Notre cabinet de curiosités : sélection d'expositions singulières

Hors des sentiers battus | Parcourez ces chemins de traverse en suivant de sobres hashtags ; et découvrez des artistes singuliers, parfois exposés dans des lieux inattendus : un couvent, un théâtre ou un hôpital psychiatrique...

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 septembre 2016

Photo : Jean-Luc Blanchet à la galerie Domi Nostrae


#Effacement

« Dans l'acte de peindre, il y aura comme dans l'acte d'écrire, une série de soustractions, de gommages. La nécessité de nettoyer la toile... la nécessité de nettoyer la toile pour empêcher les clichés de prendre. » affirmait le philosophe Gilles Deleuze. Depuis ses débuts, l'artiste lyonnais Jean-Luc Blanchet répond parfaitement à cette conception de la peinture : il crée par effacement, par soustraction de matière, par libération d'images fantômes sous-jacentes à nos représentations habituelles... Il présente dans sa galerie deux nouvelles séries : des "ectoplasmes" d'œuvres d'art connues (signées Rembrandt, Warhol, Manet...) et des photographies effacées à l'acétone.
À noter : Après Jean-Luc Blanchet, la galerie Domi Nostrae présentera des œuvres récentes d'un autre artiste lyonnais aimant lui-aussi les fantômes et l'évanescence, Christian Lhopital (du 5 novembre au 17 décembre).

Jean-Luc Blanchet
À la galerie Domi Nostrae jusqu'au 15 octobre

#Silence

Dans l'écrin de béton du Corbusier qui joue comme d'une musique basse de la lumière extérieure, la nouvelle exposition du Couvent de la Tourette nous invite à découvrir des œuvres de quatre artistes, conviant à la méditation et au silence. Il s'agit de deux peintres abstraits, Geneviève Asse (née en 1923) et le plus jeune, tchèque, Jaromir Novotny, de la photographe allemande Friederike von Rauch et du plasticien français Michel Verjux.

Formes du silence
Au Couvent de la Tourette à Eveux à partir du 20 septembre

#Somnambules

Jeune artiste contemplative travaillant à Bordeaux, née en 1982, Julie Chaffort a reçu le Prix Bullukian 2015 et présente cet automne le fruit de son projet. Soit concrètement une installation vidéo intitulée Somnambules, où, dans la nature, les voix chantantes de plusieurs personnages se répondent et s'entrechoquent. « Ce projet a été pensé en référence aux aborigènes d'Australie pour lesquels le chant fabrique le territoire, le chant fabrique le monde. » écrit l'artiste.

Julie Chaffort, Somnambules
À la Fondation Bullukian du 14 septembre au 31 décembre

#Brut

Aujourd'hui âgé de quatre-vingt quatre ans, André Robillard est l'une des figures de l'art brut, cet art d'autodidactes et de personnalités singulières ("art des fous" dit-on parfois abusivement), mis au jour par Jean Dubuffet dans les années 1940. L'artiste est connu notamment pour ses drôles de fusils, composés de bric et de broc, et destinés selon lui à « tuer la misère » ! Le théâtre de Villefranche lui rend hommage avec la présentation de la pièce Changer la vie mise en scène par Alexis Forestier et André Robillard (le 23 septembre), et une exposition rétrospective rassemblant fusils, dessins et objets divers...

Exposition André Robillard
Au Théâtre de Villefranche-sur-Saône jusqu'au 1
er octobre

Rencontre avec André Robillard
Le mardi 20 septembre à 19h

#Virtuel

Le Nouvel Institut Franco-chinois (que nous vous présentions dans le n°848 du Petit Bulletin) expose pour la première fois en France dix œuvres de la jeune artiste chinoise Li Ying (née en 1985 dans le Hunan). Son travail consiste notamment à "tisser" des fils souples en métal, reproduisant des formes (natures mortes surtout) issues de photographies de ses propres œuvres. Une mise en abyme où l'image et le réel, le virtuel et l'actuel s'entremêlent.

Li Ying
Au Nouvel Institut Franco-Chinois du 16 septembre au 31 décembre

#Mouvement

En écho au festival hip-hop Karavel, la Ferme du Vinatier présente des sculptures de l'artiste lyonnaise Émilie Tolot. C'est très précisément en observant des danseurs de hip-hop qu'Émilie Tolot a réalisé ses sculptures représentant des personnages en mouvement ainsi qu'un film d'animation en pâte à modeler.
En écho à l'exposition d'art brut d'André Robillard, signalons aussi que l'Hôpital du Vinatier exposera les œuvres d'une trentaine d'artistes suivis à l'hôpital, du 11 janvier au 24 février 2017.

Émilie Tolot
À la Ferme du Vinatier du 28 septembre au 28 octobre


Jean-Luc Blanchet

Il suffit d'une seconde pour effacer un monde, peintures-fantômes
Galerie Domi Nostræ 39 cours de la Liberté Lyon 3e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Emilie Tolot + Art Bis

Sculpture + dessin, peinture, collage
La Ferme du Vinatier Centre hospitalier Le Vinatier, 95 boulevard Pinel Bron
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Li Ying

Framework, sculpture
Nouvel Institut Franco-Chinois 2 rue Sœur Bouvier Lyon 5e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Julie Chaffort

Somnambules, installation vidéo
Fondation Bullukian 26 place Bellecour Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Cinq expos à voir en juin

Bons Plans | Notre sélection de cinq expositions à découvrir en galeries ou en musées ce mois-ci. D'un improbable portrait de Bashung au photo-reportage de guerre, en passant par l'univers fantasmatique de Christian Lhopital.

