Baptiste Guiton : Jouer collectif et contemporain

Après la fin

TNP - Théâtre National Populaire

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement

Portrait / Alors qu'il crée "Après la fin" de Dennis Kelly au TNP cette semaine, le metteur en scène Baptiste Guiton s’attelle depuis dix ans à ne monter que des auteurs vivants pour raconter au mieux son époque. Rencontre au soir d'une journée où le théâtre du Point du Jour s'est refusé à lui.

Son père était ami avec François Berreur (metteur en scène et co-fondateur des éditions Le Solitaire intempestif), mais c'est une anecdote qui les fait rire quand ils se croisent aujourd'hui. Son attrait pour le théâtre puise plutôt ses racines dans une MJC vaillante de Lons-le-Saunier. Baptiste Guiton a alors essayé tous les sports mais rien ne le canalise. Le théâtre sera sa voie dans son Jura natal. Durant ses années d’école primaire, à raison de deux fois trois heures par semaine, il apprend et joue en fin d'année devant des comités d'entreprise dans une salle de 400 places ! « Notre professeur était spécialiste des contes et fables, écrivait des pièces sur Merlin l'enchanteur ou d'après La Fontaine... ». Le gamin joue avec une troupe d'ados, d'adultes car tous les groupes se mélangent et les voici une cinquantaine en coulisse.

Cet esprit de collectif ne le quittera pas.

Sa formation se poursuit au lycée, dans une filière littéraire qui le pousse au lycée climatique (à la base, pour ceux qui souffrent de problèmes ORL, pulmonaires...) de Salins-les-Bains, en pension pour suivre l'enseignement d'un des pionniers de cette filière ex A3, Yves Courty. Véritable socle pour diffuser une culture théâtrale, cette formation est une étape majeure dans le parcours de Baptiste Guiton. « En seconde, Courty nous met la BD d'André Degaine sur l'histoire du théâtre dans les mains et hop, interro la semaine suivante, on bouffe de la décentralisation dès le début ». Et c'est précisément de cette particularité française qu'hérite Guiton en faisant ses premières découvertes au CDN de Besançon, très marqué par Jean-Luc Lagarce ou à la Scène nationale du Jura et au Théâtre de Bourgogne à Dijon, créé par Jacques Fornier.

Mais au-delà de la rencontre avec les œuvres de Bernard-Marie Koltès, Philippe Minyana, Howard Barker ou Tadeusz Kantor, Baptiste Guiton se souvient d'avoir « baigné » dans cet apprentissage avec ses camarades : « le soir, on jouait de la guitare, du djembé, on répétait... c'était une petite communauté. J'aimais la scène pour cette exaltation ». Et ce dernier mot prononcé dans le flot n'est pas anodin. Exalté est le nom de la compagnie qu'il a monté en 2012. Pour l'heure, cette période lycéenne est déterminante, admet-il sans ambages. Il veut jouer mais ne croit que l'on peut devenir comédien qu'au TNS ou à Paris. Il ira à Strasbourg faire une prépa lettres et est admis au stage d'entrée au TNS. Mais ne va pas plus loin.

Passage par Lyon et La Scène sur Saône une année avant un cap vers Saint-Étienne, dans cette école de la Comédie qu'il intègre à vingt ans en 2005. C'est là qu'il découvre la mise en scène à l'occasion d'un premier travail avec des acteurs de Casablanca qui viennent dans la Loire. Il monte Souffles, adapté de Rimbaud et Shéhérazade d’Abdellatif Laâbi. Hasard : les comédiens marocains sont des stars dans leur pays et lorsque cet échange se déplace au-delà de la Méditerranée, les frenchies sont émerveillés. « Le spectacle était très mauvais mais c'était une expérience de dingue ». Dès lors, Baptiste Guiton sait qu'il n'appréhendera pas le théâtre que par le jeu.

Il se trouve, au sortir de l'école, embarqué un an dans L'Opéra de 4 sous de Johanny Bert et Philippe Delaigue mais la section "mise en scène" de l'ENSATT est désormais pilotée par Alain Françon et Christian Schiaretti. Guiton veut en être. Il replonge dans les études et fera partie de cette promotion (entièrement masculine) de quatre.

