Arnaud Desplechin : «L'altérité, c'est le sel absolu.»

ECRANS | Paul Dédalus, les jeunes comédiens, Roubaix, Mathieu Amalric et l’appétit pour les autres : le cinéaste Arnaud Desplechin aborde avec nous les grands sujets de son œuvre et de son dernier film, le sublime "Trois souvenirs de ma jeunesse". Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2015

Photo : © Jean-Claude Lother - Why not productions


Pourquoi avoir eu envie de revenir sur la jeunesse de Paul Dédalus ?
Arnaud Desplechin : C'est venu en plusieurs temps. Ça faisait longtemps que me trottait dans la tête l'idée de faire un film non pas sur l'enfance de Paul Dédalus, mais avec des jeunes gens, des acteurs qui n'auraient pas mon âge. J'avais des notes qui s'accumulaient sur des projets, quelques bribes de scènes… Avec le temps, avec l'âge, avec les films précédents que j'ai faits, j'avais très envie de faire un film avec des gens qui n'auraient pas d'expérience du cinéma, sans pour autant faire un documentaire sur eux. Avec l'écriture qui est la mienne, j'avais une grande inquiétude : est-ce que je pourrais trouver des jeunes gens qui pourraient dialoguer avec moi pour fabriquer quelque chose ?

Au tout début de Comment je me suis disputé…, un narrateur ouvre le récit en disant «Voilà plus de dix ans que Paul et Esther sont ensemble et voilà plus de dix qu'ils ne s'entendent pas.» Je me disais : c'est quoi ces dix ans ? C'était sur la naissance de ce couple, lui jeune Parisien, elle encore provinciale et ce rapport d'amour entre eux.

J'aime bien les films américains populaires, et j'ai eu l'idée de faire un prequel. Avec Mathieu [Amalric, NdlR], on a inventé ce personnage il y a longtemps ; plutôt que l'enfance de Spider-man, c'est l'enfance de Paul Dédalus. Ce n'est pas exactement ça, car les deux films ne "matchent" pas parfaitement, mais c'était l'élan de départ qui me permettait de partir dans le projet.

Vous parlez de cinéma populaire et de prequel, mais il y a un rapport assez évident aux teen movies et à leurs codes visuels…
Oui, c'est un teen movie. Coppola en avait fait deux : Outsiders et Rusty James. À l'époque, la critique aimait beaucoup Rusty James, mais c'était un peu trop européen à mon goût, en noir et blanc, avec une musique très abstraite du batteur de Police, ce n'était pas mon truc. Par contre, j'avais une vraie passion pour Outsiders, que j'ai revu souvent, une passion que j'ai du mal à partager en le montrant, mais que je peux partager en vous montrant mon film. Ces jeunes gens qui peu à peu expulsent le monde adulte, c'est ce terrain-là que j'ai voulu occuper. J'ai toujours tendance à prendre les films par leur genre, je pense qu'on dit mieux la vérité à l'intérieur d'un genre, et occuper celui-ci pleinement fait partie de ma manière.

J'aime bien ce moment où l'on fait de la politique sérieusement, c'est-à-dire quand on a 15 ou 16 ans. Pas à 18 ans, là, ce n'est déjà plus sérieux, quelque chose d'autre nous appelle, mais quand il y a un rapport plein, entier, utopique, extrême, fiévreux.

Y compris en "matchant" les genres, comme le film d'espionnage et le teen movie ici ?
En revenant sur les notes que j'ai accumulées pendant toutes ces années, la forme m'est apparue très vite. Pascal Caucheteux, le producteur, me demandait si j'étais sûr que ça allait marcher. Je ne savais pas si ça allait marcher ou pas, mais c'était la forme que je visais, une forme en fragments plutôt qu'un grand roman, où chaque "film" occupe un peu un genre.

C'est une insolence que j'ai par rapport à moi, avec le public ce sera différent, mais je me disais : c'est un prequel de Comment je me suis disputé…, mais il y aura aussi un petit film sur l'enfance avec des fragments assez poétiques, comme un remake de La Vie des morts, et un autre qui serait un remake de La Sentinelle. Que mes propres films fassent corpus pour moi-même…

En même temps, j'espère que je ne me prends pas complètement au sérieux quand je fabrique le film et que je déjoue ça. J'aime bien heurter des blocs de films les uns contre les autres, les faire grincer, mais lors de la fabrication, j'aime en faire un spectacle qui soit agréable pour vous. 50% de mon travail, c'est de vous heurter, 50%, c'est de vous séduire.

Ça faisait longtemps que je tenais à ce récit étrange sur un jeune homme qui va voir des refuznik en URSS et je voulais inscrire tout le film sous l'égide de la chute du mur de Berlin. Que ce motif russe vienne traverser les trois films, avec Mathieu qui commence au Tadjikistan avant de revenir en France. Ça créait une chanson qui m'était agréable à l'oreille.

