Un été à repriser

Très bon été pour les reprises et le cinéma de patrimoine avec un hommage à Romy Schneider au Zola, un cycle consacré aux années 80 au Comœdia et l’incontournable Été en cinémascope sur la place Ambroise Courtois. Christophe Chabert

Alors que la rentrée s’annonce carrément excitante sur le front du cinéma de patrimoine avec une rétrospective David Lean à l’Institut Lumière (du 30 août au 5 octobre) puis le festival Lumière, dont on a appris cette semaine qui serait l’heureux lauréat du Prix Lumière, à savoir Ken Loach. Passée la surprise — les rumeurs donnaient plutôt un cinéaste américain — le choix n’est pas idiot car, alors qu’on pestait contre les éloges reçus par le très faible La Part des anges, on se disait qu’il serait bon de rappeler que Loach n’est pas l’auteur sérieux de films sociaux plombés qu’on pouvait décrire à la va-vite, mais un metteur en scène qui a su, autour d’un environnement précis (les couches populaires anglaises) tisser d’infinies variations allant du romanesque historique à l’expérimentation narrative, du cinéma de genre à la fable contemporaine.

Romy impératrice

Mais là, tout de suite, c’est l’été, et entre deux blockbusters et quelques fonds de tiroir pas du tout honteux, il y a de beaux morceaux d’histoire du cinéma projetés à Lyon en juillet/août. À Villeurbanne aussi, puisque le Zola a dégainé le premier avec son hommage à Romy Schneider. Cette semaine, c’est l’incontournable Les Choses de la vie où elle partage l’affiche avec Michel Piccoli devant la caméra de Claude Sautet, qu’elle retrouvait quelques années après César et Rosalie. La séquence d’ouverture, spectaculaire accident de voiture, ainsi que la chanson dite «d’Hélène» composée par Philippe Sarde, l’ont rendu mythique, mais il est bon de revoir ce fondamental de l’œuvre de Sautet, cinéaste souvent cité mais rarement égalé dans sa capacité à saisir l’essence fugace des relations humaines. Le cycle se termine la semaine suivante avec le curieux L’Enfer d’Henri-Georges Clouzot, où Serge Bromberg tente de réunir rushs, entretiens et mise en espace contemporaine de ce film inachevé pour cause de mégalomanie de son réalisateur, d’infarctus de son comédien et de préparation hasardeuse.

Bonne soupe

Au cours de son désormais rituel Été en cinémascope en plein air, place Ambroise Courtois, l’Institut Lumière témoigne une fois de plus de son hétéroclisme, faisant le grand écart entre le mélodrame cinéphile Loin du paradis (le 24 juillet), où Todd Haynes transforme Julianne Moore en héroïne de Douglas Sirk, et Un éléphant ça trompe énormément d’Yves Robert (le 21 août), classique du cinéma de copains dont les dialogues (signés Jean-Loup Dabadie) et les personnages (incarnés par Rochefort, Lanoux, Bedos et Brasseur) forment un iceberg culte dans lequel la comédie française n’arrête pas de se heurter à force de vouloir en retrouver la formule. Au milieu, un Marx Brothers parfait, car dirigé par Leo McCarey, le seul cinéaste à avoir compris le génie des frangins, La Soupe au canard (31 juillet) et une électrisante fresque de gangsters à l’italienne (Romanzo criminale de Michele Placido, le 7 août). La manifestation se terminera le 28 août avec le génial Un après-midi de Chien de Sidney Lumet, mais on en touchera un mot lors de notre numéro de rentrée.

Stars 80

Très actif durant la saison chaude pour rafraîchir ses spectateurs fidèles avec des reprises de derrière les fagots, le Comœdia met les bouchées doubles cette année. D’abord avec quelques classiques de luxe : La Garçonnière de Billy Wilder à partir du 1er août, Mélodie pour un tueur de James Toback à partir du 8 août, dont Jacques Audiard avait titré De battre mon cœur s’est arrêté, et La Servante, mélodrame sud-coréen dont Im Sang-Soo avait fait un remake acide et percutant, The Housemaid, il y a deux ans, à découvrir dès le 15 août ; puis avec un formidable cycle consacré aux années 80 dans le cinéma américain, décennie d’abord décriée et actuellement en cours de réévalutation. Si l’on s’en tient à la liste, soigneusement choisie, de cette rétro, c’est sûr qu’elle n’a pas à rougir de la comparaison avec la glorieuse décennie précédente.

En 1980, Martin Scorsese signe un des derniers chefs-d’œuvre du Nouvel Hollywood, Raging Bull (à voir le 12 août), bio filmée de Jake La Motta, boxeur à la trajectoire sulpicienne, vaincu par son orgueil et sa jalousie. En 1986, David Lynch reprend le cours de sa carrière en main après le fiasco Dune en tournant Blue Velvet (22 juillet), dans lequel il propulse Kyle MacLachlan au cœur d’une sombre histoire de kidnapping, de perversion sexuelle et de gangster défoncé à l’oxygène (Dennis Hopper, qui relançait la sienne aussi, de carrière). La même année, David Cronenberg fait un hold-up avec La Mouche (19 août), transformant la commande de ce remake d’une médiocre série B d’horreur en tragédie romantique autour de la déchéance physique d’un scientifique amoureux d’une journaliste. En 1989, Gus Van Sant prend son envol en filmant Matt Dillon en toxico burrougsien (l’auteur fait d’ailleurs une apparition clin-d’œil dans le film) dans Drugstore cowboy (29 juillet). Que du très bon dans cette sélection qui s’achèvera fin août avec une autre pépite Sidney Lumet, À bout de course… dont on touchera là encore un mot, sinon deux, à la rentrée. On vous l’a dit qu’elle allait être chargée !

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