Le festival du court sous les avalanches

ECRANS | La 38e édition du festival du film court en plein air de Grenoble confirme les tendances de l’an dernier, du moins concernant une compétition qui, malgré la profusion de l’offre (3000 films vus), manque clairement de diversité. On en a tiré une sélection de films intrigants, pertinents et percutants. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Ce fut la surprise de la 37e édition : le Grand prix du festival du film court en plein air de Grenoble a été remis au Skate moderne, pastiche drôle et bien vu de La Vie moderne de Depardon avec des skaters à la place des paysans, damant le pion à une multitude de films engagés et souvent trop sérieux. Derrière ce prix, un symbole : ses auteurs ne venaient pas d'une école de cinéma et leur film n'avait pas été produit dans les clous classiques du circuit court (métrage) ; c'était une vidéo commandée par Dailymotion, le genre de choses qui circulent longuement sur internet à la faveur des buzz et des partages viraux.

Cela dit quelque chose du challenge qu'affrontent les festivals de courts-métrages : une profusion de films inscrits, venus de partout dans le monde, où les productions les plus sauvages côtoient des montages financiers traditionnels (en France : CNC, régions, fonds nationaux d'aide…). Grenoble affiche cette année le chiffre record de 3000 films proposés au comité de sélection, et l'affaire est suffisamment grave pour que le festival lui consacre une table ronde le 8 juillet intitulée : "Avalanche de courts-métrages sur les festivals. L'enjeu ?" L'intégrité d'une programmation et d'une compétition face à une telle déferlante.

Inquiétudes

Que faire, comme disait Lénine ? Grenoble a choisi sa voie depuis deux éditions : d'un côté, un cinéma politique et social où le sujet et le message priment sur l'innovation esthétique ; de l'autre, une ouverture claire et nette vers le documentaire et l'animation. Soit à la fois un tour du monde des problèmes contemporains (au sommaire : crise économique, conflit israélo-palestinien, féminisme, racisme, banlieues, libéralisme tout puissant, problèmes identitaires, génocides, guerres civiles, exils…) et des respirations nécessaires oscillant entre l'anecdotique et l'exercice de style. Le recul de la forme classique du court (le film de fiction en prises de vues réelles) est notable ; mais, même quand des cinéastes s'y aventurent, la béquille du réalisme n'est jamais loin, et il est frappant de voir à quel point ils cherchent à en tirer des leçons rassurantes pour le spectateur…

Un film en provenance de Suisse parvient à éviter tout cela, alors qu'il semble au contraire charger méchamment la barque : Discipline (projection le jeudi) montre comment un banal incident dans une épicerie (un père gifle sa fille) va exacerber toutes les tensions ethniques, sociales et culturelles jusqu'à provoquer un grand chaos que le réalisateur, Christophe M. Saber, traite sur le ton de la farce grinçante. On rit, certes, mais plutôt jaune, tant le film suggère que ce microcosme-là figure la cocotte-minute sur laquelle l'Europe repose, prête à exploser pour un oui ou un non mal placé.

Une autre réussite de cette sélection, Samsung Galaxy de Romain Champalaune (le mardi), livre un constat glaçant : comment une entreprise, Samsung, peut devenir tentaculaire au point de décider de la vie, des loisirs et de l'intimité des citoyens d'un pays tout entier, la Corée du Sud, au prix d'un recul des libertés publiques. L'intelligence du film, c'est d'adopter une forme radicale (des photos et une voix-off) qui elle-même semble avoir été créée avec le Samsung Galaxy, comme une fausse pub subversive qui se retournerait contre son commanditaire.

Les derniers des Mohicans

Deux films parviennent quant à eux à se tenir à équidistance du cinéma sociétal et de la fiction stylisée : Don Miguel de l'Espagnol Kote Camacho (le samedi) qui, à partir d'un très poétique procédé de rotoscopie en noir et blanc, raconte la revanche des créditeurs sur les banquiers sans scrupule, et Mademoiselle (le samedi), premier court de l'acteur Guillaume Gouix qui, démarré sur des bases attendues (le machisme ordinaire d'une drague insistante en boîte de nuit) bascule peu à peu dans une réflexion mélancolique sur le moment où il faut assumer son âge et le fait d'être moins immédiatement désirable – un rôle borderline que la formidable Céline Sallette endosse à la perfection.