Dans cette partie "espionnage" vous introduisez l'idée du double. J'ai spontanément pensé à Opération Shylock de Philip Roth, dont vous êtes un admirateur…
C'est curieux, une personne m'a dit ça il y a trois jours. Pourtant, je n'ai pas relu Opération Shylock… Enfin, je l'ai lu deux fois, une fois en américain, une fois en français, j'ai les deux éditions sagement rangées dans ma bibliothèque. Mais ce n'était pas conscient, même si ça m'a sans doute plus influencé que je ne l'imaginais en l'écrivant. Il y a cette idée du double comme caricature de soi qui vient conclure le film…

Il y a aussi une idée qui prolonge totalement Jimmy P., ce que vous appeliez «la couleur de l'amitié» entre un juif et un non-juif. Une couleur que vous concentrez dans la deuxième partie…
C'est quelque chose qui me touche très fort, qui était déjà dans Comment je me suis disputé… : l'amitié entre Paul et Nathan, une amitié qui l'élève. Paul a des camarades dans Trois souvenirs de ma jeunesse, mais son ami, celui qu'il aime d'amour, c'est Marc Zylberberg. Alors pourquoi lui ? C'est Montaigne : «Parce que c'était moi, parce que c'était lui…» Une espèce d'évidence entre les deux : Marc est plus sage, plus mature, Paul est à la suite. Filmer cette amitié entre l'église et la synagogue me touchait très fort. Je me souviens, au tournage, c'était la première fois que le jeune acteur [Quentin Dolmaire, NdlR] entrait dans une synagogue : on a filmé ce gentil qui ne sait pas quels sont les codes, qui s'acclimate et puis qui part pour ce truc d'héroïsme, même s'il le minore après.

Ce sont des discussions que j'avais il y a très longtemps, juste après Rois et Reine : j'aime bien ce moment où l'on fait de la politique sérieusement, c'est-à-dire quand on a 15 ou 16 ans. Pas à 18 ans, là, ce n'est déjà plus sérieux, quelque chose d'autre nous appelle, mais quand il y a un rapport plein, entier, utopique, extrême, fiévreux. Je trouvais intéressant de filmer la politique à cet âge-là, mais ça vient sous la couleur de l'amitié. Sur Jimmy P. aussi, la possibilité de la politique tenait à l'amitié.


Trois souvenirs de ma jeunesse

D'Arnaud Desplechin (Fr, 2h) avec Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet...

D'Arnaud Desplechin (Fr, 2h) avec Quentin Dolmaire, Lou Roy Lecollinet...

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Paul Dédalus va quitter le Tadjikistan. Il se souvient… De son enfance à Roubaix… Des crises de folie de sa mère… Du lien qui l’unissait à son frère Ivan, enfant pieux et violent…Il se souvient… De ses seize ans… De son père, veuf inconsolable… Et surtout, Paul se souvient d’Esther. Elle fut le cœur de sa vie.


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"Roubaix" : prix Jacques Deray

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Vincent Raymond | Mardi 18 février 2020

(À lire à haute voix, façon Stéphane de Groodt) « —Prenons les paris, ce sera Roubaix. —Quoi donc ? —Le César, à Paris le 28 février. —Sauf si Ly l'a, évidemment. —Quel lilas ? —Non, le Ly, Ladj. —Le Ly qui l'Oscar n'a pas eu ? —Celui-là même. —Admettons. —Mais à Lyon, sans pari, Roubaix aura le 22 son Prix. -De consolation ? —Non, Deray. —Comme Odile ? —On s'égare… —D’ailleurs pourquoi la Gare de Lyon est à Paris et pas à Roubaix ? —Parce que Paris est tout petit pour ceux qui Zem comme nous d'un si grand amour… » etc. Roubaix À l’Institut Lumière ​le samedi 22 février

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Arnaud Desplechin : « J’arrive enfin à rendre hommage à un Roubaix que j’adore »

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Divers faits d’hiver : "Roubaix, une lumière"

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"Les Fantômes d’Ismaël" : retour magistral pour Arnaud Desplechin

Le Film de la Semaine | Arnaud Desplechin entraîne ses personnages dans un enchâssement de récits, les menant de l’ombre à la lumière, de l’égoïsme à la générosité dans un thriller romanesque scandé de burlesque, entre John Le Carré, Bergman, Allen et Hitchcock. Vertigineusement délicieux.

