Ouvert la nuit

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Photo : © Pascal Chantier


Le nœud papillon savamment défait, le cheveu en bataille et un vers d'Aragon sur les lèvres, Édouard Baer promène sa nonchalante élégance d'artiste en quête d'un singe et d'argent (ne cherchez pas à comprendre, c'est ainsi) dans son nouveau film, Ouvert la nuit. Une brillante réussite qu'il vient présenter à Lyon en compagnie de la non moins talentueuse Sabrina Ouazani. Saurez-vous supporter autant de bonheurs et de délices d'un coup ? Je dis oui, car il faut savoir dire oui.

Ouvert la nuit
Au Comœdia le vendredi 2 décembre à 20h


Ouvert la nuit

De Edouard Baer (Fr, 1h36) avec Edouard Baer, Sabrina Ouazani...

De Edouard Baer (Fr, 1h36) avec Edouard Baer, Sabrina Ouazani...

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Luigi a une nuit pour sauver son théâtre. Une nuit pour trouver un singe capable de monter sur les planches et récupérer l'estime de son metteur en scène japonais ; une nuit pour regagner la confiance de son équipe et le respect de sa meilleure amie - qui est aussi sa plus proche collaboratrice... et pour démontrer à la jeune stagiaire de Sciences Po, tellement pétrie de certitudes, qu'il existe aussi d'autres façons dans la vie d'appréhender les obstacles...


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Sorties de leur réserve : "Une belle équipe"

Comédie | Un seul point. C’est ce qu’il manque à l’équipe de foot de Clourrières pour assurer son maintien. Sauf que les joueurs ont tous été suspendus après une bagarre. Alors, l’entraîneur monte une équipe féminine pour les trois ultimes rencontres. Et se heurte à l’hostilité machiste du village…

Vincent Raymond | Mardi 14 janvier 2020

Sorties de leur réserve :

Alors qu’il s’apprêtait à en débuter le tournage en 2018, Kad Merad prévenait que ce film n’aurait rien à voir avec Comme des garçons, cette comédie-fiction bâtie sur l’histoire de la première équipe de France de football féminine. On le confirme : Mohamed Hamidi ne s’intéresse ni à la romance ni à la reconstitution historique, mais au — difficile — basculement des mentalités vers une société paritaire, le football étant le symptôme (ou le déclencheur) d'une prise de conscience : troquer le ballon contre la charge domestique ordinairement dévolue à leurs épouses équivaut à une castration pour ces messieurs. Le réalisateur (qui, au passage, remercie ses six sœurs au générique) s’amuse à montrer à quel point la sensibilité masculine est asymétrique : chatouilleux sur leurs “privilèges“ envolés, les hommes sont aveugles au fait que les affiches publicitaires utilisent des corps de femmes afin de vendre n’importe quoi à n’importe qui. Bien

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Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Raoul Taburin | En incarnant le personnage dessiné par son idole Sempé, Benoît Poelvoorde se laisse aller à son penchant pour la tendresse. Et force sa nature en effectuant une performance physique : du sport…

Vincent Raymond | Jeudi 18 avril 2019

Benoît Poelvoorde : « Sempé observe le détail et le rend énorme »

Pensez-vous que Raoul Taburin soit un conte philosophique ? Benoît Poelvoorde : En tout cas, c’est une histoire très humaniste. Il faudrait poser la question à Sempé — moi-même j’avais envie — mais il ne répondra jamais. Pour moi, faire du vélo, c’est l’image de l’apprentissage ; faire du vélo en retirant les petites roulettes, c’est entrer dans la vie. Une fois que tu commences à pédaler, c’est exponentiel, tu vas bouger et te dire : « comment ai-je pu avoir si peur ? ». D’ailleurs, on pourrait réfléchir : est-ce que mettre les roulettes n’encombre pas ? À force d’être tombé trois ou quatre fois, on se dit qu’on va faire du vélo uniquement pour le plaisir de ne plus tomber. Et une fois qu’on commence à pédaler, on se dit : « c’était aussi con que ça ? ». C’est un peu comme rentrer dans l’eau froide. Alors, est-ce qu’on a fait un film philosophique ? Sempé en tout cas a fait un ouvrage philosophique. On peut le prendre comme toutes les choses très simples et universelles, de manière philosophique : il est plus compliqué qu’il n’y paraît, mais en même temps on peut

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Le supplice du deux-roues : "Raoul Taburin"

Comédie | De Pierre Godot (Fr, 1h30) avec Benoît Poelvoorde, Édouard Baer, Suzanne Clément…