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 7 juin 2019

Cinq expos à voir en juin

Les vies dansées du dessin L’artiste lyonnais Christian Lhopital expose à la galerie Descours ses nouvelles séries de dessins. Séries fascinantes d’inventivité visuelle, d’hallucinations joyeuses ou sombres, d’errances plastiques libres… C’est à une véritable danse du regard que nous invite Christian Lhopital, dont on ressort émerveillé et bouleversés ! À la galerie Michel Descours jusqu’au 22 juin Bernard Pras, bricoleur génial d'images Les images pour Bernard Pras c'est du solide ! Pour composer ses portraits (de Van Gogh, Guignol, Louis XIV...) ou ses reproductions de tableaux célèbres (Manet, Magritte...), l'artiste utilise toutes sortes de matériaux de récupération (de rouleaux de papier toilette à des jouets) et compose des installations : celles-ci, vues sous un certain angle et à une certaine distance, sont tout simplement bluffantes de réalisme ! À ne pas rater notamment : un portrait de Bashung composé avec des voitures miniature

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Les vies dansées du dessin de Christian Lhopital

Dessin | La galerie Michel Descours expose les dernières séries de dessins de Christian Lhopital. Où l’on est à nouveau fasciné par son inventivité graphique et les émotions fortes qu’elle procure.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 avril 2019

Les vies dansées du dessin de Christian Lhopital

Sur une scène improbable, faite d’un peu de graphite et de peinture, un personnage à la tête sans traits se penche un peu de profil, plie les jambes, tend les bras vers l’arrière… On dirait un danseur exécutant un solo (titre du dessin et de la série dont il est issu, datant de 2018) au beau milieu d’un déchaînement d’éléments plastiques : volutes de pastel, petites taches de couleur-lumière, cercles-astres de différentes circonférences et de différents tons, coulures floutées, lignes tremblotantes… Qui entraîne l’autre ? Est-ce le danseur (l’artiste ?) qui fait se mouvoir en spirales le dessin, ou bien est-ce le mouvement du dessin qui donne son rythme et son mouvement au personnage (à l’artiste) ? Qu’importe, la scène semble, de toute façon, plonger dans une fantasmagorie imaginaire hors de tout repère rationnel, reculer vers un passé et un réel dont les souvenirs sinuent en lignes courbes et en éclats. Le souvenir, la trace, l’œuvre sont chez Christian Lhopital toujours multiples, équivoques, vivants. Vies du r

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Les cinémas intérieurs de Robert Malaval et Christian Lhopital

Dessin | Parmi l'accrochage collectif de la galerie Descours, le cinéma s'arroge discrètement une place intrigante. À travers, d'abord, l'artiste lyonnais (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 13 novembre 2018

Les cinémas intérieurs de Robert Malaval et Christian Lhopital

Parmi l'accrochage collectif de la galerie Descours, le cinéma s'arroge discrètement une place intrigante. À travers, d'abord, l'artiste lyonnais Christian Lhopital qui présente plusieurs œuvres issues de sa série dite des Rotations ou Cinématiques, où ses personnages et ses motifs sont dédoublés comme sur des photogrammes d'une pellicule de film. « Ce qui m'intéresse ici, précisait l'artiste dans nos colonnes, c'est le "presque pareil", la copie et la variation, les similitudes et les petites différences. Il se passe beaucoup de choses entre deux personnages, dans les interstices, dans les failles... Ce dédoublement infini a un rapport avec ce que je pourrais appeler mon cinéma intérieur. » De cinéma intérieur, il est aussi littéralement question dans le dessin de Robert Malaval (1937-1980), Le Cinéma, de 1962. Une coupe de profil d'un visage humain nous montre une amusante séance de projection où un public d'homoncules prend place dans le ce

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Cinq expos à voir en novembre

Bons Plans | Vues ou pressenties comme intéressantes, voici notre sélection de cinq expositions à voir ce mois-ci.

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 8 novembre 2018

Cinq expos à voir en novembre

Dark Matters Attention, l'exposition Dark Matters s'annonce aussi brève (une petite semaine) que passionnante ! Sur le motif du noir, elle nous propose de traverser cinq siècles d'histoire de l'art et réunit de nombreux artistes : de Rembrandt à Tapiès, d'Odilon Redon à Jim Dine, d'Olivier Debré à Baptiste Fompeyrine... Elle est présentée par Céline Moine et Laurent Giros, du 24 novembre au 1er décembre, dans un nouveau lieu situé 3 rue Pleney dans le 1er arrondissement de Lyon (entrée libre du mercredi au samedi de 14h à 19h). Victor Soren Du noir, il est aussi fortement question dans l'exposition de Victor Soren, présentée à la récente galerie Ories. Entre univers fantastique et graphisme approchant celui de la BD parfois, Victor Soren transpose dans toute leur étrangeté et toute leur potentialité angoissante de nos cauchemars et nos peurs d'enfant. Un grand frisson en noir e

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Exposition curieuses en approche

Dans les galeries | On l'oublie trop souvent, mais les petits lieux artistiques (galeries, centres d'art...) présentent souvent des exposition de grande qualité, et, qui plus est, gratuites ! Voici notre sélection thématique de la rentrée en cinq entrées.

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

Exposition curieuses en approche

Photos plein les yeux Le festival Lyon septembre de la photographie revient avec un drôle de nom, 9PH, et propose plusieurs expositions alléchantes sur le thème de la frontière : Valérie Jouve avec un travail à Jéricho à la Galerie Besson, Sylvie Bonnot et Danila Tkachenko autour de la Russie au Bleu du Ciel, Chloé Serre aux limites entre la chorégraphie et la photographie à la BF15... Par ailleurs, le Réverbère expose cinq photographes (William Klein, Denis Roche...) autour de livres photo récemment publiés (jusqu'au 29 décembre), la Galerie Lumière des images de tournage d'Ingmar Bergman (jusqu'au 4 novembre), la galerie Vrais-Rêves les utopies architecturales de Philippe Calandre (jusqu'au 10 novembre). Et petite piqûre de rappel : l'accrochage plongé dans la pénombre de l'Abat Jour (jusqu'au 17 novembre) des photographies d'Arnaud Brihay, artiste voyageur et poète visuel, est superbe ! Variétés prestigieuses Comme régulièrement, la galerie Descours nous propose cet automne une Varia (du 18 octobre au 26 janvier)

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Peinture sous toutes ses coutures

