Miley Serious : pour l'amour du lo-fi

Soirée | Vendredi 12 avril à l'Ampérage, on a rendez-vous avec une figure émergente de la scène techno parisienne.

Damien Grimbert | Mardi 9 avril 2019

Photo : Jeanne Lula Chauveau


Invitée par le collectif grenoblois Carton-Pâte Records pour la nouvelle édition de sa soirée G-Gang, Miley Serious fait partie de ces DJs précieux capables de concilier diversité et cohérence. Bien qu'inscrits dans une esthétique lo-fi abrasive, nerveuse et brut de décoffrage pile dans l'air du temps, ses mixes n'en balaient pas moins une vaste gamme de styles musicaux, de l'électro à l'acid en passant par la techno industrielle, le post-punk, la bass music ou encore la ghetto-house.

Il faut dire aussi que la jeune parisienne originaire de Toulouse possède le background qui va avec. À l'origine passionnée de rock garage, de post-punk et de culture DIY, et bassiste dans plusieurs formations du cru à l'adolescence, elle s'initie ainsi aux musiques électroniques et au deejaying de manière totalement décloisonnée et décomplexée, à l'image du crew radiophonique 100% féminin TGAF qu'elle compose aux côtés d'OkLou, Carin Kelly et DJ Ouai à son arrivée à Paris. Fan de digging au sens le plus large du terme (disques, fripes, fanzines, objets du quotidien…) et fondatrice du jeune label 99cts RCRDS (dont chaque sortie associe un fanzine à une K7 audio), elle se construit rapidement une réputation de DJ hors pair, que ce soit par le biais de ses résidences sur la radio Rinse France ou ses nombreux sets musclés en clubs.

G-Gang #2
À l'Ampérage vendredi 12 avril à 23h


G-Gang #2

Avec Miley Serious, Marie Prieux, Tauceti et Maelita
L'AmpéRage 163 cours Berriat Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Nomadland" : une reconquête de l’Ouest

ECRANS | Une année en compagnie d’une sexagénaire jetée sur la route par les accidents de la vie. Un road trip à travers les décombres d’un pays usé et, cependant, vers la lumière. Poursuivant sa relecture du western et des grands espaces, Chloé Zhao donne envie de (re)croire à la possibilité d’un rêve américain. Primé au Tiff, Lion d’Or à Venise, Oscar du meilleur film.

Vincent Raymond | Mercredi 9 juin 2021

L’Ouest, le vrai : frappé par la désindustrialisation. Où les baraques préfabriquées sont ouvertes aux quatre vents et les villes devenues fantômes. Où une partie de la population, victime de maladies professionnelles, dort au cimetière et les survivants… survivent comme ils le peuvent. Certains, comme Fern à bord de son vieux van, ont pris la route et joint la communauté des nomades, enchaînant les boulots saisonniers au gré des latitudes. Loin d’une partie de plaisir, son voyage sera tel un pèlerinage l’obligeant à se priver du superflu, l’autorisant à se défaire du pesant… Inspiré d’un livre-enquête de Jessica Bruder consacré aux victimes collatérales de la crise des subprimes de 2008 (des sexagénaires privés de toit poussés au nomadisme), Nomadland s’ouvre sur un carton détaillant l’exemple de la ville d’Empire dans le Nevada, passée de florissante à miséreuse, et nous fait suivre sa protagoniste en âge d’être à la retraite, cumulant des petits jobs précaires chez les nouveaux rois de l’économie. Des éléments à charges supplémentaires contre l’ubercapitalisme, direz-vous ; un

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"Wendy": île (et elle) était une fois

ECRANS | ★★★★☆ De Benh Zeitlin (É.-U, 1h52) avec Devin France, Lowell Landes, Shay Walker… En salles le 23 décembre.

Vincent Raymond | Mardi 8 décembre 2020

Quand le train fantôme s’arrête en bas de chez elle, la jeune Wendy n’hésite pas : avec ses deux frères, elle quitte le bouiboui familial et la Louisiane pour l’aventure offerte par Peter Pan. Sur son île fantastique, les enfants s’ébattent libres, sans vieillir. Seule condition : respecter les règles… Depuis Les Bêtes du Sud sauvage (2012) on attendait le retour et la confirmation de Benh Zeitlin ; quel plaisir de retrouver son empreinte intacte dans cette adaptation de Peter Pan somme toute cohérente avec son univers épique à hauteur d’enfants, où l’action progresse par envolées spiralées, autant portées par un irrésistible mouvement musical et la voix off que par un somptueux flamboiement visuel ! À la fois conte, transe new age et opéra, le cinéma de Zeitlin (et tout particulièrement Wendy) fouille les sensations primales de l’enfance pour retrouver la sincérité originelle du regard. Ce qui n’exclut pas une certaine violence psychologique rappelant Sa Majesté des mouches : ladite enfance est dévorée par l’apprentissage (ou la

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"Michel-Ange" : statue personnelle : c’est compliqué

ECRANS | ★★★★☆ De Andrey Konchalovsky (Ru.-It., 2h16) avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello…

Vincent Raymond | Mardi 20 octobre 2020

Crasseux, revêche, ambigu, jaloux de ses confrères, impulsif, vénal, exalté et… génial. Dans l’Italie du Cinquecento, Michel-Ange étant le plus grand des artistes, tous les puissants se le disputent. Le Vatican ne fait pas exception, où un Médicis vient de succéder à Jules II… Fresque historique, "moment" dans la vie du personnage-titre plus que biopic stricto sensu, ce Michel-Ange dessine un portrait sans complaisance de l’artiste en sale bonhomme autant qu’un hommage à la prodigieuse universalité de ses talents et à la splendeur de ses réalisation. Oui oui, il est bien possible d’opérer ce subtil distinguo. Fasciné par Dante, obstiné par l’accomplissement de son œuvre pour laquelle il veut le meilleur, sachant se muer en ingénieur en génie civil comme en combinazione privées, résister au pouvoir tout en faisant tout pour être le grand artiste officiel de son temps… Le réalisateur Andrey Konchalovsky ne pensait-il pas un peu à son frère, le si poutinolâtre Nikita Mikhalkov, à travers Michel-Ange ? Reste une magnifique évocation des affres de la création et de la place de l’artiste dans la société

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Trois soirées à ne pas rater

Sorties | On a repéré pour vous trois immanquables pour la semaine, à partir du 4 décembre. Au programme : rap et techno en divers lieux grenoblois.

Damien Grimbert | Mardi 3 décembre 2019

Trois soirées à ne pas rater

04.12.19 > EVE Lean Chihiro Déjà trois années qu’on entend parler de Lean Chihiro, jeune rappeuse parisienne d’à peine 20 ans définie par un univers à la fois très singulier… et très dans l’air du temps : références à la pop-culture japonaise tous azimuts, stylisme irréprochable, flow ultra mélodique explorant les frontières entre chant et rap, affection particulière pour les infrabasses saturées au point de faire trembler les murs… Précisons qu’elle rappe essentiellement en Anglais, ce qui lui fait au moins un point commun avec les groupes ASM et Mû, avec lesquels elle partagera l’affiche de ce concert organisé par Retour de Scène. 06.12.19 > Ampérage DE_dust II Ça fait longtemps qu’on défend dans ces pages le DJ et producteur français Panteros 666, son approche très ouverte et décloisonnée des styles musicaux, sa passion sincère pour la grosse techno des années 90, la cyberculture et les nouvelles technologies… On est donc ravi de le voir venir présenter son nouveau projet en collaboration avec Romain Casa, DE_dust II, un live techno / acid / warehouse inspiré par le jeu vidéo Counter Strike

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"Le Traître" : paroles contre parole

ECRANS | De Marco Bellocchio (It.-Fr.-All.-Br., avec avert. 2h31) avec Pierfrancesco Favino, Maria Fernanda Cândido, Fabrizio Ferracane…

Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Italie, années 1980. Afin d’échapper à la guerre des clans minant la Cosa Nostra, Tommaso Buscetta s’est réfugié au Brésil d’où il assiste à l’élimination des siens. Son arrestation puis son extradition le conduisent à collaborer avec la justice, en la personne du juge Falcone… Depuis une dizaine d’années, le prolifique Marco Bellocchio jalonne sa filmographie d’œuvres aux allures de sommes ou de sage embrassant les grands "moments" de l’Histoire transalpine : Buongiorno, notte (2003) traitait des années de plomb à travers l’épisode de l’enlèvement d’Aldo Moro, Vincere (2009) de l’avènement de Mussolini et celui-ci donc de la dislocation de l’organisation mafieuse Cosa Nostra devant les tribunaux à la suite du procès géant de Palerme. S’il s’agit à chaque fois de retracer des saignées dans le récit collectif italien, Bellocchio les incarne "de l’intérieur" mais en habitant le point de vue de personnages dont le jugement va se décaler, voire s’opposer à celui du groupe auquel ils appartiennent. C’est le cas de Buscetta, "homme d’honneur" selon les critères à l’ancienne de Cosa Nostra, qui devient un repenti p

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"Un monde plus grand" : esprit, es-tu là ?

