"Primaire" : La maîtresse décolle

ECRANS | Un film de Hélène Angel (Fr, 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Patrick d'Assumçao…

Vincent Raymond | Mardi 3 janvier 2017

Photo : © Studio Canal


Fleurant la madeleine, la colle en pot parfum amande et la bonne conscience, Primaire s'inscrit dans la lignée de ces films rendant sporadiquement hommage à des membres du corps enseignant… davantage qu'à l'institution dont ils dépendent. Ici, c'est Sara Forestier qui fait le job, en instit' surinvestie — trop, sans doute, mais plus que ses collègues. Prête à beaucoup pour sauver un gamin manifestant de graves signes d'abandon, elle s'attire le courroux de son propre fils qui va se sentir délaissé, voire trahi.

Hélène Angel actualise l'un des thèmes du film-patchwork de Truffaut, L'Argent de poche (1975), mais en adoptant le point de vue des adultes — ce qui amoindrit considérablement l'intérêt. Sans doute pour éviter la redondance avec Le Maître d'école (1980) de Claude Berri ou Ça commence aujourd'hui (1999) de Tavernier, elle amende son sujet de fanfreluches inutiles, comme une fable sentimentale avec un Vincent Elbaz, peu crédible en livreur fruste.

A-t-elle eu la volonté d'atténuer la rugosité potentielle d'un film-dossier (grandes tirades à César incluses) en l'enrobant d'un glaçage de miel parsemé d'éclats de comédie ? Il en résulte un gros téléfilm flattant les egos et si loin d'une certaine réalité…


Primaire

De Hélène Angel (Fr, 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz...

De Hélène Angel (Fr, 1h45) avec Sara Forestier, Vincent Elbaz...

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Florence est une professeure des écoles dévouée à ses élèves. Quand elle rencontre le petit Sacha, un enfant en difficulté, elle va tout faire pour le sauver, quitte à délaisser sa vie de mère, de femme et même remettre en cause sa vocation. Florence va réaliser peu à peu qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre...


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Les mamans et les putains : "Filles de joie"

Drame | Axelle, Dominique et Conso, trois voisines du Nord de la France, franchissent la frontière belge chaque jour pour proposer leurs faveurs en maison close afin d’améliorer un ordinaire misérable. Les rêves en berne, l’usure morale le dispute à la déchéance physique et au mépris des proches…

Vincent Raymond | Mercredi 24 juin 2020

Les mamans et les putains :

Comme chez Brassens, « c’est pas tous les jours qu'elles rigolent/Parole, parole », les trois “filles“ du titre. La joie reste sous cloche dans ce film à la construction aussi subtile que décalée, rendant bien compte de la situation bancale de chacune au sein du groupe, autant que de leur individualité. Nous ne sommes pas ici dans l’habituel configuration des filières de l’Est ou du Sud et des portraits de filles réduites en esclavage par des réseaux mafieux, puisque ces travailleuses du sexe n’ont pas de souteneur. En apparence, seulement : l’argent qu’elles gagnent si péniblement ne leur profite pas, servant à nourrir la mère azimutée et les gosses de l’une, financer les extras des enfants ingrats de l’autre, alimenter les rêves chimériques d’extraction sociale de la troisième… La prostitution est rarement un choix, et le trio composé par Frédéric Fonteyne & Anne Paulicevich ne s’y adonne pas par plaisir. Ce qu’il révèle surtout d’un point de vue sociologique, c’est que le recours au commerce de son corps, jadis réservé aux plus pauvres des plus pauvres, à ce quart-

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

Roubaix, une lumière | Arnaud Desplechin délaisse, en apparence, la veine introspective pour signer un film noir tiré d’un fait divers authentique survenu dans sa ville natale. Rencontre avec le cinéaste autour de la genèse de cette œuvre, sa méthode, ses doutes et ses joies. Mais aussi du théâtre… (attention, spoilers)

