Wax, de l'art de malaxer

Théâtre d'objets | Changer d'état. La question est plus que d'actualité, mais c'est avec de la cire passant de liquide à solide que Renaud Herbin convoque la métamorphose dans "Wax". Jolie parabole accessible dès la prime enfance.

Nadja Pobel | Mardi 16 mai 2017

Photo : © Benoît Schupp


Dans le paysage théâtral français, une trentaine de centres dramatiques nationaux quadrillent le territoire. Seuls deux d'entre eux sont dédiés au jeune public : le TNG qui accueille enfin avec Wax le second, qui est le TJP de Strasbourg. Son directeur (depuis 2012) Renaud Herbin, spécialiste ès marionnettes - le TJP étant fléché théâtre d'objets – parvient à pousser cet art vers la matière.

Pas de petites figurines manipulables par des fils, mais une matière à transgresser comme le fait également Johanny Bert avec des post-its ou de la mousse. De la cire renversée et figée sur une toile plastifiée mise à l'horizontale est prétexte à évoquer la distorsion. Rien ne tient bien en place sur le plateau, à commencer par la comédienne, Justine Macadoux (diplômée, comme Renaud Herbin, de l'École Supérieure Nationale des Arts de la Marionnette de Charleville-Mézières).

Elle se tord, tente de rester en équilibre, portant ce spectacle créé en octobre dernier aux confins du théâtre et de l'art plastique, mais aussi de la danse. Elle ne rentre pas dans ce cadre qu'elle évoque. Et lorsque, jouant des ombres de cette toile, elle tente d'entrer en elle et d'en épouser les contours, elle offre cette image étonnante de gestation inversée, un bébé qui retrouverait le ventre de sa mère, son premier refuge.

Fondu au jaune

Dans ce travail de trente minutes qui s'adresse aux enfants de 3 ans (et plus !), il n'est pas toujours aisé de trouver sa place d'adulte (des gestes accentués, des onomatopées très appuyées). C'est quand le metteur en scène propose des séquences plus sensuelles qu'il parvient à émouvoir vraiment, comme lorsque la comédienne glisse sa main sous la grande tâche de cire.

Son personnage ne construit alors plus un discours, il n'est que dans le ressenti, la sensation, contrairement à la découverte de la notion de pouvoir subodorée plus tôt : des bonshommes de cire sont alors démultipliés et gare à celui dont la tête dépasse. Renaud Herbin se joue de la réification et de la norme pour aller vers l'altérité et si les enfants présents ne se rendent bien sûr pas complètement compte qu'ils ont affaire à ces grands concepts, il leur reste ce désir de manipuler la cire – que l'on peut toucher à la fin – et ce plaisir de se transformer, de jouer avec des masques comme la comédienne qui, sa tête enfouie dans son immense tâche, lorgne vers un Elephant man qui ne dit pas son nom et flirte avec celui de Lynch.

Wax
Au TNG-Vaise jusqu'au dimanche 21 mai


Wax, comment sortir du moule ?

De Renaud Herbin, par le TJP, 40 min, dès 3 ans. Bienvenue dans l'atelier de Justine, petite fabrique d'êtres de cire
TNG - Les Ateliers-Presqu'île 5 rue Petit David Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Un ticket pour l'espace au Ninkasi

Clubbing | 2019 fut une année spatiale ou ne fut pas. On a pu le constater au cinéma avec des films comme Ad Astra, Proxima, le what the fuck cosmique (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 17 décembre 2019

Un ticket pour l'espace au Ninkasi

2019 fut une année spatiale ou ne fut pas. On a pu le constater au cinéma avec des films comme Ad Astra, Proxima, le what the fuck cosmique sino-netflixien The Wandering Earth (où l'on propulse la Terre, au moyen de réacteurs nucléaires pour voir si l'infini est plus noir ailleurs) et bien sûr le documentaire Apollo 11. Car oui cette année célébrait les premiers pas de l'humain sur la Lune — enfin surtout de Neil Armstrong car l'humain a surtout regardé ça à la télé — et même le lancement officiel du tourisme galactique — le Louvre c'est so XXe siècle — avec Virgin Galactic (même si le premier touriste spatial fut en 2001, le milliardaire Dennis Tito). Toujours au taquet sur les tendances, le Ninkasi a flairé là l'occasion non pas de lancer la première bière de l'espace — pourquoi embrasser l'infini quand on bras

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La tempête Waxahatchee au Périscope

Pop | Après une peine de cœur, Katie Crutchfield, aka Waxahatchee, laisse éclater sa tempête intérieure sur le tout récent Out in the storm. Ce récit cathartique du ratage en règle d'une histoire d'amour emmène cette ancienne punkette sur les chemins d'une pop qui donne envie de se rendre au Périscope pour la consoler.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 septembre 2017

La tempête Waxahatchee au Périscope

"Dehors, dans la tempête" : le dernier album de Waxahatchee ne pouvaient davantage coller à l'actualité météorologique américaine. Pourtant Out in the storm n'a rien à voir avec quelque considération météo. Ou alors intérieure, intime. Katie Crutchfield est l'une de ces filles à guitare introverties capables d'entrer en fusion et d'exploser comme un orage, l'humeur, y compris musicale, aussi changeante que le temps qu'il fait. « The margin’s gigantic, am I happy or manic » chante-t-elle sur Never Been Wrong, le morceau qui ouvre cet album, au sortir d'une relation amoureuse bien partie mais finalement bien trop mal branlée, à force de petites frustrations faisant boules de neige, pour finir autrement qu'en crash en plein vol. Avec ce que cela comporte d'acrimonies et d'assiettes mentales lancées à la tête de l'autre. Car Out in the storm n'est ni plus ni moins que le récit de ce processus. Assumé quand elle chante, toujours sur Never Been Wrong : « Everyone will hear me complain, everyone will pity my pain. » Silver Ce

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La 13e édition diaboliquement rythmée du Démon d'Or

Festival Démon d'Or | La programmation du festival Démon d'Or est tout juste sortie du four : avec Dub Inc et Wax Taylor en têtes de gondole, et une large place accordée à la scène dub.