ECRANS | De Fabienne Berthaud (Fr., 1h40) avec Cécile de France, Narantsetseg Dash, Tserendarizav Dashnyam…

Vincent Raymond | Jeudi 24 octobre 2019

Après la mort de son compagnon, Corine (Cécile de France) part au fin fond de la Mongolie pour se changer les idées. Alors qu’elle enregistre le son d’une cérémonie chamanique, elle entre dans une transe violente, révélant des dons de chamans insoupçonnés. Une lente initiation va alors commencer… Il faut attendre le générique de fin pour apprendre qu’il s’agit d’un biopic. En soi, le détail n’a pas ou peu d’importance qui ne change rien dans le parcours de Corine. Indirectement, il résonne avec le sous-thème du film : la sérendipité (ou fortuité). En l’occurrence, le spectateur constate la véracité de l’histoire en étant entré dans une fiction comme Corine a découvert son "don" alors qu’exilée dans le travail à mille lieues du lieu de sa douleur, elle entamait son travail de deuil. S’il laisse une grande part au mystère et à l’inconnu, Un monde plus grand ne verse pas pour autant dans l’ésotérisme : il inscrit a contrario le processus chamanique dans le cartésianisme occidental, Corine étant le trait d’union lui permettant d’être scientifiquement étudié. Dommage cependant que Fabienne Berth

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"Piranhas" : l’or dur de Naples

ECRANS | De Claudio Giovannesi (It, 1h52) avec Francesco Di Napoli, Ar Tem, Alfredo Turitto…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Naples, années 2010. La quinzaine conquérante, Nicola trépigne d’envie devant les gangs, leur argent facile et la crainte qu’ils inspirent, autant qu’il abhorre leur manière de rançonner les gens. En se liguant avec une famille sur le carreau, il va prendre le contrôle de son quartier… Adapté d’un roman de Roberto Saviano (qui en a co-écrit le scénario), Piranhas poursuit son examen des milieux mafieux entrepris avec Gomorra, l’enquête (suivie par le film de Matteo Garrone) qui avait mis en lumière le fonctionnement de la Camorra… et lui vaut la constante protection de la police. Mais à la différence de ce précédent opus qui pratiquait le patchwork et la juxtaposition de lambeaux d’événements pour restituer l’emprise tentaculaire de l’organisation criminelle et privilégiait une forme "documentarisante", Piranhas ne craint pas d’adopter une structure plus conventionnelle d’un récit fictionnel. En se focalisant sur une l’ambition magnétique du poisson-pilote de ce gang de bébés requins, Nicola. Son étonnante androgynie de Bowie napolitain distingue le jeune homme du groupe avant même qu’il n’ait manif

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"Rebelles" : le crime conserve

ECRANS | de Allan Mauduit (Fr, 1h27) avec Cécile de France, Yolande Moreau, Audrey Lamy…

Vincent Raymond | Mardi 12 mars 2019

Une ex-reine de beauté passée de la pole danse à Pôle Emploi, tout juste embauchée dans une conserverie, tue par accident le contremaître qui tentait de l’agresser. Avec l’aide de deux collègues, elle fait disparaître le corps et découvre que le vilain cachait un sacré magot… Cette comédie sociale aux allures de de western made in Hauts-de-France possède de bons atouts dans son jeu, à commencer par son trio d’actrices (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy) rompues à tous les registres, et souvent engagées dans des rôles où l’humanisme affleure sous l’humour. Leur alliance tient de surcroît de la synergie de caractères, rappelant ces buddy movies tels que Comment se débarrasser de son patron (1980) de Colin Higgins, usant de la blague parfois lourdingue pour promouvoir la libération féminine d’une masculinité aussi dominatrice que débile – il y a d’ailleurs ici quelques furieux spécimens d’abrutis. Allan Mauduit aurait toutefois gagné à creuser davantage vers Petits meurtres entre amis (1994), son humour noir restant encore un peu pâle, surtout comparé à des productions a

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"Un coup de maître" : vieilles canailles !

ECRANS | de Gastón Duprat (Esp- Arg, 1h41) avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Galeriste à Buenos Aires, Arturo est las de soutenir Renzo, un ami peintre jadis à la mode, mais aujourd’hui dépassé et aigri. Alors qu’il vient de saborder une magnifique chance de se refaire, Renzo est victime d’un accident qui le laisse amnésique. Pour Arturo, c’est une occasion en or… Coréalisateur de l’excellent Citoyen d’honneur (2017), Gastón Duprat continue d’explorer les saumâtres coulisses de la création artistique, jetant ici son dévolu sur un plasticien et son nécessaire double, conjointement homme-lige et parasite, le galeriste. Car dans ce duo complexe (l’un s’acquitte de l’art, l’autre des chiffres), bien malin qui saurait les départager en terme de filouterie : le peintre se vante d’être ontologiquement ambitieux et égoïste (il prétend que c’est une condition sine qua non pour exercer son métier), le marchand ne fait pas mystère de sa passion pour les dollars. À partir de ces deux personnages en apparence peu fréquentables, Duprat compose pourtant une touchante

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Voici les 12 soirées qui, à Grenoble, marqueront les premiers mois de 2019

Soirées | Et, bien sûr, guettez chaque semaine le PB pour être au courant de celles qui n'ont pas encore été annoncées.

La rédaction | Mercredi 9 janvier 2019

Voici les 12 soirées qui, à Grenoble, marqueront les premiers mois de 2019

Marc Rebillet C’est un peu la sensation virale du moment : un jeune gringalet extraverti originaire de Dallas qui compose, à l’aide de quelques machines et d’un micro, d’irrésistibles tubes house minimalistes et bruts de décoffrage, aussi énergiques que délirants. Et qui ramène un peu de fraîcheur et de second degré bienvenus à une scène électronique qui a parfois tendance à se prendre un brin trop au sérieux. Invité par le crew The Dare Night pour délivrer un des lives délurés dont il a le secret, Marc Rebillet se produira à guichets fermés : si vous n’avez pas déjà votre place, il faudra donc se contenter de ses (innombrables) vidéos sur internet. À l'Ampérage jeudi 17 janvier Paul Nazca + Scan X Pour sa première soirée Deep Inside de l’année, l’équipe de Carton-Pâte Records a vu les choses en grand, en invitant pour l’occasion deux piliers de la scène techno française : en DJ-set, la valeur sûre du label Skryptom Paul Nazca ; et au format live, le vétéran chevronné Scan X, découvert dès le dé

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Bonne année classique avec l'Orchestre national de France

Concert | Rendez-vous jeudi 3 janvier à la MC2.

La rédaction | Mercredi 19 décembre 2018

Bonne année classique avec l'Orchestre national de France

Si, contrairement à de nombreuses grandes villes françaises (Lyon par exemple) et internationales (Vienne, forcément), il n’est pas possible à Grenoble de passer le 31 décembre ou le 1er janvier en compagnie d’un orchestre de musique classique, cette année la MC2 entame tout de même la nouvelle année dès le jeudi 3 janvier avec l'Orchestre national de France et son chef grenoblois Emmanuel Krivine. L'illustre phalange interprétera pour ce bal, outre les traditionnelles valses viennoises, quelques sucreries de Georges Gershwin mises en bouche par la soprano Measha Brueggergosman. Une personnalité nord-américaine du monde lyrique dont la célébrité fit un triple axel en 2010 à Vancouver lorsque, devant un milliard de téléspectateurs, elle éleva la voix en même temps que le drapeau de la cérémonie olympique d'hiver. Et une artiste que les grands cousins d'outre-Atlantique redoutent régulièrement comme juge de l'émission de télé-réalité Canada's got talent. Grand spectacle assuré.

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"Mademoiselle de Joncquières" : mensonges et trahisons (et plus si affinités)

ECRANS | d'Emmanuel Mouret (Fr, 1h49) avec Cécile de France, Edouard Baer...