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

La tension est-elle un peu retombée depuis Cannes ? Arnaud Desplechin : C’était très intense ! Le soir de la projection a été un moment assez bouleversant pour chacun des acteurs. Il y a eu deuxième ovation pour eux et j’ai vu Roschdy qui était comme un petit garçon. Il y a un amour des acteurs spécifique à Cannes : c’est le seul endroit où vous pouvez leur offrir cet accueil. Avec les photographes, les sourires, les encouragements, il y a tout un rituel qui est mis en place… À Venise, c’est différent, c’est le metteur en scène qui ramasse tout. Comment avez-vous choisi Roschdy Zem ? Je le connais depuis très longtemps, par ma maison de production. Je l’avais déjà repéré dans les films de Téchiné où il avait fait de petites apparitions et je m’étais dit : « celui-là, on va compter avec lui ». Et quand j’ai vu N’oublie pas que tu vas mourir… Même sa partition dans Le Petit Lieutenant est vachement bien. Après toute sa carrière, Indigènes… Il a une performance meurtrie de vie dans un film qui m’avait bouleversé, La Fille de Monaco. Ce n’est pas un film “noble“ — il n’avait pas co

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Divers faits d’hiver : "Roubaix, une lumière"

Thriller | Arnaud Desplechin retourne dans son Nord natal pour saisir le quotidien d’un commissariat de police piloté par un chef intuitif et retenu. Un polar humaniste où la vérité tient de l’épiphanie, et la parole du remède. Le premier choc de la rentrée cinématographique.

Vincent Raymond | Mardi 20 août 2019

Divers faits d’hiver :

L’arrivée d’un nouveau lieutenant, des incendies, une disparition de mineure, le crime d’une personne âgée… Quelques jours dans la vie et la brigade de Yacoub Daoud, patron du commissariat de Roubaix, pendant les fêtes de Noël… « On est de son enfance comme on est de son pays », écrivait Saint-Exupéry. Mais quid du pays de son enfance ? En-dehors de tous les territoires, échappant à toute cartographie physique, il délimite un espace mental aux contours flous : une dimension géographique affective personnelle, propre à tout un chacun. Et les années passant, le poids de la nostalgie se faisant ressentir, ce pays se rappelle aux bons (et moins bons) souvenirs : il revient comme pour solder un vieux compte, avec la fascination d’un assassin de retour sur les lieux d’un crime. Aux yeux du public hexagonal, voire international, Arnaud Desplechin incarne la quintessence d’un cinéma parisien — un malentendu né probablement de l’inscription de La Sentinelle et de Comment je me suis disputé dans des élites situées, jacobinisme ob

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Aime le mot dit : "M"

Et aussi | Elle est bègue ; il n’ose lui avouer qu’il ne sait pas lire. Malgré une foule de barrières, ils vont tenter de s’aimer. Pour sa première réalisation de long-métrage, Sara Forestier opte pour la complexité d’une romance abrupte nourrie de réel, de vécu et de non-dit. De beaux débuts.

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Aime le mot dit :

Les gens lisses sont sans histoire. Pas les discrets. En dépit de quelques exubérantes spontanéités télévisuelles lors de remises de trophées ou d’une altercation avec un partenaire ayant conduit à son éviction d’un tournage, Sara Forestier appartient sans équivoque à cette seconde catégorie d’individus — rien de commun donc avec ces it-girls précieuses usant de tous les canaux médiatiques pour étaler leur ridicule suffisance. La preuve ? Elle n’a pas converti sa consécration dans le Nom des gens (2010) en un passeport pour les premiers plans (et le tout venant), ralentissant même la cadence pour choisir des rôles parfois plus succincts mais avec du jeu et de l’enjeu (La Tête haute). Mais aussi, on le comprend enfin, pour peaufiner l’écriture et la réalisation de son premier long succédant à trois courts ; démontrant au passage que devenir cinéaste pour elle n’a rien d’une toquade. Un film initial Le changement d’état, de statut, par l’accomplissement artistique est précisément l’un des sujets de

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Tout est fini entre nounou : "Daddy Cool"

Comédie | de Maxime Govare (Fr, 1h37) avec Vincent Elbaz, Laurence Arné, Jean-François Cayrey…

