Fin de règne : "Celebration"

Documentaire | de Olivier Meyrou (Fr, 1h14) avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé…

Vincent Raymond | Mardi 13 novembre 2018

Photo : © Norte Distribution


1998. À l'occasion de la Coupe du monde de football, le Stade de France accueille sur sa pelouse un défilé de plusieurs centaines de créations de Yves Saint Laurent. C'est le temps des hommages et des souvenirs pour le couturier affaibli, qui achève l'une de ses ultimes collections…

En apparence centré sur un homme, ce documentaire s'intéresse à la ruche vrombissante dont Yves Saint Laurent était le cœur battant, épaulé par son associé et compagnon, l'incontournable Pierre Bergé, un gardien du temple protecteur, montrant volontiers les crocs quand il n'aboie pas. Dévoilant les coulisses de la maison, la maladie invalidante de l'artiste et la tendre complicité unissant les deux patrons, retournant également sur les traces des débuts parisiens en compagnie des “cousettes“ historiques, ce film aussi proche que respectueux fut étonnamment interdit pendant dix ans, malgré sa présentation à la Berlinale. Nullement voyeuriste, il ne montre rien de choquant ; seulement de l'élégance et de la mélancolie. En cela, il peut se considérer comme l'équivalent d'une vanité.


Celebration

De Olivier Meyrou (Fr, 1h14) avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé

De Olivier Meyrou (Fr, 1h14) avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé

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A l’abri des regards, Yves Saint Laurent dessine ses derniers croquis entourés par ceux qui l’ont toujours soutenu, couturières, assistants, modèles. Il s’apprête à quitter un monde dont il est maintenant détaché. Dans les coulisses Pierre Bergé orchestre une succession de célébrations vouées à transformer l’icône en mythe. Le film d’Olivier Meyrou capte ces derniers instants et tresse le portrait inédit d’un monde finissant.


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YSL, entre soies

Mode | L'espace n'est pas très grand mais permet de se plonger dans les volutes de haute-couture made by Yves Saint Laurent ; l'occasion aussi d’évoquer les savoir-faire des orfèvres lyonnais du textile avec qui il a longuement collaboré.

Nadja Pobel | Mardi 19 novembre 2019

YSL, entre soies

Yves Saint Laurent fut l'un des premiers à faire porter le tailleur-pantalon aux femmes dès les années 60, mais il n'en est jamais question dans cette exposition. Et pour cause, ce vêtement nécessitait des lainages qui n’étaient pas produits à Lyon au contraire de la soierie et autres textiles transformés par les compétences de huit artisans lyonnais, sur qui repose tout le propos de ce parcours voluptueux, forcément voluptueux. Car avant même de rentrer dans la technicité de cet art de l’industrie du luxe, les 25 robes présentées sur mannequin aimantent. Toutefois, les regarder sous toutes leurs coutures ne suffit pas à en apprécier la qualité. Sur écran vidéo, chacune d’elle est montrée en mouvement lors de défilés du créateur, portées par des lianes déambulantes. Officiel de la mode Avant d’en arriver à ce moment d’éclat – toute prisonnière de la upper class que soit la haute couture, elle n’en reste pas moins de l’art – cette exposition, co-réalisée avec le musée parisien YSL, montre l’ADN du vêtement. « Les tissus sont la base de tout, ce sont eux qui

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Mode d'Emploi, c'est d'abord du débat d’idées, mais c'est aussi du spectacle. Du 26 au 29 novembre aux Subsistances, on pourra ainsi, notamment, découvrir Sister. Hélène Mathon l’a conçu après un épisode épileptique qui l’a décidée à se pencher sur la question de la maladie mentale, celle d’un frère et d’une sœur jumeaux dont l’un devient schizophrène. Entouré d’ampoules et surplombé par des néons figurant les failles de l’âme, Hubertus Biermann interprète avec douceur ces enfants qui préfèrent les mots aux maths, sa voix déraillant parfois jusqu'à lui donner des airs de Brigitte Fontaine. Tandis que lui tangue, Bérengère Vallet noircit une toile de fond avec vigueur, avant de colorier un gigantesque poisson, signe que même à demi noyée, la vie finit toujours par l'emporter. Olivier Meyrou et Matias Pilet livrent eux aussi avecTu une création sortie du tréfonds de leurs entrailles. S’extrayant d'Acrobates, drame circassien déjà né dans la douleur, Pilet dit ici puiser son énergie d’une sœur