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré la funeste réputation de libertin qui le précédait, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une : que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne le réalisateur Emmanuel Mouret depuis ses débuts. L’autre, concomitante : pourquoi ne l’a-t-il pas exploré plus tôt ! Or, rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant, comme le cinéaste Robert Bresson, d’un extrait de Jacques le Fataliste de Denis Diderot, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne (1945) du premier se contentait d’une cynique mécanique

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"Une femme heureuse" : chaînes conjugales

ECRANS | de Dominic Savage (GB, 1h45) avec Gemma Arterton, Dominic Cooper, Frances Barber…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Vu de l’extérieur, Tara semble mener la vie d’épouse et mère anglaise comblée. En y regardant de plus près, son Mark n’est pas si attentionné : il lui impose sa routine sexuelle et domestique, bride ses aspirations artistiques. Un jour de trop plein, Tara craque et fait son bagage. Direction Paris. Que l’on aurait aimé aimer ce film écrit, produit et interprété par Gemma Arterton ! La rousse comédienne aux choix éclectiques s’avère à elle seule une raison d’attachement inconditionnel, surtout si elle porte un projet sur l’insidieuse question de l’asservissement conjugal. Las... Car ce qui aurait pu être le portrait à la Sautet d’une femme conquérant sa liberté s’abîme dans une insistante (et redondante) contemplation de ses désarrois quotidiens. Plombée par une musique affligeante, la première partie insiste au-delà du raisonnable sur la cruauté de Mark et l’état de sujétion de Tara, en esthétisant un peu volontiers le beau visage triste de la comédienne. Quand vient (enfin) le temps de la rupture et de l’affranchissement, l’espoir est de bref durée : la second partie parisienne va en effet tenir de la caricature, avec une interminable déambu

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"Blue" : Disneynature prend l'eau

ECRANS | de Keith Scholey & Alastair Fothergill (ÉU, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

Dans le sillage des grands dauphins, à travers les mers et les océans… Un environnement liquide d’une valeur incommensurable, peuplé d’une faune extraordinaire de diversité et de menaces ; où la beauté le dispute à la fragilité. Jadis lancé par Cousteau (et repris depuis, notamment par Jacques Perrin), le message de Blue est clair comme de l’eau de roche : la faune marine mérite d’être protégée, c’est une question de survie pour l’écosystème planétaire. Et cette nouvelle production Disneynature (la division documentaire et environnement du studio californien) se dote des "armes" conventionnelles pour le faire passer : trouver d’attachants protagonistes pour susciter l’empathie et offrir les plus spectaculaires prises de vues possibles. Si grâce aux progrès de la technique, les images sont en effet d’un piqué et d’une richesse chromatique saisissante, les personnages choisis comme fil rouge (les dauphins) restent prisonniers d’un anthropomorphisme un peu dépassé, appuyé par une narration un peu invasive – désolé Cécile de France. L’image nue se suffit à elle-même. D’autant que le film comp

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"Une saison en France" : n'est pas Ken Loach qui veut

ECRANS | de Mahamat-Saleh Haroun (Fr., 1h40) avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Bibi Tanga…

Vincent Raymond | Mardi 30 janvier 2018

Les bons sentiments, la mauvaise littérature, toussa… Le précepte jadis énoncé par l'écrivain Henri Jeanson se transpose toujours aussi aisément au cinéma. C’est triste pour les idées que ces sentiments défendent ; et cela le serait bien davantage si l’on ne reconnaissait pas le bancal des œuvres supportant ces justes causes. Décalque (involontaire ?) de celle de Moi, Daniel Blake de Ken Loach, l’affiche d’Une saison en France place d’emblée le film dans une ambiance inconsciemment "loachienne". Les similitudes s’arrêtent ici, tant les partis-pris s’opposent : à l’urgence documentarisante, le réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun préfère une esthétique posée, parfois surcomposée qui encombre de théâtralité vieillotte le récit de son héros. Centrafricain exilé en France, celui-ci attend la décision qui fera de lui, de son frère et de ses enfants, des réfugiés légaux. Malgré l’aide de la femme qui l’aime, son attente son espoir

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"3 Billboards, les panneaux de la vengeance" : bons baisers du Missouri

ECRANS | Marqué par un enthousiasmant trio d’interprètes (Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell) et une narration exemplaire (une femme souhaite que l'enquête sur le meurtre de sa fille avance enfin), ce "revenge movie" décalé réalisé par Martin McDonagh nous fait tomber avec délices dans le panneau. Le Midwest, le vrai…

Vincent Raymond | Dimanche 14 janvier 2018

Excédée par l’inertie de la police dans l’enquête sur le meurtre de sa fille, l’opiniâtre Mildred le fait savoir sur trois pancartes géantes jusqu’alors à l’abandon au bord d’une route peu fréquentée. Les conséquences indirectes de cette initiative dépasseront tout ce qu’elle aurait pu imaginer… La présence en tête de gondole de Frances McDormand biaise sans doute l’appréciation. N’empêche : Joel et Ethan Coen auraient pu signer 3 Billboards… Son scénariste et réalisateur Martin McDonagh, qui s’était déjà illustré en 2008 avec Bons baisers de Bruges (polar sérieusement déviant en dépit de son titre français bien naze), fond en effet avec une maestria comparable chronique sociale et sarcasme décapant dans une matrice de film noir. Certes, la géographie les sépare (McDonagh opte pour le Missouri quand les Coen balancent entre la froidure du Minnesota et le torride du Texas), mais le creuset humain est le même : une population globalement rurale riche en stéréotypes conservateurs ; un vase clos éloigné de l’administration fédérale conspuée à l’envi. Attention : virages sur 1h56 On pourrait croire qu

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Nouveau souffle techno avec DJ AZF et Simo Cell

Soirée | DJs défricheurs aussi passionnés que passionnants, les Français DJ AZF et Simo Cell apportent, chacun dans leur registre, un vent de fraîcheur bienvenu au sein d’une scène techno encore trop souvent engoncée dans ses conservatismes et ses conventions. Ils seront vendredi 5 janvier sur la scène de l'Ampérage.

Damien Grimbert | Mardi 19 décembre 2017

Nouveau souffle techno avec DJ AZF et Simo Cell

Il n’y a rien à y faire. Année après année, on reste abasourdi par l’écart béant entre l’incroyable champ des possibles offert par l’univers des musiques électroniques dansantes et l’usage extrêmement restreint, polissé et propre sur lui auquel le cantonnent la plupart des DJs en activité. Depuis quelques années néanmoins, le paysage est progressivement en train de changer : plus divers, plus ouvert, plus varié… Et parmi les forces actives de ce changement, on peut notamment compter DJ AZF. Auditrice de rap passée par la case free party avant de devenir l’un des véritables piliers de la scène club parisienne actuelle, AZF n’est pourtant pas du style à jouer la carte de l’éclectisme dans ses sets : amatrice d’une techno énergique, sale, sombre et suintante imprégnée d’influences acid, rave et industrielles, elle aime quand ça tape fort. Mais l’implication et l’engagement hors norme dont elle témoigne dans ses sets se retrouvent également en dehors du dancefloor. Au travers de ses émissions sur Rinse France, de ses résidences à la Java ou du festival "Qui embrouille qui" auquel elle a donné naissance cette année, elle préfère confier les platin

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Sylvain Venayre : « L’histoire de France ne doit pas être un récit mais un débat »

BD / Rencontre | Mi-octobre est sorti le premier volume d’une série ambitieuse : « l’histoire dessinée de la France, des origines à nos jours ». Chacun des 20 tomes, réalisé par un tandem historien-dessinateur, sera consacré à une période précise de cette histoire. Un projet engagé (les éditeurs expliquent qu’en « ces temps troublés, l’histoire de notre pays fait l’objet de tous les fantasmes passéistes et de toutes les récupérations politiques ») piloté par Sylvain Venayre, historien et professeur à l’université Grenoble Alpes. On l’a rencontré avant son passage par deux librairies grenobloises en compagnie du dessinateur Étienne Davodeau – ils ont signé ensemble le tome 1 intitulé "La balade nationale : les origines".

Aurélien Martinez | Lundi 16 octobre 2017

Sylvain Venayre : « L’histoire de France ne doit pas être un récit mais un débat »

Comment vous êtes-vous retrouvé à diriger ce projet ? Sylvain Venayre : J’ai été contacté il y a trois ans, à l’automne 2014, pour essayer de réfléchir à une histoire dessinée de la France. L’initiative est venue des éditions La Découverte mais l’expertise est celle de La Revue dessinée [un magazine de reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée – NDLR] qui, justement, avait besoin d’un historien capable de diriger la totalité de la collection. Il se trouve que je faisais doublement l’affaire comme je venais de publier un livre intitulé Les Origines de la France et que j’avais dirigé un gros volume consacré à L’Art de la bande dessinée. Un projet d’histoire dessinée de la France qui a pour ambition, comme vous le faites dire à l’un des personnages du tome 1 (l’historien Jules Michelet), de déno

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Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Panorama de rentrée culturelle 2017/2018 | Avec du classique de chez classique mais aussi de la philosophie en musique, du lyrisme théâtralisé ou encore du violoncelle.