Peinture | À l'occasion de l'ouverture récente du Musée Jean Couty, voisin de quelques mètres, l'Attrape-Couleurs réunit cinq artistes lyonnais qui, chacun, ont une (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 2 mai 2017

Peinture sous toutes ses coutures

À l'occasion de l'ouverture récente du Musée Jean Couty, voisin de quelques mètres, l'Attrape-Couleurs réunit cinq artistes lyonnais qui, chacun, ont une approche singulière de la peinture. Jean-Luc Blanchet procède par "effacements" : il recouvre des toiles de peinture noire laquée et retire ensuite de la matière pour faire naître des figures... Ici, on découvre deux fragments de forêts en hivers aux allures assez sinistres et aux formats imposants. La jeune Anne Renaud (née en 1985) assemble quant à elle, sur des toiles plus modestes et des tonalités plus acidulées, différentes formes oscillant entre abstraction et figuration (on y devine quelques fruits ou légumes). Ses compositions d'allure très rythmique et musicale, font beaucoup penser à l'univers de Vassily Kandinsky... Frédéric Houvert développe lui-

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Et de la gare, rejoindre la verdure

Patrimoine | Une gare, c'est un point de départ. Une promesse. Voici trois destinations vers lesquelles prendre un billet.

Nadja Pobel | Mardi 11 avril 2017

Et de la gare, rejoindre la verdure

Lac de Villerest (Loire) Envie d'aller se baigner ou se balader le long de la Loire ? Hop, direction le lac de Villerest. 1h18 (au plus court) de TER entre Perrache et Roanne, puis un bus (le n°10) durant vingt minutes et vous voilà, sans voiture, sur cette plage aménagée comprenant des activités nautiques, une baignade surveillée l'été et des aires de jeux : elle est particulièrement prisée par les familles. Autre possibilité de cette journée : entrer dans le village qui comprend une chapelle (Saint-Sulpice) fondée au IXe siècle par les moines de Cluny et achevée au XIe. Elle a été édifiée sur l'emplacement d'une villa gallo-romaine. Un amusant musée de l'Heure et du Feu raconte l'histoire du feu, de la préhistoire à nos jours. Sur le chemin du retour, passez prendre une praluline chez Pralus : la famille de confiseurs-pâtissiers est roannaise et, à prix équivalent, mieux vaut acheter la célèbre brioche ici que rue de Brest ou à la Croix-Rousse... Circuit court ! La Dombes et Châtillon-sur-Chalaronne (Ain) Il vous faut seulement 38 minutes et 8, 40€ pour rallier

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Une œuvre commentée de Christian Lhopital

Une œuvre commentée... | Parmi les séries de dessins exposées par Christian Lhopital, nous avons choisi ici d'explorer plus avant l'une des plus troublantes : Faces et ses personnages fantomatiques flottant parmi les limbes d'une mémoire fragmentaire.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 novembre 2016

Une œuvre commentée de Christian Lhopital

Le travail de Christian Lhopital relève sur bien des plans du palimpseste : l'image se dessine sur et à partir d'autres images (triviales ou artistiques), par décantation, précipité quasiment chimique, condensation... Les séries Fixe face seule (2010-2012), Fixe face silence (2013-2014) et Faces (2015), sont, à ce titre, assez emblématiques. Découpant des images (de personnalités célèbres du monde politique ou culturel) qui ont accroché son regard dans des journaux, mais sans les recadrer, Christian Lhopital les enduit de peinture blanchâtre en conservant seulement les yeux de la figure retravaillés au crayon. Pour Faces, l'artiste applique ensuite de l'aquarelle et évoque ainsi quelques formes qui apparaissent comme fondues, dissoutes. « Le dessin révèle alors, nous confie Christian Lhopital, un personnage fantomatique. Le personnage de départ ne disparaît pas complètement malgré l'enfouissement. » Il flotte dans des limbes, entre mémoire et oubli, présence et absence, et darde vers nous son regard inquiétant et déses

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Les dessins hallucinés de Christian Lhopital

Galerie Domi Nostrae | Christian Lhopital expose ses nouvelles œuvres : des dessins essentiellement, qui nous entraînent dans un monde halluciné de personnages et d'objets traversés de bizarrerie et de sentiments ambigus. L'artiste nous confie ici sa manière de travailler et ce qui constitue son "cinéma intérieur".

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 novembre 2016

Les dessins hallucinés de Christian Lhopital

Que présentez-vous à la galerie Domi Nostrae ? Christian Lhopital : Plusieurs séries de dessins réalisées entre 2013 et 2016. Une série, pour moi, est constituée par un même type de support, un même matériau, et naît à partir d'une pensée (à partir de bribes de textes ou de paroles entendues, à la radio notamment), ou à partir d'une image... Je travaille toujours en même temps sur plusieurs cycles de dessins. Ces derniers s'enfouissent, s'empilent les uns sur les autres à l'atelier et j'aime, ensuite, avoir la surprise de les redécouvrir et de les retravailler. D'où viennent ces images ? De sources très différentes : de croquis réalisés sur des carnets, d'images prises dans des journaux, des magazines, des arrêts sur image du Net, voire d'images publicitaires dans la rue ou le métro… c'est peut-être mon côté pop art ! J'ai beaucoup d'images dans ma tête et il s'agit avant tout de les décanter. Quelque chose doit, à partir de cette masse d'images, se densifier et s'amalgamer. J'essaye dans mes dessins à la fois de saisir quelque chose de très dense et d'y insuffler beaucoup de légèreté.

