"Swagger" : à l'école de la classe

ECRANS | Portrait d’une banlieue par des jeunes qui la vivent au présent et ont foi en l’avenir, dans un documentaire de création bariolé, sans complaisance mortifère ni idéalisation naïve. Stimulant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Photo : © DR


Ils se prénomment Aïssatou, Astan, Aaron, Elvis ou Mariyama… Vivant dans des cités de périphérie, ces adolescents dépassent la facile caricature à laquelle ceux qui ne les ont jamais approchés les réduisent. Pour un peu qu'on consente à les rencontrer ! Olivier Babinet, lui, les a écoutés durant des semaines, et construit en leur compagnie ce singulier documentaire débordant de fantaisie, de liberté et surtout d'espoir. Film stylé, Swagger est ainsi autant une collection de témoignages qu'une œuvre de création chamarrée ; un puzzle assumé et dynamique se pliant autant à l'imaginaire immédiat de ses protagonistes qu'à leurs projections.

S'ils décrivent le quotidien pas forcément folichon avec lequel ils doivent composer au prix d'une sacrée créativité, les onze ados du film sont aussi les acteurs d'un changement en cours. Que la caméra, complice magique, transpose parfois dans une imagerie hollywoodienne ou clippée — voir les défilés vestimentaires de Paul et Régis, deux jeunes mecs ayant su affirmer leur identité à travers leurs fringues. Ou qu'elle anticipe en se faisant l'interlocutrice de Naïla, dont les yeux clairs ont depuis belle lurette oublié la candeur : du haut de ses quelque dix ans, la future architecte pourrait déjà en remontrer à des urbanistes, quant à eux bien dépourvus de swag… Cette génération qui a peut-être plus à offrir au monde que celle des démago-ploutocrates, mérite d'avoir sa chance, non ?

Swagger de Olivier Babinet (Fr, 1h24) documentaire avec Aïssatou Dia, Mariyama Diallo, Abou Fofana, Naïla Hanafi…


Swagger Swagger

Swagger

De Olivier Babinet (Fr, 1h24) documentaire

De Olivier Babinet (Fr, 1h24) documentaire

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Dans la tête de onze enfants et adolescents aux personnalités surprenantes, qui grandissent au coeur des cités les plus défavorisées de France. Le film nous montre le monde à travers leurs regards singuliers et inattendus, leurs réflexions drôles et percutantes. En déployant une mosaïque de rencontres et en mélangeant les genres, jusqu’à la comédie musicale et la science-fiction, Swagger donne vie aux propos et aux fantasmes de ces enfants d’Aulnay et de Sevran. Car, malgré les difficultés de leur vie, ils ont des rêves et de l’ambition. Et ça, personne ne leur enlèvera.

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Au Comœdia, la solution ACID

Cannes 2020 | D’accord, le festival de Cannes n’a pas déployé son tapis rouge sur les marches du Palais en mai ; est-ce une raison pour priver les films des différentes (...)

Vincent Raymond | Lundi 28 septembre 2020

Au Comœdia, la solution ACID

D’accord, le festival de Cannes n’a pas déployé son tapis rouge sur les marches du Palais en mai ; est-ce une raison pour priver les films des différentes sections de leur exposition habituelle ? Telle celle de l’ACID, regroupant neuf longs-métrages sélectionnés par les cinéastes adhérents à l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion. Comme chaque année, cette programmation pointue entreprend une mini tournée hexagonale, faisant étape au Comœdia du 2 au 4 octobre. Quatre fictions et cinq documentaires figurent au menu de ce Cannes “Hors les murs“ à déguster servis par certains de leurs cinéastes — c’est le cas par exemple de Michele Pennetta pour Il Mio Corpo (photo). Si l’on ne connaît pas encore le détail définitif de la “distribution“ présente à Lyon, on peut déjà annoncer que Les Affluents de Jessé Miceli, Funambules de Ilan Klipper,

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L’amour en queue de poisson : "Poissonsexe" de Olivier Babinet

Comédie | Un futur inquiétant, où il ne reste qu’une seule baleine. Scientifique dans un institut de recherches maritimes, Daniel s’échine à essayer de faire s’accoupler des poissons et échoue à trouver l’âme sœur. Son existence change lorsqu’il ramasse sur la plage un poisson mutant doté de pattes…

Vincent Raymond | Mercredi 2 septembre 2020

L’amour en queue de poisson :

Initialement prévu le 1er avril sur les écrans, jour ô combien adapté à une fable poissonneuse, ce film avait dû pour cause de confinement rester le bec dans l’eau attendant l’avènement de jours meilleurs. S’il est heureux de le voir émerger, on frémit en découvrant le monde pré-apocalyptique qu'il décrit en définitive aussi proche du nôtre : certains ne prophétisent-ils pas la pandémie comme faisant le lit de la 6e extinction massive ? Guère optimiste, mais comme s’en amusait Gustave Kervern, « je ne joue que dans des films tristes ; je refuse les films gais ». Au-delà de la boutade, Poissonsexe marie les menaces du conte philosophique d’anticipation et la poésie du parcours sentimental de Daniel, colosse au cœur de fleur bleue égarée dans un monde où amour et procréation sont totalement décorrélés ; où les couleurs froides font écho aux relations du même tonneau. Après la parenthèse lumineuse que constituait son documentaire Swagger, Olivier Babinet renoue donc

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Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Restaurant | Un néotorréfacteur vénissian deale désormais ses grains sur les Pentes. À accompagner d'une nourriture d'inspiration street et asiatique.

Adrien Simon | Mardi 14 janvier 2020

Placid, pour sortir du cliché anglo-saxon

Les années 10 du XXIe siècle auront chamboulé le contenu de nos verres, chopes, mugs, tumblers et tasses. Discrètement (on boit toujours les mêmes breuvages), mais durablement : ce fut l'explosion du vin nature, des brasseries artisanales, des cocktails d'auteurs, et puis d'une nouvelle forme de torréfaction. Concernant le café, le ravalement avait débuté lors de la décennie précédente. Notamment outre-Atlantique où l’on nomme ça la « troisième vague ». Un genre de reboot de ce qui fut engagé dans les années 60 par des hippies-torréfacteurs contre l'industrialisation du petit noir (et qui donna malheureusement Starbucks à la fin). Renouveau à la fois en ce qui concerne le produit (pousser plus loin le sourcing des grains, adapter la torréfaction à ces derniers, et développer différentes extractions) et le way of life associé (le néo-kawa américain est indissociable du laptop). S’il y a dix ans les sceptiques pouvaient réduire ce nouvel élan à une mode pour hipsters, il est difficile aujourd’hui de ne pas voir un mouvement de fond : c’est en tout c

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L’Acid, toujours assidue

ECRANS | La sélection de l’ACID à Cannes ne manquait pas de saveur cette année et, comme de juste, elle s’en vient faire son étape automnale au Comœdia. L’ACID ? Aux (...)