Régis Le Ruyet | Mercredi 13 septembre 2017

Musique classique : neuf concerts pour une saison cadencée

Orchestre philharmonique de Radio France Muse géniale de l’opéra contemporain, la soprano canadienne Barbara Hannigan stupéfiait, en 2011, les spectateurs du festival Présences de Radio France par ses talents de cheffe. Combinant audace et précision, la chanteuse y soutenait les plus folles vocalises du Grand Macabre de György Ligeti pendant que, d'une poigne ferme, elle menait en extase les musiciens finnois de l'Avanti ! Chamber. Un exercice de direction et de haut vol lyrique qu’elle réitéra à Grenoble avec l’Orchestre philharmonique de Radio France dans les atours de Lulu d'Alban Berg et de la Fille folle de George Gershwin. À la MC2 le 6 octobre Michel Onfray et Henri Demarquette – musique et philosophie Accompagné par le violoncelliste Henri Demarquette, le philosophe hédoniste Michel Onfray nous expliquera comment, avec les penseurs, dire et entendre le monde. Une passionnante rencontre en pe

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Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

ECRANS | "Ôtez-moi d'un doute", film au casting quatre étoiles (François Damiens, Cécile de France, André Wilms, Guy Marchand...), c'est la très bonne surprise de cette rentrée cinématographique. Rencontre avec sa réalisatrice.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Carine Tardieu : « Pleurer ou rire, c’est une manière d’être vivante »

Avec Ôtez-moi d’un doute, vous abordez le thème du secret de famille, très fécond au cinéma… Carine Tardieu : Au fur et à mesure de l’écriture de cette histoire, je me suis rendu compte qu’il y avait énormément de famille dans lesquelles il y avait des secrets – beaucoup autour de la paternité, car on sait qui est la mère d’un enfant. On en entend davantage parler depuis que les tests ADN existent. Des gens m’ont raconté leur histoire : certains ont eu envie de chercher leur père biologique, d’autres n’ont jamais voulu savoir… Paradoxalement, découvrir que son père n’est pas son père biologique permet à votre héros de mieux connaître le premier… Absolument. J’ai eu moi-même la sensation de rencontrer mon père assez tard, alors que mon père je le connais depuis toujours. Parfois, la rencontre se fait à un moment précis de la vie : quand on devient soi-même père ou mère, on se demande quel homme et quelle femme nos parents ont été. On projette de

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"Ôtez-moi d’un doute" : mes beaux pères

ECRANS | Un démineur breton se trouve confronté à de multiples "bombes" intimes, susceptibles de dynamiter (ou ressouder) sa famille déjà bien fragmentée. Autour de François Damiens, la réalisatrice Carine Tardieu convoque une parentèle soufflante, qui a été nommée à la dernières Quinzaine des Réalisateurs cannoise.

Vincent Raymond | Lundi 4 septembre 2017

Démineur de métier, Erwan a fort à faire dans sa vie privée : il vient d’apprendre que son père l’a adopté et que sa fille (qu’il a élevée seul) est enceinte. Alors qu’il enquête en cachette sur Joseph, son père biologique, Erwan rencontre Anna dont il s’éprend. Las ! C’est la fille de Joseph. Carine Tardieu a de la suite familiale dans les idées. Depuis ses débuts avec La Tête de Maman (2007) et Du vent dans mes mollets (2012), elle s’intéresse à cette sacro-sainte famille. Un microcosme à part, connu de chacun et cependant toujours singulier, ayant surtout la particularité d’être facilement chamboulé. Tant mieux pour qui veut raconter des histoires. Plateau de fruits de père(s) Pour Ôtez-moi d’un doute, la cinéaste conserve son approche favorite consistant à observer une petite tribu de l’intérieur et à hauteur d’enfant. L’enfant a ici quelque peu grandi, puisqu’il s’agit d’un – gigantesque – adulte, en situation de devenir grand-père de surcroît. Mais le scénario le replace justement

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Camion Bazar : la fête tout-terrain

MUSIQUES | Rendez-vous mardi 30 mai à la Bobine en mode apéromix pour le constater.

Damien Grimbert | Mardi 23 mai 2017

Camion Bazar : la fête tout-terrain

C’est une formule simple mais qui a fait ses preuves : un duo passionné de fête et de musique, une paire de platines vinyles et un camion ambulant. À l’heure où les DJs stars se produisent dans des salles immenses, Romain Play & Benedetta Bertella proposent à l’inverse une approche nettement plus décontractée et conviviale, mais tout aussi voire plus festive. Auteur de DJs sets groovy, pointus et ultra-éclectiques, amateur de confettis, de couleurs fluo et de grosses boules à facettes, le duo défend avec bonne humeur une conception de la fête décomplexée et à échelle humaine, qui fait fureur partout où leur camion se pose. Carton-Pâte Records invite Camion Bazar À la Bobine mardi 30 mai à 19h

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Étienne Comar : « Django Reinhardt a été le premier "guitar hero" »

ECRANS | Pour sa première réalisation, le producteur et scénariste Étienne Comar s’offre rien moins qu’un portrait du plus fameux des guitaristes jazz manouche, Django Reinhardt. Interview.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Étienne Comar : « Django Reinhardt a été le premier

Pourquoi ce portrait de Django Reinhardt à cette période précise ? Étienne Comar : Depuis des années je voulais faire le portrait d’un artiste, un musicien dans une période tourmentée de l’histoire et de son existence. Pour plusieurs raisons : j’ai fait de la musique, et je sais sa faculté de vous extraire du monde et à vous isoler et vous aveugler du monde qui vous entoure. Le fait de vouloir traiter d’une période historique compliquée est lié à l’air du temps, parler de la position des artistes, à un moment où tout semble s’effondrer autour de soi. Django est une icône qui m’a toujours fasciné. D’abord, c’est un peu les prémices du rock’n’roll ; c’est le premier "guitar hero", il a inspiré énormément de jazzmen, de bluesmen, de rockeurs… Quant à la période, parce qu’il fait de la musique, il ne voit pratiquement pas le drame en train de se passe au tour de lui. Il va entrer de plain-pied dans la guerre, parce qu’il va y être contraint, forcé. Et puis, je n’aime pa

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"Django" : accords et désaccords sur le cas Django Reinhardt

ECRANS | de Étienne Comar (Fr., 1h55) avec Reda Kateb, Cécile de France, Beata Palya…

Vincent Raymond | Lundi 24 avril 2017

Producteur inspiré de Timbuktu ou Des Hommes et des dieux, Étienne Comar passe ici à la réalisation pour un bien étrange biopic inspiré par sa fascination pour l’œuvre, la musique et la personnalité de Django Reinhardt – campé par un Reda Kateb appliqué, impeccable aux six-cordes durant le premier quart d’heure (le meilleur du film). Ce portrait au classicisme suranné se focalise en effet sur la période de l’Occupation et donne l’impression de chercher à exonérer le guitariste jazz de son insouciance d’alors en le transformant en proto-résistant, voire en héros de "survival". C’est se livrer à de sérieuses extrapolations au nom de la fiction et/ou de l’admiration. Étienne Comar a beau jeu de justifier sa démarche par les béances de l’histoire

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Les MJC se font ajuster, à Grenoble comme dans la région

Secteur associatif | Début novembre, c’était le clap de fin pour la Fédération rhônalpine des MJC (maisons des jeunes et de la culture). Les 95 emplois de cette tentaculaire organisation (200 associations affiliées, 145 000 adhérents) sont supprimés. Résultat : quatre directeurs grenoblois se sont fait virer, et les finances ne sont pas au beau fixe.

Jean-Baptiste Auduc | Mardi 6 décembre 2016

Les MJC se font ajuster, à Grenoble comme dans la région

« On n’a plus de directeur depuis octobre. » C’est le constat amer de la secrétaire de la MJC grenobloise Anatole France. Pourtant Karim Chamon, l’ex-patron, squatte toujours son bureau près du cours de la Libération (photo). « J’ai encore plus de travail depuis que je suis au chômage : je m’occupe des paies, de la compta… » égraine-t-il affairé dans des dossiers. En buvant son quatorzième café de la journée, il s’explique : « Je suis directeur bénévole à la MJC en attendant ma réembauche en janvier. » Son employeur, jusque-là la fédération régionale des MJC, était en redressement judiciaire depuis mai 2016. Sans repreneur, elle vient d’être liquidée, ce qui a des conséquences sur tous les territoires. À Grenoble par exemple, quatre des sept directeurs de MJC étaient employés par elle. Ils ont tous été réembauchés par leur MJC : Anatole France (pour bientôt), Lucie Aubrac, Parmentier et Abbaye. Aujourd’hui, le constat est sans appel :

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Zoom sur le nouveau festival Electro Kinetics

MUSIQUES | Nouveau venu parmi les festivals de rentrée, Electro Kinetics, organisé conjointement par les assos Carton-Pâte Records et La Métamorphose, se déroulera du (...)