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Les peintures fantômes de Jean-Luc Blanchet

galerie Domi Nostrae | Jean-Luc Blanchet présente de nouvelles œuvres à la galerie Domi Nostrae. Des "peintures fantômes" qui hantent et saisissent durablement le regard.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 octobre 2016

Les peintures fantômes de Jean-Luc Blanchet

Depuis le milieu des années 1990, le peintre lyonnais Jean-Luc Blanchet œuvre par "effacement" : il retire de la matière picturale, il passe des coups de chiffons sur des motifs peints, etc... Par un drôle de paradoxe, il dénonce la dématérialisation contemporaine des images et leur prolifération en flux continus en... dématérialisant (partiellement) ses propres toiles ! Il lutte contre la Violence faite aux images (titre d'une conférence donnée par Jean Baudrillard en 2004) en faisant violence à ses propres images. Pour son exposition à la galerie Domi Nostrae, il a effacé des représentations de tableaux connus de l'histoire de l'art : La Jeune fille à la perle de Vermeer, un autoportrait de Rembrandt, une Marylin de Warhol, l'urinoir de Marcel Duchamp.... Peintures apparaissant ici comme des fantômes, des traces s'évaporant, évanescentes. Le procès Si le travail de Blanchet n'

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Les chants et contre-champs de Julie Chaffort

Fondation Bullukian | La plasticienne et vidéaste Julie Chaffort a mis en scène dans la nature sept chanteurs issus d'univers aussi différents que le métal ou l'opéra... Une rencontre, entre voix et paysages, aussi intense que singulière.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 septembre 2016

Les chants et contre-champs de Julie Chaffort

« La Terre respire et se gorge de repos et de sommeil. Tous les désirs sont désormais changés en rêve, et les gens fatigués rentrent chez eux pour trouver dans le sommeil un bonheur oublié et apprendre à redevenir jeune ! » Cet extrait du si déchirant Adieu, clôturant Le Chant de la terre de Gustav Mahler, nous est revenu aux oreilles en sortant de l'exposition de Julie Chaffort à la Fondation Bullukian. En 1907, Mahler (1860-1911) compose une pièce inouïe mêlant leaders et orchestre symphonique, et rend hommage à la beauté de la nature et de la vie humaine, malgré sa brièveté... Il serait ici inutile d'insister sur les liens étroits entre la nature et la musique (des Quatre saisons de Vivaldi aux oiseaux de Messiaen, en passant par la Pastorale de

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Le Vinatier en photos : Quelques images de la folie

La Ferme du Vinatier | « On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous » proclamait le détonnant psychiatre Lucien Bonnafé (1912-2003). (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 6 septembre 2016

Le Vinatier en photos : Quelques images de la folie

« On juge du degré de civilisation d’une société à la façon dont elle traite ses fous » proclamait le détonnant psychiatre Lucien Bonnafé (1912-2003). On pourra donc se rendre à la Ferme du Vinatier pour vérifier, en images, de l'évolution ou de l'involution de notre degré de civilisation. À l'occasion des 140 ans de l'hôpital psychiatrique, ouvert en 1876 à Bron, le centre culturel propose de retracer l'histoire du lieu et de ses occupants, à travers des photographies, des cartes postales, des plans d'architectes... Pour les Journées du Patrimoine (les 17 et 18 septembre), vous pourrez aussi, en plus de l'exposition, visiter l'ensemble du site avec un guide. Un parcours conseillé tant le Vinatier est un espace étonnant (avec sa chapelle, ses traces de lieu d'élevage et de cultures...) et en constante transformation : de l'idée d'autarcie agricole du 19e siècle aux bâtiments contemporains inaugurés il y a tout juste deux ans... À la

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Le couvent de la Tourette, sacrément moderne

Patrimoine | Religion et modernité ne sont pas incompatibles. Les Frères Dominicains en ont apporté la preuve en demandant à un architecte renommé de construire le couvent de la Tourette : Le Corbusier. Grâce à lui, le moderne a renoué avec le sacré.

Maïté Revy | Mercredi 6 juillet 2016

Le couvent de la Tourette, sacrément moderne

C'est près d'Éveux-sur-l'Arbresle, au milieu d'une étendue de verdure, que s'est implantée une touche d'art contemporain, en béton armé. Entièrement conceptualisé par Le Corbusier, le couvent Sainte-Marie de la Tourette a été construit entre 1956 et 1959, sur un projet élaboré dès 1953 sous l'impulsion du révérend père Couturier. Les dominicains avaient déjà joué un rôle majeur dans la modernisation architecturale religieuse avec le lancement la revue L'art sacré en 1969 ; le choix d'un architecte comme Le Corbusier, représentant du mouvement moderne, n'était pas une surprise. Rectangle de béton, lignes géométriques et droites : finies les formes arrondies, les éclairages multiples, et place à l'utilisation optimale de la lumière naturelle, l'une des signatures de Le Corbusier. Pas étonnant de retrouver des puits de lumière naturelle plus ou moins grands (très peu d'éclairage dans les couloirs, escaliers équipés de toutes petites lampes), sculptant l'espace, les volumes et faisant de cette lumière un matériau à part entière, l'un des points majeurs qui fait la particularité de ce lieu de culte. L'édifice, classé au titre des monuments historiques dep

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L'abstraction fait bonne figure au musée Paul Dini

musée Paul Dini | Le Musée Paul Dini présente les œuvres d'une quinzaine d'artistes régionaux, présents dans ses collections, sous le signe de l'abstraction. Un genre pictural toujours aussi vivant et pluriel.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 19 avril 2016

L'abstraction fait bonne figure au musée Paul Dini

Kandinsky, aujourd'hui reconnu comme le pionnier de l'abstraction, se serait dit-on affranchi de la figuration vers 1910 en découvrant la beauté de l'une de ses toiles rangée à l'envers ! Le musée de Grenoble consacrera bientôt une exposition à Kandinsky (sur ses années parisiennes en fin de sa carrière, plus précisément, à partir du 29 octobre). En attendant, on pourra aller voir les œuvres de certains des héritiers régionaux de l'artiste russe au musée Paul Dini. Depuis le début du 20e siècle, l'abstraction n'a cessé d'essaimer courants et contre-courants : Expressionnisme abstrait, Art informel, Abstraction lyrique, Abstraction géométrique, Minimalisme, etc.. Si l'exposition du musée de Villefranche-sur-Saône n'a nulle vocation historique ni exhaustive, on y trouve représentés un grand nombre des déclinaisons de l’abstraction à travers des œuvres relativement récentes d'artistes en majorité lyonnais. La rapidité de l'escrime L'accrochage, très aéré et très réussi, profite de l’espace et de la luminosité de l'Espace Cornil (une ancienne usine) pour rapprocher des œuvres de factures parfois très différentes, souvent de grand format. Une imposante