Vincent Raymond | Mercredi 17 avril 2019

Le supplice du deux-roues :

En dépit de ses efforts, et depuis son enfance, Raoul Taburin n’est jamais parvenu à se tenir sur un vélo. L’ironie du sort fait que tous le prennent pour un crack de la bicyclette et qu’il est devenu le champion des réparateurs. L’arrivée d’un photographe dans son village va changer son destin… Cette libre adaptation de l’album illustré de Sempé ressemble à une rencontre entre L’Homme qui tua Liberty Valance (1962) — pour sa fameuse morale (« Quand la légende dépasse la réalité, on publie la légende ») condamnant certains imposteurs malgré eux à supporter leur gloire indue — avec le réalisme magique, rendant anodin le surgissement d’éléments surnaturels. Ici, la bicyclette verte de Raoul paraît douée d’une vie propre, et le feu du ciel frapper ceux à qui il s’ouvre de ses secrets. Cela pourrait aussi bien être des hallucinations ou des coïncidences ; à chacun de déterminer son seuil de tolérance à la poésie. Mettre en mouvement un coànte narrant l’impossibilité pour un personnage de défier la gravité sur son vélo tient de la g

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Fisc de zup ! : "Jusqu'ici tout va bien"

Comédie | De Mohamed Hamidi (Fr, 1h30) avec Gilles Lellouche, Malik Bentalha, Sabrina Ouazani…

Vincent Raymond | Mardi 26 février 2019

Fisc de zup ! :

Fred Bartel a jadis faussement domicilié son entreprise de com’ en zone franche pour éviter taxes et impôts. Le fisc l’ayant rattrapé, il doit soit s’acquitter d’une lourde amende, soit déménager sa boîte à La Courneuve. Ce qu’il fait avec ses salariés. À chacun de s’acclimater… Vingt-cinq ans après La Haine, au prologue duquel il fait explicitement référence par son titre, ce nouveau “film sur la banlieue“ laisse pantois. Car s’il prétend raconter le bilan “globalement positif“ d’une implantation dans des « territoires perdus de la République » et une osmose réussie entre bobo de souche et jeunes-des-cités, Jusqu’ici tout va bien ne franchit pas tout à fait le Périph’ : son esprit reste ailleurs, dans les quartiers dorés. Et son angélisme de façade, irréel, est bien incapable de réduire la moindre fracture. En alignant plus de clichés qu’une planche-contact, Mohamed Hamidi les dénonce moins qu’il ne les perpétue. Trop lisse — sans doute pour cadrer avec la promesse d’une comédie — le film s’encombre de

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Affaires de familles : "Frères Ennemis"

Polar | de David Oelhoffen (Fr-Bel, 1h51) avec Matthias Schoenaerts, Reda Kateb, Sabrina Ouazani...

Vincent Raymond | Mardi 2 octobre 2018

Affaires de familles :

Capitaine des stups, Driss a grandi dans une cité où il a conservé quelques contacts. Dont Imrane, qui le tuyaute sur un gros coup à venir. Quand celui-ci se fait descendre, et que tout accuse Manuel, Driss tente de renouer avec cet ancien pote dont la tête semble mise à prix… S’il ne l’avait déjà choisi en 2006 pour un excellent thiller, David Oelhoffen aurait pu prendre Nos retrouvailles pour ce polar nerveux et immersif, dont le mouvement général tranche avec celui communément observé dans ce genre auquel il se rattache. Bien souvent en effet, les films traitant de la criminalité et des bandes organisées dans les cités de banlieue s’inscrivent dans un schéma de réussite fanstamée et d’extraction du milieu originel : le banditisme semblant la seule voie pour s’en sortir vite et gagner de l’argent, ainsi que les territoires respectables de la ville. Dans Frères ennemis, ce n’est pas la sortie qui est prohibée, mais l’entrée : les personnages ne peuvent que rarement pénétrer normalement dans un logis (y compris

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Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

Mademoiselle de Joncquières | La rencontre entre Emmanuel Mouret et Diderot provoque celle de Cécile de France avec Édouard Baer. Conversation avec trois d’entre eux — Diderot étant naturellement excusé…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Emmanuel Mouret : « pour moi, le cinéma est dans les ellipses »

