne d'Arc, Mouchette et Un condamné à mort s'est échappé.

Quatre films majeurs et foudroyants qui mettent aussi à mal certaines idées reçues concernant Bresson : si l'austérité de sa mise en scène, avec son objectif unique — le plus proche de la vision humaine — et ses acteurs poussés vers une diction blanche et atonale n'est pas une légende, ces quatre films n'ont rien de cérébral pour autant. Dans Pickpocket, l'action a autant d'importance que les dialogues, tout comme les silences étaient plus puissants que les rares paroles dans Un condamné à mort s'est échappé. Et il est quasi impossible de ne pas avoir la gorge nouée lors du dernier plan de Mouchette, peut-être le plus beau filmé par Bresson.

C'est souvent ce qui manque à ses nombreux épigones : même lestée de discours ou de spiritualité, chez lui, l'image — et sa puissance expressive — prime sur tout le reste. Son "cinématographe" est, même s'il devait abhorrer le terme, aussi un spectacle.

Christophe Chabert

Week-end Robert Bresson présenté par Jean Douchet
À l'Institut Lumière vendredi 10 et samedi 11 avril


Un condamné à mort s'est échappé

De Robert Bresson (1956, Fr, 1h39) avec François Leterrier, Charles Le Clainche...

De Robert Bresson (1956, Fr, 1h39) avec François Leterrier, Charles Le Clainche...

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Conduit en 1943 au fort de Montluc pour y être exécuté par les Allemands, le lieutenant Fontaine parvient à s'échapper en compagnie d'un autre prisonnier, Jost.


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Forman only

Combien de cinéphiles placeraient Milos Forman dans le peloton de tête de leurs cinéastes préférés ? Pas beaucoup, assurément… En revanche, il n’est pas rare de trouver ses films dans le panthéon personnel des spectateurs : Vol au-dessus d’un nid de coucou et Amadeus en premier, mais Man on the moon et son adaptation de Hair pas loin derrière. De fait, il y a plusieurs périodes chez Milos Forman, et comme le cinéaste n’y développe jamais d’effets de signature spectaculaires, il est parfois difficile de les faire dialoguer entre eux. Ses premiers pas se font dans son pays d’origine, avec le développement de la nouvelle vague tchèque. Les Amours d’une blonde (1965) montre une petite ville où il y a «16 femmes pour un homme», toutes ouvrières dans une usine de textiles. Lorsqu’une garnison militaire s’installe dans la bourgade, le contremaître voit l’occasion de satisfaire le désir contrarié de ses jeunes employées. Mais ce sont en fait des «vieux» plantons qui arrivent. Le film est raconté, avec une grande liberté de ton et des incartades érotiques défiant la censure de l’époque, du point de vue de la plus jolie des ouvrières, naïve et finalement abusée par un pianiste de bar vivant

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