Prince of Texas

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Paul Rudd, Emile Hirsch…

Christophe Chabert | Lundi 28 octobre 2013

Après trois comédies graduellement décevantes, Prince of Texas marque le retour en forme de David Gordon Green, dont on avait tant aimé L'Autre rive. Retour discret toutefois : ce road movie minimaliste où deux hommes tracent une route au milieu de nulle part séduit par sa nonchalance, son humour pince-sans-rire et son goût des creux dramatiques.

Il ne s'y passe donc pas grand chose, et lorsque des événements importants arrivent aux personnages, c'est hors de leur périmètre, méticuleusement respecté. Le film ne quitte donc jamais cette route sans début ni fin, mais y fait transiter des lettres, des anecdotes et des fantômes, le temps de séquences suspendues où les caractères vacillent peu à peu — le psychorigide comprend la vacuité de son existence, le chien fou se découvre doué d'une forme insoupçonnée de compassion.

Petit film donc, parfait pour patienter avant le prochain David Gordon Green, Joe, avec Nicolas Cage.

Christophe Chabert


Prince of Texas

De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Emile Hirsch, Paul Rudd...

De David Gordon Green (ÉU, 1h34) avec Emile Hirsch, Paul Rudd...

voir la fiche du film


Eté 1988. David et Lance travaillent ensemble sur les marquages d'une route endommagée par le feu. Tandis que l'un se languit de sa jeune épouse, l'autre ne pense qu'aux fêtes et aux filles...


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"The Jane Doe Identity" de André Øvredal : chair inconnue

ECRANS | de André Øvredal (G-B ; E-U, int. -12 ans avec avert., 1h39) avec Emile Hirsch, Brian Cox, Ophelia Lovibond…

Vincent Raymond | Mardi 30 mai 2017

Un médecin-légiste et son fils entreprennent la dissection du corps incroyablement intact d’une jeune inconnue trouvée sur une scène de crime barbare. Peu à peu, d’étranges phénomènes paranormaux interfèrent avec l’autopsie, menaçant leur santé mentale, voire leur vie… Quasi huis clos en quasi temps réel, ce thriller horrifique dissimule sous sa gangue de série B une pulpe complexe, révélant à l’examen d’appétissants composants : traces d’Histoire, extraits de politique, essence de légendes urbaines… À la vérité, c’est la raison d’être du film d’épouvante que de transmuter des éléments sulfureux et de les hybrider avec des germes gothiques pour en tirer des allégories contemporaines : Hawks a ainsi évoqué le communisme dans The Thing (1951), Siegel le conformisme dans Body Snatchers (1956) et Coppola le sida dans son Dracula (1992). André Øvredal crée donc un jeu de piste pour carabins à travers les organes de la malheureuse victime qui montre bien comment l’Homme réagit face à l’irrationnel : l’obscura

Continuer à lire

Joe

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h57) avec Nicolas Cage, Tye Sheridan…

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Joe

Joe aurait dû être le film d’une double renaissance : celle d’un auteur américain un peu égaré dans des commandes foireuses (David Gordon Green) et celle d’un acteur en roue libre dans des nanars que seuls quelques critiques français en mal de notoriété prennent encore au sérieux (Nicolas Cage). C’est pourtant l’inverse : cette adaptation d’un bouquin de Larry Brown où un adolescent rompt avec son père alcoolique pour se rapprocher d’un mentor ambivalent, est totalement ratée, plombée par une narration incohérente où l’on change sans cesse de point de vue et de registre — chronique sociale, film noir, récit d’apprentissage — tout en tournant en rond dans un pré carré de personnages dont les rencontres "fortuites" sentent le mauvais storytelling. Stylistiquement, Gordon Green hésite entre naturalisme et élégie à la Terrence Malick — mélange fatalement voué à l’échec ; quant à Cage, il ne sait trop s’il doit se racheter une virginité en cherchant la sobriété ou s’il doit se lancer dans son habituel cabotinage. Un gâchis spectaculaire. Christophe Chabert Sortie le 30 avril