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Christian Lhopital en Drôme

ARTS | L'artiste lyonnais Christian Lhopital expose (jusqu'au 17 avril) un ensemble de dessins et de sculptures au Centre d'Art Contemporain de (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 2 mars 2016

Christian Lhopital en Drôme

L'artiste lyonnais Christian Lhopital expose (jusqu'au 17 avril) un ensemble de dessins et de sculptures au Centre d'Art Contemporain de Saint-Restitut. On y retrouvera son univers mi-onirique mi-humoristique peuplé d'étranges figures anthropomorphes, d'animaux, de fleurs et de quelques inquiétants ectoplasmes... Ce sera aussi l'occasion de découvrir nombre d’œuvres récentes de l'artiste qui n'avait pas exposé dans la région depuis 2013 au Musée de Saint-Étienne.

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L'architecture du sacré selon Le Corbusier

ACTUS | Juste à côte de l’Arbresle, entre Lyon et Roanne, Le Corbusier a implanté, en 1960 et à la demande directe des Frères dominicains, un couvent dédié à la prière mais aussi à la recherche. Toujours utilisé par une poignée d’entre eux, ce temple de béton est ouvert à tous. Visite. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 7 avril 2015

L'architecture du sacré selon Le Corbusier

C’est un rectangle de béton posé en pleine nature, au bout d’une petite route qui monte légèrement. Le couvent de la Tourette n’est pas isolé du monde, mais semble le regarder vivre à ses pieds, du haut de son terrain en déclivité. Quand, à la fin des années 50, les frères dominicains font appel à Le Corbusier, ce dernier, agnostique mais fasciné par le sacré, a déjà livré, cinq ans plus tôt, la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (Haute-Saône). Ici, dans le Lyonnais, il abandonne ses formes arrondies et reprend son modèle d’habitation : des formes géométriques et des lignes droites. Et une utilisation maximale de la lumière extérieure. Ainsi, dans les couloirs, il y a très peu d’éclairage. Á la place, des fenêtres, presque des fentes, guident le visiteur dans sa marche, même au plus sombre de la journée voire de la nuit. Au bout, pour amorcer un virage, des brise-soleil donnent le sens de la déambulation. De la même façon, les volées d’escaliers ne sont équipées que de toutes petites lampes coincées au bas des marches. Cité radieuse En plus de l’église, dotée d’un toit-terrasse accessible, deux types d’espaces aux formats et fonctions opposé

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Christian Lhopital et ses fantômes

CONNAITRE | L'artiste lyonnais Christian Lhopital (né en 1953) a connu dernièrement une actualité intense : Biennale d'art contemporain de Lyon en 2012, exposition au (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 30 septembre 2014

Christian Lhopital et ses fantômes

L'artiste lyonnais Christian Lhopital (né en 1953) a connu dernièrement une actualité intense : Biennale d'art contemporain de Lyon en 2012, exposition au Musée d'art moderne de Saint-Etienne en 2013 et dans diverses galeries (dont Domi Nostrae, qui le représente à Lyon)... Nous nous en sommes réjouis dans ces colonnes, tant ses dessins, notamment, à mi-chemin entre l'humour et l'inquiétant, nous touchent. Il publie cette année un livre centré sur une partie peut-être moins connue de son travail : sa série Fixe face seule, composée à partir de coupures de journaux, ses grands dessins muraux éphémères à la poudre de graphite, ses "sculptures" réalisées à partir de peluches trempées dans de la peinture blanche puis mises en scène... Le livre en restitue une riche documentation photographique, accompagnée d'un texte de la critique d'art Marie de Brugerolle. Un texte qui rappelle notamment les références importantes des œuvres de l'artiste : Samuel Beckett, Lewis Caroll, Francis Picabia, Mike Kelley, Georges Bataille... Et qui se conclue joyeusement sur cette idée clef : «Les petits personnages qui peuplent les œuvres de Lhopital sont des ind

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Thomas Foucher au cœur du corps

ARTS | La galerie Domi Nostrae consacre une fascinante exposition au peintre lyonnais Thomas Foucher. Un artiste du corps, du geste et de la matière, toujours hantés par leur possible effondrement. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Dimanche 17 novembre 2013

Thomas Foucher au cœur du corps

Le noir et blanc sert aux photographes et aux peintres à mettre un peu de distance avec leurs motifs, à abstraire quelque peu leurs représentations. Thomas Foucher (né en 1976 à Suresnes, vivant à Lyon) utilise très précisément des gris colorés pour réaliser ses tableaux. Malgré ce filtre, quand on parcourt son exposition à la galerie Domi Nostrae, nous sommes immédiatement plongés parmi des entrelacs et des saillies de muscles, de veines, de nerfs, de peaux... Dans un monde de sensations brutes, fortes, frappantes. L'artiste représente pourtant des gestes simples dans ses différentes séries : une main posée à plat sur une poitrine, deux mains essorant une sorte de torchon imbibé d'eau... Gestes qu'il cadre hors de leurs contextes et de manière très serrée. Il y a chez Thomas Foucher une volonté de plonger au plus près de la matière, tout à la fois humaine et picturale. Volonté qui s'emblématise dans un tableau où les torsades de ceps de vignes se reflètent sur les lunettes de soleil d'un personnage, comme saturant son regard.  Fragiles présences

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Nouvelles boutures des Poirier

ARTS | Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 16 octobre 2013

Nouvelles boutures des Poirier

Qu'un frère dominicain (Marc Chauveau, responsable des expositions au Couvent de la Tourette) ressuscite un couple d'artistes contemporains, on ne verra là que logique. Anne et Patrick Poirier ont en effet connu leur heure de gloire dans les années 1970 (expositions à Beaubourg, à Kassel, au MOMA de New York...) et ont été, depuis, un peu oubliés. Se définissant eux-mêmes comme architectes ou archéologues autant que plasticiens, ils explorent dans leurs œuvres la fragilité de l'existence humaine, de la mémoire, de l'histoire... Et usent d'autant de mediums différents que l'exige le questionnement qu'ils déploient dans leurs travaux.   Sensibles au couvent conçu par Le Corbusier, à la «peau des murs» et aux jeux de lumière, ils y présentent notamment d'émouvants bas-reliefs en papier Japon, empreintes fragiles des aspérités du béton et des menus accidents parsemant les cloisons. Ils y déploient aussi une très grande maquette d'une utopie nommée Amnesia, «sorte de grand bunker construit dans un imme