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

L’Acid, toujours assidue

La sélection de l’ACID à Cannes ne manquait pas de saveur cette année et, comme de juste, elle s’en vient faire son étape automnale au Comœdia. L’ACID ? Aux oublieux, on rappellera qu’il s’agit de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, fondée et animée par des cinéastes qui visionnent, sélectionnent, soutiennent et accompagnent des films de leurs confrères et consœurs de la Croisette (où ils disposent d’une sélection parallèle) à leur exploitation en salle. Une manière de donner de la visibilité à des œuvres qui, très singulièrement cette année, évoquent beaucoup la thématique de l’invisibilité… À Lyon, les festivités débutent vendredi 4 octobre à 20h30 avec l’étrange — et réussi — L’Angle mort du duo Patrick Mario Bernard/Pierre Trividic (sur une idée d’Emmanuel Carrère), en présence de l’un des cinéastes. Le lendemain à 11h15 Alain Raoust escortera son conte estival d’apprentissage, Rêves de jeunesse, puis Écrans Mixtes se fera le porte-parole des auteurs de Indianara à 16h. À 18h, Artemio Benki sera là pour évoque

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La fabrique des petits soldats : "Le Fils"

Documentaire | Documentaire de Alexander Abaturov (Ru-Fr, 1h11)…

Vincent Raymond | Mardi 28 mai 2019

La fabrique des petits soldats :

Deux trajectoires parallèles : celle du cousin du réalisateur, Dima, soldat d’excellence russe mort au combat, et celle des nouvelles recrues aspirant à rejoindre le corps d’élite des Spetsnaz dont Dima était issu. D’un côté, le deuil sobre ; de l’autre l’exaltation d’une jeunesse ultra patriote… On aimerait que cela fût une fiction et non point un documentaire. Mais Alexandre Abaturov dépeint une réalité crue et froide : celle de super-soldats contemporains interchangeables et soudés au sein d’une unité impatiente de servir la mère Russie. N’étaient leurs marinières rouges, ils pourraient êtres les bidasses de Full Metal Jacket (1987) effectuant leurs classes sous les ordres d’instructeurs les conditionnant psychologiquement et physiquement, sélectionnant les plus solides (environ un quart du contingent), seuls aptes à porter le distinctif béret rouge des Spetsnaz. Entre les parcours dans la boue, les pugilats “pour de rire“ — avec pommettes en charpie et nez explosé —, les cérémonies d’hommage aux aînés tombés pour la patrie, Abaturov

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La pause s’impose : "7 Minuti"

Social | de Michele Placido (It-Fr-Sui, 1h28) avec Ottavia Piccolo, Anne Consigny, Clémence Poésy

Vincent Raymond | Lundi 30 avril 2018

La pause s’impose :

Dilemme pour un groupe de délégués du personnel, qui doit statuer sur l’abandon de sept minutes de pause déjeuner en échange du sauvetage de son usine. Tel est le marché pervers proposé par leur future actionnaire majoritaire. La division s’installe parmi les salariés et salariées… Mettons au crédit de Michele Placido l’idée de transposer ce fait social survenu à Yssingeaux en Italie puisque le capitalisme n’a pas de frontière, et la pertinence d’en faire un huis clos : cette situation d’un choix cornélien — face à un marché de dupes ! — renvoie à 12 hommes en colère. Les similitudes s’arrêtent là. Du fait de sérieux problèmes d’écriture, dont de grotesques effets de suspense théâtraux destinés à différer la divulgation de la fameuse mesure (on se croirait dans Le Prénom) ; à cause également de quelques personnages féminins au-delà de la caricature et d’une mise en scène contemplative là où du vif aurait été nécessaire, on s’agace au lieu de compatir. Un grand sujet potentiel, qui sans doute eût été plus à sa place sur les planches, devien

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La saison des festivals est ouverte

Grand Lyon | Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

La saison des festivals est ouverte

Bientôt quadragénaire, le doyen des festivals de l’agglomération lyonnaise n’a rien d’un autarcique : depuis des années, il propose des séances délocalisées dans des salles amies : au Théâtre Astrée, à la MLIS et l’ENM de Villeurbanne, mais aussi au Comœdia, au Ciné-Meyzieu et au Ciné Mourguet de Sainte-Foy-lès-Lyon. La période coïncide également avec le lancement d’autres événements locaux d’importance, qui bénéficient donc d’une dynamique croisée : pas de rivalité entre les salles indépendantes ! Le Mois du Film Documentaire fait ainsi escale jusqu’au 30 novembre au Toboggan de Décines avec quatre projections agrémentées de débats. Grégory Gomes accompagnera Frères Ennemis qu’il a tourné dans la proximité d’un derby Lyon-Saint-É ; quant à Charlotte Pouch, elle racontera la genèse de Des bobines et des hommes, une (més)aventure humaine et industrielle. Plus au nord de la Métropole, le Ciné-Caluire programme son Festival du cinéma italien. Une semaine placée sous le signe de l’amour,

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Entre deux : "L'École de la vie"

Documentaire | de Maite Alberdi (Fr-Chi-P-B, 1h32) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 14 novembre 2017

Entre deux :

La vie quotidienne dans une école chilienne spécialisée accueillant des adultes atteints du syndrome de Down (la Trisomie 21) : le travail à l’atelier gastronomie, l’amitié et les histoires de cœur minées par les décisions des tuteurs légaux… Maite Alberdi cadre les élèves serrés, dans une très grande proximité, à l’extrême limite parfois de l’intimité gênante (sans franchir la ligne jaune de l’obscénité), gardant parents et éducateurs dans un flou visuel volontaire. Ce dispositif tranché facilitant la focalisation sur ses héros — Rita, au régime, qui tente de soustraire du chocolat en cachette, Anita et Andrés désireux de se marier malgré l’opposition parentale —, et permettant d’adopter plus aisément leur point de vue, est sans doute la meilleure idée de ce documentaire. L’École de la vie laisse en effet une impression mitigée, découlant pour partie des méthodes en apparence paradoxales de l’école. Certes, les élèves semblent disposer d’une liberté d’action complète et s’épanouir lorsqu’ils préparent de la pâtisserie, mais ils sont étr

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L’ACID fait sa remontée (cannoise)

Festival de Cannes | Ami·e·s gourmets et/ou aérophages, ne vous méprenez pas : malgré son titre, notre article n’a rien à voir avec la problématique du reflux gastrique, même s’il (...)

Vincent Raymond | Mardi 26 septembre 2017

L’ACID fait sa remontée (cannoise)

Ami·e·s gourmets et/ou aérophages, ne vous méprenez pas : malgré son titre, notre article n’a rien à voir avec la problématique du reflux gastrique, même s’il concerne une sorte de festin. En l’occurrence, le traditionnel banquet cinématographique de trois jours proposé par l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (l’ACID) après sa présentation en marge du dernier Festival de Cannes où il anime une section indépendante. Composée de dix long-métrages souvent singuliers, cette sélection entame ensuite un tour de France qui ne manque jamais son étape automnale au Comœdia. Au programme cette année, neuf avant-premières et un film déjà sorti (le très réussi Kiss & Cry, qui fera l’objet d’une rencontre avec ses réalisatrices Chloé Mahieu &

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Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Ninkasi | Pour ses vingt ans, le Ninkasi s'est offert un lifting : rendez-vous le 16 octobre pour un lieu multiple repensé autour d'une programmation toujours plus éclectique où se croiseront jusqu'en décembre Arrested Development, The Stranglers ou encore Tété. On en parle avec Christophe Moulin, le programmateur.

Sébastien Broquet | Mardi 19 septembre 2017

Christophe Moulin : « Le brassage, c'est aussi mixer food, bières et musiques »

Quel retour feriez-vous de votre première année de programmateur du Ninkasi ? Christophe Moulin : Il y a un an, nous avons commencé les travaux, dont nous ne récoltons pas encore les fruits. C'était une année de transition, mais aussi de complication pour le public, pour les artistes - les backstages étant en travaux. On s'en excuse encore ! C'était une année d'expérimentation, sans pouvoir aller au bout du geste. Ça va vraiment démarrer le 16 octobre : là on va commencer à dérouler la machine telle qu'on l'a réfléchie il y a deux ans. Je garde de très bons souvenirs comme The Game, ou encore la Ninkasi Urban Week où l'on a pu investir l'espace urbain, notre travail sur le Mur7 avec Birdy Kids. C'est ma touche personnelle, cette porosité entre la salle et le quartier. J'ai du mal à rester en place ! C'est normal que les habitants n'entrent pas obligatoirement dans une salle de concerts qui reste un cube fermé. Mais le concert doit sortir à l'extérieur, lui.