Schiaretti en protecteur

C'est avec Lune jaune - La Ballade de Leila et Lee de David Greig qu'il apparaît au TNP en 2014. Schiaretti est protecteur, l’accueillant dans ce CDN qu'il dirige jusqu'à la fin de l'année. Il lui confie un poste important d'assistant à la mise en scène sur Une saison au Congo, après l'avoir laissé approcher Mai juin juillet et ses Strindberg. Et l'intègre à ce Cercle de formation et de transmission mis en place en 2017. Guiton est avec Louise Vignaud, Maxime Mansion et Julie Guichard en apprentissage, encore. Car, outre la création et programmation de leurs spectacles, ils se familiarisent avec le fonctionnement total de ce type de lieu.

Persuadé qu'il faut un outil pour bien travailler, il a postulé avec Pauline Laidet à la direction du théâtre du Point du Jour. Sans succès. « Maintenant, il faut réinterroger le théâtre des Ateliers, dit-il, et poser la question aux tutelles de comment et pourquoi s'est faite cette fusion avec le TNG. Bien sûr il y a des résidences, il s'y passe des choses, mais il s'agit d'un théâtre, pas d'un lieu de répétitions. »

Son grand souci est de faire entendre des textes contemporains, trop peu visibles selon lui dans les théâtres. Seule Pauline Sales co-dirige avec Vincent Garanger un CDN (Vire). C'est en cela aussi qu'il se sent proche de sa génération : Julien Gosselin « celui peut-être qui sait le mieux lire », Maëlle Poésy, Mariette Navarro...

Auteurs vivants

En 2015, Guiton montait Cœur d'acier de Magali Mougel à la Maison du Peuple de Vénissieux. La mise en scène, soulignions-nous à l'époque, était trop sage pour ce texte sur la douloureuse fermeture des hauts- fourneaux à Florange mais pour Guiton « ce qu'elle dit des ouvriers, je ne le retrouve pas dans le théâtre classique » précisant également : « j'aime jouer Andromaque mais je m'ennuie en tant que metteur en scène avec cette tragédie. Je n'ai pas cette conviction qu'il faut monter des classiques pour parler d’aujourd’hui, confie-t-il encore, sauf peut-être la tragédie grecque – je monterai un jour Eschyle - ou sauf à être Ostermeier qui n'a monté que des auteurs contemporains durant ses premières années et peut aujourd'hui faire un Richard III insolent car il travaille depuis vingt ans avec les mêmes acteurs. »

Lui a ensuite travaillé sur Mon prof est un troll, une version survitaminée et trop grand-guignol de ce texte jeune public du Britannique Dennis Kelly. Au-delà du résultat stricto senso, c'est aussi une expérience de travail avec les Tréteaux de France qui l'enrichit. Encore le collectif...

L'an dernier, il remontait Le Groenland fable contemporaine douce-amère et sobre de Pauline Sales. Son travail de création de fictions radiophoniques pour France Culture lui laisse tout de même le temps de poursuivre son compagnonnage avec Dennis Kelly avec Après la fin qui évoque la vie après un choc nucléaire. « C'est une langue qu'on n'entend pas en France. Il travaille sur les scories, la terreur, l'humour, nos peurs post-attentat ».

L'an prochain, il reviendra à David Greig pour Dunsinane, une suite de Macbeth où il est question d’ingérence politique. Comme pour Après la fin, la création aura lieu au Théâtre de Vénissieux auquel il est associé jusqu'en 2021. Toujours creuser cette veine qu'il défend depuis ses débuts : « J'aime la douceur, je ne suis pas là pour que les gens repartent avec les accoudoirs dans les mains. Ça m’intéresse de voir ce type de théâtre, mais je suis incapable de le faire. En revanche, j'aime bien ces auteurs contemporains qui reprennent les fables, les grandes mythologies et les mettent en perspective d'un rapport politique et social contemporain dont on doit investir le champ esthétique. »

Après la fin
Au TNP jusqu'au jeudi 21 février

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