Aux Basques de Ravel

Pascale Clavel | Jeudi 5 janvier 2012

Katia et Marielle Labèque, les sœurs pianistes hors cadre, hors des sentiers battus, hors des chemins tracés, seront Salle Molière pour Piano à Lyon les 12 et 13 janvier. Deux soirées exceptionnelles au contenu assez atypique. «Nous avons déjà éprouvé ce programme dans différentes salles en Europe. Debussy, Albéniz, Ravel, c'est un répertoire qui a toujours eu un écho favorable.» Elles vont donner le Boléro de Ravel dans sa version originale pour deux pianos mais l'ont agrémenté de percussions basques ; le culot, c'est un peu leur marque de fabrique. Cette adaptation étonnante provient simplement du fruit de leur rencontre avec un merveilleux trio de percussionnistes traditionnel basque, le Trio Kalakan. Le public ne le sait pas assez, Ravel était basque et son rapport au pays était réellement vécu et se sent dans toute sa musique. Katia Labèque confie : «Avec les musiciens basques, on se rend compte que le Boléro est une musique très tribale. Il s'agit en fait d'une musique répétitive avant l'heure des grands comme Steve Reich, Terry Riley.» Les soeurs Labèque n'ont jamais été prisonnières des carcans parfois très serrés de l'univers classique, elles sont allées explorer d'autres horizons, d'autres contrées musicales qui enrichissent toujours leur propos. De chocs esthétiques en contrepieds musicaux, c'est au contact d'autres qu'elles se révèlent le mieux. «Les trois musiciens basques qui seront avec nous sur scène viennent d'un milieu complètement traditionnel, par exemple, ils ne lisent pas la musique. Ils amènent leur fraicheur, leur proposition.» Belle soirée en perspective. PC

Katia et Marielle Labèque, à la Salle Molière jeudi 12 et vendredi 13 janvier

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Sens interdits à quai

Théâtre | La 6e édition du festival Sens interdits aura fait la part belle à la capacité de jeunes artistes belges à gratter et bousculer autant leur art que leur temps quand les Russes ne cessent de tenter de prendre la mesure de la répression soviétique à l'aune de l'ère poutinienne. Retour sur dix jours bringuebalés dans la tourmente du monde et de tentatives d'en faire théâtre.

Nadja Pobel | Mercredi 13 novembre 2019

Sens interdits à quai

Sens Interdits s'est joué dans treize théâtres mais aussi sous le chapiteau, où spectateurs et artistes se rencontraient, notamment lors de table rondes. À la veille de la clôture, Tatiana Frolova, qui avait ouvert le festival dix jours plus tôt, le disait : « rien n'a changé ». La metteuse en scène évoquait l'époque des années 30 où Mandelstam, poète dissident arrêté et déporté, n'aura été soutenu que de façon verbale et pas concrètement par son ami Pasternak (son épouse refusait d'héberger ce dissident). Quand Mandelstam lui lit un poème virulent contre le régime, celui-lui lui rétorque « qu'il n'a rien entendu » afin de ne pas être complice, ainsi que le relate la pièce montée par Roman Viktyuk et présentée également dans le festival. « Quand je joue Je n'ai pas encore commencé à vivre à Vladivostok, les journalistes sortent en disant qu'ils n'ont rien entendu » confiait-elle. Ma petite Antarctique n'a pas la force dramaturg

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Sur les rails

Critique | Le Guardian, qui a vu passer du gibier, dit de lui qu'il est le plus grand songwriter de son temps, ce qui vous pose son bonhomme. En tout cas, un (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 2 avril 2019

Sur les rails

Le Guardian, qui a vu passer du gibier, dit de lui qu'il est le plus grand songwriter de son temps, ce qui vous pose son bonhomme. En tout cas, un songwriter pas comme les autres qui consacre une grande partie de son travail à rendre compte en musique et souvent en chanson, du monde qui l'entoure à la manière combinée d'un journaliste – c'est lui qui le dit – et d'un entomologiste. Après son album tiré d'annonces Craigslist, un autre consacré aux histoires hantant la ville de Los Angeles, une pièce orchestrale sur le thème des sans-abris et avant une série de chansons entamée récemment composées à partir de... tweets, Gabriel Kahane a vu les choses en grand avec Book of Travelers. Au lendemain de l'élection de Donald Trump, le New-Yorkais, fleuron de la génération dorée de 1981 (Chris Thile, Bon Iver, Nico Muhly...), a sauté dans un train pour un voyage de 15 000 km à travers les États-Unis, à la rencontre des électeurs de Trump. Pour comprendre, pour dialoguer, pour décrocher aussi des discours tout fait et des admonestations proliférant sur les réseaux sociaux.