En fin de compte, les quelques œuvres qui optent clairement pour la fantaisie et l'imaginaire font figure de derniers des Mohicans dans la compétition, et c'est peut-être pour cela qu'ils tirent leur épingle du jeu. Ainsi, Bigpanic de Maurice Huvelin (le mercredi) est un film d'animation aussi bref qu'intensément inventif, dont le minimalisme (un seul plan, dans lequel s'ébroue quantité de petits personnages fortement teintés de retrogaming et d'esthétique 8Bit) fait du bien face à la sophistication confuse d'autres propositions animées.

Territoire de Vincent Paronnaud (le vendredi), lui aussi, fait du bien par où il passe. Paronnaud n'est pas un débutant : dessinateur de BD sous le nom de Winshluss, co-réalisateur de Persépolis et Poulet aux prunes et auteur d'un film d'une heure complètement barré (Villemolle 81), il fait rentrer ici de la rigueur dans sa folie – et pas l'inverse. En 1957 dans les Pyrénées, un berger solitaire pense que ses brebis sont victimes d'une attaque de loups. En fait, c'est à un tout autre genre de bêtes qu'il va se mesurer : des militaires drogués à une sorte de LSD les transformant en animaux enragés. Passant de l'angoisse au gore, de la menace sourde au survival violent, Territoire contourne systématiquement les écueils du genre à la française : peu de dialogues (le berger siffle pour se faire comprendre), un ancrage politique et historique jamais volontariste et un sens de l'efficacité qui fait mouche. Malgré son évident manque de moyens, le film a de la gueule et de la maîtrise, et prépare sans doute le passage au long en solo de son auteur – qu'on attend avec curiosité.

Festival du film court en plein air
Salle Juliet Berto et Place Saint-André, du 7 au 11 juillet

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La Source s'écoule toujours

Spectacles en ligne | Depuis quelque mois, malgré la situation sanitaire, la Source continue de proposer résidences et événements (pour la plupart en livestream), pour combler un tant soit peu notre irréductible besoin de consolation. Et voici que la dernière salve en date s'avance pour les prochaines semaines !

Stéphane Duchêne | Mercredi 17 février 2021

La Source s'écoule toujours

ÀÀ vos agendas : le programme débute très vite, dès ce jeudi 18 février, à 18h30, avec la sortie de résidence des P'tits Maux des Mômes, un spectacle jeune public de la Cie Poêle à Gratter. Une résidence durant laquelle la compagnie a proposé des ateliers musicaux à destination des enfants du Centre de loisirs de Fontaine. Sur scène, et donc à travers le filtre du livestream, on retrouve trois musiciens pour un spectacle participatif né de leurs expériences dans le milieu scolaire et de la petite enfance. Les mardi 23 et mercredi 14 février, à 19h, sonnera l'heure des auditions régionales des iNOUïS du printemps de Bourges, un événement réservé aux professionnels de la profession (il s'agit comme indiqué d'auditions) mais retransmis sur Sol FM, qui proposera également des interviews des artistes. Les huit artistes régionaux présélectionnés par l'antenne régionale des iNOUïS seront comme d'usage répartis en deux groupes sur les deux soirs : le rappeur Richi, la protée lyonnaise Thaïs Lona, le Brésilien d'origine Joao Selva et la magnifique gouaille gone de

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Un Festival du film court en plein air de Grenoble comme « reflet de la société d’aujourd’hui »

Festival | La 42e édition du Festival du film court en plein air de Grenoble, plus ancien rendez-vous du genre en France, se tiendra du 2 au 6 juillet sur la place Saint-André et dans plusieurs lieux de Grenoble. Avec un programme alléchant que Peggy Zejgman-Lecarme, directrice de la Cinémathèque, nous a minutieusement détaillé.