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Prison de filles : "Des rêves sans étoiles" de Mehrdad Oskouei

Documentaire | de Mehrdad Oskouei (Irn, 1h16) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 19 septembre 2017

Prison de filles :

Iran. Des jeunes femmes à la lisière de la majorité sont filmées dans leur quotidien de détenues d’un centre de “réhabilitation” pour mineures. Souvent en rupture de famille, certaines sont délinquantes, d’autres enceintes, voire mères ; toutes dans l’angoisse de leur sortie… Voilà un projet intéressant sur le papier, qui peine pourtant à aller au-delà de ses évidentes bonnes intentions. Notamment parce que le réalisateur parasite son propre film, en intégrant des interviews qu’il réalise, voix off, avec les détenues. De témoin, il devient acteur des événements ; il interagit avec eux. À ces “tête-à-tête“ trop polis pour être honnêtes (ont-ils été répétés ? Ont-ils été surveillés durant le tournage ?), on préfère les rares séquences d’imprévus, plus crues, montrant la détresse d’une gamine tétanisée par l’irruption de ses parents, ou une autre effondrée parce que sa grand-mère refuse de l’accueillir. Le cours d’instruction religieuse, abordant la question de l’égalité homme-femme, est aussi un grand moment.

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Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

Clubbing | Trois plans pour vos nuits blanches.

Sébastien Broquet | Mardi 12 septembre 2017

Insomniaque : trois plans pour vos nuits blanches

15.09.17 > TERMINAL ACID WASHED Le nu disco un brin pervers, pas mal italo et larvé d'acid house que pratique Acid Washed nous enchante, assurément : écoutez Heartbeat Maker, envolée qui ouvre leur album House of Melancholy ; un track parfait pour faire hurler un dancefloor comprimé comme celui du Terminal vers les 3 heures du mat', ivre et joyeux. Sexy. 16.09.17 > GROOM CLÉMENTINE Perle en ascension de la scène locale, activiste de Chez Émile, le disquaire, mais aussi du côté de la pertinente web-radio Lyl où elle mène de main de maîtresse l'émission Mellow Madness, Clémentine s'offre une nuit au Groom où soul, disco et funk s'emmêlent langoureusement pour vous coller la fièvre all night long. Black.

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Leçons de son : "Buena Vista Social Club : Adios" de Lucy Walker

Documentaire | de Lucy Walker (É-U-Cu, 1h50) documentaire avec Ibrahim Ferrer, Omara Portuondo, Manuel Mirabal…

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Leçons de son :

Vingt ans ou presque après le documentaire de Wenders, y avait-il encore des choses à apprendre sur le groupe d’octo-et-nonagénaires cubains ? Étonnamment, oui. Réalisé à l’occasion de la tournée d’adieux du Buena Vista Social Club, ce film est davantage qu’une séquelle du précédent opus : il creuse aussi ses racines grâce à un luxe d’archives inédites. Si Lucy Walker opte pour une structure plus classique et une réalisation moins “virtuose” que son prédécesseur allemand, elle compense par un supplément de valeur informative et d’émotion : les maîtres du son dont elle établit le parcours médiatique (Ibrahim Ferrer, Compay Secundo, Rubén González…) avant leur entrée dans l’illustre orquesta sont désormais tous mort, exception faite de la vaillante Omara Portuondo. La cinéaste exhume par ailleurs des images (parfois tendues) de la conception de l’album de 1996, rendant au producteur Nick Gold des lauriers souvent indument tress

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États généraux du documentaire

ECRANS | S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 juin 2017

États généraux du documentaire

S’il est encore trop tôt pour connaître le programme détaillé de la 29e édition des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche) on peut d’ores et déjà en indiquer ses dates (du 20 au 29 août) et rappeler le principe de cette semaine. Conjuguant séquences réflexives (séminaires théoriques) approche pratique (ateliers) et projections (plusieurs sections interrogeant le patrimoine comme la production contemporaine), ce laboratoire vivant est surtout le rendez-vous cardinal et convivial des amateurs de cette forme exigeante, mais polyvalente. Un must pour qui croit en la capacité du cinéma d’émettre une voix dissonante. www.lussasdoc.org

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"Le Goût du tapis rouge" : raides carpettes

Documentaire | de Olivier Servais (Fr, 1h13) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Dix jours en mai, leur vie s’interrompt, cependant qu’elle s’illumine. Guetteurs ou arpenteurs, ils forment une foule compacte s’agglutinant autour des marches du Palais des Festivals et roulant le long de la Croisette. Deux éditions durant, Olivier Servais a braqué ses regards vers ce peuple de l’ombre, les uns mendiant des paillettes aux étoiles, les autres œuvrant à leur service. Cannes vu par les vraies gens, hors apparat et coupe-file… L’idée était séduisante de partager un point de vue “plébéien”, extérieur, éventuellement dissonant — plutôt que les sempiternels clichés sur l’angoisse de la star au moment de gravir les escaliers ou l’art du concierge de palace à satisfaire ses caprices. Hélas, Servais semble parti tourner à caméra-que-veux-tu, et avoir ensuite effectué un collage à la diable de ses séquences, histoire de leur donner un cachet expérimento-impressionniste. Le résultat est fade, factice et soporifique. Cependant, s’il fallait retenir une chose de ce vrac, c’est que la faune statique des fanatiques du Festival est aussi diverse dans ses motiva

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"Noma au Japon" : comment réinventer le meilleur restaurant du monde

ECRANS | de Maurice Dekkers (P-B, 1h33) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Couronné plusieurs années consécutives meilleure table du globe, le Noma de Copenhague se voit confier une carte blanche durant six semaines par le Mandarin Oriental de Tokyo. Pour l’équipe menée par le chef René Redzepi, le défi est de taille : il s’agit en effet de composer une carte nouvelle respectant l’esprit Noma tout en se nourrissant des particularités du terroir japonais. Une course contre la montre et pour les papilles s’engage… On ne saurait mieux expliquer le processus créatif de la haute cuisine, naissant d’une fusion de talents individuels et d’une symbiose d’inspirations sous la houlette d’un chef d’orchestre aux intuitions audacieuses. Capable de tirer le meilleur de chacun, de fuir les évidences gastronomiques et de se remettre en question sans concession, Redzepi apparaît comme un catalyseur et un liant. Sa curiosité et son perfectionnisme contagieux, respectueux de la nouveauté, des cultures, des saveurs ou de l’esthétique, rappellent la démarche de Benjamin Millepied dans l’excellent documentaire

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"Retour à Forbach" : mauvaises mines

ECRANS | de Régis Sauder (Fr, 1h18) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 11 avril 2017

Venu pour solder la maison de famille, Régis Sauder arpente Forbach — autrefois cité minière, désormais dévorée par le chômage et gagnée par les votes extrêmes. Sur les traces de son enfance mosellane, il confronte ses souvenirs de prolo complexé à la réalité contemporaine, retrouve des camarades d’antan. En leur compagnie, mais aussi avec quelques grands témoins (telle une tenancière de café, parfait coryphée moderne) il enregistre la réalité du quotidien forbachois, dans son effrayante apparence de cité fantôme : plans fixes sur des pas-de-portes désertés, des échoppes à l’abandon, des commerces fermés, auxquels succède l’empilement des bulletins en faveur de l’extrême-droite lors des élections régionales. Dans cette région autrefois occupée, les mémoires sont courtes, et Sauder profite de son amer pèlerinage pour rappeler la cause du malheur actuel : l’exploitation minière, qui fit les “beaux jours” et la richesse du pays — c’est-à-dire des quelques familles possédant les mines, pompant le sol comme l’énergie vitale des ouvriers. Dépourvu d’illusion et de rêve, Forbach apparaît ici écrasé entre

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"L’Opéra" : un an de prises à Bastille

Le Film de la Semaine | Des coulisses aux cintres, des tensions sociales aux minutes de silence, des répétitions aux applaudissements, une suite d’instantanés façons puzzle glanés durant une saison de l’Opéra de Paris visant à désacraliser cette institution culturelle française majeure. Avec bienveillance.