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Tout est fini entre nounou :

Immature professionnel, Adrien a réussi, à force d’enfantillages, à lasser la femme de sa vie. Pour la reconquérir, et aussi pourrir la vie de son “successeur”, il décide d’ouvrir une crèche à domicile dans l’appartement commun (dont il possède quelques misérables %). Est-ce bien raisonnable ? Oh, une comédie de divorce reposant sur l’occupation du domicile conjugal par un ex- à la puérilité aussi vaste que son machisme ! On n’en avait pas vu depuis avril dernier et Sous le même toit, le téléfilm de Dominique Farrugia. Maxime Govare ne descend pas aussi bas dans la beaufitude que son aîné (en même temps, on touchait à l’acmé de l’étalon du parangon) mais il se défend bien questions clichés et gags de seconde main. Une idée vers la fin soulève cependant l’intérêt : Adrien relève autour de lui quantité de signes qui, à la manière d’un jeu de pistes, vont le mener vers sa dulcinée. Dommage que la réalisation ne suive pas dans un grand et beau mouvement ce qui ressemblait, enfin, à une vraie intention de mise en scène.

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"Il a déjà tes yeux" : Lorsque l’enfant paraît (trop clair)

ECRANS | de et avec Lucien Jean-Baptiste (Fr, 1h35) avec également Aïssa Maïga, Zabou Breitman, Vincent Elbaz…

Vincent Raymond | Mardi 17 janvier 2017

Paul et Sali s’aiment, viennent d’ouvrir leur magasin, d’acheter leur maison et rêvent de parachever leur bonheur en étant parents. La Nature étant contrariante, ils recourent aux services sociaux leur proposant d’adopter Benjamin, un blondinet, alors qu’eux sont noirs. C’est la joie pour Paul et Sali ; pas pour leur entourage… Lucien Jean-Baptiste a trouvé là un excellent sujet, sans doute le meilleur depuis 30° Couleur : un thème de conte philosophique adapté en comédie de situation. N’étaient quelques invraisemblances grossières — un couple de commerçants débutants et, en théorie, sans fortune disposant d’un emploi du temps aussi souple qu’une gymnaste olympique, voilà qui défie le bon sens — le regard se révèle extrêmement pertinent sur les présupposés sociétaux : la norme n’est, bien souvent, qu’une question d’habitude (voir l’hilarante séquence dans la salle d’attente de la pédiatre), et la plupart des évolutions sont freinées par la peur de l’inconnu. Croquant avec gourmandise tous les travers, le comédien-cinéaste joue adroitement avec les particularismes culturels africains (convivialité d’immeuble,

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Amis publics

ECRANS | De Édouard Pluvieux (Fr, 1h38) avec Kev Adams, Vincent Elbaz, Paul Bartel… Sortie le 17 février

Vincent Raymond | Mardi 9 février 2016

Amis publics

Régulièrement moqué pour l’indigence de son jeu, se résumant à des grimaces de dragueur et des vannes d’élève de seconde écarquillant les prunelles comme Marisol Touraine, Kev Adams a voulu prouver qu’il était au moins aussi grand tragédien que, disons, Lorànt Deutsch (pour citer un classique). Pour démontrer aux incrédules l’étendue de ses talents, il a fait écrire sur mesure cette histoire de petit frère cancéreux par la faute d’une méchante-vilaine entreprise l’obligeant à commettre une infernale suite d’actes contre-nature ou héroïques : cambrioler des banques, se raser la tête, se déguiser en policier, prendre un air concerné sourcils froncés, tourner un film à Lyon… Force est de reconnaître que dans cet emploi dramatique, sa désinvolture à l’écran atteint des sommets — le pire étant qu’elle contamine tous ses partenaires. Vivement qu’un scientifique découvre un vaccin contre le syndrome Tchao Pantin ! VR

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La Tête haute

ECRANS | Portrait d’un adolescent en rupture totale avec la société que des âmes attentionnées tentent de remettre dans le droit chemin, le nouveau film d’Emmanuelle Bercot est une œuvre coup de poing sous tension constante, qui multiplie les points de vue et marie avec grâce réalisme et romanesque. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 mai 2015

