Jeune création : les Mondes d'après

Politique Culturelle | Lucie Campos, directrice de la Villa Gillet, vient d'intégrer, avec entre autres Bruno Messina du festival Berlioz, le comité artistique chargé de mener à bien "l'appel à manifestation d'intérêt à destination des jeunes créateurs" lancé par le gouvernement dans le cadre du volet culturel du plan de relance. Un programme de soutien à la conception et à la réalisation de projets artistiques originaux doté d'un budget de 30 millions d'euros. Explications.

Stéphane Duchêne | Mardi 29 juin 2021

Photo : © Villa Gillet


Déjà évoqué, et même promis, il y a presque un an dans le cadre du plan de relance, le gouvernement a lancé le 22 juin son appel à manifestation d'intérêt à destination des jeunes créateurs baptisé "Mondes nouveaux". Un programme doté de 30 millions d'euros (sur les 2 milliards du plan de relance dévolus à la culture) qui doit permettre à « des artistes ou collectifs d'artistes, français ou résidents en France » de concevoir des projets artistiques dans un éventail de disciplines telles que le spectacle vivant, les arts visuels, la musique, les écritures, le design et les métiers d'art. Des projets qui se feront, non pas au sein de lieux constitués de la culture (musées, centres chorégraphiques...), mais dans des lieux du territoires, par exemple en résonance avec des sites du patrimoine architectural et historique tels que gérés par le Centre des monuments nationaux ou avec des sites naturels placés sous la responsabilités du Conservatoire du Littoral, tous deux associés à cet appel. Les projets pourront néanmoins se rattacher à d'autres sites, hors des juridictions du CMN et du CdL.

Candidatures jusqu'au 22 août

Pour mener à bien cet appel, un comité artistique a été constitué, dirigé par Bernard Blistène, qui achève son mandat au Centre Pompidou, formé de neuf personnalités de la culture, chargé de sélectionner les dossiers mais aussi d'accompagner les artistes dans la préfiguration et la réalisation des projets, de l'aide à leur formulation à l'inscription dans les sites territoriaux choisis. Parmi ces neuf experts issus de tous les horizons artistiques (et géographiques) on compte notamment deux représentants de la culture en Aura, Bruno Messina, directeur de l'Agence iséroise de diffusion artistique, et Lucie Campos, directrice de la Villa Gillet. Laquelle se réjouit de cette représentation des régions en général et d'Aura en particulier dans le projet, mais aussi que les écritures soient associées à ce projet : « appeler à faire s'exprimer des projets liés à l'écriture littéraire est un message très fort car les écrivains ont moins l'habitude de candidater sur de tels appels à projets, en dehors des bourses et des résidences qu'il ne s'agit pas ici de redoubler. »

Dans un premier temps les artistes sont invités à rédiger des documents concis présentant leur formation, leur parcours et leur projet — les candidatures sont d'ores et déjà ouvertes et ne courent que jusqu'au 22 août, il s'agit de ne pas traîner. Les sélectionnés feront l'objet d'une phase "prospective" afin de déterminer la faisabilité. « Les projets retenus se verront attribuer une première bourse de préfiguration de 10 000 euros, précise Lucie Campos, qui précède un second temps de financement plus conséquent. » Ce qui implique aussi, au vu du budget alloué, que le nombre de dossiers sélectionnés ne sera pas infini.

Si la notion de jeune créateur est avancée, dans les faits, il est à noter que les candidatures ne sont soumises à aucune limite d'âge. « C'était une demande très explicite du comité que d'enlever toute notion de limite d'âge », souligne Lucie Campos. Mais où donc placer le curseur de la jeune création ? « Cela peut aller de la sortie d'école à une position encore relativement émergente, ce qui dépend beaucoup des disciplines, explique la directrice de la Villa Gillet. Ce serait le symétrique inverse d'une Biennale de Venise ou du Festival de Cannes, avec des noms qui ne seraient pas les plus établis et en sécurité. »