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

Philippe Martin, producteur habituel de Jean-Stéphane Bron, ne s’en cache pas : grand amateur d’art lyrique et familier de Stéphane Lissner (le directeur de l’Opéra de Paris), c’est lui qui a soufflé l’idée, pour ne pas dire commandé ce film au cinéaste helvétique, pur néophyte dans cet univers. Mais est-ce en cela un problème ? L’œil du candide capte souvent des mouvements insolites que l’habitué, blasé malgré lui, ne perçoit plus. Bron s’est donc immergé pendant 130 jours dans les murs de l’Opéra, le découvrant lui-même pour le faire découvrir au spectateur. Avec la chance du débutant, du point de vue dramaturgique : couvrant la saison 2015-2016, il suit donc des grèves à répétition, les conséquences des attentats parisiens, l’arrivée et le départ de Benjamin Millepied… davantage du côté directorial, offrant ainsi un contrepoint (ou un contrechamp) à l’excellent Relève : histoire d’une création de Thierry Demaizière & Alban Teurlai, tourné c

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Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

ECRANS | Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, (...)

Julien Homère | Mardi 28 mars 2017

Histoires Vraies (.doc) : regards partagés sur le doc'

Des gens, des causes et des films. Munies d’exclusivités de tous horizons, les 18e rencontres autour du film documentaire se placent du côté de l’Homme, tournées vers sa laideur extérieure comme sa beauté intérieure. Accompagnant un pot d’ouverture, Food Coop de Tom Boothe montrera que même Wall Street n’arrive pas à stopper le geste fraternel au sein d’une coopérative alimentaire new-yorkaise. Manger mieux pour vivre mieux, credo commun entre Rosa Maria, exilée de son village en 1931 et les migrants kurdes à Riace, dans le sud de l’Italie actuelle : Un paese di Calabria de Shu Aiello et Catherine Catella rappelle les heures sombres de l’actualité, en miroir avec son Histoire, démarche jumelle de Ils ne savaient pas que c’était une guerre. Avec l’association Coup de Soleil, favorisant les échanges culturels entre la France et le Maghreb, son réalisateur Jean-Paul

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Les Écrans du doc : Sur les barricades

ECRANS | C’est la lutte initiale ! Fenêtre sur le monde et l’Homme, Les Écrans du doc témoignent d’une prise de conscience des enjeux socio-politiques (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Les Écrans du doc : Sur les barricades

C’est la lutte initiale ! Fenêtre sur le monde et l’Homme, Les Écrans du doc témoignent d’une prise de conscience des enjeux socio-politiques contemporains, par le peuple et pour le peuple. Un soulèvement civil et salutaire. Ouverture toute trouvée, Silvia Munt lancera les hostilités avec son brûlot Afectados, témoignant de la révolte aussi intime que collective des Indignés espagnols. Le combat continuera avec Food Coop de Tom Boothe, consacré à la réussite d'un supermarché coopératif à New York. Pour alimenter le débat et distribuer leurs avis, les membres du projet Demain ou les Amis du Monde Diplomatique basés à Lyon viendront partager leur point de vue. Swagger d’Olivier Bab

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"Le Concours" : il ne peut en rester que soixante

ECRANS | de Claire Simon (Fr, 1h59) documentaire avec Laetitia Masson, Sylvie Verheyde, Patricia Mazuy, Vincent Dedienne…

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Héritière de l’Idhec, la Femis représente l’aristocratie des écoles de cinéma et peut se targuer d’avoir formé Emmanuel Mouret, François Ozon, Céline Sciamma, Alice Winocour ou encore Emmanuelle Bercot. Son drastique écrémage à l’entrée est si réputé — 1200 postulant(e)s pour 60 élu(e)s — qu’il a inspiré la cinéaste Claire Simon. Rien d’étonnant, connaissant son appétence pour les portraits de microcosmes, en fiction ou documentaire — que ce soit les cours d’écoles dans Récréations (1992), le planning familial dans Les Bureaux de Dieu (2008) ou le bois de Vincennes pour Le Bois dont les rêves sont faits (2016). Dans Le Concours, elle suit le processus de sélection, des épreuves de pré-admissibilité à la rentrée des élèves, en témoin muette des examens et des oraux, captant le réel sans jamais intervenir. Au-delà de son léger suspense (qui sera retenu et pourquoi ?), le projet est intéressant de par sa grande transparence, puisque l’on pénètre les coulisses d’une grande institution et l’on ass

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"Ouvrir la voix" au Périscope

CONNAITRE | Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un (...)

Lisa Dumoulin | Mardi 24 janvier 2017

Être femme et noire en France, aujourd'hui : une double peine. Le documentaire de la réalisatrice et militante afro-féministe Amandine Gay est un instantané du quotidien des femmes afro-descendantes noires, en France et en Belgique, qui se livrent sur la beauté, le travail, l'accent, la religion, le machisme... Et se retrouvent toutes à l'intersection du racisme et du sexisme. Un documentaire pas sorti en salles, mais toutes les projections sont rapidement complètes. La prochaine : au Périscope, ce lundi 30 janvier à 20h30.

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"Paterson" : Poète, vos papiers (du véhicule)

ECRANS | Une semaine ordinaire dans la vie de Paterson, chauffeur de bus à Paterson, New Jersey et poète à ses heures. Après la voie du samouraï, Jarmusch nous indique celle d’un contemplatif alter ego, transcendant le quotidien sur son carnet. Une échappée hors du temps bienvenue.

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

3 questions à... | Découvert et palmé à Cannes avec 4 mois, 3 semaines, 2 jours (2007), le cinéaste roumain poursuit sa route avec une minutieuse exigence, en conjuguant lucidité et bienveillance — pour ses personnages comme ses comédiens. En témoigne Baccalauréat.

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Cristian Mungiu : « Parfois, il faut aller au-delà de la vingt-cinquième prise »

Votre personnage Romeo n’habite nulle part : ni chez lui, ni chez sa maîtresse, ni chez sa mère. Il est presque un sans domicile fixe… Cristian Mungiu : C’est quelqu’un qui cherche des solutions ; il se trouve dans un moment de la vie où il a davantage de doutes que de réponses : il part d’un canapé, il finit sur un autre canapé… Je voulais faire le portrait de quelqu’un qui se sent coupable, que le spectateur comprenne ce qu’il ressent. Dans un film, c’est compliqué de parvenir à cela ; encore plus lorsqu’il est tourné en plan-séquence. J’espère que l’on partage cette angoisse de Romeo qui, parce qu’il mène une double vie, a toujours l’impression que quelqu’un le suit. Pourquoi êtes-vous autant attaché au plan-séquence ? C’est ma philosophie. Lorsqu’on utilise le montage, ce n’est pas compliqué de faire du cinéma. Mais si l’on crée des scènes de 4, 5, 6 ou 8 minutes comme je le fais en plan-séquence, alors il faut être précis, comme un chorégraphe dans un spectacle. J’essaie de respecter des continuités de temps pour avoir la vraie vie sur l’écran. Ensuite, je répète beaucoup, car c’est dans le tournage que se fait le fi

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"Baccalauréat" : les meilleures intentions, avec mention

Le Film de la Semaine | Un médecin agit en coulisses pour garantir le succès de sa fille à un examen, au risque de renier son éthique. Entre thriller et conte moral, Mungiu signe une implacable chronique de la classe d’âge ayant rebâti la Roumanie post-Ceaușescu — la sienne. Lucide et captivant.

Vincent Raymond | Mardi 6 décembre 2016

Que reste-t-il en Roumanie quand on a tout oublié du communisme ? Son administration procédurière, ainsi que ses passe-droits, ses renvois d’ascenseurs, ses faveurs… Une source inépuisable d’inspiration pour les cinéastes du cru : après Porumbiu (Policier : Adjectif, Le Trésor) ou Muntean (L’Étage du dessous), voici que Cristian Mungiu s’en empare. Pas pour une simple histoire de corruption ou de prévarication — car le héros, Romeo, demeure en dépit de ses travers conjugaux, un honnête homme — mais bien pire : l’autopsie d’un renoncement personnel ; d’un sabordage moral symbole d’un échec collectif. L’échec d’une génération d’idéalistes, jadis désireux de reconstruire sur des bases saines leur pays s’ouvrant au monde, mais qui peu à peu se sont transformés en petits notables désabusés. Alors, quitte à faire le deuil de leurs espérances, ils peuvent bien enterrer simultanément leur intégrité. Responsable mais pas coupable Si Romeo vacille en cherchant à transgresser les règles, c’est pour réparer une cascade "d’injustices originelles” : l’agression de sa fille sur le point de pass

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"Ma' Rosa" : butin de leur mère !

