Aurélie Pétrel, la place des images

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 18 octobre 2011

Photo : Aurélie Pétrel, Baie de Tokyo, 2011


Dans une pièce en étage élevé, une jeune femme photographie la baie de Tokyo à travers une baie vitrée. Aurélie Pétrel la photographie à son tour, de dos, et tire son cliché sur une très grande plaque de verre qu'elle posera ensuite inclinée sur une cimaise de la galerie. Jeux de transparences, mise en abyme des images, perspectives successives… Tout cela s'imbrique dans la même image, sans compter encore les rayons du soleil qui, à certains moments de la journée, «projettent» l'image sur le mur blanc. Pour sa première exposition à la galerie Houg, la jeune photographe (née en 1980 et vivant à Lyon) opère ainsi, avec autant de précision que de sobriété, des mises en espace de ses images, elles-mêmes représentant souvent d'autres espaces ou fragments d'architectures : des chambres d'hôtel, de simples portes entrouvertes laissant filtrer un mince filet de lumière, des extérieurs d'immeubles au Japon, en Chine ou ailleurs… Les tirages photographiques sont présentés dans des volumes, ou bien derrière une cimaise, «sortant» de leur propre cadre, dans des box lumineux, etc. «Le geste architectural et la pratique photographique sont assez proches, ils ont en commun l'écriture avec la lumière et l'espace» déclare l'artiste dans un entretien. Et ses installations d'images de différents formats ont pour but de créer une «architectonique» au cœur de la galerie, avec des tensions, des dynamiques, des équilibres précaires… Le tout s'avère très séduisant.

Jean-Emmanuel Denave

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Le petit théâtre photo d'Aurélie Pétrel

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 avril 2015

Le petit théâtre photo d'Aurélie Pétrel

Á l'Espace d'arts plastiques de Vénissieux, Aurélie Pétrel poursuit son exploration des registres du voir, du montrer, du représenter. Dès ses débuts, la photographe (née en 1980) a exposé ses travaux de différentes manières dans l'espace, poussant le spectateur à s'interroger sur cet obscur objet du désir qu'est l'image. La photographie relève chez elle de la construction d'un théâtre au sens étymologique du terme («lieu où l'on regarde»). Á Vénissieux, Aurélie Pétrel a d'ailleurs concrètement travaillé avec le metteur en scène Vincent Roumagnac, qui a "activé" ses photographies d'abord disposées sur une scène de théâtre puis déplacées contre un mur, en tas, devenant dès lors peu ou pas visibles. Empêcher ou perturber le voir fait partie des directions de travail de l'artiste avec, sous-jacentes, ces questions : l'image est-elle si transparente que cela, toute image est-elle montrable ? Ailleurs, ce sont des maquettes au sol qui nous permettent de découvrir des photographies de petit format, comme autant d'expositions miniatures. Aurélie Pétrel a aussi invité un autre artiste à partager l'espace d'exposition avec elle, le dessinateur Jérôm

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Levées de rideaux

ARTS | Si une image peut en cacher une autre, elle peut aussi disparaître ou muter. De rideaux contemporains en œuvres déliquescentes et jusqu'aux expériences hybrides de l'Asie du Sud-est, l'année 2015 s'annonce plastiquement ouverte et surprenante. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 janvier 2015

Levées de rideaux

Curieuse année qui s'annonce, avec des thématiques qui pourraient sembler caduques ou oubliées. La prochaine Biennale d'art contemporain (à partir du 10 septembre), par exemple, ouvre un cycle de trois éditions consacrées au terme... "moderne" ! Alors que l'on se pensait au moins post-post-modernes, Thierry Raspail parie sur ce concept pour dire le contemporain et invite le britannique Ralph Rugoff à plancher sur cette problématique. Plus surprenant encore, l'Institut d'Art Contemporain invite l'historienne d'art Marie de Brugerolle pour une exposition collective sur le thème du rideau (du 6 février au 3 mai) ! Une fois passée l'idée désuète du rideau peint de théâtre, on attend beaucoup de cet événement qui invitera sans doute à passer derrière le miroir, à réfléchir sur la notion essentielle de seuil, d'écran, de suspens, etc. Et ce "à travers" les œuvres de Marc Desgrandchamps, Felix Gonzales-Torres, Urs Lütti, Gustav Metzger, Steven Parrino... En résonnance à cette exposition, on signalera celle du photographe canadien Serge Clément au Réverbère (mai-juillet), qui joue avec le "rideau" des surfaces miroitantes (vitri

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Tenir au carreau

ARTS | Exposition en deux volets, l'un au Musée Dini, l'autre à la Fondation Bullukian, «Passages» rassemble une vingtaine d'artistes contemporains autour du thème et du motif important de la fenêtre. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 1 avril 2014

Tenir au carreau

De la théorisation de la perspective par Leon Battista Alberti (1404-1472) à Windows ou aux appareils photo de nos téléphones portables, il existe une ligne continue et cohérente, que l'on pourrait résumer par cette phrase fameuse d'Alberti : «Je trace d'abord sur la surface à peindre un quadrilatère de la grandeur que je veux, et qui est pour moi une fenêtre ouverte par laquelle on puisse regarder l'histoire». Cette idée de peinture ou de photographie comme fenêtre ouverte sur le monde, cette idée de "réalisme", est en fait une vision de ce monde, une certaine manière de l'appréhender selon des lois optiques et géométriques précises. Dès la Renaissance, Léonard de Vinci notait avec une belle clairvoyance critique : «La perspective est le frein et le gouvernail de la peinture». Quelques siècles plus tard, Cézanne fera de la Montagne Sainte-Victoire un «paysage avec ses déformations, ses empiétements, ses ambiguïtés, ses divergences, tel qu'on peut le voir avant de le regarder, avant que la coordination orthogonale de ses lieux soit faite» (Jean-François Lyotard). Fenêtre, miroir, éc

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