Damien Grimbert | Vendredi 9 septembre 2016

Zoom sur le nouveau festival Electro Kinetics

Nouveau venu parmi les festivals de rentrée, Electro Kinetics, organisé conjointement par les assos Carton-Pâte Records et La Métamorphose, se déroulera du mardi 13 au samedi 17 septembre dans cinq lieux différents (la Bobine, le O’Brother Kfé, l’Ampérage, le Parc Paul Mistral ainsi qu’un lieu tenu secret). Si la programmation (23 artistes au total, tous orientés house ou techno) sera composée dans sa grande majorité d’artistes issus des deux associations, on retrouvera néanmoins quelques invités de marque le week-end venu, comme Oniris, Timid Boy (en photo) ou encore Moteka.

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France et Taulard, talents musicaux made in France

MUSIQUES | Ce jeudi 2 juin, la Souterraine réunit à la Bobine deux groupes français qui, comme diraient les plus âgés d'entre nous, ganeraient à être connus. Mais qui sont-ils vraiment ?

Stéphane Duchêne | Mardi 31 mai 2016

France et Taulard, talents musicaux made in France

En 2016, la Souterraine est le dernier artisan découvreur de talents de France et se propose de partager avec nous, au coin d'une bonne bière, les produits pop de nos beaux terrooooirs, l'hymne de nos campagnes, de nos rivières, de nos montaaaaagnes. Ce sera prochainement le cas à Grenoble avec un certain Taulard (preuve que, comme nous le disions dans nos éditions précédentes, les délinquants récidivistes ont, quoi qu'on en dise, la part belle dans notre beau pays). Il faudra aussi sans doute prêter en ce 2 juin à la Bobine, jour de la Sainte-Blandine (n'oubliez pas de leur souhaiter bonne fête), une attention toute particulière à un drôle de trioooo venu d'Auvergne et baptisé France (photo) – un très beau nom qu'on apprécie beaucoup à la rédaction de ce journaaaal, dernier artisan de musique de jeunes à combiner batterie, basse et vielle à rooooouuuue. Vous allez le voir, le résultat est assez surprenant et ne sera pas sans rappeler aux amateurs d'Histoire et de psychédélisme l'affaire du pain maudit de Pont-Saint-Esprit à l'été 1951, cet étrange cas d'intoxication alimentaire à l'ergot de seigle, dont la CIA fut un temps tenue responsaaaaable. Aux commande

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Hugo Massien : un bel et sombre inconnu

MUSIQUES | Le jeune prodige de la scène deep tech britannique sera vendredi soir à l'Ampérage, à l'initiative de Carton-Pâte Records.

Damien Grimbert | Mardi 24 mai 2016

Hugo Massien : un bel et sombre inconnu

Dernière signature en date du prestigieux label XL Recordings, le jeune Anglais Hugo Massien est surtout l’une des principales figures de proue d’une micro-scène musicale encore largement méconnue en France : la deep tech. Comme son nom ne l’indique pas, cette dernière est une forme de house sombre, ultra-minimaliste et portée par des basses massives qui fait beaucoup parler d’elle outre-Manche. Elle réunit ainsi une petite constellation d’artistes autour de quelques labels de référence, comme le Audio Rehab de Mark Radford ou, dans son acception la plus underground, le Strange Static d’Aaron Vybe. Influencée par la scène rave britannique du tout début des années 1990 et son curieux melting-pot de sonorités acid-house et de rythmes afro-caribéens, la deep tech peut à ce titre être vue comme la dernière déclinaison en date du « hardcore continuum », cette fameuse matrice originelle qui a influencé les uns après les autres tous les styles de musiques électroniques britanniques apparus ces 25 dernières années – jungle, dubstep, grime, UK garage et on en passe… Certes, l’appréhension de cette filiation n’est pas forcément nécessaire pour apprécier l’énergie prima

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The Lady In The Van

ECRANS | de Nicholas Hytner (G.-B./E.-U., 1h44) avec Maggie Smith, Alex Jennings, Frances de la Tour…

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

The Lady In The Van

Adaptateur monomaniaque d'Alan Bennett depuis La Folie du roi George (1995), Nicholas Hytner signe un film britannique tout ce qu’il y a de plus règlementaire, incluant pantalon à velours côtelé, scones et flegme. Un écrin classique pour Jim Broadbent et surtout Maggie Smith, qui surcompose la harpie décomposée de camionnette, vêtue de peaux de chats et embaumant l’urine, pittoresque attraction pour la "gentry" de Camden. Mais davantage que l’interprétation attendue de Dame Smith, c’est le travail sur la dissociation de l’auteur qui retient l’attention : à la fois narrateur et personnage agissant dans l’histoire, Bennett se dédouble à l’écran ; s’observe dans cette duplication, échangeant avec son alter ego des considérations proustiennes. Il y a dans cette tentative de narration décalée une “réflexion” (dans tous les sens du terme) séduisante, rappelant les chambres à écho construites par Resnais ou Charlie Kaufman. En moins élaborées, quand même – we’re British ! VR

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Palais des sports : la Ville de Grenoble défend son choix

ACTUS | Le mois dernier, la mairie convoquait l’ensemble de la presse locale pour revenir sur les douze premiers mois de reprise en gestion directe du Palais des sports. Le bilan ? « Positif » (forcément). Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 1 mars 2016

Palais des sports : la Ville de Grenoble défend son choix

Dans le processus de remise à plat voulu par l’équipe d’Éric Piolle après la victoire à Grenoble en mars 2014, la réflexion sur la gestion du Palais des sports n’était pas la plus illégitime vu le flou pas du tout artistique qui régnait autour de l’équipement. Des décisions ont donc été prises dès juillet 2014 : « On n’a pas souhaité renouveler la convention de l’association qui gérait le Palais des sports depuis 25 ans » a expliqué le conseiller municipal délégué aux événements et temps festifs Olivier Bertrand. Joli document plein de tableaux à l’appui, il est revenu sur « la gestion opaque » du lieu, « accaparé par un unique producteur » (Guy Chanal en l’occurrence). « Avec cette décision [reprendre le bâtiment en gestion directe au 1er janvier 2015 – NDLR], le but a été d’ouvrir le Palais des sports à l’ensemble de la population. » Et, surtout, de faire des économies. 81 000 personnes accueillies en un an « La Ville réalise une économie de près d’un million d’euros par rapport à 2013 » : c’est marqué en gros et en violet dans le dossier de presse. Plus précisément, la mairie loue

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Les pirates de l'art à l'abordage de la France

ARTS | On a visité l'exposition de Spacejunk qui dévoile six artistes se revendiquant du courant Lowbrow.

Charline Corubolo | Mardi 9 février 2016

Les pirates de l'art à l'abordage de la France

Ces pirates-là ne sabrent pas les malheureux pour leur butin mais hachent à vif l'art contemporain, boursouflé par sa prétention et son arrogance, à travers un trait incisif. Exit le verre de cristal rempli de champagne : à bord de ce navire Lowbrow, on est imprégnés des effluves de la bière et on navigue aux sons d'une culture populaire qui se dessine au crayon et au pinceau. Inaugurée vendredi 5 février au centre d'art Spacejunk, l'exposition Lowbrow en France sonde les abîmes de cette mouvance plastique née aux États-Unis dans les années 1970 et qui a jeté l'ancre dans nos contrées depuis une quinzaine d'années. Les considérant comme les capitaines français de ce mouvement, le centre d'art a réuni Berhart, Jérôme Barbosa, Odö, Veks, Ciou et Malojo pour mettre à jour tous les trésors de cet art underground rempli de symbolisme, de détails et d'onirisme aux relents acerbes d'un XXIe siècle à la dérive. Le club des six C'est après avoir été présentée à Bayonne et Lyon que l'exposition arrive à Grenob

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Les pirates de l'art se la jouent Lowbrow

ARTS | Courant artistique enfanté sous le soleil californien et bercé par les différentes formes de contre-culture des années 1960 et 1970, le Lowbrow tourne le dos aux diktats de l’art contemporain pour mieux s’inspirer des icônes colorées de la culture populaire américaine. À l'occasion de l'exposition "Lowbrow en France" proposée par Spacejunk, on retrace son histoire. Damien Grimbert