La Tête haute

Malony est sans doute né sous une mauvaise étoile. Cela veut dire qu’en fait il y en a un, de doute, et Emmanuelle Bercot, c’est tout à son honneur, ne cherchera jamais à le dissiper. Il n’a que six ans et le voilà déjà dans le bureau d’une juge pour enfants — lumineuse et passionnée Catherine Deneuve — qui sermonne une mère irresponsable — Sara Forestier, dont la performance archi crédible ne tient pas qu’à ses fausses dents pourries — prête à se débarrasser de cet enfant au visage angélique mais dont elle dit qu’il n’est qu’un petit diable. C’est la première séquence de La Tête haute, et elle donne le "la" du métrage tout entier : on devine que cette famille est socialement maudite, bouffée par la précarité, la violence et l’instabilité. Mais Bercot ne nous donnera jamais ce contrechamp potentiellement rassurant : jusqu’à quel point Malony est seul responsable de son sort, pris entre haine de soi et rancune envers les autres, attendant qu’on le prenne en charge tout en rejetant les mains qu’on lui tend ? Cette scène d’ouverture est aussi emblématique de la mise en scène adoptée par Bercot : la parole y est puissante, tendue, explosive. Elle repose

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse high tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait

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Suzanne

ECRANS | Peut-on faire un mélodrame sans verser dans l’hystérie lacrymale ? Katell Quillévéré répond par l’affirmative dans son deuxième film, qui préfère raconter le calvaire de son héroïne par ses creux, asséchant une narration qui pourtant, à plusieurs reprises, serre le cœur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 11 décembre 2013

Suzanne

Suzanne : le deuxième film de Katell Quillévéré après le timide Un poison violent, choisit son héroïne dès son titre. Mais ce seront autant ses absences que sa présence qui vont intéresser l’auteur, autant les questions que son comportement instable suscite que les réponses qu’on pourrait apporter pour expliquer sa fuite en avant. D’où provient le mal-être de Suzanne ? D’une mère morte très jeune ? Trop facile… Autour d’elle, son père (François Damiens, exceptionnel, qui irradie de beauté et de bonté) et sa sœur (Adèle Haenel, qu’on espère bientôt reconnue à sa juste et haute valeur parmi les jeunes comédiennes françaises) forment une famille aimante, dévouée, compréhensive. Pourquoi choisit-elle de garder cet enfant au père inconnu, alors qu’elle est encore lycéenne ? Là aussi, Quillévéré décide de laisser le mystère sombrer dans un des nombreux vides narratifs soigneusement entretenus, comme un trou noir qui aspirerait toutes les tentatives d’explications, psychologiques ou sociologiques, pour percer à peu de frais l’opacité de son personnage

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Prix Jacques Deray 2013

ECRANS | Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 30 janvier 2013

Prix Jacques Deray 2013

Chaque année depuis 2005, le Prix Jacques Deray, créé par l'Institut Lumière et par l'Association des Amis de Jacques Deray (cinéaste qui fut vice-Président de l'Institut), récompense le meilleur film policier français de l’année. Pour 2013, le Prix est attribué à Une Nuit, film qui, on le confesse, a échappé à notre vigilance et au générique duquel figurent Roschdy Zem, Sara Forestier, Samuel Le Bihan et Richard Bohringer. Il succède au navrant Polisse de Maïwenn. Il sera remis à son réalisateur, Philippe Lefebvre, en sa présence et en celle de Bertrand Tavernier, le président de l'Institut, samedi 16 février au terme de la projection d'une oeuvre de Deray.