Anaïs Gningue | Jeudi 16 février 2017

La 13e édition diaboliquement rythmée du Démon d'Or

Les têtes d’affiches de cette nouvelle édition ? Dub Inc, et Wax Tailor. Surtout, le festival reste fidèle à sa scène dub, toujours riche : on ne les présente plus, Stand High Patrol sera de la fête, comme le sound-system venu d’Espagne Iseo & Dodosound ou les vibes aériennes de Sumac Dub. Pour la touche britannique, on parie sur le dubstep / grime des Londoniens de Foreign Beggars. La performance scénique que promet Killason n’est à louper sous aucun prétexte. Cet élément turbulent bouleverse le paysage du rap français avec son hip-hop explosif, incisé au slang (l’argot anglais). Autre live essentiel à votre agenda de festivalier, celui des Lyonnais Pethrol, qui mêlent acoustique et digital grâce à la batterie/voix de Cédric Sanjuan et Héloïse Derly. Voyageons en terres africaines ! Avec Batuk, venu d’Afrique du Sud et du Mozambique pour faire découvrir son afro house, et les locaux Voilaa

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Reperkusound, dix ans d'éclectisme électro

MUSIQUES | Plus versatile que jamais, le festival Reperkusound fête son dixième anniversaire avec quelques invités de marque et des créations originales. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 31 mars 2015

Reperkusound, dix ans d'éclectisme électro

On a pas mal pesté contre l'inadéquation entre l'identité visuelle des Nuits de Fourvière 2015 – des photos du Burning Man, grand-messe de la liberté individuelle, de l'autosuffisance et de la création indie qui investit chaque été le désert du Nevada – et leur programmation. Mais au moins est-elle à l'avantage du dernier jouet de la Métropole. Le cas du festival Reperkusound est plus problématique : les collages techno-animaliers qui ornent ses supports de communication, comme surgis d'un temps où le leet speak (pardon, le 1337 5|*34|<) était la dernière mode, laissent entendre qu'il ne s'adresse qu'aux teufeurs à poil long non toilettés et/ou aux ressortissants de Doucheville – là où le soleil brille si fort qu'il faut aussi porter des verres protecteurs en intérieur. Or s'il y a pas mal de ça (autrement dit de la trance, du dubstep et de l'electro house, entre autres musiques trop souvent cabotines), Reperkusound a toujours eu la qualité de son défaut : une volonté affirmée de faire entendre la chose électronique dans son acception la plus large possible. La preuve par dix C'est particul

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Insomniaque - Semaine du 29 janvier au 4 février

29.01 Control Voltage #5Autant nous allons avoir un mal fou à départager les soirées du premier week-end de février, autant rares sont celles qui, sur cette fin de mois, affolent notre radar à insomnies. Suffisamment pour que l'on vous propose d'assister à un bœuf. En l'occurrence celui, unique en son genre, qui se tient une fois par mois au Kraspek Myzik, fait la part belle à l'expérimentation sur des machines pleines de fils et de boutons (genre des synthé modulaires) et voit intervenir des types aussi talentueux que Blackthread (qui vient de sortir avec Separating Day & Night un joli recueil de haïkus électriques).  31.01 No TropicsLa dernière fois que Percyl s'est aventuré sur le sol lyonnais, c'était à la fin de l'été dernier, pour l'open air organisé par Encore au Parc de la Cerisaie. Vous savez, celui qui s'est soldé par le suicide d'une armoire électrique et l'agonie d'une pelouse. Cette fois, c'est à La Marquise que ce duo parisien versé dans le sombre art de la techno fera résonner les échos métalliques et basses en forme de con

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Benjamin Mialot | Jeudi 17 mai 2012

Nuits sonores 2012 – Mercredi 16 mai - Report

D'ordinaire, au réveil, les deux premiers mots qui se forment dans notre tête sont «pipi» et «Nutella». Ce matin, lendemain de Nuits sonores oblige, ils ont laissé la place à «wow» et «putain». Comme dans «wow putain ce bourdonnement, j'ai l'impression d'avoir servi de diapason à une chorale de géants». Considérant la façon dont un Dj s'adapte aux convulsions de son audience et le nombre de pointures des platines composant l'affiche de cette dixième édition du festival, la comparaison n'est pas anodine. Putain d'usine ?   Et elle n'est, contrairement à ce que l'on craignait, pas corrélée à la sonorisation des lieux. Oh bien sûr, les anciennes usines Brossette, bien qu'en bonne place pour décrocher le titre d'espace le plus impressionnant jamais investi par Nuits sonores, ne se prêtent pas tellement, réverbération métallique oblige, à des prestations un tant soit peu orchestrales. Ce n'est d

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