Le Gamin au vélo

Lumineux, vif et porté par une foi conjointe dans l'homme et dans le cinéma, le nouvel opus des frères Dardenne s'impose comme un sommet dans une œuvre déjà riche en films majeures. Christophe Chabert

Le Gamin au vélo avance à la vitesse fulgurante de son jeune héros de 13 ans. Mais pour une fois, ce n'est pas la caméra sportive des frères Dardenne qui accompagne ce sprint, mais leur récit, dégraissé de tout temps mort, de toute flânerie inutile. Le film le dit dès la première bobine, quand Cyril essaie de s'échapper du centre pour enfants abandonnés avec l'espoir têtu de retrouver son père démissionnaire. Les frères tentent un moment de suivre le gosse parti au galop et tête baissée, puis stoppent brusquement leur beau travelling et le laissent s'évaporer au loin dans le cadre. Ce sont d’impressionnantes ellipses narratives qui ramènent Cyril au centre de l'écran et l'empêchent de prendre la tangente. Le Gamin au vélo parle justement de cela : comment un adolescent va apprendre à calmer sa fougue, cesser de vouloir l'impossible et accepter modestement l'amour simple qu'on lui prodigue. C'est un parcours moral mais c'est aussi un itinéraire cinématographique et romanesque bouleversant.

Film noir solaire

Cyril est accueilli par Samantha, une coiffeuse bienveillante (Cécile de France, pas du tout déplacée dans l'univers des Dardenne), et tente sur ses conseils de renouer le contact avec son père (Jérémie Rénier, qui endosse à nouveau son rôle de L'Enfant avec quelques années de plus). Échec programmé, mais le film laisse le temps au malentendu de s'installer, puis à la vérité d'éclore dans la douleur. Fin du premier acte où les Dardenne, décidément aussi bons scénaristes que cinéastes, préparent le terrain pour une deuxième partie encore plus surprenante. La porte claquée par son géniteur ne décourage pas Cyril dans sa quête de modèle paternel ; il le trouve chez un voyou aussi louche qu'attachant, qui le couve d'égards et exploite sa prodigieuse énergie pour lui faire accomplir un délit mineur. Le Gamin au vélo prouve une fois de plus que les Dardenne aiment le film noir et la série B, sa rapidité tranchante et son économie de moyens, son goût de l'action et sa méfiance envers la psychologie. Sauf que chez eux, ce détour par le crime est toujours une voie d'accès vers la grâce et la conscience. Malgré la noirceur de sa fable, Le Gamin au vélo est un film solaire et lumineux, un film d'été où même les cités bétonnées paraissent verdoyantes et où le spectateur sent en permanence l'humanisme derrière la cruauté. Au dernier plan, inattendu, bouleversant, les Dardenne laissent à nouveau Cyril s'échapper du cadre : mais cette fois-ci lentement et tête haute.

Le Gamin au vélo
De Luc et Jean-Pierre Dardenne (Belg-Fr-It, 1h27) avec Thomas Doret, Cécile de France...

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