Continuer à lire

Gravité sur la rentrée ciné

ECRANS | Après un été en demi-teinte, les quatre prochains mois devraient confirmer le cru exceptionnel de cette année 2013. Avec les locomotives cannoises et une pléiade d’auteurs dont on trépigne de découvrir les nouveaux opus, la rentrée est en effet salement musclée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 août 2013

Gravité sur la rentrée ciné

Après le marteau-piqueur estival qui faisait résonner semaine après semaine le même air connu fait de blockbusters, d’animation pour gamins décérébrés, de films d’auteur qu’on ne savait pas où mettre ailleurs et de comédies françaises dont tout le monde se fout, le cinéma reprend ses droits comme à chaque rentrée, avec des œuvres plus audacieuses et moins routinières. C’est évidemment le cas des deux gagnants du dernier Cannes, en l’occurrence La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche (9 octobre) et Inside Llewin Davis des frères Coen (6 novembre). Rien de commun toutefois entre le roman naturaliste sur les amours adolescentes déployé magistralement, trois heures durant, par Kechiche, et le vagabondage d’un folkeux dépressif et poissard dans l’Amérique des années 60 raconté en mode faussement mineur et vraiment métaphysique par les Coen. Rien, sinon une envie de pousser les murs du cinéma, en faisant imploser les limites de la durée d’un côté, et celles des structures scénaristiques de l’autre. En cela, ce sont les deux grands films insoumis de cette rentrée.

Continuer à lire

40 ans, mode d’emploi

ECRANS | De Judd Apatow (ÉU, 2h13) avec Paul Rudd, Leslie Mann, John Lithgow…

Christophe Chabert | Mercredi 6 mars 2013

40 ans, mode d’emploi

La quarantaine, ses bonnes résolutions, ses petits renoncements et ses grands compromis ; la vie de couple avec enfants selon Judd Apatow ressemble à une chanson de Bénabar ou à un film de Cédric Klapisch : rire sur l’écran de notre médiocrité ordinaire. Programme peu ragoûtant, même s’il y a là une vraie qualité d’écriture et de direction d’acteurs — plus que dans son précédent et à moitié réussi Funny people. Sauf qu’en cours de route, une mélancolie s’insinue dans ce film jusqu’ici en trop bonne santé, liée aux deux générations qui encadrent le couple vedette (Paul Rudd et Leslie Mann, au demeurant excellents) : d’un côté, les propres filles d’Apatow, adolescentes qui se témoignent leur amour en s’insultant copieusement ; de l’autre, les deux pères indignes, l’un envahissant et irresponsable (Albert Brooks), l’autre démissionnaire et arrogant (John Lithgow). De beaux personnages de fiction, superbement campés, et non pas des substituts du spectateur auxquels il comparerait pour validation son propre vécu. Le goût du second rôle et de l’improvisation comique, habituel chez Apatow, est ici canalisé et retrouve sa fonction première ; apporte

Continuer à lire

Killer Joe

ECRANS | À 77 ans, William Friedkin prouve qu’il n’a rien perdu de sa rage corrosive avec cette comédie très noire autour d’une famille de Texans dévorés par une même cupidité. Cru et violent, génialement écrit et servi par un casting parfait. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 août 2012

Killer Joe

Il y a deux types de cinéastes vieillissants : ceux qui adoptent une forme de sagesse et affinent film après film leur point de vue — l’école Eastwood ; et ceux qui s’autorisent un surcroît de fantaisie — l’école Resnais. En fait, il faut en ajouter un troisième, minoritaire : les metteurs en scène qui retrouvent dans cette dernière ligne droite une rage juvénile qu’on ne leur soupçonnait plus. Cela donne Battle Royale de Fukasaku et aujourd’hui cet incroyable Killer Joe d’un William Friedkin de retour au sommet. Bug, son film précédent, montrait déjà une hargne retrouvée, mais aussi des limites par rapport au matériau théâtral qu’il se contentait de transposer sagement à l’écran. L’auteur, Tracy Letts, est aussi celui de la pièce qui a inspiré Killer Joe ; cette fois, il a pris le temps de bosser avec Friedkin une vraie adaptation cinématographique, aérée et fluide, du texte original. Un choix plus que payant : le dialogue brillant de Letts trouve dans la mise en scène de Friedkin un allié de poids, le cinéaste étant trop content d’aller en découdre avec so

