The Box

ECRANS | On attendait comme le messie le nouveau film du réalisateur maudit de ‘Southland Tales’, Richard Kelly. Une seule certitude à l’arrivée de ce thriller parano et ésotérique : son cinéaste est un grand cinglé ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

À l'origine de The Box, une courte nouvelle de Richard Matheson adaptée à l'écran dans un épisode de ‘La Quatrième Dimension' période années 80. Un homme étrange dépose un carton chez un couple ordinaire ; à l'intérieur, une boîte, avec une sorte de buzzer, et un pacte : si on appuie sur le bouton, quelqu'un meurt, mais le couple gagne 1 000 000 dollars. La vie d'un inconnu contre la promesse du confort matériel : voilà un conflit moral diabolique que The Box règle assez vite, dans un premier quart d'heure réussi quoique très classique pour qui suit de près le cinéma de Richard Kelly. Encore jeune, le cinéaste a déjà à son actif un film culte (Donnie Darko) et un film maudit (l'incroyable et controversé Southland Tales). Le défi de The Box, se dit-on, est aussi celui de son metteur en scène : tuer symboliquement sa personnalité de chien fou dans le cinéma américain et vendre son âme aux studios hollywoodiens.

L'enfer, c'est les autres

Or, ce qui est passionnant, c'est la manière dont Kelly va faire exploser son matériau de départ en le plongeant dans l'acide de son imaginaire tordu et hautement référentiel. Premier détour : un cours donné par la gentille prof Cameron Diaz à ses élèves sur Huis clos de Jean-Paul Sartre. On pense d'abord que cette référence à une œuvre clé de l'existentialisme est un gadget. Mais le film reviendra comme un aimant vers Sartre, jusqu'à son étonnante boucle finale. Quant au cours, il se termine par une révélation incongrue : Diaz a perdu tous ses orteils lors d'un accident ! Une chair blessée qu'elle retrouve en miroir sur le visage défiguré de son étrange visiteur, revenu d'entre les morts pour mettre les vivants face à leur lâcheté. Pendant ce temps, son mari traverse des portes aquatiques, la première sonde américaine s'envole pour Mars, la CIA, le FBI et la NASA participent à un gigantesque complot… On se paume souvent dans ces nœuds complexes qui ressemblent au délire terminal d'un internaute ruminant théories conspirationnistes, near death experience, métaphysique pour les nuls et prophéties apocalyptiques jusqu'à en perdre la raison. Derrière l'épiderme sage du film (pas de clips pop ou de flashs info comme dans Southland Tales), Kelly se pose en savant fou manipulant sa narration pour tester la résistance du spectateur. On lui reprochera quand même de prendre tout cela un peu trop au sérieux, tant il avait jusque-là su se moquer de cette culture geek ésotérique. Dans la confusion du récit, on distingue pourtant un véritable auteur qui, petit à petit, élabore un cinéma de son temps, complexe, foisonnant, difficile et stimulant.

The Box
De Richard Kelly (ÉU, 1h55) avec Cameron Diaz, James Marsden, Frank Langella…

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"Baby Boss 2 : une affaire de famille" de Tom McGrath : à l'école du pire

Animation | Plusieurs années après leurs précédentes aventures, Tim et Ted Templeton sont devenus adultes et se sont éloignés l’un de l’autre. Ted est très riche, Tim a fondé (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 août 2021

Plusieurs années après leurs précédentes aventures, Tim et Ted Templeton sont devenus adultes et se sont éloignés l’un de l’autre. Ted est très riche, Tim a fondé une famille et s’occupe de ses deux filles. Ce qu’il ignore, c’est que sa benjamine est une nouvelle Baby Boss et qu’elle va retransformer Tim et Ted en enfants pour 48h afin d’infiltrer l'école du mystérieux Dr Armstrong… Face à cette Affaire de famille… on ne peut nier l’évident lien de parenté entre les bébés agents secrets investissant l’école du professeur fou Armstrong et la troupe de pingouins déglingués de Madagascar : ils sortent du même esprit fantasque et féru d’absurdité, celui de Tom McGrath. Mais poussons un peu. Racontant une histoire d’adultes ayant oublié le monde merveilleux de leur enfance en accédant à celui des grandes personnes ; montrant un savant fou perturbé par ses jeunes années, voulant contrôler le monde et le laisser aux mains d’enfants, Baby Boss 2 aurait pu être un Disney (entre

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Hérisson carré contre Carrey hérissant : "Sonic le film"

