Lyon : la mairie veut des nuits moins allumées

Urbanisme / La Ville de Lyon vient de mettre en place trois mesures temporaires d’éclairage urbain dans le cadre plus large du plan de sobriété ; dans la foulée, un troisième plan Lumière sera dévoilé l’an prochain. Tchao Noir, bonjour le noir ?

Il fait un peu plus noir la nuit depuis le 1er novembre à Lyon. La Ville a mis en application ses mesures du plan de sobriété visant à faire baisser de 10% la consommation d’énergie dans l’année, afin de faire face à la hausse des prix — le principal glouton en matière d’énergie étant le chauffage, mais celui qui se voit le plus, c'est la lumière. C’est, d’après la mairie, pour éviter d’avoir à fermer des bâtiments de services publics que la Ville émet cette série de mesures qui évolueront tout au long du mandat en fonction des retours d’expérience — à la fois des forces de polices municipale et nationale, des pompiers et des habitants.

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Dès janvier, un premier bilan des deux mois écoulés sera fait. Pour l’heure, trois mesures concernent l’éclairage urbain qui est désormais interrompu entre 2h et 4h30 quatre nuits par semaine (du dimanche au mercredi) dans certains secteurs (Bellecour, Croix-Rousse, Vieux-Lyon, Saint-Rambert…). C’est un casse-tête en fonction « des contraintes techniques du réseau d’électricité géré par Enedis, à partir de douze postes sources qui éclairent tout le territoire de la ville et quelques villes limitrophes. Seuls sont éteints le soir, pour l’instant, les postes sources qui n’impactent pas les communes voisines, déclare Sylvain Godinot, adjoint à la Transition écologique et au patrimoine, soit un tiers de la ville, mais l’accord est passé avec Saint-Cyr et Saint-Didier au Mont-d’Or qui éteignent déjà et d’autres discussions sont en cours. L’extinction une partie ou toute la nuit est une évidence désormais face à la hausse des prix » ajoute le mandaté.

Les autres mesures liées à la sobriété concernent les illuminations de Noël qui s’éteindront à 23h (au lieu de minuit habituellement) et dureront une semaine de moins que précédemment, soit jusqu’au 8 janvier. Plus remarquée sera la limitation de l’éclairage dit "patrimonial" (facultés des quais, ponts, églises…), qui sera actif seulement le samedi jusqu’à 23h (jusqu'ici, c'était dès le jeudi jusqu’à 23h puis les vendredi et samedi jusqu’à 1h). Le Grand Hôtel-Dieu n'est pas concerné car ce sont ses gérants qui payent la facture. Au final, il s’agit de faire baisser de 10% la note de l’éclairage public. Si des communes de taille moyenne appliquaient ces mesures jusque-là, d'autres comme Rennes, Bordeaux, Strasbourg et Toulouse, à dimension métropolitaine, s’y convertissent à leur tour. Toutes ne sont pas pilotées par des édiles écologistes.

C'est une commune administrée par un maire LR — Lorient —, en compagnie de Saint-Nazaire (PS), qui sont sources d'inspiration pour les élus lyonnais, notamment concernant les questions d'insécurité qui pourraient augmenter avec l'extinction des lampadaires. « À Saint-Nazaire — qui éteint depuis quatre ans — et à Lorient depuis un an, sur des horaires plus importants, ni l’accidentologie ni l’incivilité ni l’insécurité n'ont subit de hausse » rétorque Sylvain Godinot.

Outre-nuit

Une autre politique de la lumière à plus long terme et n’ayant pas pour seul but d’économiser des ressources va entrer en vigueur l'année prochaine. Le plan Lumière, troisième du nom, sera dévoilé et mis en application mi-2023. C’est Michel Noir qui l'avait fait naître en 1989, lorsqu'il était maire de Lyon. L’objectif était alors de sortir la ville de sa légendaire brume en éclairant les bâtiments remarquables, ponts, rues… 370 sont actuellement répertoriés ! La liste ne sera, normalement, pas raccourcie.

Entre-temps, la Fête des Lumières a pris une ampleur internationale, s’est allongée à quatre jours, un cluster lumière a été fondé en 2008 et son siège, Lumen, vient d’être inauguré à Confluence ; LUCI, le lighting urban community international, a été créé en 2002 dans cette ville. Tout converge mais « les techniques ont évolué, la façon de dessiner la lumière sur les bâtiments aussi » constate Sylvain Godinot, « ce que  l’on peut faire aujourd’hui avec des leds est beaucoup plus fin que ce que l’on faisait avec des gros spots il y a trente ans ».

L’un des trois axes de ce nouveau plan Lumière sera donc la qualité de la lumière, « faire en sorte que le paysage nocturne soit toujours plus beau ». Par ailleurs, la sobriété sera encore un enjeu majeur pour que la pollution lumineuse ne soit plus un élément de perturbation du sommeil des habitants et habitantes qui auraient un lampadaire dans les yeux ; c’est aussi une décision reliée à la biodiversité nocturne. Il faut préserver les espèces animales grâce aux "trames noires" que sont le Rhône et la Saône et éclairer les berges de façon adéquate, pas forcément moins mais mieux (forme des lampadaires, intensité lumineuse…) de même que les ponts, à l’image de la passerelle Masaryk (entre les 9e et 1er arrondissements, l’une des dernières nées) où peu de lumières partent vers le haut ou le bas de façon à préserver ceux qui peuplent les airs et l’eau.

Mais la lumière n’est pas qu’une question de service public. En début de mandat, la nouvelle municipalité a fait faire une photo aérienne nocturne de Lyon qui a montré qu’en milieu de nuit, la moitié de la lumière émise vers le ciel est privée, donc ne provient pas de la Ville (copropriétés, sièges d’entreprises…). Le troisième plan Lumière est aussi un outil pour aller à la rencontre de celles et ceux qui diffusent cet éclairage afin de « construire une culture commune pour plus d’harmonie. Jusque-là, ils sont plutôt réceptifs, personne n’a envie d’être pointé du doigt en la matière » constate  Sylvain Godinot.

Que la ville baisse sa luminosité va donc dans le sens de l’Histoire, mais reste aux cyclistes, voire aux piétons de mieux s’équiper pour voir et être vu car nombreux sont ceux qui, même avec l’éclairage urbain de début de soirée, déambulent de façon fantômatique, notamment sur les pistes cyclables. « Il faut renforcer la pédagogie en ce sens » convient l’élu même si aucune campagne de sensibilisation en ce sens n’est programmée. À vos phares !

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