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Gabriel Kahane : « la plupart des électeurs de Trump n'ont rien à voir avec ce que j'imaginais »

MUSIQUES | Deux soirs durant, le New-Yorkais Gabriel Kahane, découvert à Lyon en Petit Bulletin Live en 2016, vient présenter au Théâtre de la Croix-Rousse la version scénique de son album Book of Travelers, fruit d'un voyage en train de 8980 miles à travers l'Amérique entamé au lendemain de la l'élection de Donald Trump, à la rencontre de ses électeurs.

Stéphane Duchêne | Mardi 2 avril 2019

Gabriel Kahane : « la plupart des électeurs de Trump n'ont rien à voir avec ce que j'imaginais »

Book of Travelers est né de l'élection de Donald Trump, comment vous êtes-vous senti dans les minutes qui ont suivi sa victoire ? Gabriel Kahane : En réalité, ce projet est antérieur à tout cela. Je travaillais sur des chansons en rapport avec l'idée de voyage dans la culture américaine. Depuis les pèlerins jusqu'à la renaissance au XXe siècle du voyage comme expérience mystique – avec la création des Parcs nationaux sous la présidence Roosevelt, tout un vocabulaire quasi religieux s'est développé autour de l'idée de voir Dieu dans la Nature. Mais ça me semblait un peu trop cérébral et intellectualisant. J'ai alors pensé que je devrais partir en voyage pour donner un cadre narratif à ces chansons – j'en avais déjà écrit 17 ou 18. Trois semaines avant l'élection, alors que comme beaucoup d'Américains j'étais perplexe à l'égard de l'ascension de Donald Trump, j'ai décidé que quel que soit le résultat du scrutin, je sauterai dans un train le lendemain à la rencontre des gens, guidé par ma croyance qu'aussi répulsif et toxique puisse être Trump, ses supporters ne l'étaient pas nécessairement tous. Je voulais comprendre

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Karavel hisse les voiles

Danse | Trois créations en quatre mois (Nuits de Fourvière, Montpellier Danse et Biennale de la Danse) : Mourad Merzouki est inépuisable et c'est d'ailleurs (...)

Nadja Pobel | Mardi 9 octobre 2018

Karavel hisse les voiles

Trois créations en quatre mois (Nuits de Fourvière, Montpellier Danse et Biennale de la Danse) : Mourad Merzouki est inépuisable et c'est d'ailleurs treize jours après la création de Folia aux Nuits que le chorégraphe faisait part de la douzième édition du festival Karavel qui se déroulera du 10 octobre au 4 novembre, essentiellement au Pôle en Scènes (Pôle Pik + Pôle Camus) qu'il dirige mais aussi à la Maison de la Danse, Toboggan, Aqueduc, Radiant... Suivra dans "son" CCN de Créteil Kalypso, jumeau de Karavel, en faisant ainsi l’événement de danse hip-hop le plus important en Europe. C'est cette obstination à mettre cette danse sur les grandes scènes qui permet de présenter Soi (Cie Drive, à Dardilly le 12 octobre), sorte de théâtralisation des gestes du quotidien ou Usure (au Pôle Camus le 16 octobre), première du nouveau travail de Brahim Bouchelaghem qui s’intéresse précisément à l'usure du mouvement, arguant du fait qu'un hip-hopeur ne s'arrête pas de danser lorsqu'il ne fait plus de tours sur tête. Ce sont toutes les variations de cet art majeur qui, en 34 spectacles, confére

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La Métropole investit dans la culture

Politique Culturelle | Elle en aura mis du temps à se trouver une voie en matière de culture, la Métropole. Mais près de trois ans après sa création, elle choisit d'aider financièrement les festivals Sens interdits, Karavel et la biennale Hors normes. Un geste politique loin d'être anodin.

