Du sang à la dune : "Abou Leila" de Amin Sidi-Boumedin

Policier | Algérie, années 1990. Depuis qu’il a été témoin d’un attentat, un policier dont la raison défaille est persuadé que le responsable de tout est le terroriste Abou Leila. Son ami et collègue Lofti l’accompagne dans sa traque loin de la capitale, vers le sud du pays. Vers la sang et la folie…

Vincent Raymond | Lundi 13 juillet 2020

Photo : © UFO Distribution


Il ne faut pas craindre l'épreuve de la durée ni l'errance dans toutes ses dimensions face à Abou Leila, objet cinématographique transfigurant un épisode de l'histoire politique récente de l'Algérie à travers les yeux d'un policier rendu fou par la guerre civile. Road movie aussi mental que géographique, ce premier long-métrage se distingue en naviguant également dans le temps, hors des balises normatives d'une trop stricte linéarité, épousant autant que possible les cauchemars hallucinatoires du flic obsédé par sa cible.

Bad trip au sens propre, le voyage se double d'une évocation des Algéries — pluriel signifiant, puisqu'entre la métropolitaine Alger au nord et les sahariennes dunes désertiques au sud, on a bien affaire à un pays double, ou partagé. De cette dichotomie à la schizophrénie paranoïaque du personnage ou au mal-être ambiant de toute la population, il n'y a qu'un pas.

Progressant par crises successives et violentes, Abou Leila trouve son apothéose dans un finale d'un symbolisme stupéfiant, digne d'un conte épique, hypnotique comme du Van Sant ou du Antonioni. Comme un souffle de magie tragique.

Abou Leila
Un film de Amin Sidi-Boumedine (Alg-Fr, int.-12 ans, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Meriem Medjkane…


Abou leila

De Amin Sidi-Boumedine (Alg-Fr, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Azouz Abdelkader

De Amin Sidi-Boumedine (Alg-Fr, 2h15) avec Slimane Benouari, Lyes Salem, Azouz Abdelkader

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Algérie, 1994. S. et Lotfi, deux amis d’enfance, traversent le désert à la recherche d’Abou Leila, un dangereux criminel. La quête semble absurde dans l’immensité du Sahara. Mais S., dont la santé mentale est vacillante, est convaincu d’y trouver Abou Leila. Lotfi, lui, n’a qu’une idée en tête : éloigner S. de la capitale. C’est en s’enfonçant dans le désert qu’ils vont se confronter à leur propre violence.


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À l'Institut Lumière, on dirait les cinémas du Sud

Festival | Contraint à l’annulation l’an passé, le Festival des cinémas du Sud s’est déplacé de mai à juillet pour célébrer sa 21e édition dans un format certes compact (...)

Vincent Raymond | Mercredi 30 juin 2021

À l'Institut Lumière, on dirait les cinémas du Sud

Contraint à l’annulation l’an passé, le Festival des cinémas du Sud s’est déplacé de mai à juillet pour célébrer sa 21e édition dans un format certes compact (deux jours seulement) mais d’une appréciable densité. Au programme, six films du Maghreb et du Moyen-Orient à chaque fois présentés et assortis d’un échange avec la salle — À l’Institut Lumière les vendredi 9 et samedi 10 juillet. Contexte sanitaire oblige, l’événement accueillera moins d’invités, mais le public se consolera avec la sélection qui compte des œuvres déjà connues comme les très forts Abou Leila d’Amin Sidi-Boumédiène (en ouverture) et Tu mourras à 20 ans d’Amjad Abu Alala (en clôture, en présence du réalisateur — sous réserve), comme de nombreux inédits… par ailleurs identifiés à travers les festivals du globe. C’est le cas de Louxor de Zeina Durra (primé à la Roche-sur-Yon), Zanka Contact d’Ismaël El I

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L’Oranais

ECRANS | De et avec Lyes Salem (Alg-Fr, 2h10) avec Khaled Benaissa, Djemel Barek…

