Petite mort entre amis

Dorotée Aznar | Jeudi 1 décembre 2011

Photo : © Philippe Delacroix


Contemporain et ami de Maïakovski dont il partage un humour ravageur et désespéré, inspiré des déliquescences de l'idéal révolutionnaire, Nicolaï Erdman a connu avec ses deux pièces des démêlés avec la censure qui se sont étalés sur plusieurs décennies, ce qui explique en partie leur inaccessibilité jusqu'à aujourd'hui. Le Suicidé (1928), fort de sa récente traduction par le spécialiste de la littérature russe André Markowicz, se révèle être une œuvre à la trame satirique particulièrement audacieuse. Semione, chômeur volontaire (et donc rebut social), voit l'un de ses gestes mal interprété comme une tentative de suicide. Une ronde sans fin de beaux parleurs va tenter de lui faire reprendre goût à la vie, avant que son futur geste ne se fasse récupérer par des notables et politiciens opportunistes, qui pensent que c'est toujours mieux de se foutre en l'air pour la “bonne cause“… Ce bal des hypocrites et des écorchés vifs exige un rythme effréné, quasi épuisant, que les partis pris de Patrick Pineau n'arrivent pas toujours à honorer, notamment lors des transitions musicales (qu'on aurait par ailleurs allègrement remplacées par l'orchestre tsigane prévu dans le texte) ; une impression encore renforcée par les aléas d'une distribution inégale, où surnagent la splendide Anne Alvaro et le bouillonnant Pineau dans le rôle-titre. Mais on peut gager que depuis Avignon, où l'on a découvert la pièce, la machine a dû se roder.
François Cau

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Patrick Pineau : L'Art de l'acteur

Théâtre de la Croix-Rousse | Avec L'Art de la comédie, le metteur en scène Patrick Pineau se met au service de ses acteurs et prouve qu'il sait aussi bien les diriger qu'il a su occuper lui-même les planches précédemment.

Nadja Pobel | Mardi 29 novembre 2016

Patrick Pineau : L'Art de l'acteur

C'était il y a quinze ans et pourtant le génie de Patrick Pineau dans Un fil à la patte (version Lavaudant) est encore incrusté dans nos mémoires. Il fut aussi un Cyrano mémorable en 2013 aux Nuits de Fourvière, dans une mise en scène (Lavaudant encore) un brin académique. Mais le comédien ne s'est jamais vraiment contenté de parfaitement assurer ses rôles. Il transmet son art à d'autres en les dirigeant et notamment dans cet épatant Monsieur Amand dit Garrincha où il guida en 2001 puis à nouveau cet été Éric Elmosnino dans de multiples rôles loin d'être évidents. En choisissant L'Art de la comédie (crée à Sénart en janvier dernier où il est artiste associé), Patrick Pineau a d'abord fait le choix d'une fantastique matière à jouer, distribuant sa trou

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Monsieur Armand dit Garrincha : jouer juste avec Éric Elmosnino

Nuits de Fourvière | En dribblant dans les digressions de Serge Valletti, Éric Elmosnino est à la fois Garrincha et plus encore l'oncle footballeur de l'auteur. Au-delà de ces récits mêlés, il est surtout un acteur immense qui occupe formidablement bien le plateau.

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

Monsieur Armand dit Garrincha : jouer juste avec Éric Elmosnino

On ne va pas se mentir : un solo a toujours un aspect un peu intimidant pour le spectateur, qui sait que toute l'émotion lui sera transmise par une seule et même personne. C'est assez redoutable, aussi, pour le comédien. Mais, dans cette reprise de rôle (la pièce avait été créée à son initiative en 2001), Éric Elmosnino s'en sort de façon absolument remarquable. Cela tient bien sûr à son talent que l'on ne découvre pas ici et aussi à Patrick Pineau (récemment vu à Fourvière dans le rôle-titre de Cyrano sous la direction de Georges Lavaudant) qui signe une mise en scène tout en décadrages, utilisant le hors-champ à bon escient. Des images sont parfois retransmises en direct quand l'acteur est dans sa cuisine avant qu'il ne revienne sur le plateau, parcelle de terrain entourée de deux bancs aux couleurs limpides évoquant le Brésil sans porter le pays en étendard non plus. Manoel dos Santos dit Garrincha, ailier droit de la seleção, double champion du monde en 1958 et 1962, réputé pour toujours dribbler en passant à droite et icône aussi célèbre que Pelé dans son pays, est sauvé par Monsieur Armand. Ce jeune footballeur de l'OM, véridiquement le premier qui en j

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Anne Alvaro, valeur sûre et discrète