Nadja Pobel | Lundi 24 septembre 2018

La Métropole investit dans la culture

David Kimelfeld ressent le souffle des vents contraires : du retour annoncé précipitamment de Gérard Collomb à une séance du Conseil ce 17 septembre où il fut interpellé par l'élue Nathalie Perrin-Gilbert quant à l’insuffisance réelle d'hébergement des mineurs isolés alors que la Métropole en a la responsabilité... Mais sur un autre volet, la culture, il avance quelques pions plus importants qu'il n'y paraît. Lors de ce même conseil de mi-septembre, la Métropole a voté une subvention à trois festivals : Sens Interdits, Karavel, la Biennale Hors Normes. Pourquoi ceux-ci ? Selon Myriam Picot, vice-présidente chargée de la culture, il fallait que ce soit « des événements déjà connus, qui ont un retentissement avec des acteurs nationaux voire internationaux, qui se produisent dans plusieurs communes de la métropole et surtout qu'ils soient différenciants (sic) au niveau des esthétiques et des pratiques. » Le GRAME, qui organise la Biennale Musique en Scène, devrait être concerné par cette aide dans un an, à quelque mois de sa prochaine éditio

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Massimo Furlan au cœur des 7 Collines

Festival des 7 Collines | Dans la dense programmation circassienne (compagnies Dyptik, Puéril péril, CIA³, Circa...) et avant le concert si chaleureux de Goran Bregović avec (...)

Nadja Pobel | Mardi 19 juin 2018

Massimo Furlan au cœur des 7 Collines

Dans la dense programmation circassienne (compagnies Dyptik, Puéril péril, CIA³, Circa...) et avant le concert si chaleureux de Goran Bregović avec ses 3 lettres à Sarajevo, voici que débarque aux 7 Collines l'hurluberlu Massimo Furlan. Cet Italo-Suisse ne travaille jamais seul. Il embarque toujours avec lui des non-professionnels du théâtre avec qui il bâtit un spectacle. À sa décharge (si toutefois cela était nécessaire), il n'est pas issu du sérail des arts vivants mais des Beaux-Arts de Lausanne. Cette saison, il présentait à Lyon, pour le compte du festival Sens interdits, Hospitalités, avec des habitants d'un village du Sud-Ouest français qui racontaient, face public et en images, comment ils avaient accepté/craint/cédé à l’accueil d'une famille de migrants. Tout récemment encore, à Colombes, il rejouait la tragédie footballistique de Séville sans ballon et avec les autochtones entraînés pour l'occasion et guidés à l'oreillette, pour reproduire le France-RFA en demi-finale du Mondial 82. À Saint-Étienne, il présente Travelling, expérimenté pour la première fois à Fribourg

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Karavel souffle ses dix bougies

Hip-Hop | Dirigé par l'une des figures phares du hip-hop français, Mourad Merzouki, le festival Karavel fête cette année son dixième anniversaire (du 12 octobre au 6 (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 11 octobre 2016

Karavel souffle ses dix bougies

Dirigé par l'une des figures phares du hip-hop français, Mourad Merzouki, le festival Karavel fête cette année son dixième anniversaire (du 12 octobre au 6 novembre dans onze lieux de l'agglomération lyonnaise). Au programme de cette édition : une dizaine de compagnies, connues ou émergentes. Parmi celles-ci, la compagnie Accrorap de Kader Attou revient jusqu'aux racines de son art avec The Roots (créé en 2013), un retour sur trente années d'histoire du hip-hop pour onze interprètes. On attend aussi beaucoup du trio poétique Traces de Mickaël Le Mer, de la pièce Hashtag des Pockemon Crew, de Corpus inspiré d'aphorismes de Nietzsche de la Cie De Fakto d'Aurélien Kairo, et de la pièce 100 % féminine de Nawel Lagraa, une chorégraphe venue de l'univers de la danse classique... Le festival propose aussi des spectacles jeune public et une soirée de shows hip-hop le mardi 18 octobre à l'Espace Albert Camus de Bron.

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Dans la tête de Ravel

MUSIQUES | Plonger dans l’écoute de ses deux concertos composés pour le piano, c’est s’immiscer dans la tête de Maurice Ravel. Ultimes partitions du compositeur, elles (...)

Benjamin Mialot | Mardi 9 juin 2015

Dans la tête de Ravel

Plonger dans l’écoute de ses deux concertos composés pour le piano, c’est s’immiscer dans la tête de Maurice Ravel. Ultimes partitions du compositeur, elles sont écrites alors qu’il souffre déjà des troubles cérébraux qui l’éloigneront de la musique les cinq dernières années de sa vie. On peut, sans fabuler, entendre dans leurs tourments quasi schizophrènes (superpositions de métriques et tonalités contraires) les maux qui affectaient Ravel. Á ces collisions s’ajoutent des tensions entre tendresse et âpreté, classicisme et modernité. Si Ravel respecte la structure classique du concerto, il l’enrichit d’influences jazz glanées lors de son récent séjour aux États-Unis. Le Concerto pour la main gauche est écrit pour le pianiste Paul Wittgenstein. Amputé de la main droite pendant la Grande guerre, celui-ci commande à Ravel une œuvre qu’il puisse jouer d’une main. Le compositeur imagine une pièce au climat maléfique qui donne l’illusion que ce sont bien deux mains qui parcourent le clavier. Quant au Concerto pour piano en sol, c’est un chef-d’œuvre absolu où le soliste et l’orchestre rivalisent de virtuosité. Son mouvement central, l’Adagio a