Alice Colmart | Mardi 18 juin 2019

Un Festival du film court en plein air de Grenoble comme « reflet de la société d’aujourd’hui »

Un écran de cinéma sur la place Saint-André pour y projeter des courts-métrages français et internationaux, ces films d’une durée inférieure à une heure, c’est le pari que se lancent chaque été depuis 42 ans les membres de la Cinémathèque de Grenoble. Et avec 10 000 spectateurs lors des dernières éditions, on peut dire que le festival a fait ses preuves. « C’est le plus ancien rendez-vous du film court en France » expliquait fièrement Peggy Zejgman-Lecarme, directrice de la Cinémathèque depuis 2016, le jour de la conférence de presse de l’événement. « C’est un festival grand public mais exigeant. Par exemple, ce n’est pas parce que c’est en plein air que la diffusion sonore n’est pas optimale. On mise vraiment sur la qualité. Et grâce à ça, c’est plaisant d’entendre dire par certains grenoblois que l’été ne commence pas tant que le festival n’a pas débuté ! » Demandez le programme Au total 59 films, visionnés en amont et sélectionnés par un jury professionnel, seront en compétition pour plusieurs prix. « Nous avons reçu 2 500 courts-métrages qui, globalement, sont le reflet de la société d’aujourd’hui. Il y a

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Festival Télérama : de l’art de la rétrospective 2018

ECRANS | Alors que le célèbre hebdomadaire propose du mercredi 16 au mardi 22 janvier au Club et au Méliès une sélection des meilleurs films de l'année écoulée (selon ses journalistes), le Jeu de Paume de Vizille fait de même. Mais avec lui, ce sont les spectateurs qui ont voté.

Vincent Raymond | Mardi 15 janvier 2019

Festival Télérama : de l’art de la rétrospective 2018

Il en va de même à chaque début d’année : on solde la précédente en effectuant des florilèges, palmarès ou best of, y compris dans les salles. Cette démarche louable permettant de rattraper quelques films manqués sur grand écran (ou de revoir ceux qu’on avait appréciés) possède cependant un ennuyeux double-tranchant : il réduit de fait la fenêtre d’exposition des nouveautés durant toute la seconde quinzaine de janvier. Et cause un choix cornélien au public, sommé d’arbitrer entre son goût pour le risque et celui du reviens-y. Ajoutons que l’art de la rétrospective ne se pratique pas partout de la même manière. Si les cinémas grenoblois le Club et le Méliès optent pour le clé en main, en reprenant la programmation établie par l’hebdomadaire Télérama (d’autant qu’ils sont malins les confrères : ils glissent toujours une ou deux p’tites avant-premières dans leur kit pour appâter le chaland – La Chute de l'empire américain de Denys Arcand, Tout ce qu'il me reste de la révolution de Judith Davis et Nos vies formidables de Fabienne Godet), le Jeu de Paume à Vizille a fait quant à lui dans

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"Mademoiselle de Joncquières" : mensonges et trahisons (et plus si affinités)

ECRANS | d'Emmanuel Mouret (Fr, 1h49) avec Cécile de France, Edouard Baer...

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré la funeste réputation de libertin qui le précédait, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une : que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne le réalisateur Emmanuel Mouret depuis ses débuts. L’autre, concomitante : pourquoi ne l’a-t-il pas exploré plus tôt ! Or, rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant, comme le cinéaste Robert Bresson, d’un extrait de Jacques le Fataliste de Denis Diderot, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne (1945) du premier se contentait d’une cynique mécanique

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Peggy Zejgman-Lecarme : « Le court-métrage a le même fonctionnement qu’un haïku »

Festival | Du mardi 3 au samedi 7 juillet, la place Saint-André sera, pour la 41e année consécutive, illuminée par le Festival du film court en plein air de Grenoble organisé par la Cinémathèque et sa directrice Peggy Zejgman-Lecarme. Interview.

Alice Colmart | Lundi 25 juin 2018

Peggy Zejgman-Lecarme : « Le court-métrage a le même fonctionnement qu’un haïku »

Le festival promouvra cette année « la création, la jeunesse et la vitalité d’un cinéma contemporain ambitieux et engagé ». C’est-à-dire ? Peggy Zejgman-Lecarme : Avant tout, les propositions doivent parler au plus grand nombre tout en étant qualitatives et doivent être des films avec lesquels les cinéastes se sont fait plaisir. Côté style, sur les 2400 productions envoyées, il y a très peu de comédies, comme chaque année, mais plus de drames, de tragédies, de films sociaux, témoins de ce qu’est la société d’aujourd’hui. L’année dernière, les sujets touchaient aux migrations et aux migrants. Cette année, ça parle de leurs intégrations, comme par exemple Abu Adnan de Sylvia Le Fanu en ouverture. La condition des femmes revient aussi dans les propositions comme Même pas mal, petit animal de Juliette Kempf sur l’histoire d’une mère célibataire qui veut organiser elle-même l’anniversaire de son enfant et qui doit en même temps répondre à une commande urgente en graphisme. D’autres films à nous conseiller avant de poursuivre ? C’est difficile, je

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Séances en courts au Festival du film court en plein air de Grenoble

Festival | La 41e édition est prévue du mardi 3 au samedi 7 juillet.