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Télé Gaucho

ECRANS | De Michel Leclerc (Fr, 1h57) avec Félix Moati, Éric Elmosnino, Sara Forestier…

Christophe Chabert | Mardi 4 décembre 2012

Télé Gaucho

Visiblement, en France, il est impossible de transformer l’essai d’un succès (critique et public) surprise. Michel Leclerc vient s’ajouter à une liste déjà longue (et pas encore close cette année…) de cinéastes trop confiants qui tentent de retrouver un esprit qu’ils réduisent à une formule creuse. Reprenant l’équation politique + romantisme + fantaisie de son Nom des gens, il la métamorphose en bouillie informe, scénaristiquement décousue, filmée n’importe comment, où l’humour pèse des briques et où les sentiments ont l’air fabriqués comme jamais. On suit donc le parcours d’un naïf qui, délaissant son stage chez TF1 (mais ce n’est pas TF1) pour aller faire ses classes dans la télé libre (Télé Bocal est devenue Télé Gaucho), y croise de vrais gens passionnés, sincères et de gauche, avec tout ce que cela implique de purisme et de prise de courge sur celui qui a la plus grosse conscience militante. Probablement autobiographique, le film est surtout incroyablement égocentrique : Leclerc fait la voix-off, chante en live et au générique

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L’Assaut

ECRANS | De Julien Leclercq (Fr, 1h30) avec Vincent Elbaz, Grégori Derangère, Mélanie Bernier…

Dorotée Aznar | Mercredi 2 mars 2011

L’Assaut

Avec L’Assaut, le cinéma français a franchi un cap. Celui de la TNT et ses multiples reportages sécuritaires, grands dénis de confiance sociale alimentant une France angoissée. Dans un gris bleu métallisé aux rares éclats de couleurs, L’Assaut entend en effet ressusciter la prise d’otages du vol Alger-Paris par des terroristes du GIA en 1994. Pour Julien Leclerq (Chrysalis, beurk), le film est surtout prétexte à un sous Vol 93, alternant les points de vue dans un simili temps réel au démocratisme vain, puisqu’il préfère le GIGN. N’est pas Greengrass qui veut. Rendant ainsi justice aux flics (avec ce spectre lumineux délavé pour rappeler l’uniforme), L’Assaut est un hyper spot pour nos forces spéciales. Il en faut, mais de là à chanter leur louange sans autre point de vue que la bravoure du soldat, même La Chute du faucon noir n’a pas osé. Effleurant la complexité de la situation d’une fausse ambiguïté aux méthodes puantes, Leclercq est un publiciste de l’UMP. Et de mauvais goût. Jérôme Dittmar

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Propriété interdite

ECRANS | D’Hélène Angel (Fr, 1h20) avec Valérie Bonneton, Charles Berling…

Christophe Chabert | Mercredi 12 janvier 2011

Propriété interdite

Improbable projet qui débouche, comme c’est étonnant, sur un mauvais film involontairement sympathique, "Propriété interdite" se déploie sur trois plans complètement étanches à l’écran : un vague thriller fantastique (une femme pense que le fantôme de son frère suicidé continue de hanter la maison isolée dans laquelle elle s’est installée avec son mari), un drame conjugal bien français et une réflexion maladroite sur les sans-papiers (avec un Roumain à moitié sauvage qui réclame de l’argent ; là, c’est le fantôme de Brice Hortefeux qui hante le film !). Quand Angel cherche à faire peur, ça fait rire (comptez les sursauts inutiles des personnages !) ; quand elle veut exprimer le mal-être de son héroïne, on a droit surtout au désarroi d’une Valérie Bonneton totalement à côté de la plaque ; et quand elle veut s’inscrire dans une réalité sociale, elle patauge dans le cliché ethnique. Sans oublier les problèmes de crédibilité du scénario et l’absurdité des dialogues, conduisant à une séquence hilarante : Berling, coincé dans un terrier, répond quand même à son portable — il n’est visiblement pas chez Bouygues ! en s’exclamant : «non, je peux pas consulter mes mails !» — il aurait dû

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Victor

ECRANS | De Thomas Gilou (Fr, 1h35) avec Pierre Richard, Sara Forestier, Lambert Wilson…