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Mourad au royaume des filles

SCENES | Amorcée samedi dernier, la 8e édition du festival de danse urbaine Karavel fait ce mercredi 15 octobre la part belle aux pionniers du mouvement hip hop, (...)

Nadja Pobel | Mardi 14 octobre 2014

Mourad au royaume des filles

Amorcée samedi dernier, la 8e édition du festival de danse urbaine Karavel fait ce mercredi 15 octobre la part belle aux pionniers du mouvement hip hop, invitant à l'université Lyon 2 les désormais quadragénaires mais toujours vaillants Tayeb Benamara, Bintou Dembélé et Hakim Maïche. Autre vétéran, le grand ordonnateur de la manifestation, Mourad Merzouki, créera lui 7Steps au Radiant (vendredi 17), une pièce entièrement féminine avec des danseuses venues de Belgique, du Danemark, de Finlande, des Pays-Bas et d'Angleterre. De ce que nous en avons vu – soit la quasi-intégralité – cette partition ultra tonique et jamais caricaturale sera le très beau point d’orgue d'une édition qui, par ailleurs, multiplie les petites formes et les master-classes dans sa maison-mère, le Pôle Pik de Bron. Largement présent aussi à l’Espace Albert Camus (avec le Pockemon Crew notamment, le jeudi 16, ou les drôles d’Androïdes de Air Compagnie), Karavel s’aventure sur des terrains plus lointains et bien plus pauvres en matière culturelle que les villes pré-citées. Ainsi de la petite commune de l’Ain Saint-Etienne-du-Bois, preuve que le hip-hop est exportable autan

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Et ils tapent, tapent, tapent...

MUSIQUES | L'Auditorium accueille la première représentation lyonnaise de "Trois contes", spectacle créé en 2008 dans lequel, à l'aune des airs les plus merveilleux de Ravel, les Percussions Claviers de Lyon rendent toute leur ambiguïté aux contes de Perrault. L'occasion de revenir sur l'histoire de cet ensemble singulier tout juste trentenaire. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 25 février 2014

Et ils tapent, tapent, tapent...

Mi-février se tenait à Berlin le festival Stargaze, du nom d'un jeune ensemble de bâtisseurs de pontsentre musiques savantes et pop. A son affiche, nombre de prodiges du grand écart de registre, de Nico Muhly à Bryce Dessner, le guitariste de The National, pour plusieurs relectures du In C de Terry Riley, l’œuvre fondatrice du minimalisme, dont une littéralement transcendante par le producteur techno Pantha du Prince et les percussionnistes à blouse grise du Bell Laboratory. Lesquels auraient tout à fait pu céder leur place aux Percussions Claviers de Lyon, collectif qui depuis trente ans construit un répertoire contemporain comme on dynamite des tours (d'ivoire).  Le club des cinq Fin des années 70. «Né avec un piano sous les doigts», Gérard Lecointe, directeur artistique de l'ensemble et depuis peu successeur désigné de Roland Auzet à la tête du Théâtre de la Renaissance, intègre le conservatoire de Lyon au moment où un cursus de percussions y voit le jour. Poussé à le suivre par son père, il fait la connaissance déterminante de François Dupin, professeur à forte personnalité qui les incitera, lui et ses camarades de promotion, à s'inventer un futur à la marg

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L'île aux grands enfants

SCENES | Avec deux reprises et une nouvelle création (Smart Faune, que nous vous recommandons à l'aveuglette) au Complexe du Rire et une résidence au Karavan (pour (...)