Pour candidater : https://www.culture.gouv.fr/Aides-demarches/Appels-a-projets/Mondes-nouveaux-appel-a-manifestation-d-interet-a-l-attention-des-artistes-et-createurs

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Lucie Campos : « trouver les formes d'un retour à une interaction plus forte avec le public »

Littérature Live Festival | Au début du mois mai, la Villa Gillet annonçait le remplacement des Assises Internationales du Roman par le Littérature Live Festival. Un nom et une formule qui, si tout va bien, devraient laisser place au Festival International de Littérature de Lyon en 2022. Lucie Campos, directrice de la Villa Gillet et instigatrice de ces changements, nous explique pourquoi et comment.

Stéphane Duchêne | Mardi 25 mai 2021

Lucie Campos : « trouver les formes d'un retour à une interaction plus forte avec le public »

Après une édition numérique des Assises Internationales du Roman, la Villa Gillet présente cette année le Littérature Live Festival. Pourquoi ce changement d'identité, jamais anodin pour un festival ? Lucie Campos : je suis arrivée l'an dernier en tant que nouvelle directrice de la Villa Gillet avec un projet qui impliquait à la fois de consolider les acquis d'une maison qui a une très grande légitimité à l'international et de changer des choses. La Villa Gillet porte depuis 14 ans un festival de littérature qui s'est appelé depuis 2007 les Assises Internationales du Roman. Elle continuera bien évidemment de porter un festival qui sera pour l'avenir le Festival International de Littérature de Lyon, avec pour domaine d'action et d'interrogation la littérature dans son sens le plus large. C'est là le principal changement : quitter la forme unique du roman qui fais

Continuer à lire

Lucie Campos : « ne pas faire silence dans un tel moment d'incertitude »

Assises Internationales du Roman | Pour sa première édition en tant que directrice, Lucie Campos essuie avec les Assises Internationales du Roman les plâtres de l'assignation à une "réinvention" culturelle, qui a poussé, Covid-19 oblige, le festival à une formule repensée en format numérique. Un réflexe de survie qui pourrait bien livrer des pistes pour l'avenir de la Villa, les Assises et du festival Mode d'emploi.

Stéphane Duchêne | Lundi 11 mai 2020

Lucie Campos : « ne pas faire silence dans un tel moment d'incertitude »

Qu'est-ce qui vous a poussé à candidater à la direction de la Villa Gillet ? Lucie Campos : Comme beaucoup de gens je suis depuis longtemps la Villa Gillet, je fais partie du public idéal de cette maison. Je travaille depuis pas mal d'années également et de manières différentes avec les auteurs étrangers et en traduction. D'abord parce que j'ai entamé une carrière de chercheuse en littérature comparée, puis d'enseignante-chercheuse, pour travailler autour des auteurs vivants. Je les ai étudiés à travers leurs livres, puis enseignés dans différentes universités en France. Ce qui conïncidait à une époque où la Villa Gillet était pionnière sur le front de l'invitation d'auteurs étrangers, un domaine vraiment particulier. Mais également sur des thèmes très porteurs qui invitaient les écrivains à s'exprimer comme des acteurs dans la cité. J'ai pu travailler avec la Villa, rencontrer Guy Walter et son équipe, il y a une dizaine d'années, je commençais à travailler pour l'Institut Français. Nous avons alors travaillé côte-à-côte sur des projets différents mais dont l'esprit était similaire. Po

Continuer à lire

Les Assises Internationales du Roman se réinventent plus vite que prévu

Littérature | Non, les Assises Internationales du Roman ne sont pas annulées : le festival de littérature concocté par la Villa Gillet se déroulera dans le monde numérique aux dates prévues, du 11 au 17 mai.