Aventure | Exilé sur la planète Terre, le hérisson bleu Sonic vit heureux caché dans une petite ville, jusqu’au jour où il déclenche accidentellement une gigantesque décharge énergétique. Le gouvernement dépêche un savant fou, le Dr Robotnik, pour tirer les choses au clair…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Hérisson carré contre Carrey hérissant :

La nostalgie n’ayant pas d’âge, chacun éprouve une douce mélancolie à la remembrance des décors de sa jeunesse. Quand les septuagénaires susurrent Âmes fifties, les quinqua beuglent L’Île aux enfants et les trentenaires s’emparent de leur console pour se taper des parties de Sonic. Point commun à tous ces comportements innocents : la recherche d’un plaisir régressif et irénique ; le retour à ce fameux paradis perdu à l’âge adulte, auquel ils accèdent par saccades lors de ces plongées dans le bleu des souvenirs… ou du logo Sega, en l’occurrence. Sonic le film illustre bien cette quête sans fin (n’est-ce d’ailleurs pas le propre d’un jeu vidéo d’être construit en quête ?) en révélant le désir un brin réactionnaire des fans de tout retrouver intact — la polémique sur l’évolution morphologie de leur personnage fétiche née de la première bande-annonce en témoigne. Le scénario également suit cette idée, puisqu’on y voit un policier de bourgade rêver de s’épanouir à San Francisco… avant d’y renoncer parce que le home town de son enfance est plus taillé à ses dimensio

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"Captain Fantastic" : à qui “père”, gagne

ECRANS | de Matt Ross (E-U, 1h58) avec Viggo Mortensen, Frank Langella, George Mackay…

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Un père de famille survivaliste radical se résigne à quitter sa forêt avec ses six enfants pour assister aux obsèques de son épouse — leur mère. En découle une confrontation initiatique avec la prétendue “civilisation”, ainsi que les proches de la défunte, hostiles à son choix d’existence… La présence de Viggo Mortensen au générique aurait dû nous mettre la puce à l’oreille : Captain Fantastic tranche avec ces faux films indé fabriqués par les studios dégueulant de mièvrerie et d’archétypes middle-class — telle l’escroquerie aux bons sentiments Little Miss Sunshine, pour ne pas la citer. Le doute subsiste pourtant lorsque la petite famille abandonne son cocon über-rousseauiste pour embarquer à bord de Steve, le car post-hippie : la succession de sketches montrant à quel point les (magnifiques) enfants super-éduqués valent bien mieux que tous les dégénérés rencontrés au fil du chemin, se révèle en effet un peu longuette. On croit ensuite deviner une issue réglée comme du papier à musique de feu de camp. Mais l’histoire, dans un soubresaut étonnant, offre aux personnages un dénouement si éloigné des

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Au-dessous des volcans

MUSIQUES | Points culminants d'une édition d'A Vaulx Jazz centrée sur le piano et la voix, ce sont quatre volcans monumentaux de l'histoire musicale qui rendront A Vaulx Jazz visibles de très loin. Éruption imminente, dans un Centre Charlie Chaplin qui promet de bouillir. Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 18 mars 2014

Au-dessous des volcans

«Un volcan s’éteint, un être s’éveille» dit le célèbre adage publicitaire. Il est pourtant des volcans qui ne s’éteignent jamais, ou plutôt continuent à faire jaillir boules de feu, laves et fumerolles bien longtemps après leur ultime éruption. C’est en tout cas ce que s’est dit cette année A Vaulx Jazz, au moment de s’atteler à une programmation qui, tout en faisant la part (très) belle aux pianistes (Craig Taborn, Robert Glasper, Sophia Domancich, Giovanni Mirabassi…) et aux voix (Sandra Nkaké, LaVelle et même Yasiin Bey/Mos Def !...) tout en continuant d’explorer des genres cousins ou non – folk, blues, funk, flamenco, électro – à coups de grands noms (Bill Frisell, Zombie Zombie, C. J. Chenier…) a décidé de se lancer dans la volcanologie musicale. Métaphoriquement s’entend. Encore que… Car les volcans en question sont bien entendu sonores – et d’ailleurs la plupart d’entre eux n’ont probablement jamais vu et encore moins bu une goutte de Volvic, de Quézac ou d'eau ferrugineuse de leur vie. Et ce sont à la fois leurs fantômes, leur souvenir et leurs ravages qu’on célébrera ici. Ils sont au nombre de quatre : Miles Davis, Nina Simone, Iggy Pop et John Zorn.