Benjamin Mialot | Vendredi 13 septembre 2013

L'île aux grands enfants

Avec deux reprises et une nouvelle création (Smart Faune, que nous vous recommandons à l'aveuglette) au Complexe du Rire et une résidence au Karavan (pour une comédie footballistique intitulée Carton rouge), le prolifique Jacques Chambon est l'un des hommes forts de la rentrée café-théâtrale. Nous vous le sous-entendions la semaine passée, nous vous le confirmons maintenant que nous l'avons vu à l’œuvre dans Fin de race, délirant huis clos post-apocalyptique que Gilles Graveleau met en scène et co-interprète avec lui à Gerson jusqu'à la fin du mois. Car Chambon y est, avec sa voix de doubleur de séries d'animation japonaises et son physique de gamin tombé dans une fontaine de sénescence, tout simplement désopilant en last man on Earth amnésique et régressif prêt à tout pour se taper avant le mythomane qui lui sert de compagnon d'infortune (Graveleau, impeccable mais plus timoré) une belle blonde chargée de perpétuer la race humaine (Alexandra Bialy, qui aurait pour le coup mérité un rôle un peu moins bateau). Sa performance n'empêche pas Fin de race d'être perfectible e

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La danse s’éclate

SCENES | Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui (...)

Jean-Emmanuel Denave | Jeudi 16 mai 2013

La danse s’éclate

Après le passé (le Boom des années 80), la Maison de la danse se tourne vers l’avenir avec le festival Sens dessus dessous. Et invite cinq compagnies «qui questionnent les formes scéniques, qui s’interrogent sur la fonction de l’art aujourd’hui et jouent avec les frontières des disciplines». On passera ainsi allégrement du nouveau one woman show (chant, danse, humour) d’Eugénie Rebetez, toute en rondeurs et truculences, aux manipulations mentales du magicien Thierry Collet ou à la "nature morte" dansée par le Nigérian Qudus Onikeku… Pour mieux brouiller les frontières encore, la compagnie belge Fabuleus reprendra son spectacle We Dance to Forget, fête déjantée nourrie pêle-mêle d'électro dancefloor, de rock et des grands classiques de la danse ! Au-delà de la révolte des chorégraphes de la non-danse des années 1990 (Alain Buffard, Boris Charmatz…), éclot une nouvelle génération d’artistes ouverts à bien des influences, bourrés d’énergie et n’hésitant pas à renouer avec l’expressionnisme, la narration, la "danse qui danse". On sera particulièrement attentif à la venue du Québécois Frédéri

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Deux fougueux sur un plateau

MUSIQUES | Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l’hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme (...)

Pascale Clavel | Jeudi 16 mai 2013

Deux fougueux sur un plateau

Piano à Lyon reçoit le très médiatique violoniste Renaud Capuçon et l’hypnotique pianiste géorgienne Buniatishvili. Deux magnifiques interprètes pour un programme finement ciselé de sonates pour piano et violon de Franck, Enesco et Bartok, ambassadeurs d'un post-romantisme assez méconnu. Redécouvrir, sous leurs doigts magiques, les couleurs un peu passées de ces musiques élégantes et aux harmonies d’une exceptionnelle richesse revient presque à atteindre un nouveau monde. Georges Enesco reste peut-être, à notre époque, le compositeur le plus confidentiel des trois. Une citation, recueillie par le critique Bernard Gavoty, pourrait le résumer : «La perfection qui passionne tant de gens ne m’intéresse pas. Ce qui importe, en art, c’est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres». L’œuvre d’Enesco est en effet faite pour chacun et touche jusqu’à la moelle. Sa sonate, pétrie des sonorités d’Europe centrale, offre des impressions d’immensité, impose un tempo toujours en mouvement, révèle des timbres évoquant une musique tzigane plaintive. Quant à Franck, Renaud Capuçon

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L’invention du tube

MUSIQUES | Leonard Slatkin a un rêve : enregistrer toute l’œuvre avec orchestre de Ravel. Ce pari fou est déjà bien avancé, l’intégrale se fabriquant chez Naxos au fil (...)

Pascale Clavel | Lundi 6 mai 2013

L’invention du tube

Leonard Slatkin a un rêve : enregistrer toute l’œuvre avec orchestre de Ravel. Ce pari fou est déjà bien avancé, l’intégrale se fabriquant chez Naxos au fil des saisons. En novembre, nous avons pu en entendre deux extraits, L’Heure espagnole et L’Enfant et les Sortilèges, deux délicieux opéras interprétés pour l'occasion en version concert. Pour les deux soirées à venir, tubes garantis avec le très (trop ?) connu Boléro de Ravel, La Mer de Debussy et quelques pages musicales plus intimes mais tout aussi exaltantes. Par exemple Pavane pour une infante défunte et Rapsodie espagnole, pièces dans lesquelles Ravel déploie tout son génie de coloriste, livrant le portrait d'une Espagne féérique. Quant au Boléro, Ravel disait de lui qu’il devrait porter en exergue : «Enfoncez-vous bien cela dans la tête». Et le compositeur d’expliquer : «en 1928, sur la demande de Mme Rubinstein, j'ai composé un boléro pour orchestre. C'est une danse d'un mouvement très modéré et constamment uniforme… Le seul élément

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1 Ravel, 2 opéras

MUSIQUES | L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges, les deux opéras en un acte de Ravel, ne sont que très rarement donnés et encore plus rarement programmés (...)