ECRANS | de Brillante Mendoza (Phil, 1h50) avec Jaclyn Jose, Julio Diaz, Felix Roco…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Arrêtée sur dénonciation avec son mari dans la petite épicerie où ils améliorent leur ordinaire en se livrant au trafic de drogue, Ma’Rosa se voit proposer la libération par les policiers, à condition qu’elle leur verse une grosse somme. Sa marmaille fait bloc pour réunir la rançon en une nuit… De par son image vidéo graisseuse, ses optiques torves, ses ambiances nocturnes baignées de lumières artificielles, le cinéma de Mendoza est en adéquation formelle avec les sujets qu’il aborde : misère des bas-fonds, corruptions humaine et morale… au risque de se montrer un peu redondant dans son esthétique de la crasse : on se croirait parfois dans une parodie de chanson réaliste du XIXe siècle, prostitution enfantine incluse. Autant d’éléments qui devraient exciter la fureur du sanguin président Duterte, certainement peu ravi qu’on dépeigne “ses” Philippines comme un cloaque régenté par des ripous — même si ceux-ci se font pardonner en savatant du dealer ! Plus maîtrisé que certains Mendoza précédents (John John…), sans atteindre des niveaux bouleversants, Ma’Rose s’est adjugé pour Jaclyn Jose un incompré

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"Trashed" : le plastique, c’est satanique

Le Film de la Semaine | Jeremy Irons nous guide à travers le monde des déchets gouverné par de belles saloperies : dioxines et plastiques — des polluants ubiquistes impossibles à recycler, résidus de la révolution industrielle et des Trente Glorieuses. Un documentaire aussi édifiant qu’effrayant.

Vincent Raymond | Mardi 15 novembre 2016

Fin octobre, le WWF publiait une étude révélant l’extinction de 50% des espèces de vertébrés durant les quarante dernières années. À qui la faute ? Trashed délivre davantage qu’une ébauche de réponse à ce cataclysme supérieur à tous les accidents géologiques passés, en accumulant des strates d’informations. Pour certaines collectées au grand jour ; pour d’autres ramassées dans la fange putride de nos poubelles. Lesquelles, sous nos yeux obstinément aveugles, ont gagné notre espace vital. Elles gagneront tout court, si l’on n’y prend garde. Ordures ! Sur le front environnemental, d’aucun(e)s pensent qu’il est plus productif pour la cause d’encenser en sautillant benoîtement un chapelet de micro-initiatives positives, en prenant grand soin d’éviter de s’attarder sur la situation actuelle, décidément trop anxiogène. Une étrange forme de méthode Coué consistant à consentir un traitement, sans accepter de reconnaître la maladie — tout à fait en phase avec notre époque de l’aseptisé triomphant. Ici, Jeremy Irons ne fait pas de cœurs avec les doigts, ni n’étreint ses interlocuteurs sur fond chill-out. Pas plus qu

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"Le Client" : justice est défaite

Le film de la Semaine | Un homme recherche l’agresseur de son épouse en s’affranchissant des circuits légaux. Mais que tient-il réellement à satisfaire par cette quête : la justice ou bien son ego ? Asghar Farhadi compose un nouveau drame moral implacable, doublement primé à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Devant déménager en catastrophe, Rana et Emad se voient proposer par leur confrère comédien Babak l’appartement tout juste récupéré d’une locataire “compliquée”. Mais à peine dans les lieux, Rana est agressée par un étrange visiteur nocturne, pensant avoir affaire à la précédente résidente — une prostituée. Blessé dans son orgueil, Emad traque le coupable… Moins oublié en apparence que Mademoiselle au palmarès du dernier festival de Cannes, Le Client fait figure en définitive de grand perdant, tout en étant le film le plus lauré : il a décroché deux très belles récompenses, les Prix du scénario et d’interprétation masculine pour Shahab Hosseini. Nul besoin d’être grand clerc pour en déduire qu’une bonne histoire bien jouée promet un grand film, surtout signée par l’auteur de Une séparation et de

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"Dernières nouvelles du cosmos" : mes mots ont la parole

ECRANS | de Julie Bertuccelli (Fr, 1h25) documentaire avec Hélène “Babouillec” Nicolas…

Vincent Raymond | Mardi 8 novembre 2016

Présentant les préparatifs d’un spectacle façon MJC, avec un comédien un brin halluciné déclamant des vers post-mallarméens, les premières images inquiètent légitimement. Où donc nous a entraînés la réalisatrice de La Cour de Babel ? Elle livrera peu à peu les clefs : l’interprète des poésies est en fait le père d’Hélène, leur auteur. Signant Babouillec, cette trentenaire souffrant d’un trouble autistique ne parle ni n’écrit : elle communique depuis dix ans en désignant une à une les lettres composant les mots reflétant ses pensées. C’est grâce à ce procédé de bénédictin qu’elle a brisé le mur l’isolant du monde et “dicté“ ses créations. Julie Bertuccelli fait témoigner ses parents (formidables de présence et de soutien), filme l’auteure à l’œuvre — œuvre de patience —, et en discussion avec un mathématicien, sans doute brillant, mais énonçant ici des platitudes. La cinéaste ne pose pas un regard admiratif ou protecteur sur une “curiosité”, mais nous fait partager son appréhension d’une démarche artistique singulière. Et prouve également que captée à l’état natif, la poésie d’Hélène se suffit à elle-même, n’en déplaise à son

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Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Entretien | Force tranquille toujours aussi déterminée, Ken Loach s’attaque à la tyrannie inhumaine des Job Centers, vitupère les Conservateurs qui l’ont organisée… et cite Lénine pour l’analyser. Ouf, les honneurs ne l’ont pas changé !

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Ken Loach : « Rien ne changera tant qu’on n’aura pas changé le modèle économique »

Comment ce nouveau film est-il né ? Ken Loach : Quand Paul Laverty, le scénariste, et moi, avons commencé à échanger les histoires que nous entendions autour de nous, lui en Écosse et moi en Angleterre — entre deux réflexions sur les scores de foot. Des histoires de personnes piégées dans cette bureaucratie d’État, et qui deviennent de plus en plus extrêmes. Je pourrais vous donner des tonnes d’exemples, comme cet homme qui avait téléphoné au Job Center — le Pôle Emploi britannique — pour prévenir qu’il ne pourrait pas honorer un rendez-vous car il assistait aux funérailles de son père. Il est allé à l’enterrement… et on lui a arrêté ses allocations ! Durant nos recherches, on a traversé le pays, et on en a entendu plein d’autres identiques. Alors on s’est dit qu’on devrait en raconter une, pour essayer de faire comprendre aux gens ce qu’ils endurent. Paul a écrit les deux personnages principaux de Dan et Katie et voilà, c’était parti. Pourquoi l’avoir situé à Newcastle ? C’était une ville que l’on n’avait pas encore filmée, elle est la plus au nord de toutes les grandes villes britanniques

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"Moi, Daniel Blake" : une couronne pour le Royaume des démunis

Moi, Daniel Blake de Ken Loach | Lorsqu'un État fait des économies en étouffant les plus démunis, ceux-ci s’unissent pour survivre en palliant sa criminelle négligence. Telle pourrait être la morale de cette nouvelle fable dramatique emplie de réalisme et d’espérance, qui vaut à Ken Loach sa seconde — méritée — Palme d’Or.