Aurélien Martinez | Mardi 19 juin 2018

Séances en courts au Festival du film court en plein air de Grenoble

Depuis 1978 se tient à Grenoble un festival dédié au court-métrage, forme cinématographique peu visible à l’année mais qui, pourtant, a permis à pas mal de cinéastes de faire leurs gammes – des grands noms d’aujourd’hui comme Michel Ocelot, Leos Carax, Mathieu Kassovitz ou encore François Ozon ont présenté des œuvres à Grenoble. Et qui, surtout, s’avère tout aussi riche que les autres (et notamment ce fameux long-métrage). Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à voir la sélection affûtée (des propositions légères que la brièveté renforce côtoient des films plus pointus) proposée chaque année par la Cinémathèque de Grenoble aux manettes de l’événement – au passage l’un des plus anciens de France sur le sujet. Un festival principalement en plein air, sur la place Saint-André attenante à la Cinémathèque, qui est autant un temps fort cinématographique qu’un moment tout simplement agréable à vivre face à l’écran géant pour les quelque 10 000 spectateurs présents selon les chiffres communiqués. « Après une 40e édition qui célébrait

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"Caillou Papier Ciseaux" : chifoumi artistique à Spacejunk

Exposition | L'exposition collective (Hirotoshi Ito, Mademoiselle Maurice et Bullitt Ballabeni) en place en ce moment dans le centre d'art grenoblois est ludique à souhait. Visite guidée.

Aurélien Martinez | Mardi 20 février 2018

Elles sont surprenantes les petites sculptures de Hirotoshi Ito, car elles arrivent à donner l'illusion que la matière on ne peut plus solide qui les compose est finalement facilement malléable. Avec minutie, l'artiste japonais né en 1958 dans une famille de tailleurs de pierre a ainsi transformé des galets trouvés au bord de rivière en visages ou en objets du quotidien, et notamment en porte-monnaie : le caillou brut se pare alors d'une fermeture Éclair pour sembler aussi fin que du cuir. « Un sourire sur le visage du spectateur est ma principale motivation » déclare-t-il : c'est réussi, ses œuvres parvenant aux spectateurs le plus simplement du monde, dans la tradition d'un art où le plaisir de la découverte est maître. Le centre d'art Spacejunk les présente jusqu'à fin mars, au sein d'une exposition collective au titre qui confirme l'aspect ludique de l'aventure : Caillou Papier Ciseaux. Avec, pour le côté papier, l'artiste française Mademoiselle Maurice et ses origamis colorés qui envahissent aussi bien les murs de Spacejunk que des

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Peggy Zejgman-Lecarme : « J’ai des grandes envies pour le festival »

Festival | Alors que va commencer mardi 4 juillet la quarantième édition du Festival du film court en plein air de Grenoble, rencontre avec la directrice de la Cinémathèque de Grenoble qui pilote l'événement.

Aurélien Martinez | Mardi 27 juin 2017

Peggy Zejgman-Lecarme : « J’ai des grandes envies pour le festival »

Vous êtes arrivée à la Cinémathèque de Grenoble il y a un peu plus d’un an, mais on peut dire que c’est véritablement votre première édition à la tête du festival… Peggy Zejgman-Lecarme : C’est exactement ça. L’année dernière, j’ai eu le luxe de pouvoir observer sans avoir à organiser [son prédécesseur Guillaume Poulet était encore en poste – NDLR], de voir comment l’événement fonctionnait de l’intérieur. Ça a été très enrichissant. Pour votre première édition, vous tombez sur une particulière : la quarantième ! Pourtant, aucun gros événement n’est organisé autour de cet anniversaire… On le fête quand même en essayant notamment de valoriser l’histoire du festival avec une rencontre, une séance spéciale, une exposition d’affiches… Cette histoire se glisse donc à plein d’endroits différents. Après, si vous pensez plus à une grande fête d’anniversaire, avec des choses très exceptionnelles, on a fait aussi avec la réalité de notre structure –