SCENES | Anne Alvaro sera à l’affiche du Toboggan pour une unique représentation de "Femme non rééducable". Bien trop court pour la salle décinoise, qui a souhaité prolonger sa présence en lui accordant une carte blanche. Belle occasion de faire plus ample connaissance avec une comédienne aussi discrète qu’essentielle…

Vincent Raymond | Mardi 24 novembre 2015

Anne Alvaro, valeur sûre et discrète

Lors de la sortie du Goût des autres (2000) d’Agnès Jaoui, nombreuses avaient été les interrogations portant sur "l’inconnue" partageant l’affiche et la vedette avec Jean-Pierre Bacri, Gérard Lanvin ou Alain Chabat. D’où venait-elle, cette actrice brune incarnant une comédienne de théâtre subjuguant un chef d’entreprise et parvenant à éveiller l’être sensible tapi en lui ? Son personnage droit et sincère, d’autant plus beau qu’il se démarquait d’un cortège d’hypocrites et de profiteurs, toucha unanimement : ses pairs décernèrent à Anne Alvaro le César du meilleur second rôle féminin et le grand public l’accueillit volontiers parmi "ses" visages familiers. Pour atteindre la reconnaissance, il suffit donc d’un rôle… et, surtout, de trente ans de métier ! Liberté chérie Au cinéma, la caméra cherche volontiers à saisir par le gros plan une mélancolie inquiète dans son regard, ou à profiter de son beau timbre grave ; et les rôles qu’on lui confie sont de plus en plus retenus, voire un peu battus — comme dans Le Bruit des glaçons (2010) de Blier, qui lui vaut un nouveau César. Au théâtre en revanche, «Anne déploie l’immensité de son savoir-f

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Un Français

ECRANS | De Diastème (Fr, 1h38) avec Alban Lenoir, Samuel Jouy, Patrick Pineau…

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Un Français

Un peu à la manière de La Loi du marché, Diastème s’est emparé d’un sujet hautement abrasif et d’actualité (la mouvance skinhead, des années 80 à aujourd’hui) qu’il approche avec une sècheresse narrative payante : l’itinéraire de Marco (Alban Lenoir, enfin dans un rôle à sa mesure au cinéma) est raconté caméra à l’épaule, sans musique, sans affèterie mais sans masquer non plus la violence de ses actes, puis découpé en blocs séparés par d’énormes ellipses. Le procédé permet au personnage de rester jusqu’au bout une énigme : qu’est-ce qui le fait peu à peu revenir dans le droit chemin ? Une étincelle de conscience ? Son dégoût vis-à-vis des méthodes de ses camarades ? Son envie de devenir un bon père et un bon mari ? Ou sa rencontre avec un pharmacien qui refuse de le juger ? Peut-être rien de tout cela en définitive, et si Marco traverse ainsi 28 années où l’extrême droite est passée de la violence clandestine à une façade de respectabilité, il le fait comme un fantôme en équilibre précaire, mal armé pour affronter les enjeux politiques de son temps, porté par un besoin d

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Dans la solitude de la Part-Dieu

SCENES | A priori, rien de mieux pour aborder le lien marchand et le désir qui structurent "Dans la solitude des champs de coton" que de le jouer dans un centre commercial. Pourtant, même avec deux grandes comédiennes, la mise en scène de Roland Auzet se dissout dans cet espace sans fin. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 19 mai 2015

Dans la solitude de la Part-Dieu

Un dealer, un client. Vendre, acheter. Ou, à tout le moins, désirer le faire. Car la pièce que Bernard-Marie Koltès a écrite en 1985, quatre ans avant son décès (suivront encore Roberto Zucco ou Le Retour au désert) est un prélude à l’action : ce qui se dit durant 1h15 a trait à la réflexion qui préfigure le geste de céder. Pourquoi et comment s’établit ce lien entre l’un et l’autre, qu’est-ce que ce désir dit de nous ? Quand bien même l’objet de la transaction ne serait pas une drogue, il y a bien une dépendance – voire une nécessité vitale de consommer. Bienvenue, en conséquence, dans ce temple moderne de la pulsion d'achat qu’est le centre commercial de la Part-Dieu, où se cognent aux vitres des enseignes, comme ils se cognent à eux-mêmes, des protagonistes en plein doute. Roland Auzet, qui n’a pas peur de se confronter à des textes âpres, fussent-ils pour les enfants (cf. Aucun homme n’est une île récemment), a choisi de confier ces rôles, jusque-là toujours masculins, à des comédiennes. Un choix qui, sans renverser le propos, a le mérite de prouv

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