On savoure dans le dialogue de Mademoiselle de Joncquières chaque détail de sentiment, chaque atome de langue. C’est habituel chez vous, mais n’y avait-t-il pas ici pour vous une gourmandise supplémentaire ? Emmanuel Mouret : Dans un film en costumes qui se rapporte à une époque assez éloignée dans le temps, et d’autant plus un film XVIIIe, on est d’emblée porté sur ce plaisir des mots choisis et des personnages qui peuvent faire l’examen de soi en maniant avec dextérité la langue. C’est mon producteur qui avait très envie que je fasse un film d’époque : il pensait que, justement, on entendrait mieux mes dialogues avec cette distance du temps qui permet finalement de connecter plus directement. C’est comme les films de science-fiction ou les dessins animés, on n’a pas d’idée arrêtée sur ce que ça doit être. C’est donc un film où j’ai pu faire parler les personnages beaucoup plus librement que dans un film contemporain. Cette époque porte à incandescence la langue et les sentiments… Emmanuel Mouret : Toutes les ép

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Mensonges et trahisons (et plus si affinités) : "Mademoiselle de Joncquières"

Romance | de Emmanuel Mouret (Fr, 1h33) avec Cécile de France, Édouard Baer, Alice Isaaz…

Vincent Raymond | Lundi 10 septembre 2018

Mensonges et trahisons (et plus si affinités) :

Pour se venger du Marquis des Arcis, auquel elle a cédé malgré sa funeste réputation de libertin, Mme de La Pommeraye ourdit une complexe machination amoureuse contre ce lui en embauchant deux aristocrates déclassées, Mlle de Joncquières et sa mère. Mais peut-elle impunément user de l’amour comme d’un poison ? Deux pensées se télescopent à la vision de ce film. L’une, que le XVIIIe siècle, avec son amour des mots et ses mots d’amour, était taillé pour la plume stylisée prompte à (d)écrire les tourments chantournés qu’affectionne Emmanuel Mouret. L’autre, concomitante : que ne l’a-t-il exploré plus tôt ! Or rien n’est moins évident qu’une évidence ; Mouret a donc attendu d’être invité à se pencher sur cette époque pour en découvrir les délices. Et se rendre compte qu’il y avait adéquation avec son ton. S’inspirant comme Bresson d’un extrait de Jacques le Fataliste, Mouret l’étoffe et ajoute une épaisseur tragique et douloureuse. Là où Les Dames du Bois de Boulogne se contentait d’une cynique mécanique de vengeance, M

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Édouard Baer en direct à Lyon le 11 janvier

Nova Lyon | Radio Nova installe au Sucre son Nova Mix Club en mensuel et délocalise pour un one shot sa matinale Plus près de toi.

Sébastien Broquet | Jeudi 21 décembre 2017

Édouard Baer en direct à Lyon le 11 janvier

Premiers effets de l'arrivée de Nova Lyon dès les foulées initiales de 2018 : Édouard Baer délocalise sa matinale à succès au restaurant À La Piscine, le jeudi 11 janvier. L'émission baptisée Plus près de toi, décomplexée et cultivée, se déroulera donc face au public lyonnais de 7h à 9h. Les invités ne sont pas encore connus, le live non plus. Autre nouveauté : le Nova Mix Club déboule au Sucre, une fois par mois. Ce before très clubbing se déroulait jusque-là trois vendredis par mois au Badaboum, club parisien dédié à la house et situé près de Bastille (et anciennement La Scène Bastille, donc un lieu historique pour Nova : c'est là qu'ont été créées les fêtes Nuits Zébrées). Il n'y en aura plus que deux à Paris, la troisième migrant du côté de Confluence. Le concept de l'émission : tro

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Édouard, le réveil malin

Plus près de toi | C'est à Radio Nova qu'Édouard Baer s'est fait un nom. Quand Jean-François Bizot, le maître de maison (à qui Ouvert la nuit est dédié), l'a mis à l'antenne et en (...)

Sébastien Broquet | Mardi 10 janvier 2017

Édouard, le réveil malin

C'est à Radio Nova qu'Édouard Baer s'est fait un nom. Quand Jean-François Bizot, le maître de maison (à qui Ouvert la nuit est dédié), l'a mis à l'antenne et en tandem avec un autre iconoclaste, Ariel Wizman. Les deux durant cinq années mirent le feu à la bande FM avec une émission nommée La Grosse Boule. Façon flipper, la boule : ça remuait dans tous les sens, sans peur du tilt. Culte. Depuis octobre 2016, surprise, Édouard Baer est revenu à la maison, ramené au bercail par Bernard Zekri, lui-même un ancien de la bande d'Actuel / Nova, chargé par Matthieu Pigasse (qui l'avait précédemment embauché puis écarté des Inrockuptibles, au profit d'Audrey Pulvar) de filer un coup de fouet à la radio qu'il a racheté l'an dernier. Zekri a fait ce que l'on n'attendait pas : retourner chercher les vieux. Moustic, pour une hebdomadaire, le samedi à minuit : Ok ok super FM. Gérard Davet et Fabrice Lhomme, pour une interview politique, chaque vendredi. Solide ! Et donc, Édouard Baer, propulsé sur la mat