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

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Gambit, arnaque à l’Anglaise

ECRANS | Prudents, les frères Coen se sont contentés de signer le scénario de cette oubliable comédie, laissant la réalisation au dénommé Michael Hoffman. Résultat : un "Ladykillers" du pauvre, sans folie et sans rythme. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 6 février 2013

Gambit, arnaque à l’Anglaise

Balancé sur les écrans sans grand tapage par son distributeur, Gambit, arnaque à l’anglaise aurait dû logiquement aller mourir de sa belle mort dans quelque multiplexe, vite remplacé par une autre comédie anglo-saxonne. Son réalisateur, Michael Hoffman, n’a pas vraiment marqué les esprits avec ses films précédents — Un beau jour, Le Club des empereurs… et le duo Cameron Diaz/Colin Firth, malgré la sympathie qu’il inspire, paraît plus incongru que réellement sexy. Seulement voilà, le scénario est signé des frères Coen, adaptant une nouvelle qui avait déjà donné lieu à une première version cinématographique — un peu oubliée, déjà. De fait, on voit bien ce qui a pu les attirer là-dedans : le conflit culturel (et linguistique) entre un Anglais expert en art et plus précisément en impressionnisme, et une Texane experte en rodéo, sur quoi se greffera une armée de Japonais qui utilisent les clichés sur leur propre peuple pour duper leurs interlocuteurs. L’histoire en soi n’est pas idiote : l’Anglais et l’Américaine s’unissent pour monter une arnaque auprès d’un riche collectionneur d’art, lui faisant croire que le Monet qu’il cherche désespérément a en fait é

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L’apocalypse joyeuse

ECRANS | Faute de sortie en salles, c’est en DVD et Blu-Ray qu’il faudra découvrir le film essentiel de Richard Kelly, Southland tales, récit de fin du monde dont le futur est devenu antérieur, mais dont l’esthétique est toujours aussi contemporaine. CC

Christophe Chabert | Mardi 10 mars 2009

L’apocalypse joyeuse

Southland tales commence par un home movie : des enfants qui courent avec une DV au poing dans un goûter d’anniversaire. Et puis boum ! Un champignon atomique s’élève à l’horizon, l’onde de choc va tout dévaster, mais ce sont toujours ces images domestiques qui enregistrent l’événement. Scène suivante : l’écran se sépare en une multitude de petites fenêtres où défilent images d’actualité, dessins tirés d’une bande dessinée et docus animaliers, grand zapping d’une télé imaginaire qui nous raconterait en voix-off comment l’Amérique est entrée en guerre avec l’axe du mal et a promulgué un patriot act si radical qu’il empêche les citoyens de franchir les frontières entre ses états. C’est désormais au seul Texas que se joue l’élection présidentielle et ce sont, bien entendu, les Républicains qui l’emportent. Enfin, dernière news urgente, on apprend la disparition de l’acteur Boxer Santaros, soutien officiel du parti… La fiction de Southland tales a commencé depuis cinq minutes, et sa boulimie romanesque et visuelle est lancée. Qui l’aime (passionnément) la suive (jusqu’à la folie). Le film terminal de la culture geekCar plutôt que de calmer le jeu, Richard Kelly appuie encor

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Des contes à régler

ECRANS | L’histoire du cinéma dans les années 2000 restera-t-elle comme un long bras de fer avec la télévision dont l’enjeu est la domination du récit ? CC

Christophe Chabert | Jeudi 29 mai 2008

Des contes à régler

Nos amis journalistes de retour de Cannes, il est temps de leur passer un bon savon. Pas pour leur couverture du dernier festival — on le fera peut-être à la rentrée quand on aura vu les films… Mais pour une affaire qui remonte trois ans en arrière et qui vient de nous éclater à la figure : le lynchage terrible subi par Southland Tales de Richard Kelly, en compétition officielle et tellement détesté que le film a mis des plombes avant de sortir sur les écrans anglo-saxons. En France, tintin. Même le DVD se fait attendre chez nos amis de Wild Side. Non seulement Southland Tales est une œuvre géniale — comme le disait le décidément clairvoyant directeur du CNP Marc Artigau, mais il opère une synthèse à peine croyable de toutes les questions qui traversent les images d’aujourd’hui. Kelly y invente une forme où tout ce qui peut trouver asile sur un écran — flash info, vidéo youtube, clip, images de surveillance — est ingérée, digérée et recrachée dans un ensemble bordélique et jouissif, avec la seule puissance du récit comme force centrifuge. Les «Contes» du titre sont à prendre au pied de la lettre : ce futur proche et apocalyptique possède l’aura visionnaire de la contre-culture.

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