Damien Grimbert | Mardi 9 février 2016

Les pirates de l'art se la jouent Lowbrow

Los Angeles, début des années 1960. Alors que le conceptualisme et le minimalisme entament leur règne sans partage sur le monde de l’art contemporain, un jeune artiste frondeur du nom de Robert Williams accumule frustration sur frustration. Il faut dire que ses références culturelles à lui se situent aux antipodes de ces deux courants : pulp magazines, comic-books, films de monstres de série B, magazines de charme, motos... Bref, les influences classiques d’un jeune adolescent de la classe moyenne américaine. Après quelques années à décorer différents véhicules pour le compte de l'artiste d’Ed « Big Daddy » Roth, figure de proue de la « Kustom Kulture », il s’installe à San Francisco en 1969, dans le quartier de Haight-Ashbury, épicentre californien du mouvement psychédélique. C’est là qu’il va trouver enfin une famille d’adoption au sein de Zap Comix, une revue underground fondée par Robert Crumb qui va révolutionner le monde de la bande dessinée. Dix ans plus tard sort son premier livre d’artiste, The Lowbrow Art of Robt. Williams. Lowbrow pour « bas du front ». En choisissant ce terme ironique, Williams n’a pas l’intention de faire école,

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Boukhrief : « "Made in France" ne sera pas maudit »

ECRANS | Après les attentats de novembre, Nicolas Boukhrief avait pris avec philosophie et dignité la non-sortie sur les écrans de son “Made in France”, sur une cellule djihadiste qui doit semer le chaos au cœur de Paris. Il découvre qu’un festival à Grenoble (Les Maudits films) le présente en exclusivité… Propos recueillis par Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Boukhrief : «

Votre film est programmé dans le cadre du Festival des maudits films. Il y a là une ironie tragique… Nicolas Boukhrief : Pour le public, c’est surtout l’occasion de le voir dans la dimension pour laquelle on l’a conçu. Et d’apprécier le travail du chef-opérateur sur l’image et celui sur le son. Et quel honneur d’être programmé dans le même festival que Sorcerer de Friedkin ! À quel moment avez-vous fait le deuil d’une diffusion sur grand écran ? Franchement, après le Bataclan [sa sortie était prévue le mercredi suivant – NDLR]. Après ce qui s’était passé dans une salle de spectacle, j’aurais été étonné que beaucoup de cinémas le prennent. Moi-même, si j’avais été exploitant, j’ignore ce que j’aurais fait, c’est complexe… D’ailleurs, ce film a été très difficile à faire, dès sa phase de production. Mais il n’était pas fait pour provoquer : c’est un état des lieux. Ayant été critique, vous savez qu’une œuvre maudite finit par rencontre

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Gaz de France

ECRANS | De et avec Benoît Forgeard (Fr., 1h26) avec Olivier Rabourdin, Philippe Katerine, Alka Balbir…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Gaz de France

À l’image de son auteur-interprète Benoît Forgeard ou de son comédien principal Philippe Katerine (qui vont jusqu’à l’incarner à la ville dans leur esthétique vestimentaire et leur art de vivre kitsch-vintage), Gaz de France cultive un ton décalé épris de non-sense. Une sorte de burlesque froid et languide, dont les effets comiques naissent d’une improbable combinaison entre l’absurde, le contemplatif et le bavard musical. Pas tout à fait ratée, ni vraiment réussie, cette farce auteuriste et bariolée empruntant à la politique-(science-)fiction use de diverses stratégies pour compenser un budget qu’on suppose étriqué. Les décors, d’abord, sans doute voulus comme arty, design et épurés ; hélas, ils trahissent plutôt le carton-pâte fauché. Reste la distribution, solide, rehaussée par la présence magnétique d’Alka Balbir. Voilà en l’occurrence un procédé aussi déloyal que pervers, puisqu’il vise à obtenir notre libidineuse et concupiscente indulgence. Nous ne sommes pas dupes… *soupir*

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Sortie repoussée pour le film "Made in France"

ECRANS | Initialement prévu sur les écrans ce mercredi 18 novembre, le film de Nicolas Boukhrief a été déprogrammé par son distributeur. Par dignité. Pour éviter d’être accusé de récupération. "Victime" immatérielle indirecte de la tragédie du 13 novembre, "Made in France" mériterait pourtant d'être largement diffusé dans les circonstances actuelles… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Lundi 16 novembre 2015

Sortie repoussée pour le film

« Le premier qui dit la vérité… » chantait Guy Béart. Made in France n’est certes pas le premier film à aborder la question de la radicalisation islamiste, mais il le fait avec force. Au moment où cet article est rédigé, il se peut qu’il finisse par être encore moins vu que les précédents, des films produits avec des bouts de ficelles, sortis en catimini et suspectés au mieux de fantasmer sur "les banlieues", sur le fanatisme ; au pire de faire de lit d’un extrémisme politique grandissant en instrumentalisant un contexte social calamiteux. D’user, pour faire court, de moyens sales à des fins douteuses. Mais en réalité, comme pour Philippe Faucon avec La Désintégration, Made in France de Nicolas Boukhrief glace par sa dimension non pas prophétique, mais simplement lucide. Par son effrayante clairvoyance. Son analyse brute d’une situation dont nous refusions d’admettre la possibilité. Sine die, ciné diète ? Lorsque les attentats de janvier ont révulsé la France, le film, déjà tourné, s’est trouvé pris en

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Les temps forts de la saison

ARTS | Une sélection à base de Musée de Grenoble, de Spacejunk, de Musée Géo-Charles, de Moulins de Villancourt, de Muséum ou encore de Casemate.

Charline Corubolo | Samedi 3 octobre 2015

Les temps forts de la saison

Derrière l’artiste, la femme au Musée de Grenoble Affirmer que l’art n’a pas de sexe serait remettre en cause la construction même de nos sociétés établies depuis des siècles sur un rapport de force du masculin sur le féminin. Bien que ce schéma ancestral tende à s’estomper, des fragments entiers de l’histoire de l’art ont été marqués par cette dominance au point de gommer certaines influences majeures. Il paraît bien sûr absurde d’affirmer qu’un art puisse être masculin ou un autre féminin (encore que cette thèse demeure point de discorde et de débats à approfondir), l’évidence est pourtant faite depuis plusieurs années que la lutte des sexes a bien eu lieu au sein de l’art et que, trop souvent, les artistes féminines ont été relayées au second plan. C’est ainsi que la saison 2015-2016 du Musée de Grenoble s’attache à offrir une relecture de l’art selon la conception féminine avec deux expositions dédiées aux femmes programmées de manière fortuite, mais dont la coïncidence permet un programme riche autant sur le plan plastique que sur celui de la réflexion délicate de la « femme-artiste ». Georgia O’Keeffe, peintre américaine du début d

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Horaires de fermeture tardive : le Drak-Art et l'Ampérage de nouveau sur la sellette ?

ACTUS | L'association Carton-Pâte Records vient d'annoncer l'annulation de sa soirée prévue le vendredi 4 septembre au Drak-Art. En cause, le « non renouvellement temporaire d'autorisation de fermeture tardive pour les salles du Drak-Art et de l'Ampérage ».

Aurélien Martinez | Mardi 1 septembre 2015

Horaires de fermeture tardive : le Drak-Art et l'Ampérage de nouveau sur la sellette ?

La solution semblait être la bonne : l'autorisation préfectorale de fermeture tardive poussée à 6 heures du matin en janvier 2014 pour le Drak-Art et l'Ampérage, après plusieurs mois de tension sur ces questions du fait de problèmes de nuisances sonores – on avait tout expliqué ici. Coup de théâtre en cette rentrée : ce dispositif serait remis en cause. C'est l'équipe de l'association Carton-Pâte Records (photo), qui avait une soirée prévue ce vendredi 4 septembre au Drak-Art (jusqu'à six heures du matin donc), qui annonce la nouvelle par communiqué. « Après plus d'une semaine de lutte administrative avec la Préfecture de l'Isere et la Ville de Grenoble, le sous-préfet a décidé de ne pas reconduire temporairement les autorisations de fermeture tardive du Drak-Art. […] Ne voulant pas vous proposer une soirée payante sous un format 20h

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La Belle saison

ECRANS | De Catherine Corsini (Fr, 1h45) avec Cécile De France, Izïa Higelin, Noémie Lvovsky…