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Mine de rien

ARTS | A l’occasion de deux expositions (Laurence Cathala à la Fondation Bullukian et "Le Dessin en couleurs" à la galerie Descours), nous avons voulu nous pencher sur le dessin. Le sujet est très à la mode, voire tarte à la crème. Aussi, pour lui redonner sa singularité, avons-nous donné la parole à plusieurs artistes lyonnais. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 18 avril 2013

Mine de rien

Dans une lettre datée du 8 septembre 1888, Vincent Van Gogh écrit : «Qu’est-ce que dessiner, comment y arrive-t-on ? C’est l’action de se frayer un passage à travers un mur de fer invisible qui semble se trouver entre ce que l’on sent et ce que l’on peut. Comment doit-on traverser ce mur ? Car il ne sert à rien d’y frapper fort. On doit miner le mur et le traverser à la mine, lentement et avec patience». Quand Christian Lhopital parle de la «légèreté du dessin», opposé au poids de la peinture, peut-être est-ce aussi pour ne pas frapper trop fort, asséner, aliéner. Même quand l’artiste lyonnais crée concrètement sur des murs, il préfère le crayon au pinceau, le jeu sur l’opposition de quelques valeurs plutôt que sur toutes les couleurs. «Un dessin ne doit jamais être lourd ou besogneux. Au fil du temps, l’habileté de la pratique nourrit cette entière liberté, cette puissance de possibilités de ce qui se passe sur l’espace blanc de la feuille de papier. Plus je dessine, plus je suis libre» dit-il. «Bing image à peine presque jamais une seconde temps sidéral bleu et blanc au vent »

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Le travail du négatif

ARTS | Procédant par effacement, le peintre Jean-Luc Blanchet redonne vie aux images. Une vie fantomatique, fragile et ambigüe certes, mais d’autant plus intéressante et poignante. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 5 avril 2013

Le travail du négatif

La technique du peintre lyonnais Jean-Luc Blanchet (né en 1976) est assez singulière : il recouvre entièrement ses toiles de glycéro noire - une substance toxique qui, on le voit sur certaines vidéos où l'artiste porte un masque à gaz, donne à son travail un caractère urgent - qu’il efface ensuite progressivement afin d’obtenir ses images : fleurs, visages, animaux, lamentations… Une technique proche de celle du sculpteur qui produit ses formes par soustraction de matière, d’un Fontana perçant ou découpant ses toiles ou de l’idée de Gilles Deleuze selon laquelle l’artiste (ou l’écrivain) est moins confronté à l’angoisse de la surface blanche qu’à un  trop plein d’images et de mots. The Mediatic People Pop Star Shit System, oeuvre exposée à la galerie Domi Nostrae et sur laquelle figure une Marylin fantomatique flottant parmi des nuages de peinture, constitue un bel exemple de solution pour creuser le "trop plein" ou, tout simplement, montrer l’envers du décor. Mais si Blanchet est parvenu à une certaine virtuosité, c’est bien davantage ce que sa démarche dit d’une quête obsédante et tenace qui nous passio

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Creuser la tête

ARTS | La Galerie Domi Nostrae fête ses 25 ans d’acquisitions et d’expositions, commencées dans le lieu de vie de Christine et Fabrice Treppoz, poursuivies dans un appartement adjacent. À cette occasion, les galeristes reviennent sur leur parcours, placé pour l'essentiel sous le signe du portrait. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 31 janvier 2013

Creuser la tête

À deux pas de la Préfecture, depuis 25 ans, dans deux appartements voisins, Christine et Fabrice Treppoz collectionnent et exposent quantité de visages. Peints, dessinés, photographiés, sculptés. «Les œuvres où domine la présence sidérante de la face humaine sont les plus nombreuses. Soleil noir, cou coupé, chaque figure conjugue l’humain, l’animal et le monstrueux pour donner naissance à une image qui vous saisit et vous renvoie à votre propre (in)humanité» écrit Fabrice Treppoz dans le catalogue de l’exposition Soleil noir, qui revient sur cette histoire. À deux pas des identités fichées, anthropométriques, calibrées, normées, se déploient donc des identités déchirées, fêlées, métamorphosées, défigurées, en devenir constant et indéfini. «Visage, quelle horreur, il est naturellement lunaire, avec ses pores, ses méplats, ses mats, ses brillants, ses blancheurs et ses trous : il n’y a pas besoin d’en faire un gros plan pour le rendre inhumain, il est gros plan naturellement, et naturellement inhumain, monstrueuse cagoule» assenaient Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux. Masques Qu'on s

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Une architecture de la cruauté ?

ARTS | Espace interrogé et interrogeant, les chambres d’isolement des hôpitaux psychiatriques font l’objet d’une exposition à la Ferme du Vinatier. Une exposition composée d’un documentaire vidéo signé Natalie Giloux et de photographies de Marie-Noëlle Décoret. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 19 octobre 2012

Une architecture de la cruauté ?