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2014

L’Oranais

Après un premier long plutôt réussi mais quand même assez modeste (la comédie Mascarades) Lyes Salem, auteur, réalisateur et acteur principal, affiche son ambition avec L’Oranais : raconter rien moins que quarante ans de l’histoire algérienne, de la guerre d’indépendance à l’instauration d’un pouvoir "démocratique" corrompu, à travers la destinée de trois personnages qui en incarnent les enjeux et ambiguïtés. Cet Il était une fois en Algérie ne manque donc pas de panache, osant le romanesque et une déconstruction temporelle faisant entrer amertume et mélancolie dans la narration. En revanche, le film n’a pas le souffle nécessaire pour faire oublier les raccourcis parfois très démonstratifs avec lesquels Salem fait de ses protagonistes des véhicules de son discours, sinon de purs symboles. Quelque chose ne fonctionne pas dans ce dialogue entre la fiction, qui prend parfois des allures de saga — deuils, trahisons, secrets familiaux… et l’envie de la raccrocher à tout prix aux événements algériens. Ainsi du "fils" de Djaffar, le héros malgré lui incarn

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«Un regard distancié sur l’Algérie»

ECRANS | Lyes Salem, comédien et cinéaste, auteur d’un premier long-métrage attachant, Mascarades. Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 5 décembre 2008

«Un regard distancié sur l’Algérie»

Petit Bulletin : Êtes-vous né en France ?Lyes Salem : Je suis arrivé en France en juin 1988, j’avais 16 ans. Avez-vous passé votre enfance en Algérie, dans un village qui ressemble à celui de Mascarades ?Pas du tout. Je suis né et j’ai grandi à Alger. Comment vous est venue l’idée d’y inscrire l’action de votre premier long ?Je voulais un microcosme pour que la parabole fonctionne. Que ce petit endroit soit le mètre étalon d’un endroit plus grand… Il y a aussi la volonté de très peu dater l’action, à part les affiches de films…J’ai aussi choisi d’enlever tout ce qui rappelle l’Algérie, notamment les drapeaux. Je ne voulais pas d’accroches concrètes avec la réalité, que l’on voit quelque chose de vraisemblable et pas forcément de réaliste. Vos deux premiers courts-métrages étaient très différents : Jean Farès était un film à concept, Cousines était plus narratif. Comment êtes-vous passé de l’un à l’autre ?Le premier était basé sur un texte que j’avais écrit quand j’étais au Conservatoire et que je jouais au théâtre. J’avais eu une caméra dans les mains, j’avais des entrées à Canal +, j’avais fait des images, quelque c

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Mascarades

ECRANS | De et avec Lyès Salem (Fr-Algérie, 1h32) avec Sarah Reguieg, Mohamed Bouchaïb…

Christophe Chabert | Mercredi 3 décembre 2008

Mascarades

Après deux hits du court-métrage français (Jean-Farès et Cousines), Lyès Salem passe au long avec ce sympathique Mascarades. Il y interprète le premier rôle, celui de Mounir, pauvre type que son village algérien tourne gentiment en ridicule, à la recherche d’un riche mari pour sa sœur, superbe mais atteinte de narcolepsie, afin de gagner l’estime de ses voisins. Pas de bol pour lui, celle-ci préfère un jeune loser tentant d’ouvrir un vidéoclub en plein désert ! Mascarades capte l’attention du spectateur par son sens du détail et l’ensemble du casting déploie une sacrée énergie pour emballer le rythme du film. Ce n’est pas toujours le cas, car le cinéaste n’ose pas l’exubérance à la Kusturica que certaines séquences pouvaient autoriser — la virée avec les petits truands ou le mariage final. À la place, Salem fait preuve d’une réelle tendresse pour ces gens courrant de manière dérisoire après leur dignité perdue, en équilibre délicat entre la rigidité de leurs principes et la réalité de leurs désirs. Pas de thèse ni de pathos : juste une jolie comédie de mœurs exotique remarquablement incarnée. CC

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