Sébastien Broquet | Vendredi 10 avril 2020

Les Assises Internationales du Roman se réinventent plus vite que prévu

Une grande partie de la programmation des Assises Internationales du Roman 2020 avait été conçue par Guy Walter, avant son départ à la retraite l'été dernier. Lucie Campos, qui lui a depuis succédé à la direction de la Villa Gillet, envisageait de renouveler le format de ce festival littéraire en 2021 et de le moderniser, discutant de nouveaux formats avec Stéphane Malfettes, lui aussi fraîchement arrivé à la tête des Subsistances, le lieu accueillant le festival. Mais l'irruption soudaine du Covid-19 et la crise sanitaire comme économique l'accompagnant ont chamboulé bien évidemment cette édition, obligeant les protagonistes à commencer à tout réinventer dès cette année. Alors, officiellement, non : les Assises ne sont pas annulées. Elles se dérouleront bien du lundi 11 au dimanche 17 mai mais dans ce qu'Alessandro Baricco nomme le "deuxième monde" : « des interventions numériques originales de grands auteurs venant du Mexique, de Chine, des États-Unis, de Turquie,

Continuer à lire

Lucie Campos nouvelle directrice de la Villa Gillet

Mercato | Le successeur de Guy Walter à la tête de la Villa Gillet est désormais connu et c'est une femme : il s'agit de Lucie Campos, membre du jury du Booker International Prize et de la revue La Vie des idées. Elle prendra son poste le 1er novembre.

Sébastien Broquet | Jeudi 5 septembre 2019

Lucie Campos nouvelle directrice de la Villa Gillet

Guy Walter, l'historique directeur de la Villa Gillet, a pris sa retraite avant l'été. La question de sa succession était donc posée depuis plusieurs mois, avec d'autant plus d'acuité que les tutelles (Région, Ville, DRAC) réfléchissaient en parallèle à l'évolution du modèle et au projet à défendre dans le futur par ce lieu créé en 1989, le jeune retraité l'incarnant autant qu'un Thierry Frémaux à l'Institut Lumière et l'ayant clairement marqué de son empreinte durant 30 ans, l'imposant comme un spot incontournable des idées et de la littérature en France, à travers en particulier les Assises Internationales du Roman. Un audit a ainsi été commandé à un cabinet extérieur en début d'année, afin d'évaluer les possibles changements comme les désirs et idées de l'équipe en place, fortement réduite après la baisse drastique de subventions faisant suite à un rapport incisif de la Chambre Régionale des Comptes début 2016, qui mettait alo

Continuer à lire

Bruno Messina : « Berlioz était un punk ! »

Festival Berlioz | Cela fait maintenant 24 ans que La Côte-Saint-André accueille un festival dédié au compositeur français Hector Berlioz (1803 – 1869). D’année en année, l’événement prend de l’ampleur, à tel point qu’il est aujourd’hui l’un des plus grands festivals de musique classique de la région. Pour Bruno Messina, son directeur artistique depuis 2009, un tel rassemblement est un hommage logique pour celui qui, de son temps, a toujours vu les choses en grand.

Nicolas Joly | Mardi 20 juin 2017

Bruno Messina : « Berlioz était un punk ! »

Grâce à vous, Berlioz est un véritable globe-trotter : après l’Italie en 2012 et l’Amérique en 2014, il se rend cette fois en Angleterre (le sous-titre de cette nouvelle édition est "Berlioz à Londres au temps des expositions universelles"). Pourquoi ce choix ? Bruno Messina : Berlioz était un vrai voyageur. Au XIXe siècle, il fut l’un des premiers compositeurs à connaître plus de succès à l’étranger qu’en France, et notamment en Angleterre. Surtout, la musique classique peut tenir à l’écart les gens qui ne la connaissent pas. C’est donc plus facile d’amener le public à s’y intéresser en lui racontant une histoire, qui est celle de l’aventurier qu’était Berlioz. D’autant plus que Berlioz vouait un amour profond à l’Angleterre, un amour de cœur. Il découvrit Shakespeare à 24 ans, qui le fascina, et se découvrit en même temps une passion pour une actrice irlandaise, Harriet Smithson, qui sera le deuxième grand coup de foudre de sa vie et pour laquelle il écrira la Symphonie fantastique. C’est aussi cette histoire que l’on va raconter. Son voyage au pays de Shakespeare a l’air de l’avoir beauco

Continuer à lire