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Grenoble éprise de courts depuis 40 ans

Festival | Le Festival du film court en plein air de Grenoble fête du 4 au 8 juillet sa quarantième édition. Si ce rassemblement dédié aux courts-métrages n’est pas le plus grand de France, il est indéniablement le plus ancien. Retour sur son histoire en compagnie de l’un de ses créateurs, le journaliste spécialiste des courts-métrages Gilles Colpart, qui sera d'ailleurs présent samedi 8 juillet pour une conférence sur le festival.

Nicolas Joly | Mardi 27 juin 2017

Grenoble éprise de courts depuis 40 ans

« Les films ne doivent pas dormir dans un tiroir, mais être montrés. » Telle est la devise de la Cinémathèque de Grenoble depuis sa création en 1962. On ne peut qu’approuver. C’est dans cette optique qu’elle organise le Festival du film court en plein air de Grenoble depuis maintenant 40 ans. Et si les projections de courts-métrages place Saint-André attirent aujourd’hui jusqu’à 10 000 personnes, l’événement a pourtant connu des débuts bien plus modestes, lors de sa première édition en 1978. Le journaliste Gilles Colpart, chargé de la programmation de cette première édition et maintes fois juré presse lors des suivantes, en garde un souvenir amusé. « Au début c’était très amateur. Le palmarès ne se faisait pas sur une scène. Michel Warren [premier directeur de la Cinémathèque, à l’initiative de la création du festival – NDLR] montait sur une sorte d’échafaudage et faisait les annonces en lisant son papier à la lampe de poche. » Il faut dire que l’ambition à l’origine du projet n’était pas de faire de ce rassemblement ce qu’il est aujourd’hui. « Il n’y avait pas la conscience pleine et ent

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Festival du film court en plein air de Grenoble : 40 éditions, pour faire court

Festival | Du mardi 4 au samedi 8 juillet, Grenoble sera une nouvelle fois la place forte du court-métrage grâce à son fameux festival.

Charline Corubolo | Mardi 20 juin 2017

Festival du film court en plein air de Grenoble : 40 éditions, pour faire court

40e cru forgé à la pellicule contemporaine dans son format réduit, le Festival du film court en plein air de Grenoble organisé par la Cinémathèque pose ses bobines soigneusement sélectionnées et son écran place Saint-André du 4 au 8 juillet. Une formule qui a fait ses preuves depuis 1978, faisant de la manifestation la plus vieille du genre en France. Mais c’est surtout une formule qui réserve chaque année de belles surprises. Au programme, chiffré, de cette 40e édition (qui est la première pour la nouvelle directrice Peggy Zejgman-Lecarme) : 28 films en compétition provenant de 16 pays, 22 hors compétition pour la sélection "Regards", 8 jeune public. Conservant le modèle de deux sessions de projection, l’une à 20h30 dans le cinéma Juliet Berto puis une autre place Saint-André à 22h, l’événement explore cette année la liberté sous toute ces formes : politique, sociétale ; et tous ces formats : animation, documentaire, expérimental. Quelques nouveautés à noter : un ciné-vélo est organisé au Musée dauphinois le 9 juillet, ainsi qu’un concours photo visant à réinterpréter l’affiche du festival – si la chaise ne vous inspire

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"Mademoiselle", délicieux thriller érotique signé Park Chan-wook

ECRANS | Expert en dispositifs raffinés, le Sud-Coréen Park Chan-wook emboîte ici combines et jeux de séduction dans un brasillant thriller esthético-érotique, où les retournements et rebondissements prolongent le plaisir comme le désir. D’une sensualité perverse aussi délicate que délicieuse. Hmmm…