Continuer à lire

Votre majesté

ECRANS | De David Gordon Green (EU, 1h42) avec Danny McBride, James Franco, Nathalie Portman…

Dorotée Aznar | Mercredi 31 août 2011

Votre majesté

La fine équipe de Délire Express remet le couvert dans ce film ouvertement régressif, entièrement dicté par l’envie juvénile de s’embarquer dans une aventure chevaleresque gorgée de bestioles magiques crapuleuses, de décolletés plongeants et d’humour en dessous de la ceinture. Votre majesté a beau bénéficier de la compétence de David Gordon Green à la mise en scène et de l’abattage de Danny McBride, cette sympathique pantalonnade accuse de fâcheux problèmes de rythme, ce qu’on aurait à la limite pu lui pardonner si sa valeur comique avait été à la hauteur de ses ambitions – malheureusement, c’est très loin d’être le cas. Dans le même registre de loser imbécilement arrogant, McBride a déjà tout donné dans l’hallucinante série Eastbound & Down et le caractère franchement anodin de la filmo récente de Gordon Green nous fait toujours regretter le cinéaste brillant de L’Autre rive. Après, si vous êtes disposés à payer 10€ pour voir un abruti parader avec une bite de minotaure autour du cou, on ne va pas vous en empêcher. François Cau

Continuer à lire

Hôtel Woodstock

ECRANS | D’Ang Lee (ÉU, 2h02) avec Demetri Martin, Emile Hirsch, Liev Schreiber…

Christophe Chabert | Mardi 15 septembre 2009

Hôtel Woodstock

Le cinéphile français attaché à la politique des auteurs ne peut qu’être désorienté par le parcours du tandem Ang Lee/James Schamus (son scénariste attitré). Sans véritable thème (sinon, et encore, l’homosexualité), sans style visuel défini (avec des grands écarts entre la sophistication formelle de Hulk et la sobriété romanesque de Lust, caution), ces deux-là sont des caméléons promenant leur cinéma à travers le monde, les genres et les budgets. Hôtel Woodstock surfe ainsi sur la vague des 'feel good movies', avec une pointe de Wes Anderson en prime. Surprise : ce cocktail est franchement plaisant, et même euphorisant. Traitant le mythique festival de rock par le petit bout de la lorgnette (une famille juive coincée dont le fils pense effectuer une bonne affaire en faisant venir la manifestation dans la petite ville sans histoire où ses parents tiennent un hôtel), jusqu’à en éclipser toute image de concert, Hôtel Woodstock raconte l’anecdote et laisse la légende au documentaire de Michael Wadleigh, dont le film plagie les scories visuelles avec un certain brio. Évidemment, l’un n’est jamais très loin de l’autre : le vent de liberté (et de marijuana) va souffler sur ce foyer con

Continuer à lire

Délire express

ECRANS | De David Gordon Green (ÉU, 1h51) avec Seth Rogen, James Franco…

Dorotée Aznar | Jeudi 27 novembre 2008

Délire express

L’introduction fait penser à La Beuze et fait donc un peu peur – des savants nazis testent une variété de marijuana extrêmement puissante, qu’ils préfèrent remiser aux oubliettes. Le produit refait son apparition un demi-siècle plus tard, entre les mains d’un sympathique loser, Dale, et de son dealer, Saul. Lorsque Dale est témoin d’un meurtre perpétré par le boss d’un gang de trafiquants, le très peu dynamique duo doit dès lors joindre ses forces embrumées pour échapper à une mort certaine. Après Supergrave et En cloque, mode d’emploi, la troisième collaboration entre Judd Apatow (producteur, nouveau king de la comédie américaine) et Seth Rogen (acteur et scénariste) prend le risque mesuré de fédérer deux genres cinématographiques pas forcément compatibles : le film d’action et le stoner movie (comédie tournant autour de personnages généralement glandeurs et défoncés). Pour concrétiser ce projet improbable, Apatow et Rogen ont eu la riche idée de faire appel à un cinéaste de talent, David Gordon Green (auteur du superbe L’Autre Rive). Non content d’apporter sa touche visuelle, décisive dans la cohérence de l’ensemble, ce dernier comprend en outre parfaitement les enjeux du script,