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

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Trois souvenirs de ma jeunesse

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Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2015

Trois souvenirs de ma jeunesse

En 1996, Paul Dedalus avait trente ans, tentait de terminer sa thèse de philosophie et se séparait de sa compagne Esther. Vingt ans après, il finit une mission d’anthropologue au Tadjikistan, où il partage son lit avec une ravissante autochtone et s’apprête à rentrer en France pour travailler au Quai d’Orsay. De Comment je me suis disputé… (Ma vie sexuelle) à Trois souvenirs de ma jeunesse (Nos Arcadies), Dédalus n’a pas seulement vieilli — et son interprète avec lui, Mathieu Amalric, fiévreux et génial ; il a aussi été transformé par l’œuvre d’Arnaud Desplechin. Lorsqu’il démarre un vaste retour sur lui-même, sur son enfance et son adolescence, ce Dédalus-là n’est, comme l’eau du fleuve selon Héraclite, plus tout à fait le même, mais pas tout à fait un autre non plus. Ce n’est pas qu’une affaire de torsion entre le premier film et son prequel ; il y en a, puisque l’anthropologie remplace la philosophie et que Desplechin a pris des libertés avec la chronologie de son histoire avec Esther. Cela a aussi à voir avec la manière dont un

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«Jimmy P. est un buddy movie»

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«Jimmy P. est un buddy movie»

Votre cinéma a un rapport important avec la psychanalyse, bien avant Jimmy P. : la séance d’ouverture de Comment je me suis disputé…, l’internement de Matthieu Amalric dans Rois et reine, même la scène finale de La Sentinelle… Pourquoi avoir tourné autour de la psychanalyse avant d’y consacrer non pas le sujet, mas le cœur d’un de vos films ?Arnaud Desplechin : C’est une réponse décevante mais je ne sais pas bien pourquoi. Je sais que ce sont des scènes que j’aime beaucoup dans les films ; c’est sûrement aussi la lecture des romans de Philip Roth où les personnages sont en analyse. Au lieu de donner une explication du personnage, ça ouvre le champ des angles sur lui. Au début de Comment je me suis disputé…, le personnage est chez son analyste avec qui manifestement ça ne se passe pas très bien, mais tout d’un coup il y a une plongée dans ses souvenirs, dans une parole libre avec des moments où on ne sait pas si le personnage se ment à lui-même ou s’il dit la vérité. Je n’aimerais pas l’idée d’un privi

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Jimmy P.

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Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

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Quelque part dans les plaines américaines au début des années 50 ; James Picard, Indien Blackfoot ayant combattu sur le front français durant la Deuxième Guerre mondiale, souffre depuis de vertiges et de malaises à répétition. Interné dans un hôpital, on diagnostique sa schizophrénie, sans toutefois trouver de lésions cérébrales. Les médecins décident de faire appel à l’ethnologue français Georges Devereux, spécialiste des tribus indiennes mais aussi adepte des méthodes freudiennes, qu’il entend appliquer pour éclaircir le cas Jimmy P. Le dépaysement que provoque le nouveau film d’Arnaud Desplechin tient autant à la transplantation de son cinéma dans un espace résolument en rupture avec ses films précédents, qu’à l’inflexion qu’il donne dès les premières images à sa mise en scène. Comme si la confrontation avec l’Amérique était aussi une confrontation avec le cinéma américain, Desplechin s’inscrit ici dans une lignée classique qui irait de Ford à Eastwood. Cette quête de fluidité et d’élégance peut dérouter au premier abord ; mais la recherche de la simplicité est un des enjeux narratifs de Jimmy P., et e

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Classique chic

ECRANS | Le cinéma de patrimoine, par-delà le festival Lumière, va-t-il devenir le prochain enjeu de l’exploitation lyonnaise ? En attendant d’aller voir de plus près ce qui se passe en la matière, revue des classiques à l’affiche dans les mois à venir et focus sur l’intégrale Desplechin proposée au Cinéma Lumière en septembre. Christophe Chabert

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Classique chic

Le succès du festival Lumière aurait-il aiguisé les appétits ? Toujours est-il qu’il semble désormais certain que l’exploitation lyonnaise, saturée de multiplexes et peinant à trouver une solution à ce qu’il faut bien appeler le "blocage Moravioff", qui laisse les CNP dans une situation de précarité extrême, empêchant ainsi une exploitation décente pour l’ensemble du cinéma d’art et essai, regarde de près ce qui se passe sur le terrain du cinéma de patrimoine. UGC Ciné Cité Confluence et le Comoedia ont développé tout l’été une politique de programmation de classiques — parfois incongrus du côté de chez UGC, comme Trois femmes de Robert Altman — et Plein soleil a eu droit à une exposition sur les écrans comme on n’en avait pas vu depuis longtemps pour un film tourné il y a près de soixante ans ! L’Institut Lumière et Thierry Frémaux n’ont jamais caché leur envie de donner un petit frère à leur cinéma Lumière de la rue du Premier film, d’autres circuits s

