La Isla Minima

ECRANS | Deux flics enquêtent sur des assassinats de femmes dans une région marécageuse et isolée, loin des soubresauts d’un pays en pleine transition démocratique. En mélangeant thriller prenant et réflexion historique, Alberto Rodríguez réalise avec maestria un "True Detective" espagnol. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 juillet 2015

Photo : © Julio Vergne


Au tout début des années 1980, l'Espagne continue sa transition entre la dictature franquiste et la monarchie républicaine. Les échos de cette mutation ne parviennent que lentement vers une région reculée de l'Andalousie cernée par les marais, où les habitants ont définitivement renoncé à mettre leurs pendules à l'heure. Pourtant, l'assassinat de deux jeunes filles lors des fêtes annuelles va conduire deux flics venus de Madrid à débarquer dans cette communauté fermée et discrète pour faire surgir la vérité et lever les hypocrisies morales.

Alberto Rodríguez, cinéaste jusqu'ici plutôt mineur au sein de la nouvelle génération espagnole, parvient très vite à lier ensemble son thriller et le contexte politique dans lequel il l'inscrit. Et ce grâce à la personnalité de ses deux enquêteurs : l'un, Juan, obsédé par la résolution de l'affaire, représente la nouvelle Espagne qui se met en place lentement et tente de remplacer les méthodes expéditives des milices franquistes ; l'autre, Pedro, a plus de mal à oublier ses vieux réflexes et y voit surtout une forme d'efficacité non entravée par les droits des suspects. Mais cette tension se retrouve aussi dans l'intrigue elle-même : cette jeunesse massacrée est surtout victime de son désir de changement, abusée par la promesse d'une liberté qui n'est peut-être qu'un miroir aux alouettes.

Espagne, année zéro

Si Rodríguez dit avoir pris comme référence Memories of Murder de Bong Joon-ho, on pense surtout à True Detective face à La Isla Minima, tourné en même temps que la série de Nic Pizzolatto : les décors moites et écrasés par la chaleur, l'attitude inquiétante des autochtones, la peinture d'une corruption quasi culturelle, tout semble renvoyer à une même déréliction dont le pouvoir comme les citoyens se feraient les agents. Surtout, à l'instar des meilleurs polars, Rodríguez ne laisse pas passer ses morceaux de bravoure et de suspense, sinon d'effroi.

De plus, son évocation des contradictions nées de la démocratie espagnole balbutiante vise en transparence son échec actuel. Impossible de ne pas voir dans ce programme immobilier au centre de l'intrigue la source de la prospérité, puis du malheur, de l'Espagne d'aujourd'hui. En refusant d'arracher toutes les mauvaises herbes héritées de Franco, le pays a semé le germe de sa propre destruction ; on ne s'étonnera pas, dès lors, de voir l'épilogue-twist rajouter une dernière louche de pessimisme et de désespoir…

La Isla Minima
D'Alberto Rodríguez (Esp, 1h44) avec Raúl Arévalo, Juan Javier Gutiérrez…
Sortie le 15 juillet


La Isla Minima

D'Alberto Rodriguez (Esp, 1h44) avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez (II)...

D'Alberto Rodriguez (Esp, 1h44) avec Raúl Arévalo, Javier Gutiérrez (II)...

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Deux flics que tout oppose, dans l'Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d'Andalousie pour enquêter sur l'assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.


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Allemagne année 2 : "Lands of Murders" de Christian Alvart

Thriller | Allemagne de l’Est, 1992. Deux policiers sont envoyés dans une petite bourgade pour enquêter sur la disparition de deux adolescentes. Le contexte de la chute du Mur, l’hostilité ambiante, la découverte de trafics connexes et leurs méthodes divergentes rendent leur mission très difficile…

Vincent Raymond | Mercredi 22 juillet 2020

Allemagne année 2 :