«Je me rends compte que je me suis habitué à l’horreur de cette architecture, une architecture de la cruauté» dit un psychiatre. Cette expression est si surprenante et résonne tellement avec les écrits d’Antonin Artaud qu’elle est pour nous un titre tout trouvé. Mais, attention, avec un point d’interrogation ! Car ces propos de psychiatre sont extraits d’un documentaire vidéo sur les "chambres d’isolement" qui entremêle les propos (de patients et soignants) les plus hétérogènes, parfois les plus opposés… «J’ai vécu la chambre d’isolement comme un traumatisme», dit un patient en larmes, «j’ai eu l’impression qu’on voulait me faire du mal… Je regardais le plafond, je raisonnais en boucle fermée, ça m’a fait délirer». Et d’autres patients de contredire, ou d’atténuer : «ça fait chuter la fièvre de la folie», «ça m’a aidé à me calmer», «j’ai vécu ça comme une punition au début, puis comme une sorte de repos et d’apaisement». Censée protéger un service psychiatrique (et/ou le malade contre lui-même) d’un patient en crise, ou utilisée parfois pour des raisons thérapeutiques, la chambre d’isolement fait débat, aussi bien par

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Couvent de la Tourette – Éveux - 1960

CONNAITRE | Descendre à la gare de l’Arbresle et poursuivre à pied durant une bonne demi-heure au milieu des vallons des Côteaux du lyonnais. C’est dans ce coin de (...)

Nadja Pobel | Jeudi 5 juillet 2012

Couvent de la Tourette – Éveux - 1960

Descendre à la gare de l’Arbresle et poursuivre à pied durant une bonne demi-heure au milieu des vallons des Côteaux du lyonnais. C’est dans ce coin de verdure que le visiteur pourra s’aventurer au couvent de la Tourette et, pourquoi pas, y passer une nuit en «cellule» (35€ avec le petit-déjeuner). Ces "cellules" (dotée d’un bureau, d'un lavabo, d'un balcon et d'un lit simple) invitent au silence et au calme. Quand les frères Dominicains font appel à Le Corbusier en 1953, ils recherchent ce savant dosage entre espace collectif et individuel. Puis, en Mai 68, de nombreux frères désertent le lieu. Aujourd'hui, onze frères habitent au couvent et parlent avec passion du "Corbu", comment ils le nomment. Des expositions sont régulièrement organisées, l’église ouvrira après rénovation début 2013. Rien ici ne ressemble à un sanctuaire, mais tout invite au partage le plus impromptu comme avec des touristes architectes argentins qui passent par là lors d’un voyage d’études sur les traces de Le Corbusier. TER arrêt L’Arbresle (à 40 minutes de Lyon) + 30 minutes de marche

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Figurer, défigurer, transfigurer

ARTS | Panorama / Après une Biennale d'art contemporain assez exceptionnelle, la saison expos se poursuit avec une grande rétrospective attendue consacrée à Robert Combas et une multitude d'expositions plus discrètes et curieuses dans les galeries. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 21 décembre 2011

Figurer, défigurer, transfigurer

Après Warhol, Keith Haring et Ben, Le Musée d'Art Contemporain ouvre grand ses trois étages (du 24 février au 15 juillet) à l'un des héros de la Figuration Libre (aux côtés de Hervé Di Rosa, François Boisrond...) Robert Combas né en 1957 à Lyon où il passa sa crise d’œdipe avant de rejoindre Sète en 1961. C'est la première grande rétrospective consacrée à cet artiste ultra prolifique avec quelque 300 œuvres ressemblant à autant de jungles visuelles. Le parcours d'exposition sera rythmé en musique par une playlist rock concoctée par Combas et, au dernier étage du musée, l'artiste sera présent pendant deux mois pour créer de nouvelles œuvres sur place, jouer de la musique ou inviter d'autres artistes... En février aussi, à la galerie Pallade (du 2 février au 24 mars) et à la galerie Confluence(s) de l'IUFM (du 3 février au 23 mars), c'est une grande figure de la Figuration Narrative cette fois, Jacques Monory, qui viendra à Lyon présenter des œuvres récentes ou historiques. Proches de l'objectivité photographique, ses toiles à forte dominante bleue, représentent généralement des scènes de meurtres, de violence ou de rues, aussi frappantes qu'én

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Images dépeintes

ARTS | Expo / Jean-Luc Blanchet compose ses toiles en effaçant de la peinture. Et construit un univers sombre et sous tension, où les limites entre la vie et la mort, l'apparition et la disparition se brouillent... Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 25 mars 2010

Images dépeintes

Parmi son accrochage, Jean-Luc Blanchet a suspendu une robe repeinte en noir et plongé un joli bouquet de fleurs dans un pot de peinture lugubre... L'univers de l'artiste (né en 1976) est manifestement angoissant, mélancolique, voire funèbre, et le jeune Lyonnais se nourrit aussi de l'énergie musicale punk ou noisy, en émule des groupes Bästard, Sister Iodine ou Sonic Youth. Il a installé son atelier à la friche RVI, a semé quelques images dans la Demeure du chaos de Thierry Ehrmann, et travaille depuis 2003 avec la galerie Domi Nostrae, à la ligne artistique friande de défiguration, de transgression et de trituration de la représentation... Jean-Luc Blanchet part du constat d'un certain extrémisme du modernisme poussant la peinture jusqu'à ses ultimes limites et possibilités, pour ne pas dire jusqu'à sa disparition. On peut penser notamment aux monochromes noirs peints en série, inlassablement, par Ad Reinhard au début des années 1960. Et justement, procédant d'une manière des plus étonnantes, Blanchet commence par réaliser des monochromes noirs qu'il «efface» ensuite avec un chiffon et du white spirit pour composer ses figures : portraits, vanités, fleurs, paysages, reprises de t

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Dans quelle étagère ?

ARTS | Il serait tout de même dommage de rater l’exposition anniversaire de la galerie-appartement Domi Nostrae (derniers jours jusqu’au 7 février). Pour ses 20 (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 30 janvier 2009

Dans quelle étagère ?

Il serait tout de même dommage de rater l’exposition anniversaire de la galerie-appartement Domi Nostrae (derniers jours jusqu’au 7 février). Pour ses 20 ans, le lieu propose une sorte de «cabinet de curiosités» autour du thème des métamorphoses du corps, l’une des obsessions de sa ligne artistique. Une petite dizaine d’artistes (dont Philippe Cognée, Samuel Rousseau, Eric Emo, Eudes Menichetti…) «triturent», déforment, explorent la représentation de la figure et de l’anatomie humaines, à travers leurs photographies, leurs peintures ou leurs vidéos. Et remettent sans cesse en question les identités trop figées et les normes établies.