Vincent Raymond | Mardi 18 octobre 2016

Avec sa bouille de Michel Bouquet novocastrien, Daniel Blake a tout du brave type. En arrêt maladie après un accident cardiaque, il doit sacrifier aux interrogatoires infantilisants et formatés de l’Administration, menés par des prestataires incompétents — l’État ayant libéralisé les services sociaux —, pour pouvoir reprendre son boulot ou bénéficier d'une allocation. Assistant à la détresse de Katie, mère de famille paumée rabrouée par une bureaucrate perversement tatillonne, Daniel s’attache à elle et l’épaule dans sa galère, cependant que son cas ne s’améliore pas. Tout épouvantable qu’il soit dans ce qu’il dévoile de la situation sociale calamiteuse des plus démunis au Royaume-Uni (merci à l’administration Cameron pour ses récentes mesures en leur défaveur), Moi, Daniel Blake se distingue par sa formidable énergie revendicative positive, en montrant que les “assistés” n’ont rien de ces profiteurs cynique mis à l’index et enfoncés par les Tories. Ils font preuve d’une admirable dignité face à l’incurie volontaire de l’État, refusant le piège de la haine envers le plus faibles qu’eux — le facile pis-aller de la discrimination à l’in

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"Voyage à travers le cinéma français" : c’était sa première séance

ECRANS | Bertrand Tavernier raconte son rapport affectif aux films qui l’ont construit, dévoile son Panthéon intime. Édifiant, enthousiaste, touchant : trois quarts de siècle d’un compagnonnage actif avec le cinéma, à tous les points de vue et d’écoute.

Vincent Raymond | Mardi 11 octobre 2016

Bertrand Tavernier ne pouvait choisir meilleur public que celui du Festival Lumière — manifestation organisée par l’institut homonyme, qu’il préside, dans la ville où il est né — pour présenter les premières séances du documentaire-somme retraçant son parcours. Car davantage qu’une audience acquise, celle-ci se révèlerait surtout réceptive au projet de ce ciné-fils/cinéphile, l’accompagnant bien volontiers dans l’exploration de sa mémoire d’ogre. Promis depuis des années, ce Voyage dans le cinéma français offre un retour très personnel aux sources primitives de sa passion pour l’écran d’argent ; aux origines de sa curiosité fervente et contagieuse, devenue avec les années prosélytisme chaleureux en faveur de tous les types de cinémas, peu importent les chapelles, du moment qu’ils lui apportent du plaisir — son emploi immodéré du superlatif absolu et de l’épithète “formidable” est d’ailleurs légendaire. Oncle Tatave, celui qui se souvient de tous les films Tout aussi prodigieuse se révèle sa mémoire cinématographique, presque indissociable du contexte folklorique des séances qu'il ressuscite : le voisin fa

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"La Philo vagabonde" : festin de cerveau

ECRANS | de Yohan Laffort (Fr, 1h49) documentaire avec Alain Guyard

Vincent Raymond | Mardi 4 octobre 2016

Avec ses rouflaquettes, ses tatouages, son costard de chanteur nouvelle scène française et sa tchatche exaltée, Alain Guyard renverrait presque Michel Onfray au rayon des ancêtres pontifiants. Célébré comme une rockstar, le volubile philosophe intervient partout où on le sollicite (dans les campagnes reculées, en prison, sous un chapiteau, en Belgique, dans une grotte) pour diffuser de façon ludique et accessible la parole des penseurs — et surtout inciter ses auditeurs à phosphorer par eux-mêmes. Davantage qu’un émetteur de “produit culturel”, Guyard se veut une sorte de coach intellectuel, exerçant à la gymnastique de la réflexion. Comment ne pas être séduit par cette démarche noble de propagation de la connaissance, engendrant un tel enthousiasme ? Ce que montre ce documentaire va bien au-delà du cas de Guyard, en révélant l’abyssal manque de repères ainsi que le désir de sens largement répandus et partagés parmi toutes les composantes de notre société, qui rendent chacun(e) vulnérable au discours du premier bon parleur venu — certes, lui porte et apporte des valeurs

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L’Acid fait son camp de base au Comœdia

ECRANS | Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, l’Acid apporte chaque année son soutien à une trentaine de films de tous styles (et donc d’auteurs) en (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 septembre 2016

L’Acid fait son camp de base au Comœdia

Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion, l’Acid apporte chaque année son soutien à une trentaine de films de tous styles (et donc d’auteurs) en favorisant la rencontre de ces œuvres avec le public. Afin d’accroître leur visibilité, l’Acid présente une programmation de neuf films à Cannes, programmation qui ensuite entame une — petite — tournée à Paris, en Île-de-France, à Tanger, Lisbonne, Porto et… Lyon. C’est toujours le Comœdia qui s’honore de recevoir cette sélection le temps d’un week-end bien tassé, où trois des séances seront de surcroît suivies de rencontres avec les équipes. À commencer par le film d’ouverture vendredi à 20h, Willy 1er de Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas (des anciens élèves de l'École de la Cité de Luc Besson). Seront également accompagnés Sac la mort de Emmanuel Parraud (samedi 18h) et Tombé du ciel de Wissam Charaf (dimanche 18h en clôture). Parmi les six autres séances en avant-première, on recomman

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"Divines" : la banlieue c’est pas rose

ECRANS | Oubliez son discours survolté lors de la remise de sa Caméra d’Or à Cannes et considérez le film de Houda Benyamina pour ce qu’il est : le portrait vif d’une ambitieuse, la chronique cinglante d’une cité ordinaire en déshérence, le révélateur de sacrées natures.

Vincent Raymond | Mardi 30 août 2016

Pour échapper au déterminisme socio-culturel, Dounia a compris qu’il fallait faire de l’argent — de préférence beaucoup et vite, quitte à emprunter des raccourcis illégaux. Et pour éviter d’être, à l’instar de sa mère, de la viande soûle entre les mains des hommes, elle a décidé d’avoir l’ascendant sur eux. Plongée crue dans le quotidien d’une ado de banlieue, Divines complète sans faire doublon les regards de Kechiche (L’Esquive, La Graine et le Mulet) ou Céline Sciamma (Bande de filles) en reprenant quelques aspects et thèmes du conte merveilleux, tout en les détournant pour coller au réalisme — davantage qu’à la réalité. Ainsi, dans cette histoire où la domination du masculin sur le féminin est battue en brèche et où toutes les perspectives sont bouleversées, Dounia va par exemple séduire son prince et lui sauver la vie. Rastiniaque ! Mais ce portrait d’u

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"Toni Erdmann", grande fresque pudique

ECRANS | Des retrouvailles affectives en (fausses) dents de scie entre un père et sa fille, la réalisatrice allemande Maren Ade tire une grande fresque pudique mêlant truculence, tendresse et transgression sur fond de capitalisme sournois. Deux beaux portraits, tout simplement.

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Pas de chance pour Maren Ade, nouvelle victime de la loi du conclave : encensée par les festivaliers de Cannes, elle en est repartie Gros-Jean comme devant, boudée par le palmarès. Pourtant, son film avait de très solides arguments artistiques et moraux pour décrocher ne serait-ce qu’un accessit. Son éviction pose question, conduisant à réfléchir sur les goûts normés et une forme (inconsciente) de ségrégation : l’histoire entre le père et la fille a sans doute ému le bon jury, mais ce dernier a peut-être été surpris par des protagonistes et un traitement inhabituels pour pareil sujet. Car Ade dépeint la réalité crue et misérable d’une classe prétendument supérieure totalement dépourvue de glamour, d’attaches, de substance, et use pour ce faire d’une esthétique comparable à celle prisée par les apôtres du cinéma social. Elle renvoie l’image de la médiocrité pathétique et ordinaire des tenants de la société de la performance — ces gens qui, suivant la même ligne éthique, survalorisent le beau, éliminent le faible, traquent la dépense inutile, délocalisent… Mon père, ce golem Toni Erdmann est un film anar ;

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Houda Benyamina : une Caméra d’Or à Lyon