Christophe Chabert | Jeudi 1 octobre 2009

Victor

Pure pâtisserie industrielle manufacturée par un cinéaste en pleine déconfiture (on ne s’est jamais remis du plan couscous de son Michou d’Auber), Victor est un film qui craint. L’introduction est racontée à toute berzingue, planquant telle la poussière sous le tapis l’absence de crédibilité du propos (un journal people organise un concours pour recueillir un vieillard : n’importe quoi !). Ensuite, on débarque le personnage principal (Sara Forestier, pauvre actrice en quête d’un second souffle commercial) au profit d’une pathétique satire à la Chatiliez où tout le monde, à un moment ou à un autre, est un gros enfoiré qui truande son prochain, au mépris de toute logique scénaristique. Ce triomphe cynique de la mesquinerie et de la médiocrité filmé à la va-comme-je-te-pousse dans une ambiance de grivoiserie bien franchouillarde fout franchement la gerbe, et on finit par en vouloir à Pierre Richard d’avoir prêté son talent à cette galéjade sinistre reposant sur une image de l’humanité on ne peut plus dégueulasse. CC

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Tellement proches !

ECRANS | D’Olivier Nakache et Eric Toledano (Fr, 1h42) avec Vincent Elbaz, Audrey Dana, Isabelle Carré…

Christophe Chabert | Mercredi 10 juin 2009

Tellement proches !

Le cinéma français semble s’être trouvé un nouveau pré carré : non plus le couple, mais la famille, prétexte à des modes de récits choraux et à des observations sociétales à vertu identificatoire. Ça peut donner des choses bien (Le Premier Jour du reste de ta vie), mais aussi des désastres (Le Code a changé). Tellement proches ! part d’ailleurs très mal, dans la lignée du navet de Danielle Thompson : un dîner réunissant des stéréotypes humains assez médiocres, dont on prend spontanément la bêtise en grippe. Pas très bien écrite, plutôt mal filmée, cette longue première partie fait penser, et ce n’est pas un compliment, aux chansons de Benabar… Il faudra donc attendre que la folie prenne vraiment le dessus et qu’à force d’outrance, les personnages fassent vaciller leurs propres caricatures, pour que le film trouve la bonne distance. On s’aperçoit alors que les acteurs sont formidables, à commencer par ceux auxquels on ne croyait pas tellement : François-Xavier Demaison et Omar Sy. Mais c’est surtout Vincent Elbaz, dans son meilleur rôle depuis longtemps, qui s’avère le plus touchant. Pas de quoi se relever la nuit, mais pas honteux non plus. CC

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Les Randonneurs à Saint-Tropez

ECRANS | de et avec Philippe Harel (Fr, 1h45) avec Karin Viard, Benoît Poelvoorde, Vincent Elbaz, Géraldine Pailhas…

Christophe Chabert | Mercredi 2 avril 2008

Les Randonneurs à Saint-Tropez

Pour ceux qui, comme nous, ont de l’estime pour Philippe Harel et son cinéma, ces Randonneurs à Saint-Tropez font mal, très mal. Cinéaste du cynisme, qu’il exerce contre le monde (Extension du domaine de la lutte) ou contre un microcosme (Le Vélo de Ghislain Lambert, Tu vas rire mais je te quitte ou le premier Randonneurs), Harel devient ici un cinéaste cynique, multipliant les signes prouvant qu’il n’avait pas du tout envie de faire le film. Il laisse ainsi macérer ses personnages dans leurs stéréotypes, autorisant les seuls acteurs bankables (Viard et Poelvoorde) à faire étalage de leur métier. Les autres n’ont strictement rien à jouer, chacun trimbalant comme un boulet son unique gag décliné vingt fois, montrant physiquement sa lassitude et son dépit d’être là. «On se fait chier» lâche, affalé dans un sofa, un Elbaz qu’on croirait au repos pendant le making of. Ni féroce (pourtant, le cadre tropézien ouvrait un boulevard, en regard de la période bling bling actuelle), ni émouvant, le film n’est qu’une grande soupe tiédasse cuisinée avec les restes avariés du plat précédent. Pas drôle mais surtout très triste… Autant de talents dans un film aussi médiocre, c’

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