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En appartement ou intimement

ARTS | Galeries / On ne saurait trop vous conseiller la fréquentation assidue de la galerie-appartement Domi Nostrae. Le lieu fête ses 20 ans avec une exposition (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 16 décembre 2008

En appartement ou intimement

Galeries / On ne saurait trop vous conseiller la fréquentation assidue de la galerie-appartement Domi Nostrae. Le lieu fête ses 20 ans avec une exposition collective consacrée à l’une de ses obsessions thématiques : les représentations du corps, ses métamorphoses et autres défigurations. « Dans quelle étagère ?» (du 7 janvier au 7 février) jettera ainsi un regard errant des masques de Eric Emo aux nus de Philippe Cognée en passant par les êtres hybrides de Dominique Paul, les vanités de Thomas Foucher ou les facéties de Samuel Rousseau… Le grand Ernest Pignon Ernest, quant à lui, est un artiste connu pour ses peintures ou interventions en milieu urbain. C’est pourtant bien au chaud et entre les quatre murs de la galerie Pallade (du 26 février au 18 avril) qu’on le retrouvera, aux côtés de Herman Braun-Vega et de Didier Rivière… Intimité et poésie, si ce n’est intériorité, seront au programme des expositions photo du Réverbère qui enchaîne, coup sur coup, la superbe exposition d’Arièle Bonzon saisissant le «familier» entre bonheur et effroi (jusqu’au 21 février), L’Illusion du tranquille de François Deladerrière et Géraldine Lay (du 4 mars au 30 avril) mettant en scène la fragilité

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La fièvre du dessin

ARTS | Expo / Christian Lhopital expose ses dessins au Musée d’art contemporain et à la galerie Domi Nostrae (derniers jours). Un univers tout en tremblements, diablement émouvant. Jean-Emmanuel Denave

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 6 novembre 2008

La fièvre du dessin

Avec ses coulures, ses taches et ses traits chancelants, avec ses petits monstres acéphales, ses figures de rêves ou de cauchemars, Christian Lhopital refait surface. Il refait s’émouvoir, vaciller et se perdre le regard. La surface de ses dessins s’avère, elle, toujours double : entremêlant l’apparition évanescente de tout un «bestiaire» hétérogène (humain, animal, monstrueux…), et des préoccupations d’ordre purement plastiques, avec des histoires de matières, d’espaces, de mouvements, de rythmes, de lignes… «Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore», écrit Beckett. Mots qui résonnent particulièrement bien avec l’œuvre de Lhopital balbutiant ses efforts à la limite de l’épuisement, ses ratages réussis, ses réussites ratées, ses dérapages au bord du vide et de l’angoisse. «Il y a parfois dans mes dessins une répétition des motifs jusqu’à l’épuisement, la maladresse, le déséquilibre. Je m’intéresse aussi à ce fil qui se déroule en dessinant les figures, ce trait sinueux qui se dévide, éventuellement jusqu’à l’effondrement de la ligne sur elle-m

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«Il y a toujours une lutte»

ARTS | Entretien / Philippe Cognée expose à la Bibliothèque de la Part-Dieu et à la galerie Domi Nostrae. Propos recueillis par JED

| Mercredi 18 avril 2007

«Il y a toujours une lutte»

Délitement des formes Philippe Cognée : Dans les années 1990, j'ai peint des châteaux de sable, peu à peu liquidés par la mer. J'étais dans cette problématique : est-ce que je construis ou est-ce que je détruis ? Mon néo-cubisme dans mes représentations de Hong Kong renforce le potentiel d'effondrement des tours. Là-bas, on a l'impression que la ville respire au rythme de ses constructions et de ses destructions, comme un cycle des saisons... Je cherche des techniques pour aller presque contre le matériau, l'exagérer, le mettre en danger ; toujours en écho à ce rapport constructiondestruction. La matière témoigne de cette agressivité ou de ce désarroi. Il y a toujours une lutte qui se confond avec la vie. Peau de peinture et images contemporaines La matière picturale c'est un peu comme la peau, la chair, la chaleur, la sensation, c'est mon côté africain. Elle s'oppose aux nouveaux procédés de captation du monde qui sont froids (papier glacé de la photographie, écrans...) et qui mettent à distance. La matière, c'est ce que l'on sort de nous-mêmes : j'admire par exemple Cy Twombly, c'est presque de l'ordre de l'excrément, de l'essentiel, de ce que l'homme produit comme consistanc

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Châteaux de sable

ARTS | Expo / Peintre de la société contemporaine, Philippe Cognée expose des vues urbaines à la cire à la Bibliothèque de la Part-Dieu et une série d'aquarelles inédites sur le corps et l'intime à la galerie Domi Nostrae. Deux occasions immanquables de (re)découvrir cet artiste passionnant. Jean-Emmanuel Denave

Christophe Chabert | Mercredi 18 avril 2007

Châteaux de sable

Tentons une métaphore de la démarche et du travail de l'artiste : il faut imaginer Philippe Cognée accroupi (il peint souvent ainsi, sa toile disposée au sol, dans un rapport très physique avec elle), les mains dans le limon, construisant des châteaux de sable... sur les plages du Bénin où il passa une partie de son enfance, ou sur celles des alentours de Nantes où il est né et vit aujourd'hui. Sable mêlé de vent et d'écume floue, matière prenant des formes éphémères : bâtisses fragiles qui luttent contre les caresses mortifères de l'eau salée, voire contre le choc des déchets et du rebut de notre société de consommation que la mer vomit. Car, si elle est réflexion sur le monde contemporain, la peinture de Philippe Cognée est d'abord et avant tout une confrontation, un affrontement toujours recommencé avec la matière, l'opacité informe et angoissante des choses... «Il faut savoir entretenir des relations directes avec les éléments, quelle que soit leur intensité. J'ai toujours été attentif aux réactions de la matière. Notre relation au monde, aussi spirituelle soit-elle, a besoin de cette mesure charnelle. Dans mes lectures, je suis toujours sensible aux descriptions de nos rapport

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