Continuer à lire

Speed Racer

ECRANS | De Larry et Andy Wachowski (ÉU, 2h07) avec Emile Hirsch, Christina Ricci, Matthew Fox, John Goodman…

Christophe Chabert | Dimanche 15 juin 2008

Speed Racer

Speed Racer sort en France après s’être ramassé avec fracas dans tous les territoires où le film a été distribué, à commencer par son Amérique d’origine. Rude atterrissage pour les Wachowski après la trilogie Matrix… Entre temps, les frangins s’étaient illustrés en produisant leur adaptation de V pour Vendetta, une fable stupéfiante d’audace politique, dont ils avaient laissé la sage réalisation à James MacTeigue. Speed Racer, c’est l’anti-V pour Vendetta : un film décérébré mais d’une extrême sophistication formelle, un blockbuster expérimental pour enfants de 5 ans. Transposant une série d’animation japonaise sur de futuristes courses automobiles et leurs pilotes iconisés, ils inventent un univers ripoliné, où le virtuel est omniprésent au point que les acteurs, tous talentueux, ne ressemblent plus qu’à des papiers découpés perdu au milieu des effets spéciaux. Le scénario accumule les clichés, les situations sirupeuses, les bons sentiments et les méchants caricaturaux (à noter cependant que le mal absolu est une incarnation du capitalisme broyant les petits artisans passionnés !). Débile, et même débilitant, le

Continuer à lire

Into the wild

ECRANS | Même s'il dilue la force de ses premiers films dans une mise en scène parfois attendue, Sean Penn confirme qu'il est un cinéaste important avec ce road-movie existentiel sur les traces du cinéma américain des 70's. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 23 janvier 2008

Into the wild

La légère déception ressentie face à Into the wild est facile à expliquer. Depuis qu'il a décidé de passer derrière la caméra, Sean Penn s'est transformé en poète d'une Amérique éternelle qu'il contemple avec un romantisme noir et élégiaque, empruntant parfois les codes du cinéma de genre pour mieux les renverser au profit de la tragédie de ses personnages. Indian runner, Crossing guard et surtout le fabuleux The Pledge plaçait l'homme au milieu d'une nature qui rendait peu à peu dérisoires ses obsessions, ses peurs et ses passions. Into the wild prend les choses dans l'autre sens, ce qui est beaucoup plus attendu : Christopher MacCandless (Emile Hirsch, fantastique, paie de sa personne pour être à la hauteur du personnage) refuse la vie de petit-bourgeois qui lui tend les bras et décide de partir à l'aventure. Entre clochard céleste à la Kerouac et retour à l'état de nature façon Thoreau, il devient Alexander Supertramp, et arpente l'Amérique avec pour destination finale l'Alaska, choisie à cause de son environnement sauvage et hostile. Sean Penn pose donc de nouveau l'opposition nature/culture, mais c'est à nouveau quand il revient

Continuer à lire

L'Autre rive

ECRANS | DAVID GORDON GREEN (Wild Side)

| Vendredi 16 décembre 2005

L'Autre rive

Distribué n'importe comment dans les salles (enfin, dans une salle !) en début d'année, L'Autre rive est quasiment ce que l'on a vu de mieux en 2005. Rattrapage de rigueur avec un DVD pas cher (15€, merci Wild side !) qui rend justice à ce très beau film. Rappelons l'argument de départ : deux frères (l'un ado, l'autre encore enfant), partent en cavale dans l'Amérique profonde après que leur père ait été abattu par un oncle-ogre pour une obscure question de pognon. Commence alors une dérive qui refuse la péripétie et y préfère le hasard des rencontres, se transformant lentement en un songe éveillé, entre rêve et cauchemar, entre conte pour enfants et drame pour adultes. La singularité de L'Autre rive est de se référer ouvertement à des films météores tournés pendant deux périodes importantes du cinéma américain : La Nuit du Chasseur pour les années 50, dont il reprend la base scénaristique en en bouleversant les données ; et La Balade Sauvage pour les années 70, dans son côté road movie des champs et de l

Continuer à lire