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Au TNG, le chant du cygne des "Acrobates"

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C’est l’histoire d’un homme, Fabrice Champion, trapéziste de son état, fondateur de la troupe de cirque aérien Les Arts Sauts, mondialement connue. Tétraplégique en 2004 (suite à une chute), il poursuit l’aventure sur les pistes en fauteuil roulant. En 2011, Olivier Meyrou lui consacre un documentaire, Acrobat. Peu de temps après, fin 2012, Fabrice Champion décède à 39 ans, intoxiqué par une potion aux plantes lors d’une cérémonie bouddhiste, fasciné qu’il était depuis sa jeunesse par le chamanisme. Olivier Meyrou poursuit alors son travail d’hommage avec son complice Stéphane Ricordel. Tous deux formés par le disparu, ils donnent naissance à Acrobates, un spectacle déjà joué plus de 300 fois en France et dans le monde, mais jamais passé à Lyon. Oubli réparé cette semaine. C'est même ici, au TNG, qu’auront lieu ses dernières représentations (du 25 au 27 septembre), en entame de cette nouvelle saison pilotée par Joris Mathieu, lequel a d’ailleurs participé à la création lumière et vidéo. Sur le plateau, les deux acolytes, sans artifices, con

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Yves Saint Laurent

ECRANS | De Jalil Lespert (Fr, 1h40) avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon…

Christophe Chabert | Lundi 6 janvier 2014

Yves Saint Laurent

Énième bio filmée d’une figure patrimoniale et contemporaine de l’Hexagone, ce Yves Saint Laurent en accumule les défauts jusqu’au désastre intégral. Dès le premier plan sur Pierre Niney en YSL, avec faux nez et diction maniérée, le carnaval façon Patrick Sébastien commence ; le comédien imite mais n’interprète jamais son modèle, dans une quête de réalisme vaine car elle ne fait qu’en souligner les artifices. Idem pour le pénible défilé qui consiste à présenter chaque personnalité célèbre par son nom et son prénom dès son entrée en scène — seul un faux Andy Warhol perruqué et gesticulant en prenant des photos n’aura droit qu’à un cameo muet et anonyme —, convention de mauvais scénariste raccord avec un dialogue qui accumule les grandes sentences et nie toute quotidienneté aux personnages. Le film baigne ainsi dans une imagerie de reconstitution paresseuse, clichés visuels d’un côté — l’Algérie coloniale, les clubs de jazz — anachronismes ridicules de l’autre — le défilé de 1971 sur de l’électro-pop ! Même la narration est bâclée, notamment l’intro qui hésite entre chronologie et flashback méditatif avec voix-off, sans parler d’une fin qui accélère les événements pour ten

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Nadja Pobel | Mardi 17 décembre 2013

Le scandale YSL

Quand, le 29 janvier 1971, Yves Saint Laurent présente la robe ci-dessuslors d’un défilé d’une collection consacrée aux années 40, le scandale éclate : de l'avis général, il est encore trop tôt pour transformer en luxe des souvenirs douloureux. A l'époque, le couturier n’est pourtant pas un débutant. Il est même adulé par tout son milieu. Mais voilà que les chroniqueurs de mode l’accusent d’avoir présenté la collection «la plus laide de Paris». L’objet du délit : avoir utilisé les codes des années sombres. La robe en question est ainsi confectionnée à partir de tissus artificiels, ceux utilisés sous l’Occupation faute de mieux, près du corps (une contrainte liée à la pénurie et donc à l'impossibilité de rassembler de quoi tisser des vêtements amples), épaulée et assortie de chaussures à talons compensés et d’un turban dans les cheveux. Elle signe aussi un retour en arrière pour Saint Laurent, qui avait su mettre des pantalons aux femmes dans les années 60. Mais plus que pour ses fautes de goût, le couturier est vilipendé pour avoir commis «une faute sexuelle, morale, politique. Les images de ces Françaises qui avaient couché avec les Allemands sous l

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