Christophe Chabert | Mardi 18 août 2015

La Belle saison

En 1971, les échos de mai 68 se font sentir dans les revendications des femmes au sein d’un MLF en pleine dynamique contestataire. C’est là que se rencontrent Delphine (Izïa Higelin), fille de paysans, et Carole (Cécile De France), parisienne et prof d’espagnol. C’est le coup de foudre, franc et direct (on n’est pas chez Diane Kurys) : Carole abandonne son mec, puis la capitale pour suivre Delphine dans sa ferme familiale, dont elle s’occupe après l’AVC de son père. Alors que l’introduction parisienne avait une certaine vigueur, que ce soit pour filmer les réunions politiques furieuses ou la naissance du désir chez les deux femmes, cette très longue partie campagnarde relève du scénario platement illustré. Corsini enchaîne les conflits dramatiques (se cacher ou ne pas se cacher ? Partir ou rester ? Les champs ou la ville ?) et les situations crypto-boulevardières (le pauvre personnage de Kevin Azaïs en amoureux transi en fait méchamment les frais) sans parvenir à élever le débat. Une jolie photo aux teintes chaudes, une représentation très frontale de l’homosexualité féminine et une musique ouvertement mélodramatique ne suffisent pas à sortir le film de son c

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En équilibre

ECRANS | De Denis Dercourt (Fr, 1h30) avec Albert Dupontel, Cécile De France…

Christophe Chabert | Lundi 13 avril 2015

En équilibre

Cascadeur équestre, Marc est victime d’un accident qui le laisse dans un fauteuil roulant. C’est alors qu’il rencontre Florence, agent d’assurance chargée de l’indemniser, envers qui il éprouve d’abord méfiance et hostilité, avant de découvrir qu’elle possède une sensibilité et un cœur derrière sa carapace de bourgeoise froide. En équilibre prouve que, dans la carrière de Denis Dercourt, La Tourneuse de pages faisait office d’accident heureux. Et encore, c’est bien par son scénario et par ses acteurs que le film s’avérait un tant soit peu marquant, la mise en scène étant déjà très standard. Ici, tout est proche de l’encéphalogramme plat : l’évolution des personnages et de leur relation se fait selon un schéma incroyablement prévisible, et les deux comédiens jouent cette partition sans conviction, comme s’ils avaient conscience de la banalité de ce qu’on leur demandait de jouer. On a même le sentiment que le handicap, depuis Intouchables, est une garantie d’émotions faciles, un sujet bankable qui autoriserait la mise en chantier du moindre téléfilm

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Qu’Allah bénisse la France

ECRANS | D’Abd Al Malik (Fr, 1h35) avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani…

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Qu’Allah bénisse la France

C’est peut-être un peu cruel, vu que le film n’est pas forcément détestable, mais c’est bien ce Qu’Allah bénisse la France qui donne envie de tirer la sonnette d’alarme concernant l’état du cinéma français. Depuis plusieurs mois, la course à l’histoire vraie – autofiction, bio filmée ou faits divers – connaît une spectaculaire accélération, d’autant plus inquiétante quand elle est mise entre les mains de cinéastes dont ce n’est pas encore tout à fait le métier. Ainsi d’Abd Al Malik, qui adapte ici son roman autobiographique avec une maladresse d’abord touchante, car elle lui permet d’empoigner la forme cinématographique sans forcément chercher à livrer un produit bien fait, mais graduellement gênante quand le film s’engage dans une escalade narrativo-politique pas franchement maîtrisée – c’est un euphémisme. Qu’Allah bénisse la France n’a aucune échine dramatique et relève d’un empilement de situations qui accompagnent les diverses vicissitudes de son protagoniste – petit voleur à la tire dans les rues de Strasbourg, lycéen doué en lettres, vendeur de shit, repenti islamiste prêchant en banlieue, chanteur de rap repéré par les majors… Pensant que sa vie

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Coupe du monde : tous ensemble

ACTUS | Festive et conviviale, la coupe du monde (12 juin – 13 juillet) se regarde depuis une terrasse ou sur le zinc d’un comptoir, mais toujours entouré d’une foule de camarades supporters. Petit tour des lieux grenoblois où apprécier un match en dégustant une bière. Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Mardi 3 juin 2014

Coupe du monde : tous ensemble

Que l’on soit un amateur compulsif du ballon rond ou que l’on observe d’ordinaire ce curieux phénomène de loin, un sourire un peu snob aux lèvres, la coupe du monde est toujours (surtout en cas de victoire tricolore) une grande liesse fédératrice. L’événement n’ayant lieu qu’une fois tous les quatre ans, il serait dommage de bouder son plaisir, ou de suivre la compétition (et l’ascension progressive de l’équipe de France) depuis son canapé, un paquet de chips dans une main et une canette de Kronenbourg dans l’autre. Non, voici l’occasion de sortir, se mêler à la foule pour communier dans un esprit sportif. Ça tombe bien, l’offre ne manque pas, même si la Ville de Grenoble n’a pour l’heure pas prévu l’installation d’écrans géants. Les choses évolueront peut-être si les bleus font une belle performance. Si la météo est au rendez-vous, pourquoi ne pas squatter la terrasse d’un bar ? Plusieurs établissements se muniront d’un écran géant placé en extérieur, dont le Champollion, boulevard Gambetta, qui selon ses tenanciers « multipliera les écrans si l’affluence est au rendez-vous ». Le Perroquet, place Saint-André,

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Carton-Pâte Records

MUSIQUES | Nom : Carton-Pâte Records Site : www.cartonpaterecords.com Créée en : Avril 2013 Styles musicaux défendus : house, bass music, techno… Artistes associés : (...)

Damien Grimbert | Mardi 4 février 2014

Carton-Pâte Records

Nom : Carton-Pâte Records Site : www.cartonpaterecords.com Créée en : Avril 2013 Styles musicaux défendus : house, bass music, techno… Artistes associés : JM, Rampage84, Mr CardBoard, Pause, Peanuts Wear Caps... Artistes invités : Duke Dumont (Turbo), SIMBA (Fat!), Jolie Chérie (Kitsuné), Les Petits Pilous (BNR/Bad Life)… Soirées : Release Night (tous les mois au Bal Ptit Club), Release Night Extended (tous les deux mois au Drak-Art), J'y Aime le Jeudi et Saturday Open Decks (toutes les semaines au O’Brother Kfé) Dernières sorties discographiques :  SIMBA - Boot To The Head (UK House / Garage)Pause - Step Into The Unknown (Techno)K.I.X - Eighth Avenue (House) Prochaine soirée : Release Night Extended, vendredi 14 février au Drak-Art (cf.agenda)

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Électricité sensible

ARTS | L’art de la robotique prend tout son sens avec l’œuvre de France Cadet. Actuellement exposée à l’espace Vallès, l’artiste jongle entre des cyborgs, interrogeant le devenir d’une société techno-corps, et des chiens mécaniques, dénonçant les relations hommes-animaux. Plus encore, elle offre une radioscopie des matières, à la recherche de l’émotif. Charline Corubolo

Charline Corubolo | Mardi 4 février 2014

Électricité sensible

De sa formation scientifique, France Cadet conserve une curiosité pour la biologie et un goût pour les connexions. Ce glissement d’univers permet à l’artiste d’étendre avec créativité sa réflexion sur un monde enclin à se robotiser sans cesse. L’exposition Robot mon amour à l’Espace Vallès met ainsi en lumière l’étude de deux entités : l’organique et l’artificiel. Issus du commerce, des chiens-jouets sont reconfigurés afin de leur donner des propriétés étranges : miaulement ou hennissement. La bête est perturbée et, par le prisme de cette analyse mécanique, commence à poindre la dénonciation de l’emprise humaine sur l’animal. Parmi cette série, des trophées de chasse canins, qui s’animent de plus en plus lorsque l’on s’approche, accentuent cette critique : leur hostilité est en réponse à l’acte barbare commis par l’homme. Un homme qui est lui-même décortiqué, ou plus exactement la femme, dans les Anataleçons, détournement parodique des publicités Aubade. L’autopsie de l’anatomie retourne le caractère sexuel des affiches, et la position lascive du corps, entre sensualité et domination, interroge les rapports de force. Alors qu’à travers des tirag

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Polars des deux côtés des Alpes

ECRANS | Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à (...)