Avant-Première | Depuis sa vibrante intervention prolongée lors de la remise de la Caméra d’Or à Cannes, la réalisatrice Houda Benyamina n’est plus une inconnue. À présent que (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Houda Benyamina : une Caméra d’Or à Lyon

Depuis sa vibrante intervention prolongée lors de la remise de la Caméra d’Or à Cannes, la réalisatrice Houda Benyamina n’est plus une inconnue. À présent que la frénésie de la compétition et le happening sont passés, il est temps d’aller voir son (bon) film, Divines. Si vous n’arrivez pas à patienter jusqu’à sa sortie prévue le 31 août, des avant-premières sont prévues ce mardi 12 juillet suivies d’un échange avec la cinéaste. À l’UGC Confluence le mardi 12 juillet à 20h et au Pathé Bellecour à 20h45

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"Rester vertical" : en mode absurdo-comique

ECRANS | Un film de Alain Guiraudie (Fr, 1h40) avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

On peut compter sur Alain Guiraudie pour montrer autre chose de la vie à la campagne qu’une symphonie pastorale avec bergère menant son troupeau sur le causse et paysan bourru labourant à bord d’un tracteur écarlate. Si dans ses films, le cultivateur est gay comme le bon pain et met volontiers la main sur la braguette du godelureau de passage (au cas où), l’homosexualité rurale, dévoilée ou contrariée, n’est pas sa seule source d’inspiration. Guiraudie parle en annexe de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire de la misère des villes et des champs, des gens en lutte ou en solitude. Une sorte de chronique sur un mode absurdo-comique, scandée d’images oniriques, portée par son grand dadais de héros, un procrastinateur à l’impassibilité majuscule. Le tableau pourrait être très plaisant (comme dans so

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"Mimosas" : le prix de la Semaine de la critique à Cannes

ECRANS | de Oliver Laxe (Esp/Mar/Fr/Qat, 1h33) avec Ahmed Hammoud, Shakib Ben Omar, Said Aagli…

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Si l’on voulait se montrer bienveillant, on dirait de Mimosas qu’il tente de transposer le mysticisme d’essence chrétienne irriguant le Stalker de Tarkovski dans un contexte musulman — mais franchement, ce serait lui faire infiniment d’honneur. Car le concentré de cinéma abscons dont se rend coupable Oliver Laxe, dont la plus remarquable faculté est sa capacité à dilater le temps — au point de donner l’illusion de l’éternité à ses spectateurs —, se révèle un monument d’hermétisme satisfait, dans notre monde comme dans tous les univers parallèles concernés par l’histoire de Mimosas. Pourquoi les esprits brillants présidés par Valérie Donzelli ont-il décerné à ce film autocontemplatif et puissamment soporifique le prix de la Semaine de la critique ? Le fait que la récompense soit dotée par une marque de café peut constituer un début d'explication, à défaut d’excuse…

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"La Tortue rouge" : enfin, Michael Dudok de Wit passe au long-métrage

ECRANS | Présenté en ouverture du Festival d’Annecy après un passage à Cannes dans la section Un certain regard, ce conte d’animation sans parole mérite de faire parler de lui : aussi limpide que la ligne claire de son trait, il célèbre la magie de la vie — cette histoire dont on connaît l’issue, mais dont les rebondissements ne cessent de nous surprendre.

Vincent Raymond | Mardi 28 juin 2016

Le Néerlandais Michael Dudok de Wit aura pris tout son temps avant de franchir le pas du long-métrage. Pourtant, il devait se douter que, loin de l’attendre au tournant, le public ayant découvert — et apprécié — ses films courts multi-primés Le Moine et le Poisson (1994) ou Père et Fille (2000) avait grand hâte de voir sa poésie muette empreinte de tendresse se déployer dans la durée. Étonnamment, c’est du côté des studios nippons Ghibli que l’ancien résident de Folimage aura trouvé asile — il s’agit au passage d’une belle ouverture pour la maison fondée par Takahata et Miyazaki, qui n’avait jusqu’alors jamais accueilli d’auteur non-asiatique. Une collaboration somme toute logique : Dudok de Wit se trouve en parfaite communion philosophique et spirituelle avec ses aînés, chantres comme lui d’une relation pacifiée, d’une osmose retrouvée entre l’Homme et son envir

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À Lussas, vive les doc’ !

ECRANS | Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable (...)

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

À Lussas, vive les doc’ !

Havre de bonheur et de réflexion pour les adeptes du cinéma du réel, les États généraux du film documentaire de Lussas ont su se construire une enviable singularité en résistant, encore et toujours, à la tyrannie des palmarès. Ce village ardéchois présente ainsi depuis 1989 un tour d’horizon très libre de la production documentaire annuelle, avec des projections en plein air, chez l’habitant ; des échanges avec des professionnels ainsi qu’un module théorique de premier plan : des séminaires et ateliers très prisés se déroulent sur place. Le détail de la programmation sera connu début août sur le site www.lussasdoc.org. À Lussas (Ardèche) du 21 au 27 aout

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Un voyage en Iran

ECRANS | Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

Un voyage en Iran

Quand un régime exerce un pouvoir excessif sur son peuple, abuse de son autorité et/ou confisque les libertés, alors s’élèvent des voix pour protester ou le dénoncer ; et celles des artistes sont souvent les premières à se faire entendre. Depuis l’instauration de la république islamique en Iran, les cinéastes ont multiplié les coups d’éclats : fictions et documentaires, tournés au grand jour ou sous le manteau, témoignent de la restriction démocratique, de la régression des droits des femmes et d’une certaine exaspération populaire. Dépassant le brûlot pour repenser la forme, le langage et les moyens de production cinématographiques, ces œuvres ont révélé plusieurs générations d’auteurs dont le talent est célébré partout dans le monde, sauf à Téhéran où certains sont emprisonnés (comme Jafar Panahi). Afin de savourer (ou découvrir) l’originalité de ce cinéma persan, l’association culturelle franco-iranienne de Lyon propose un double programme intégrant No Land’s Song d'Ayat Najafi, récent documentaire consacré à un projet-passerelle ô combi

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Cannes débarque au Comœdia

Première Vague | Si vous avez suivi d’un œil distrait la compétition cannoise au motif qu’elle concernait des œuvres encore éloignées des écrans, préparez-vous à l’écarquiller : une (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Cannes débarque au Comœdia

Si vous avez suivi d’un œil distrait la compétition cannoise au motif qu’elle concernait des œuvres encore éloignées des écrans, préparez-vous à l’écarquiller : une déferlante s’annonce ! L’équipe du Comœdia a ramené de son séjour sur la Croisette un assortiment de neuf longs-métrages, issus des principales sections (ne manque que Un certain regard), qui feront l’objet durant une semaine d’avant-premières exceptionnelles. Entamée par The Neon Demon mardi 7, elle comprend notamment Tour de France de Rachid Djaïdani avec Depardieu (8 juin), L’Économie du couple de Joachim Lafosse, auteur du récent Les Chevaliers blancs (jeudi 9), mais aussi le Grand Prix de la Semaine de la Critique, Mimosas d'Oliver Laxe (11 juin) et le Prix SACD L’Effet aquatique, œuvre posthume de Sólveig Anspach. Dimanche 12, on notera la présence de la nouvelle réalisation de Justine Triet (

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Rachid Taha : "Sincèrement, on vous a prévenu"

Festival 6e Continent | Rockeur adepte des sons électroniques dès la première heure, moderniste enregistrant des albums consacrés au répertoire chaabi ou raï, bringueur parfois limite ou phénomène de scène dingue d’Elvis, chroniqueur avisé de notre époque, Rachid Taha est un caméléon, une utopie et un manifeste à lui tout seul.