Pascale Clavel | Jeudi 17 janvier 2013

1 Ravel, 2 opéras

L’Heure espagnole et L’Enfant et les sortilèges, les deux opéras en un acte de Ravel, ne sont que très rarement donnés et encore plus rarement programmés ensemble dans une même soirée. Précipitons-nous donc à l’Auditorium les 24 et 26 janvier prochains pour entendre ces deux petits bijoux bouffis de poésie et de drôlerie. L’Heure espagnole, comédie musicale enlevée, a été créée à l’opéra comique en 1911. L’intrigue en est simple : une Espagnole veut profiter de l’heure d’absence hebdomadaire de son mari pour inviter ses amants. L’Enfant et les sortilèges, sur un livret de Colette, est une fantaisie lyrique savoureuse et décalée. Ces deux opéras sont proposés en version concert, ce qui peut paraitre étonnant lorsqu’on sait que la mise en scène souvent magnifie une œuvre lyrique. Le procédé peut cependant se révéler très efficace si la distribution est parfaite, l’auditeur se concentrant alors sur l’essence même de la musique. Pour ce programme attendu (et qui s’exportera dès le 29 janvier à la salle Pleyel à Paris), celle imaginée par Leonard Slatkin s'avère très cohérente. Musicalement, les deux opéras montrent comment Ravel s’inspire

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Jeunes, beaux et pianistes

MUSIQUES | Le 21 juin, c’est la fête mais on peut y regarder à deux fois, c’est le jour où la musique classique se met entre parenthèse. Pour des raisons obscures et (...)

Pascale Clavel | Jeudi 14 juin 2012

Jeunes, beaux et pianistes

Le 21 juin, c’est la fête mais on peut y regarder à deux fois, c’est le jour où la musique classique se met entre parenthèse. Pour des raisons obscures et puis parce qu’il en va ainsi depuis l’origine, cette musique là n’est guère représentée le jour J. Heureusement, Piano à Lyon résiste et son directeur artistique Jérôme Chabannes propose pour la Fête de la musique un bien beau moment généreux et gratuit, dans la cour de l’Hôtel de Ville. Deux concerts savamment ficelés où de jeunes pianistes, élèves de Michel Dalberto et de Roger Muraro au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, offrent un programme tonique et vivifiant. Le 21 juin donc, à 13 heures, un premier concert : le jeune Valentin Cotton s’y colle et, sous ses doigts, la très célèbre sonate «Les Adieux» de Beethoven, un monument de la musique romantique, un opus complexe et exaltant, un monolithe compact et d’une grande finesse. Cotton interprète également la Sonate Opus 1 d’Alban Berg ainsi que Kreisleria

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Vous avez dit classique ?

MUSIQUES | Classique & lyrique — Le cru 2012, toutes maisons confondues, reste savoureux, surprenant, audacieux et remarquablement de notre temps. De l’Auditorium à l’Opéra, en passant par le CNSMD tout en faisant un crochet par GRAME, tout est à découvrir avec gourmandise. Pascale Clavel

Pascale Clavel | Vendredi 23 décembre 2011

Vous avez dit classique ?

L’Auditorium a décidé de miser gros sur l’idée du festival et trois grands rendez-vous nous attendent. Le Festival French Kiss, qui rassemble les musiques françaises de tous les temps, tous répertoires mêlés. La première mouture ayant eu un certain succès, la seconde se déploie de janvier à février et offre un éventail d’œuvres et d’interprètes très étonnant. Les enfants ne sont pas en reste, pour eux, la maison a concocté un Festival "Le Loup". Durant une semaine, les petits pourront avoir peur, la bête revient, sort du bois pour se retrouver au beau milieu du plateau de l’Auditorium. Et puis, en fin de saison, le public va pouvoir danser à perdre haleine avec un Festival Valse assez réjouissant. Du côté de l’Opéra : un festival dont Serge Dorny a creusé le sillon de longue date. Des œuvres méconnues de Puccini se confrontent à de petits opéras allemands de la même époque. L’idée est de mettre en lien des pièces à l’esthétique presque opposée mais qui parlent d’une seule et même voix d’un début de XXe siècle fascinant et innovant. Une machinerie énorme, trois metteurs en scène, un seul chef d’orchestre, Lothar Koenigs, qui pendant trois semaines, portera tout à bout de baguette

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Un Talent, en Majuscule

MUSIQUES | Classique / Pour sa septième édition, Piano à Lyon a choisi de faire une belle place aux jeunes talents. Parmi eux, la jeune et remarquable pianiste (...)