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

Polars des deux côtés des Alpes

Initiative à la fois originale et pertinente de la Cinémathèque de Grenoble : tenter un audacieux jumelage entre les polars français et italiens des années 70, à travers quatre soirées en double programme – la France d’abord, l’Italie ensuite. Qu’est-ce qui rapproche et qu’est-ce qui oppose ses deux traditions de cinéma populaire ? Niveau points communs : le polar de l’époque tente une radioscopie de la société et de ses errements politiques, dont Yves Boisset ici et Francesco Rosi là-bas sont les emblèmes. Ce sera d’ailleurs le thème de la première soirée (le vendredi 7 février), qui réunira Le Juge Fayard dit le Shériff et Cadavres exquis, thème décliné une semaine plus tard avec la mise en miroir d’I comme Icare de Verneuil (un peu daté sur la forme, comme tous les Verneuil de l’époque, mais pas du tout sur le fond) et La Ville accuse de Sergio Martino, qui passe le cinéma engagé de Rosi à la moulinette de la série B. Ce qui permet de tels rapprochements, ce sont aussi les transports d’acteurs d’un pays à l’autre, grâce notamment au bilinguisme d’un Ventura ou d’un Marcel Bozuffi. Pour les deux autres soirées, seront mis en

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Vog-uons vers Vallès

ARTS | Alors que l’exposition Collection Gilles Balmet au Vog, qui débute ce jeudi 16 janvier, s’annonce sous de bons augures, celle de David Lefebvre en mai (...)

Charline Corubolo | Vendredi 10 janvier 2014

Vog-uons vers Vallès

Alors que l’exposition Collection Gilles Balmet au Vog, qui débute ce jeudi 16 janvier, s’annonce sous de bons augures, celle de David Lefebvre en mai laisse à penser également que la découverte sera de qualité. Artiste jouant de la couleur et du vide, de la coulure et de la géométrie, du précis et du déconstruit, le peintre use des images du quotidien glanées au hasard et cherche à préserver leur qualité moyenne afin de créer un encodage. Ombre noire ou « vitrail » coloré, Lefebvre donne à voir des images brouillées comme pour apercevoir ce qui se cache derrière. Changement de décor à l’espace Vallès avec l’exposition Robot mon amour qui présentera, à la fin du mois de janvier, le travail de France Cadet. Faisant fi des barrières entre le naturel et l’artificiel, l’artiste emploie les nouveaux médias et la robotique afin de faire basculer le scientifique dans l’art pour créer des relations parodiques entre l’humain, l’animal et l’androïde. Une exposition à la pointe de l’innovation, qui s’interroge sur les nouveaux rapports aux machines et qui déclenchera surement une « connexion ».

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Fargo, du sang sur la neige

ECRANS | On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 décembre 2013

Fargo, du sang sur la neige

On continue cette semaine notre rétrospective "20 ans de PB, 20 ans de ciné" en se téléportant en 1996, mais surtout en rendant hommage à un tandem de cinéastes régulièrement loués dans nos colonnes : Joel et Ethan Coen. Fargo leur permet de revenir sur leurs terres natales, le Minnesota froid et enneigé, où un fait divers sordide se transforme devant leur caméra en tragédie de la bêtise et de la cupidité. Jerry Lundegaard (William H. Macy), médiocre vendeur de voitures, paie deux tueurs dégénérés, l’un (Steve Buscemi) volubile et agité, l’autre (Peter Stormare) peu loquace et impassible, pour enlever sa propre femme et demander une rançon à son beau-père blindé mais radin. Bien sûr, le plan tourne au cauchemar et seule une femme flic enceinte (Frances McDormand) tente de résister à cette spirale de violence. Le génie des Coen éclate à tous les étages de Fargo : le dialogue, vertigineux, la construction scénaristique, particulièrement audacieuse avec ses digressions imprévisibles – notamment via un personnage de Japonais dépressif et mythomane – et bien sûr la mise en scène, fabuleuse. En pleine symbiose avec leur chef opérateur Roger Deakins, les Coen

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Casse-tête chinois

ECRANS | De Cédric Klapisch (Fr, 1h54) avec Romain Duris, Audrey Tautou, Cécile de France…

Christophe Chabert | Vendredi 29 novembre 2013

Casse-tête chinois

Après L’Auberge espagnole et surtout l’affreux Les Poupées russes, il y avait de quoi redouter les retrouvailles entre Cédric Klapisch et son alter ego romanesque Xavier-Romain Duris. Or, Casse-tête chinois se situe plutôt dans la meilleure veine du cinéaste, celle de Peut-être et de Paris, lorsqu’il baisse les armes de la sociologie caustique – que Kyan Khojandi, qui fait un petit coucou dans le film, a customisé dans sa série Bref – pour se concentrer sur la singularité de ses personnages et laisser parler une certaine mélancolie. Il faut dire que ce troisième volet raconte surtout des séparations, des renoncements et des désenchantements, sans pour autant que cela vaille constat générationnel ou métaphore de l’état d’un monde. New York n’est jamais regardé béatement pour son exotisme – ce n’est pas Nous York, donc – mais comme une ville à appréhender dans son multiculturalisme, sa géographie, son prix et ses tracas. Sur

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Frances Ha

ECRANS | En noir et blanc et au plus près de sa formidable actrice et co-auteure Greta Gerwig, Noah Baumbach filme l’errance d’adresses en adresses d’une femme ni tout à fait enfant, ni tout à fait adulte, dans un hommage au cinéma français qui est aussi une résurrection du grand cinéma indépendant américain. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 26 juin 2013

Frances Ha

Elle s’appelle Frances et c’est déjà tout un programme pour le nouveau film de Noah Baumbach, son meilleur depuis Les Berkman se séparent. Frances est une New-yorkaise pur jus, mais c’est comme si cette belle création cinématographique, fruit d’un travail en symbiose entre le cinéaste et son actrice Greta Gerwig, était aussi l’héritière d’un certain cinéma français. Dans une des nombreuses chambres où elle va échouer et qu’elle se refuse obstinément à ranger, Frances épingle un poster anglais de L’Argent de poche de François Truffaut ; avec un de ses colocataires, elle regarde un soir à la télé Un conte de Noël de Desplechin ; sur un coup de tête, la voilà partie pour Paris, où elle traîne entre le Café de Flore et la Sorbonne, tentant vainement d’avancer dans sa lecture de Proust ; enfin, séquence mémorable, on la voit danser en toute liberté dans la rue tandis que la caméra l’accompagne en travelling latéral, avec Modern Love de David Bowie déchaîné sur la bande-son.

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Promised land

ECRANS | Sur un sujet ô combien actuel — l’exploitation du gaz de schiste —, Gus Van Sant signe un beau film politique qui remet les points sur les i sans accabler personne, par la seule force d’un regard bienveillant et humaniste sur ses personnages. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 15 avril 2013

Promised land

Quelque part au fin fond de l’Amérique, dans une de ses petites villes rongées par la crise et la pauvreté, un tandem de lobbyistes à la solde de Global Crosspower solutions vient vendre aux habitants le remède miracle pour sortir de la mouise : la cession de leurs terres pour en extraire du gaz de schiste. Des millions de dollars sont en jeu, pour la compagnie mais aussi pour les autochtones. Steve (Matt Damon) et Sue (Frances MacDormand) ont une technique bien rodée pour convaincre leurs interlocuteurs : se fondre dans les coutumes (et les costumes) du coin, faire valoir leur propres origines populos et, in fine, les prendre par les sentiments  – en l’occurrence, ici, le portefeuille. Tout se passe comme prévu, jusqu’à ce qu’un vieux physicien à la retraite (Hal Holbrook) puis un militant écolo (John Krasinski) pointent chacun du doigt les dangers environnementaux de cette exploitation. La terre outragée Avec un sujet si actuel et une répartition des rôles a priori manichéenne, il y avait tout pour faire de Promised land un pamp

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La Maison de la radio

ECRANS | 24 heures à l’intérieur de la « maison ronde » à l’écoute des diverses antennes de Radio France : Nicolas Philibert signe un beau documentaire où l’on regarde ce que produire du son et de la voix veut dire, de l’anecdote à l’essentiel. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 28 mars 2013

La Maison de la radio

C’est une maison ronde accrochée à la Seine… Celle de Radio France, un bâtiment mythique pour un service public qui, pour une fois, n’est pas en crise. C’est même un média en pleine santé que filme Nicolas Philibert, comme si la radio survivait à tout, marasme de la presse écrite, explosion d’Internet, prolifération de l’information personnalisée et socialisée… La Maison de la radio est ainsi un documentaire allègre qui recrée par le montage la polyphonie des stations à travers une chronologie allant du rituel 7/9 d’Inter à sa préparation le lendemain, traversant les murs pour y attraper des sons, des voix et des corps. Démarche casse-gueule : en révélant les visages de ces hommes de parole, Philibert prend le risque de tuer l’illusion ou de sombrer dans le clin-d’œil complice. Tiens, c’est lui, Philippe Lefébure ? Et ce Hervé Pochon qui va interviewer sur le toit d’un immeuble un photographe d’orages, il se promène toujours comme ça avec son magnéto autour du cou ? Heureusement, le choix de zapper d’une antenne l’autre, de s’aventurer hors des murs de la Maison ronde

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