W.

C’est l’histoire d’un plouc américain qui déteste bosser, mais aime picoler et draguer les filles. Pas de bol pour lui, ce redneck ordinaire a pour père un politicien ambitieux qui deviendra président des États-Unis. Face à ce paternel qui le méprise et lui préfère son frère propre sur lui, un désir de revanche et de reconnaissance se développe, qui finira par influer dramatiquement sur le cours du monde. La thèse d’Oliver Stone sur George W. Bush peut paraître simpliste ; mais en ces temps de biopics tièdes et sans point de vue (Coluche, Mesrine), cela fait du bien de voir un cinéaste mouiller sa chemise, même si sa proie a déjà un sacré genou à terre ! Stone, dans un joyeux désordre chronologique, dresse un portrait de ce type qui représente un morceau d’Amérique que l’on ne peut négliger (celle des oisifs élevés dans le culte de la réussite et la haine de la culture) et qui a juste le tort de se retrouver au pire endroit et au pire moment.

Josh Brolin, grand acteur, incarne à la perfection cet homme écartelé entre la rigidité des codes démocratiques et la grossièreté des mœurs texanes. W. se pose ainsi en tragi-comédie, avec des pointes de burlesque inquiétant à la Docteur Folamour (les réunions à la Maison-Blanche et au Pentagone) et une étonnante élévation finale, presque émouvante. La visible économie de moyens du film et sa rapidité d’exécution (W. a une facture presque télévisuelle) oblige Stone à délaisser son catalogue d’effets et ses délires de monteur bourré pour aller au cœur des séquences, se reposant sur une pléiade d’interprètes excellents (Richard Dreyfuss, James Cromwell, Toby Jones, Thandie Newton…). Mineur mais assez réjouissant, W. est son film le plus intéressant depuis des lustres !

Christophe Chabert

W.
D’Oliver Stone (ÉU, 2h) avec Josh Brolin, James Cromwell, Richard Dreyfuss…

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