Pascale Clavel | Jeudi 6 octobre 2011

Un Talent, en Majuscule

Classique / Pour sa septième édition, Piano à Lyon a choisi de faire une belle place aux jeunes talents. Parmi eux, la jeune et remarquable pianiste géorgienne Khatia Buniatishvili ouvre la saison. Sa notoriété va déjà croissante. C’est à dire qu’à 23 ans, elle brille comme ses aînés et irradie comme personne. Ceux qui ont pu l’entendre parlent à voix basse d’un miracle musical, comme en secret, comme s’ils étaient trop éblouis. Sa maitrise technique, sa grande virtuosité, son élégance naturelle sont à couper le souffle. Quant à son lien avec le piano, il paraît d’une simplicité étonnante : «Pour moi, jouer est un plaisir physique, comme danser.» Elle vient à Lyon pour une soirée unique, et Jérôme Chabannes, le directeur artistique de l’événement, peut se féliciter d’avoir su programmer cette perle rare. Remarquée par la grande Martha Argerich, Khatia Buniatishvili a fait des débuts fulgurants avec l’orchestre de Philadelphie. Révélation du Festival de Verbier avec le périlleux Troisième Concerto de Rachmaninov, elle va interpréter Salle Molière la Sonate en si mineur et la Méphisto-Valse de Liszt, trois Scherzos de Chopin ainsi que trois mouvements de Petrouchka de Stravinsky.

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Tryptique musical

MUSIQUES | Petite balade dans trois lieux où la musique classique bouillonne, où l’innovation est un credo, où l’exigence artistique semble totale. Passez par (...)

Pascale Clavel | Jeudi 15 septembre 2011

Tryptique musical

Petite balade dans trois lieux où la musique classique bouillonne, où l’innovation est un credo, où l’exigence artistique semble totale. Passez par iciLe Festival de Musique Baroque ouvre sa 29e édition. Son directeur artistique, Eric Desnoues, peut se frotter les mains par avance. Il a su faire venir les baroqueux les plus audacieux, ceux qui savent prendre encore des risques, ceux qui osent faire quelques infidélités à la partition, ceux qui offrent généreusement des interprétations réjouissantes voire inattendues. Dès l’ouverture, grand frisson assuré avec l’Ode à Sainte Cécile de Purcell sous la baguette d’un Jean Tubéry qui impose toujours une lecture pleine de spiritualité et d’élégance aux œuvres qu’il touche. S’égrènent au fil de la saison des chefs-d’œuvres servis par des interprètes très inspirés. Un Messie de Haendel, une Fairy Queen de Purcell, une Passion selon Saint Jean de Bach. À côté de ces mastodontes, s’imposent de drôles de petits moments décalés et savoureux. Et par làDe la sérénité, de la fierté aussi pour Jérôme Chabannes, directeur artistique de Piano à Lyon. Une septième saison qui s’annonce exceptionnelle, un programme à rendre jalo

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Hip-hop

SCENES | Inauguré en mai dernier, le centre chorégraphique Pôle Pik à Bron (dédié au hip-hop et dirigé par Mourad Merzouki) pilotera la 4e édition du festival Karavel. Le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 3 septembre 2010

Hip-hop

Inauguré en mai dernier, le centre chorégraphique Pôle Pik à Bron (dédié au hip-hop et dirigé par Mourad Merzouki) pilotera la 4e édition du festival Karavel. Le festival aura lieu du 13 au 20 octobre à l'Espace Albert Camus et réunira une douzaine de compagnies européennes. Autres dates hip-hop à retenir : Mickaël Le Mer au Toboggan les 14 et 15 octobre (dans le cadre des lauréats du concours Reconnaissance), Kadia Faraux et sa relecture de "Tartuffe" le 26 octobre au Centre Charlie Chaplin à Vaulx-en-Velin.