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Un conte de Noël

ECRANS | Avec cette tragi-comédie familiale aux accents mythologiques, Arnaud Desplechin démontre à nouveau qu’il est un immense cinéaste, entièrement tourné vers le plaisir, le romanesque et le spectacle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absent, mort

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Entretien avec Arnaud Desplechin

ECRANS | Arnaud Desplechin, cinéaste, conclut l'année en beauté avec son film le plus abouti, "Rois et reine". Propos recueillis par Christophe Chabert et Emmanuel Alarco

Christophe Chabert | Mardi 30 novembre 1999

Entretien avec Arnaud Desplechin

Petit Bulletin : Y a-t-il une méthode pour introduire de l'action dans vos films, surtout dans celles qui sont a priori de simples conversations ? Arnaud Desplechin : Cela dépend. Il y a des stratégies d'écriture et d'autres que je trouve dans le travail que je fais avant que l'équipe et les acteurs arrivent. Il faut trouver des gestes, des attitudes qui arrivent à poser la signification autrement que par la langue. Qu'il n'y ait rien qui ne signifie pas. Cela permet de jouer avec un texte. Il y a un geste dans le film que je trouve absolument déchirant, quand Emmanuelle apprend que son père est malade. Elle dit : "C'est une nouvelle terrible", et là elle prend son sac à main, et elle le pose devant elle. C'est un geste absurde, mais qui signifie beaucoup : comme si elle voulait se cacher ou s'enfuir. Toutes les vertus poétiques du texte sont modifiées. Est-ce que c'est une manière de faire du spectacle avec ce qui n'en est pas ? C'est du cinéma. Le cinéma, c'est un art de l'action. C'est la différence avec le théâtre. Les acteurs, il faut qu'ils puissent acter de la parole. Je ne saurais pas en faire de

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Rois et reine

ECRANS | Arnaud Desplechin creuse la veine romanesque de son cinéma avec ce double récit aux connexions discrètes où cohabitent tragédie et comédie, fantaisie et rigueur, pur plaisir de la mise en scène et virtuosité du langage. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 30 novembre 1999

Rois et reine

On ne cessera jamais de le répéter : Arnaud Desplechin est un cas à part dans le cinéma d'auteur français. Et ce pour une raison simple que plus personne ne pourra nier après Rois et reine : il n'a jamais regardé le cinéma comme du discours, mais toujours comme un spectacle. Se présente alors à lui cet obstacle : comment rendre spectaculaire ce qui ne l'est pas (la parole, la pensée...) ? Question décisive à laquelle Rois et reine, magnifique feuilleton cinématographique à l'ambition démesurée, trouve des solutions extraordinaires. Une scène relève immédiatement le défi : Ismaël (Amalric, vraiment génial) se retrouve devant la porte de son appartement face à deux infirmiers venus l'embarquer pour l'hôpital psychiatrique. Le dialogue est hilarant (il le sera tout au long du film), mais Desplechin ne s'en tient pas là : il glisse entre les mains d'Ismaël un cheeseburger que celui-ci pose par terre, reprend en cours de route, glisse dans la poche de sa robe de chambre... Ce petit détail qui est en fait de la grande mise en scène suffit au cinéaste à introduire dans cette situation banale (trois mecs qui parlent) une dynamique cinématographique. De l'action, et cela change

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Comment je me suis disputé/Esther Kahn

ECRANS | ARNAUD DESPLECHIN / Cahiers du Cinéma/Why not ?

| Mercredi 13 décembre 2006

Comment je me suis disputé/Esther Kahn

La collection DVD des Cahiers du Cinéma avait déjà édité deux films d'Arnaud Desplechin pour le prix d'un (La Sentinelle et La Vie des morts) ; elle y ajoute aujourd'hui deux nouveaux titres, et pas n'importe lesquels. Comment je me suis disputé et Esther Kahn sont disponibles chez d'autres éditeurs, mais le premier est devenu presque introuvable. Bonne nouvelle donc, car si on peut émettre des réserves sur Esther Kahn, réflexion sur l'enfance de l'art chez une jeune fille sauvage qui se métamorphose en actrice sur les planches londoniennes au début du XXe siècle, il faut louer l'importance de Comment je me suis disputé. Provocateur, Desplechin prend au pied de la lettre les critiques adressées au «jeune cinéma français», et écrit un scénario qui n'est en apparence qu'une accumulation de lieux communs : un jeune agrégé n'arrive pas à finir sa thèse de philo, hésite entre sa copine et celle de son meilleur ami, tombe sous le charme dangereux d'une névrosée à tendance psychopathe, tente de régler ses comptes avec un ancien camarade devenu rival prétentieux... Le coup d'éclat orchestré par le cinéaste es

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