Comme un garçon : "Parvana"

Animation | Déguisée en garçon, une jeune fille défie les talibans dans une œuvre à l’univers graphique singulièrement élégant prouvant que les grandes thématiques politiques d’aujourd’hui peuvent constituer la trame d’histoires à la portée du jeune public. Attention, objet précieux.

Vincent Raymond | Mardi 26 juin 2018

Photo : © Le Pacte


Afghanistan. Alors que les talibans tiennent le pays et ont emprisonné son père, un professeur invalide, la jeune Parvana prend la décision de se travestir en garçon pour trouver de quoi manger à sa famille. Et tenter de soustraire son papa à ses geôliers. Mais la guerre civile menace…

Pour son premier opus en solo, Nora Twomey s'écarte fort logiquement des rails du classicisme et de l'uniformité du cinéma d'animation ; on n'en attendait pas moins d'elle qui fut coréalisatrice avec Tomm Moore de Brendan et le secret de Kells (2009). À sa palette privilégiant avec une judicieuse harmonie des couleurs sables ou éteintes, elle combine un graphisme stylisé, pur, jouant sur les lignes et les aplats, changeant même de technique — elle opte alors pour le papier découpé — lorsque Parvana scande le fil du récit avec les épisodes du conte qu'elle invente pour son entourage.

Sans tour de magie ni baguette

Cette richesse visuelle ajoute aux qualités de fond d'un film d'animation tout public au propos inattendu puisqu'il aborde frontalement des problématiques politiques contemporaines : même si la violence se trouve (un peu) atténuée, nous sommes bel et bien ici dans le brasier de l'actualité, chacun et chacune quel que soit son âge pourra comprendre la situation d'apartheid sexiste décrite, l'arbitraire de la loi des talibans et la crapulerie de faux dévots profitant du renversement de l'État pour devenir de petits caïds.

Film de guerre — ou plutôt DANS la guerre —, Parvana ne fait pas pour autant de son héroïne-titre une manieuse d'armes aidée de sortilèges comme Mulan, contrainte elle aussi de dissimuler son identité pour s'affirmer dans un monde d'hommes. Au contraire, le pouvoir émancipateur de Parvana réside-t-il dans ce savoir ayant valu à son père la persécution, ainsi que dans son imagination — part de liberté inaliénable. Porté en français par la voix de l'impeccable Golshifteh Farhani, ce personnage déterminé est l'un des plus courageux qui ait été montré sur les écrans depuis bien longtemps. Sans user de magie ni de surnaturel pour autant, ce qui devient de nos jours presque… extraordinaire.

Parvana de Nora Twomey (Can-Ir-Lux, 1h33) avec les voix de (v.o./v.f.) Golshifteh Farhani/Saara Chaudry, Soma Bhatia, Ali Kazmi…


Parvana, une enfance en Afghanistan

De Nora Twomey (ÉU, 1h34) avec Saara Chaudry, Soma Bhatia...

De Nora Twomey (ÉU, 1h34) avec Saara Chaudry, Soma Bhatia...

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En Afghanistan, sous le régime taliban, Parvana, onze ans, grandit à Kaboul ravagée par la guerre. Elle aime écouter les histoires que lui raconte son père, lecteur et écrivain public. Mais un jour, il est arrêté et la vie de Parvana bascule à jamais. Car sans être accompagnée d’un homme, on ne peut plus travailler, ramener de l'argent ni même acheter de la nourriture. Parvana décide alors de se couper les cheveux et de se travestir en garçon afin de venir en aide à sa famille. Risquant à tout moment d'être démasquée, elle reste déterminée à trouver un moyen de sauver son père. Parvana est un conte merveilleux sur l'émancipation des femmes et l'imagination face à l'oppression.


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Parvana, une enfance en Afghanistan

Avant-Première | Dans la ville patriarcale de Kaboul, la petite Parvana grandit à travers les histoires de son père. Quand celui-ci est arrêté, Parvana doit apprendre à se (...)

Margaux Rinaldi | Lundi 30 avril 2018

Parvana, une enfance en Afghanistan

Dans la ville patriarcale de Kaboul, la petite Parvana grandit à travers les histoires de son père. Quand celui-ci est arrêté, Parvana doit apprendre à se débrouiller seule pour aider sa famille et échapper à la guerre. L’adaptation cinématographique du roman de Deborah Ellis par Nora Twomey nous livre, en avant-première, sa course vers l’espoir et la liberté, accompagnée des musiques emblématiques des frères Danna. Un film d’animation que vous pourrez revoir le 27 juin, lors de sa sortie. Parvana, une enfance en Afghanistan Au Comœdia le dimanche 13 mai à 11h15

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