Vincent Raymond | Lundi 31 octobre 2016

Mademoiselle est de ces films qui déploient leur luxuriance opératique dans un mouvement à l’élégance ininterrompu. Si l’idée saugrenue venait de lui associer un végétal, ce ne serait pourtant ni la fougère arborescente balayée par les vents, ni la venimeuse digitale pourpre, mais un simple oignon. Un de ces bulbes lisses à la rotondité douce frôlant la perfection, composé de maintes couches concentriques que la curiosité brûle d’ôter une à une… jusqu’à ce que l’on se retrouve contraint de se rincer l’œil. Une fois encore, Park Chan-wook a bien mené son jeu – en l’occurrence, un jeu de la chatte et de la souris, ou de dupes dupé(e)s. L’histoire débute dans les années 1930 avec l’infiltration d’une jeune Coréenne au service d’une richissime Japonaise vivant recluse chez son oncle. Complice d’un soi-disant comte nippon ayant des vues sur la magot de la seconde, la première est chargée de chanter les louanges du bellâtre pour favoriser l’union. Mais rien, évidemment, ne se déroulera comme prévu… Narratio interrupta & multiplicatur coitus Depuis qu’il nous a dessillés en 2003 avec

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1h30 de courts : merci Mon Ciné (et la Cinémathèque)

ECRANS | Rendez-vous ce jeudi 22 septembre à Mon Ciné pour revoir le palmarès du dernier Festival du film court en plein air de Grenoble.

Vincent Raymond | Mardi 20 septembre 2016

1h30 de courts : merci Mon Ciné (et la Cinémathèque)

Juillettiste, vous avez manqué le Festival du film court en plein air de Grenoble ? N’en concevez pas de trop amer regret : des séances de rattrapage ont été pensées pour vous permettre de vous remettre à niveau ! Telle cette carte blanche à la Cinémathèque (qui porte le festival) organisée par Mon Ciné (Saint-Martin-d’Hères) jeudi 22 septembre, qui n’est rien moins que la reprise du palmarès 2016. Une bonne occasion d’embrasser en une séance ce qui a été jugé comme le meilleur de cette édition, soit 8 films – parmi lesquels quelques "vieilles" connaissances ayant déjà écumé les festivals ou reçu moult prix. C’est le cas du Grand Prix, déjà César du court-métrage d’animation en février dernier, Le Repas dominical de Céline Delvaux : cette méditation d’un jeune homme sur les sempiternels déjeuners familiaux trop arrosés et les conversations génées/gênantes sur l’homosexualité, ne manque pas d’habileté avec son style s’évadant vers les Monty Python et Topor ; en revanche, il n’a rien de bouleversant question originalité, malgré les efforts de Vincent Macaigne pour "épaissir" la voix off. Plus étonnant se révèle Journal anim

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39e marche pour le Festival du film court en plein air

ECRANS | Organisée par une Cinémathèque en plein changement, la nouvelle édition du Festival du film court en plein air de Grenoble est prévue du mardi 5 au dimanche 10 juillet. Zoom sur la prog.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

39e marche pour le Festival du film court en plein air

Qui aurait imaginé l’an dernier à la même époque la somme de bouleversements que connaîtrait la Cinémathèque de Grenoble en moins d’une saison ? Que l’édition 2015 du festival serait l’ultime de Michel Warren en tant que spectateur, son tempétueux créateur, disparu peu après sa clôture le 28 juillet dernier ; et que celle s’apprêtant à s’ouvrir coïnciderait avec les adieux de Guillaume Poulet, qui avait pris la suite de Michel Warren en 2009 ? Avant de céder son fauteuil à Peggy Zejgman-Lecarme, le (toujours) directeur accompagne l’événement phare de l’institution grenobloise, presque quadragénaire. Toujours gratuit, toujours aussi alléchant, le rendez-vous continue de jouer la carte de l’ouverture – n’est-il pas en ple

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Hôpital Sud d'Échirolles : hospitalité pour les courts

ECRANS | En préambule au 39e Festival du film court en plein air de Grenoble prévu du 5 au 10 juillet, la Cinémathèque revient le temps d’une soirée hors les murs (...)

Vincent Raymond | Lundi 20 juin 2016

Hôpital Sud d'Échirolles : hospitalité pour les courts

En préambule au 39e Festival du film court en plein air de Grenoble prévu du 5 au 10 juillet, la Cinémathèque revient le temps d’une soirée hors les murs (mais en intérieur) sur six des œuvres primées lors de la précédente édition. L’occasion de voir deux beaux films d’animation : le délicat Sous tes doigts de Marie-Christine Courtès (Mention du Jury Jeune) et le splendidement métaphorique Somewhere down the Line (photo) de Julien Regard, Grand Prix mérité. Une programmation réalisée dans le cadre du programme régional Culture et santé et proposée le jeudi 23 juin à 20h à l'Hôpital Sud d'Échirolles.

