L'Œil du mal

Pour écrire "Riefenstahl" (Léo Scheer), son premier roman, Lilian Auzas s’est appuyé sur son admiration pour celle qui fut la cinéaste du régime nazi. Mêlant récit biographique et réflexions personnelles, l’auteur s’interroge sur sa fascination pour le travail de cette cinéaste controversée ayant choisi de mettre son talent artistique au service du mal absolu. Gaël Dadies

Pour la postérité, Leni Riefenstahl sera cataloguée comme la cinéaste préférée de Hitler et la réalisatrice du Triomphe de la volonté (1935), tourné lors du congrès de Nuremberg de 1934. Ce film «forgé dans l’acier en sa conception même et flamboyant de passion créatrice» pour Goebbels, exalte la volonté de puissance de l’Allemagne hitlérienne et glorifie un Führer alors maître absolu du pays.

Et si dans ces meetings, semblables à de grandes messes païennes dans leur mise en scène, «les nazis ont inventé l’esthétisation de la politique», Leni Riefenstahl y a contribué activement en léguant ce que Lilian Auzas qualifie «d’horribles chefs d’œuvres.»

Font-ils de la réalisatrice une simple propagandiste à la solde d'Hitler ou une cinéaste à part entière dont le travail a été admiré par Francis Ford Coppola, Andy Warhol ou Mick Jagger ? Dans ce rapport de fascination parfois hypnotique qu’exerce le mal, est-il possible de considérer ces films comme de simples œuvres d’art et d’occulter toute l’idéologie qu’ils sont censés véhiculer ?

«C’est une telle ombre sur ma vie…»

Lilian Auzas, qui a longuement étudié à l’université le cinéma de Leni Riefenstahl, retrace sans aucune complaisance le parcours de celle-ci. L’admiration qu’il lui voue nourrit justement toutes les questions qu’il se pose, et nous avec, sur cette cinéaste s’étant sérieusement compromise en mettant son art au service de la propagande nazie.

Il n’élude rien de son existence résumée ainsi : «La danse l’a abandonnée ; le cinéma l’a recueillie. Elle n’est devenue photographe après la guerre que parce que le cinéma l’avait répudiée. C’était ainsi qu’elle voyait sa vie.»

Et pourtant, Leni Riefenstahl apparaît au fil des pages comme une femme complexe dont l’engagement était avant tout artistique, qui n’était pas encartée au NSDAP, qui a toujours nié avoir été antisémite, dont la judéité aurait été passée sous silence par les pontes de la race aryenne après un bidouillage de son arbre généalogique et qui a été profondément marquée par sa rencontre avec Hitler tout comme par celle avec les peuples Noubas en Afrique à la fin de sa vie.

Avec ce roman, Lilian Auzas nous permet de mieux comprendre le cheminement et les errements de cette réalisatrice sulfureuse.

Lilian Auzas
À la librairie Chapitre, samedi 27 octobre
"Riefenstahl" (Léo Scheer)

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