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Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Portrait | Séduit par sa fougue, Édouard Baer a récrit pour elle le premier rôle de Ouvert la nuit, initialement destiné à un comédien. Une heureuse inspiration qui donne à Sabrina Ouazani une partition à sa mesure.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Sabrina Ouazani : Chacune sa voix, chacune son chemin

Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps. À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native. La faute à Abdel Le cinéaste Abdellatif

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"Ouvert la nuit" : À la Baer étoile !

Critique | Farandole joyeusement erratique à travers un Paris nocturne sublimé, cette déambulation d’un directeur de théâtre aussi fantasque qu’impécunieux signe le retour du cinéaste-interprète Édouard Baer pour un film-synthèse superlatif : la plus mélancolique, hilarante, aboutie et (surtout) réussie de ses réalisations.

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Inconséquent charmeur jonglant avec les mots et les promesses, épris de l’instant et du talent des autres, Luigi gère depuis vingt ans un théâtre parisien grâce à de l’argent qu’il n’a pas. À la veille d’une première, il doit pourtant en trouver en urgence. Ainsi qu’un singe. Le voici en cavale dans la capitale, escorté par une stagiaire de Sciences-Po au caractère bien trempé. La nuit est à lui ! Accompagner Édouard Baer n’a pas toujours été chose aisée : les délires de ses personnages de dandys logorrhéiques en semi roue libre au milieu d’une troupe de trognes, nécessitaient d’être disposé à l’absurdité, comme à l’humour glacé et sophistiqué cher au regretté Gotlib. Mais de même que Jean-Pierre Jeunet a réussi à cristalliser son univers dans Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, Baer est parvenu à réunir ici la quintessence du sien. Si les deux auteurs partagent, outre la présence d’Audrey Tautou à leur générique, le plaisir d’entretenir une troupe fidèle et une affection certaine pour le Paris d’antan, les similitudes s’arrêtent là : Baer n’aime rien tant que faire voler les contraintes et les cadres, voir j

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Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Rencontre | On se l’imagine souriant, légèrement décoiffé, la main fouillant la poche droite de sa veste à la recherche d’un hypothétique briquet ou d’un trousseau de clefs fantôme. Et c’est ainsi qu’il apparaît, affable, érudit et charmeur. Tel qu’en lui-même, et en Luigi, son lui-autre…

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Édouard Baer : “Je rêvais de constituer une troupe de cinéma”

Quelle est la distance entre votre personnage, Luigi, et vous-même ? Édouard Baer : Elle est totale parce que j’ai vraiment écrit un personnage de fiction à partir de choses que je connais ou que j’ai vécues ; à partir de gens que j’ai croisés, comme Jean-François Bizot [NDLR le créateur d’Actuel et de Nova] que j’admirais ou certains producteurs de cinéma. J’ai mélangé des sentiments, des peurs et des envies… Luigi, c’est moi, très exagéré, en bien et en mal : il est beaucoup plus enthousiasmant, plus courageux et, j’espère, plus sombre, plus menteur et manipulateur. Si on se croit suffisant pour être un personnage de cinéma, il faut aller voir un psy ! Même les grands maîtres de l’ego-cinéma comme Woody Allen — qui, dans la vraie vie, fait de la boxe — s’inventent un personnage de fiction. Que vous a apporté Benoît Graffin, votre co-scénariste, dans l’écriture d’un film en apparence aussi personnel ? Il a été une sorte d’accoucheur pour ce road movie que je ne voulais pas linéaire, ni plat. J’avais lu ses scénarios pour Pierre Salvadori (H

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"L'Outsider" : pour enfin comprendre l'affaire Kerviel

ECRANS | Christophe Barratier remise patine et chansonnette pour prendre le parti de Jérôme Kerviel face à la Loi des marchés. Il réalise une jolie plus-value au passage : grâce à ce film maîtrisé, la séance se clôt par une forte hausse de la valeur de son cinéma.