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Festival du film court : le palmarès

ECRANS | Le Festival du film court de Grenoble, qui s’est tenu la semaine passée, a décerné ses prix samedi soir. La Lampe au beurre de yak de Hu Wei (grand prix et (...)

Aurélien Martinez | Lundi 7 juillet 2014

Festival du film court : le palmarès

Le Festival du film court de Grenoble, qui s’est tenu la semaine passée, a décerné ses prix samedi soir. La Lampe au beurre de yak de Hu Wei (grand prix et prix de la presse), Le Skate moderne d’Antoine Besse (grand prix aussi), Ceux qui restent debout de Jan Sitta (prix d’aide à la création), Shadow de Lorenzo Recio (mention du jury presse, prix du jury jeune)... : la plupart des films que nous avions sélectionnés avant le festival se retrouvent au palmarès (et parfois très haut). Voilà, c’était juste pour vous le signaler !

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La Cinémathèque fait peau neuve

ACTUS | Alors que se tient cette semaine la trente-septième édition du maintenant incontournable Festival du film court en plein air de Grenoble, la Cinémathèque, porteuse de l’événement depuis le début, inaugure de nouveaux locaux dédiés à la mémoire du cinéma. Rencontre avec son directeur Guillaume Poulet.

Aurélien Martinez | Mardi 1 juillet 2014

La Cinémathèque fait peau neuve

Vous venez d’inaugurer ce mardi 1er juillet les nouveaux locaux de la Cinémathèque, ouverts au public, juste en face de la salle Juliet Berto... Guillaume Poulet : Je ne sais pas si l’on peut parler de nouveaux locaux... Plutôt de rénovés puisque ce sont des locaux que l’on occupait précédemment et que l’on va réinvestir. Par contre, ils ont été transformés – certains nous disent même qu’ils ont du mal à les reconnaître ! – pour à la fois donner de bonnes conditions de travail à l’équipe, et surtout avoir un lieu qui permette d’accueillir le public là aussi dans de bonnes conditions. On voulait ainsi mettre à disposition de tous l’ensemble des collections de la Cinémathèque, et en particulier les collections non films qui étaient finalement peu exploitées. On ne le sait pas forcément, mais la Cinémathèque de Grenoble renferme un trésor impressionnant... Hormis les 8 ou 9 000 copies de films qui sont dans les collections, on a quelque 14 000 affiches de choses très variables – des classiques des années 60, des films étrangers, des anciens pornos même ! –, mais aussi toute une documentation papier comprenan

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Courts toujours

ECRANS | Ce n'est peut-être pas le plus prestigieux de France (à ce jeu-là, celui de Clermont-Ferrand gagne haut la main) ; pourtant, le Festival du film court en (...)

Aurélien Martinez | Mardi 24 juin 2014

Courts toujours

Ce n'est peut-être pas le plus prestigieux de France (à ce jeu-là, celui de Clermont-Ferrand gagne haut la main) ; pourtant, le Festival du film court en plein air de Grenoble est une véritable institution à la programmation solide. Un événement qui met en avant une pratique artistique largement répandue (de nombreux réalisateurs ont débuté par un court, dont certains furent primés à Grenoble – ceux de François Ozon par exemple) mais néanmoins peu mise en avant à l'année. Alors que la créativité et la pertinence du propos peuvent briller dans un format court. The mass of men de Gabriel Gauchet, grand prix de la dernière édition, le démontrait ainsi avec brio, conjuguant qualité d'écriture, maîtrise de la direction d'acteurs et choix de mise en scène qui permettent au spectateur de vivre l'action mais aussi de la décoder et de la mettre en perspective. Tout ça en 17 minutes ! Il faudra donc se rendre à la trente-septième édition du festival, à la Cinémathèque à 20h30 ou sur la place Saint-André à 22h (un moment très agréable même si la qualité d'écoute ne vaut pas la projection en salle) pour prendre des nouvelles du cinéma contemporain – de France princi

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Tirez la langue, mademoiselle

ECRANS | D’Axelle Ropert (Fr, 1h42) avec Louise Bourgoin, Laurent Stocker, Cédric Kahn…