Outre un goût du lucre et de la facilité conjugué à un manque d’esprit d’initiative, on se demande souvent ce qui motive, chez un producteur, la mise en œuvre d’un remake. En général, la nouvelle version se contente de toiletter l’original (ou de la “rebooter“) en l’accommodant au parfum du moment ; plus rares sont les propositions singulièrement alternatives, ou les variations pertinentes — on se souvient (ou pas, si l’on peut) de l’inutile Fonzy, décalque sans intérêt du Québécois Starbuck. Lands of Murders est heureusement pour lui et nous d’une autre étoffe. Transposition du polar d’Alberto Rodríguez Las Isla Minima, le film de Christian Alvart démontre par l’exemple l’universalité de la trame (qui possédait des accents de tragédie antique) dans la mesure où elle constitue un bon vieux McGuffin. L’enjeu est moins d’élucider des crimes que de mettre au jour les divergences entre les personnages, de sortir des placards les squelettes du passé voilés d'un deuil au nom d’une rapide réunification/r

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Vieilles canailles ! : "Un coup de maître"

Comédie | De Gastón Duprat (Esp-Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Vieilles canailles ! :

Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd’hui dépassé et aigri. Alors qu’il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d’un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c’est une occasion en or… Coréalisateur de l’excellent Citoyen d’honneur, Gastón Duprat continue d’explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l’un s’acquitte de l’art, l’autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en termes de filouterie : le peintre se vante d’être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c’est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars. À partir de ces deux personnages en apparenc

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"La Colère d’un homme patient" : une vengeance glacée venue d'Espagne

ECRANS | de Raúl Arévalo (Esp, int.- 12 ans, 1h32) avec Antonio de la Torre, Luis Callejo, Ruth Diaz…

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Huit ans après un braquage musclé qui s’est mal terminé pour les victimes comme les malfaiteurs, un étrange bonhomme taiseux se rapproche du gang à l’origine des faits. Son but : la vengeance. Raúl Arévalo ouvre son film sur une prometteuse séquence d’ouverture, au spectaculaire duquel il est difficile d’être insensible. Las ! La suite ne sera pas du même tonneau, marquée par un rythme un tantinet poussif, malgré les efforts ou effets pour le muscler (inserts de cartons-chapitres durant la première demi-heure, violence stridulante…) afin de maintenir une tension en accord avec le sujet. Un sujet qui constitue un problème majeur pour ce thriller moralement discutable : il s’agit tout de même d’une charlesbronsonnerie contemporaine vantant froidement, sans la moindre distance, le principe de l’auto-justice. Ajoutons que l’intrigue, par trop rectiligne, ne réserve aucune surprise dans son dénouement. Malgré cette brutalité générale, La Colère… a bénéficié en Espagne d’un accueil des plus favorables, conquérant les Goya d

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"L'Homme aux mille visages" : espion, venge-toi !

Thriller - Le Film de la Semaine | Transformant une escroquerie d’État des années 1980 en thriller rythmé et sarcastique, le réalisateur de "La Isla minima" poursuit à sa manière son exploration critique de la société espagnole post-franquiste, quelque part entre "Les Monstres", "L’Arnaque" et "Les Affranchis".

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Remercié par les services secrets espagnols et ruiné, le rusé Paco Paesa a dû se reconvertir du trafic d’armes vers l’évasion fiscale. Quand Luis Roldán, patron de la Garde Civile soupçonné de détournement de fonds, réclame son aide, il flaire le bon coup pour se refaire. Du billard à mille bandes… Contrairement à Fantômas, Paco Paesa n’a nul besoin de revêtir de masque ni d’user de violence pour effectuer ses coups tordus. C’est par la parole et l’apparence, en douceur, qu’il arrive à ses fins, laissant croire à son interlocuteur ce qu’il a envie de croire. En cela, L'Homme aux mille visages rappelle la grande époque de la comédie italienne, dans sa manière notamment de ridiculiser, voire d’infantiliser les puissants, ravalés au rang de marionnettes dans les mains d’un manipulateur habile. Et de prendre les ambitieux, surtout les corrompus, au piège de leur avidité — c’est "l’arrosé” arrosé, en somme. Faux et usage de vrai Alberto Rodríguez est de ces cinéastes qui, à l’instar de Sorrentino pour Il Divo (2008), s’emparent de faits avérés et de personnalités authentiques pour le

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