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La grande Martha

MUSIQUES | Fauve indomptable, pianiste hors paire, femme caractérielle, Martha Argerich est de retour. Piano à Lyon lui ouvre ses portes les 26 et 28 novembre, salle (...)

Pascale Clavel | Jeudi 19 novembre 2009

La grande Martha

Fauve indomptable, pianiste hors paire, femme caractérielle, Martha Argerich est de retour. Piano à Lyon lui ouvre ses portes les 26 et 28 novembre, salle Molière, pour deux concerts exceptionnels. À chacune de ses apparitions, le public est en transe, comme en extase devant une merveilleuse icône. En deux programmes sous forme de patchwork, elle abordera tous les styles avec la même puissance dramatique. De Mozart à Bartok en passant Schumann, Martha Argerich offre une musique d’une grande élégance.

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Festival Karavel

SCENES | Dirigée par Mourad Merzouki, la troisième édition du festival de danse hip-hop Karavel (du 17 au 24 octobre à l'Espace Albert Camus à Bron) propose cette année un (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 9 octobre 2009

Festival Karavel

Dirigée par Mourad Merzouki, la troisième édition du festival de danse hip-hop Karavel (du 17 au 24 octobre à l'Espace Albert Camus à Bron) propose cette année un programme riche et enflammé... On y retrouvera le grand maître allemand du hip-hop des années 1990 Niels Storm Robitsky, dit «Storm», les fougueux Wanted Posse, le duo Raphaël et Sébastien mêlant la danse à la vidéo et au théâtre... Mais aussi de manière plus surprenante, l'électron libre Pierre Rigal ou la célèbre chorégraphe Joëlle Bouvier qui présentera sa création 'Dolls' croisant Kafka au hip-hop ! Last but not least, le chorégraphe lyonnais Denis Plassard et les danseurs de la compagnie Kafig concocteront un grand bal ouvert à tous le vendredi 23 octobre à partir de 20h30...

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Les musiques actuelles donnent de la voix

MUSIQUES | Table ronde / Entre difficulté à se structurer et à se faire entendre des pouvoirs publics et disparition d'acteurs essentiels du secteur, la saison dernière a été difficile pour les musiques actuelles lyonnaises. Table ronde animée par Stéphane Duchêne

Dorotée Aznar | Mardi 22 septembre 2009

Les musiques actuelles donnent de la voix

Les intervenants : Olivier Boccon-Gibod, directeur de Caravelle prod., président du collectif musiques actuelles de l'agglomération lyonnaise (C-Mal)Éric Fillon, programmateur de MediatoneFabien Hyvernaud, attaché de production de Kao KonnectionAntoine Levallois, musicien, guitariste de Fake Oddity, chef de projet du label Honey Pie Petit Bulletin : Après une année particulièrement compliquée pour les musiques actuelles lyonnaises, comment vivez-vous ce début de saison ?Fabien Hyvernaud : Pour nous à Kao Konnection, c'est évidemment un peu morose. Les licenciements ont un peu entaché la motivation. On espère que cette année se finira mieux que la précédente.Olivier Boccon-Gibod : On est vraiment dans la continuité de l'an dernier : le contexte est toujours aussi noir et les acteurs toujours aussi fragiles. Mais on a tous la volonté d'avancer.Éric Fillon : Cela engendre aussi plus de solidarité au sein du C-MAL (Collectif Musiques Actuelles de l'Agglomération Lyonnaise qui regroupe une trentaine d'acteurs des musiques actuelles, tourneurs, programmateurs, labels...

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Martha Argerich et Akiko Ebi

MUSIQUES | Piano à Lyon, nouvelle saison. L’événement est attendu, le public se bouscule, les abonnés ne connaissent pas la crise et Jérôme Chabanne jubile. Il a bien (...)

Pascale Clavel | Jeudi 16 octobre 2008

Martha Argerich et Akiko Ebi

Piano à Lyon, nouvelle saison. L’événement est attendu, le public se bouscule, les abonnés ne connaissent pas la crise et Jérôme Chabanne jubile. Il a bien raison, lui qui mène une lutte acharnée pour que Piano à Lyon soit un rendez-vous international de grande qualité. En neuf concerts, c’est le gratin des pianistes qui se déplace et l’ouverture de saison va faire pâlir le monde musical tout entier : l’inclassable et mythique pianiste Martha Argerich sera à la salle Molière les 22 et 23 octobre. Elle sera accompagnée d’Akiko Ebi dans un programme étonnant, de Mozart à Ravel en passant par une très belle transcription pour deux pianos de Casse-Noisette de Tchaïkovsky.

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