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Tirez la langue, mademoiselle

Critique de cinéma et scénariste des films de Serge Bozon (dont l’exécrable Tip Top, en salles dans deux semaines), Axelle Ropert signe ici son deuxième long après La Famille Wolberg et confirme son projet de cinéaste : refaire les films qu’elle aime en leur enlevant tout ce qui pourrait faire spectacle, comme si les originaux avaient ingurgité un tube de lexomil. Après La Famille Tenenbaum, c’est Faux semblants de Cronenberg qui est ici lointainement remaké, puisqu’on y retrouve deux frères médecins dont la relation à la fois fusionnelle et complémentaire va être fragilisée lorsqu’ils tombent amoureux de la même femme. Plutôt que de jouer la carte de la tragédie, Ropert s’en tient donc à un recto tono émotionnel, sans cris, larmes, rires ou effusions d’aucune sorte. Le film semble avancer sur une ligne droite d’où il ne doit absolument jamais dévier, entraînant tout (dialogues, séquences, jeu des acteurs) vers une platitude absolue. Ce qui, pour la réalisatrice, est sans doute une preuve de radicalité, apparaît en fin de compte, à l’inverse, comme le plus ordinaire du cinéma téléfilmé français ! Christophe Chabert

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« Faire découvrir des choses rares »

ECRANS | C’est désormais une tradition grenobloise : en juillet se tient le Festival du film court en plein air de Grenoble, place Saint-André. Guillaume Poulet, le directeur de la Cinémathèque qui organise l’événement, nous parle du festival et du cinéma en général. Propos recueillis par Benjamin Bultel

Aurélien Martinez | Lundi 25 juin 2012

« Faire découvrir des choses rares »

Quoi de neuf pour cette 35e édition ?Guillaume Poulet : La grand innovation cette année – mais qui sera finalement peu visible du public – c’est le passage au numérique, en plus des projections traditionnelles en 35 mm. Cette nouveauté a un coût forcément, c’est la principale raison pour laquelle on ne l’a pas adoptée avant. Et puis il y avait un certain attachement historique à l’argentique. Comme les projections se font en plein air, l’installation d’un projecteur numérique posait quelques problèmes techniques. Notre salle, la salle Berto, vient aussi d’être équipée d’un projecteur numérique dernier cri. Le mouvement global va dans le sens du numérique, à nous de nous adapter. Et qu’est-ce que le numérique va apporter ?D’une part cela permet de grandement augmenter le nombre de films diffusables, ce qui pour nous nous donne une charge de travail beaucoup plus conséquente (rires). Les années passées, les cinq membres du comité de sélection visionnaient 250 films pour en retenir une grosse trentaine en compétition. Là c’est plus de 800 films qu’on a vus. L’autre avantage, c’est qu’on va pouvoir projeter plus facilement des f

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Mademoiselle Chambon

ECRANS | De Stéphane Brizé (Fr, 1h41) avec Vincent Lindon, Sandrine Kiberlain…

François Cau | Samedi 10 octobre 2009

Mademoiselle Chambon

Jean tombe sous le charme de Mademoiselle Chambon, l’institutrice de son fils. Il s’improvise gauchement maçon du cœur et propose de réparer la fenêtre de son appartement. Pour le remercier, elle fait pleurer son violon dans l’austérité de son salon. Ils se recroisent, s’échangent des regards, se frôlent à grand peine. Jean fuit son épouse, Mademoiselle Chambon souffle le chaud mais surtout le froid. Déjà pas franchement survoltée, l’ambiance s’abîme dans les non-dits, les chastes silences, les œillades intéressées, le tout dans une dynamique à faire passer Les Regrets de Cédric Kahn pour Bad Boys 2. Stéphane Brizé choisit sciemment de se focaliser sur l’expression quotidienne de la passion, freinant systématiquement ses personnages dans leurs élans, quitte à en faire les représentations statufiées de l’indécision, d’une certaine idée de la transparence amoureuse. C’est quand ils finissent par quitter leur mécanique routine que le film prend son envol, dans des scènes où la réserve du film comme ses partis pris esthétiques finissent par prendre tout leur sens : Brizé soigne particulièrement ces séquences pudiques, où le talent des acteurs principaux brille de façon intense. Puis

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