Sébastien Broquet | Mercredi 1 juin 2016

Rachid Taha :

Au début des années 80, quand vous avez commencé avec Carte de Séjour, vous écoutiez les Talking Heads, produits par Brian Eno, ou The Clash. Aujourd'hui, ce même Brian Eno, ou Mick Jones, vous appellent pour travailler avec vous : comment le ressentez-vous ? Je le ressens d'une manière tout à fait normale, sans être prétentieux, mais quand j'ai commencé à Lyon avec Carte de Séjour, j'étais sûr que j'allais les rencontrer, que je travaillerais avec eux un jour ou l'autre. C'est arrivé. Et l'histoire continue : j'avais très envie de bosser avec Damon Albarn. Et nous allons tourner ensemble au mois de juillet. Tous ces gens avec qui je rêvais de travailler, je les ai eu : c'est super. Brian Eno, comment s'est passé la rencontre ? Il m'a appelé. Il travaillait justement avec Damon Albarn et il voulait faire une voix avec moi, pour un album à l'occasion des Jeux Olympiques en Grèce, en 2004. Moi j'étais fan et ça faisait longtemps que je voulais le rencontrer. Comme avec Robert Plant, aussi.

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Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

Festival de Cannes | Sa société Le Pacte présentait cette année douze films à Cannes, dont la Palme d'Or, Moi, Daniel Blake de Ken Loach. Distributeur de Desplechin, Jarmusch, Kervern & Delépine, Jean Labadie est un professionnel discret mais loquace. Parcours d’un franc-tireur farouchement attaché à son indépendance.

Vincent Raymond | Dimanche 22 mai 2016

Jean Labadie, ou le 7e art délicat de la distribution

N’était l’affiche de Médecin de campagne, le dernier succès maison placardé sur le seul bout de mur disponible — les autres étant recouverts de bibliothèques — on jurerait la salle de réunion d’un éditeur. Rangées dans un désordre amoureux et un total éclectisme, des dizaines de livres s’offrent à la convoitise du visiteur : ici les BD (Jean Graton, Hergé, Larcenet…), là Péguy et Zola côtoyant Hammett et des essais historiques ; ailleurs Tomber sept fois se relever huit de Philippe Labro… « Une fois que j’ai fini des livres, je les amène ici. J’aime l’idée que les gens peuvent se servir », explique le maître des lieux, Jean Labadie. La soixantaine fringante, le patron de la société de distribution Le Pacte confesse « passer aujourd’hui davantage de temps à lire qu’à voir des films. » À voir. Animé d’une curiosité isotrope et d’une énergie peu commune dissimulée sous la bonace, l’homme suit avec acuité l’actualité et la commente, pince-sans-rire, sur son très actif compte twitter

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Julieta : une lettre à l'absente

Festival de Cannes | de Pedro Almodóvar (Esp, 1h36) avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao…

Vincent Raymond | Mercredi 18 mai 2016

Julieta : une lettre à l'absente

Accrochant un nouveau portrait de femme abattue aux cimaises de sa galerie personnelle, le cinéaste madrilène semble avoir concentré sur cette malheureuse Julieta toute la misère du monde. Avec son absence de demi-mesure coutumière, Almodóvar l’a en effet voulue veuve, abandonnée par sa fille unique, dépressive, en délicatesse avec son père et rongée par la culpabilité. Un tableau engageant — qui omet de mentionner son amie atteinte de sclérose en plaques… Construit comme une lettre à l’absente, Julieta emprunte la veine élégiaque de l’auteur de La Fleur de mon secret. On est très loin des outrances, des excentricités et des transgressions des Amants passagers (2013), son précédent opus façon purge s’apparentant à un exercice limite de dépassement de soi — et qui s’était soldé par un colossal décrochage. Revenu les pieds sur terre, Almodóvar se met ici au diapason de sa bande originale jazzy : en sourdine. Au milieu de ce calme relatif, seules les couleurs persistent à crier — les personnages et le montage faisant l’impasse sur l’hystérie mécanique emblématique de son cinéma et tellement épuisante. Alors oui, on a l’impressi

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The Nice Guys : attachant polar

ECRANS | de Shane Black (E-U, 1h56) avec Ryan Gosling, Russell Crowe, Kim Basinger…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

The Nice Guys : attachant polar

On ne s’étonnera pas de voir derrière The Nice Guys le producteur Joel Silver, qui a bâti une partie de sa fortune grâce au buddy movie avec 48 heures et les quatre volets de L’Arme fatale — parler de tétralogie en l’occurrence risquerait de froisser Wagner. Il avait déjà accompagné Shane Black, scénariste de L’Arme fatale, pour Kiss Kiss Bang Bang (2005) — un précédent réussi narrant association entre une carpe et un lapin sur fond d’investigation privée — il remet donc le couvert avec un nouveau duo chien et chat. Pourquoi diable changer des recettes qui fonctionnent et qui, justement, en rapportent ? Une fois que l’on a admis que le tonneau sur pattes à la carrure depardieutesque est Russell Crowe, on embarque pour un plaisant voyage carrossé jusqu’au bout du col pelle-à-tarte vintage années 1970. Plutôt que d’enchaîner les refrains connus à tour de platines, la B.O. procède en finesse en distillant des intros funky, groovy et disco. Shane Black met aussi la pédale douce du côté des répliques, abandonnant l’épuisante distribution de vannes surécrites. Du coup, on s’attache davantage à ses person

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“Ma Loute” : à manger et à boire

Festival de Cannes | Si Roméo était fils d’un ogre pêcheur et Juliette travestie, fille d’un industriel de Tourcoing, peut-être que leur histoire ressemblerait à cette proto-comédie de Bruno Dumont. Un régal pour l’œil, mais pas une machine à gags. En compétition officielle à Cannes.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

“Ma Loute” : à manger et à boire

Quel accueil des spectateurs non francophones — et tout particulièrement les membres du jury du festival de Cannes — peuvent-il réserver à Ma Loute ? Grâce aux sous-titres, ils saisiront sans peine le dialogue de ce film dans son intégrité, mais ils perdront l’une de ses épaisseurs : la saveur des intonations snobinardes et des borborygmes modulés avec l’accent nordiste — forçant les non-Ch’tis à accoutumer leur oreille. Cela étant, si les mots seuls suffisaient à Bruno Dumont, il ne serait pas l’énigmatique cinéaste que l’on connaît ; d’autant plus indéchiffrable avec ce huitième long métrage, qui prolonge son désir de comédie engagé avec la série P’tit Quinquin. Dans le fond, Dumont ne déroge guère ici à ses obsessions : capter l’hébétude quasi mystique saisissant un personnage simple après une rencontre inattendue, puis observer ses métamorphoses et ses transfigurations. Certes, les situations se drapent d’un cocasse parfois outrancier et empruntent au burlesque du cinématographe ses ressorts les plus usés (chutes à gogo, grimaces à foison, bruitages-gimmicks…). Mais il ne s’agit que d’un habillage comique ; derrière une f

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Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

ECRANS | de Jodie Foster (E-U, 1h35) avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Money Monster : Jodie Foster joue sur du velours

Auteure jusqu’alors de trois longs-métrages tournant autour d’une sphère domestique plutôt hétérodoxe — on frise la litote si l’on se remémore Week-end en famille (1996) ou Le Complexe du Castor (2011) —, la réalisatrice Jodie Foster marque avec Money Monster une vraie rupture en s’essayant à un registre qu’elle a souvent eu l’occasion de pratiquer en tant que comédienne : le thriller. Sans être bouleversant d’originalité, son film répond aux exigences du genre en combinant efficacité rythmique et interprétation zéro défaut. Cela dit, la roué Jodie a joué sur du velours en composant un couple ayant, depuis Soderbergh, une complicité avérée : Julia Roberts et George Clooney, au-delà de leur image glamour respective, semblent faits pour se donner la réplique sur un mode taquin. Leur cohésion ressemble à cette oreillette dont l’un ici est équipé, et à travers laquelle l’autre lui parle ; un lien invisible contribuant à consolider l’empathie éprouvée par le public pour leurs personnages. Permet-il par ricochet de mieux apprécier sa critique conjointe des relations incestueuses entre la finance et les médias, deux empires de l’imm

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Jeudi 12 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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