Vincent Raymond | Mardi 21 juin 2016

Qu’il semble loin, le temps des Choristes, de Faubourg 36 ou de La Nouvelle Guerre des boutons ; cette époque laissant croire que Christophe Barratier préférait idéaliser un passé de carton-pâte, baigné d’insouciance nostalgique, comme s’il fuyait toute représentation du présent. Pour son premier film réellement contemporain, le cinéaste se paie le luxe de traiter frontalement un sujet en or que beaucoup de ses confrères français auraient sans doute évacué comme le mistigri : “l’affaire Kerviel”. Frontalement, c’est-à-dire sans recourir à ce faux-nez habituel qu’est “l’évocation de faits réels” — une touchante pudeur visant à se prémunir d’éventuelles poursuites. Ici, tout étant avéré, Barratier cite nommément et sans barguigner les protagonistes et les ra

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Pattaya

ECRANS | Reconstituant un trio de Kaïra, Franck Gastambide s’envole pour la Thaïlande, histoire de voir si la misère sexuelle est moins pénible au soleil. S’il n’entame pas son goût pour un humour trash ne se cachant pas derrière son petit doigt, l’exotisme semble l’avoir (un peu) poli…

Vincent Raymond | Mercredi 24 février 2016

Pattaya

Le succès mérité des Kaïra (2012) dans les salles rendait mécanique la mise en chantier d’un équivalent de suite. Car si la nature a horreur du vide, un producteur normalement constitué abhorre ne serait-ce qu’envisager l’idée d’abandonner l’esquisse d’un potentiel profit supplémentaire. Par son cadre de départ, son esprit décalé, sa triplette gagnante (l’abruti à casquette / l’Arabe / le Nain), Pattaya s’inscrit dans la continuité du film précédent. Toujours devant et derrière la caméra, Franck Gastambide fait figure d’exception dans le trio, les autres têtes d’affiche étant substituées. Séquelle façon Canada Dry, Pattaya recourt dans sa première partie à la formule héritée de la pastille télévisuelle Kaïra Shopping, qui avait fait des Kaïra une réussite originale : son traitement trépidant et de l’intérieur des cités, sur un mode comique rugueux et sans pincettes, au risque d’écorcher la bienséance si éloignée du quotidien réel. Boxe thaï, petites tailles et racailles Gastambide excelle en effet dans ce mode “chroniqueur”, enchaînant les anecdotes et les méchefs vécus par les habitant

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Encore heureux

ECRANS | De Benoît Graffin (Fr, 1h33) avec Sandrine Kiberlain, Édouard Baer, Bulle Ogier…

Vincent Raymond | Mardi 26 janvier 2016

Encore heureux

Quand des petits-bourgeois s’attellent à l’écriture d’une comédie vaguement sociale (chacun des mots mérite d’être pesé : on suit ici une famille dont le père, cadre sup’ au chômage depuis deux ans, squatte un studio des beaux quartiers parisiens) en faisant l’économie d’un script doctor, la vraisemblance et la dignité en prennent pour leur grade. Quelques exemples à la volée ? L’histoire est censée se passer autour du réveillon de Noël, de surcroît en week-end ; or tout est ouvert fort tard, y compris les administrations, qui n’hésitent pas à menacer d’expulsion… en pleine trêve hivernale. Un besoin urgent d’argent se fait sentir ? La mère s’en va troquer ses faveurs contre un chèque auprès d’un bellâtre de supérette — ah, le romantisme de la prostitution occasionnelle ! Même en ajoutant un macchabée voyageur en guise d’hypothétique ressort (au point où l’on en est...), le scénario continue de tirer à hue et à dia, atteignant à peine la cheville brisée de la moindre pochade d’humour noir belge. Miséricorde pour les comédiens, ils devaient avoir faim. VR

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Qu’Allah bénisse la France

ECRANS | D’Abd Al Malik (Fr, 1h35) avec Marc Zinga, Sabrina Ouazani…

Christophe Chabert | Mardi 9 décembre 2014

Qu’Allah bénisse la France

C’est peut-être un peu cruel, vu que le film n’est pas forcément détestable, mais c’est bien ce Qu’Allah bénisse la France qui donne envie de tirer la sonnette d’alarme concernant l’état du cinéma français. Depuis plusieurs mois, la course à l’histoire vraie — autofiction, bio filmée ou faits divers — connaît une spectaculaire accélération, d’autant plus inquiétante quand elle est mise entre les mains de cinéastes dont ce n’est pas encore tout à fait le métier. Ainsi d’Abd Al Malik, qui adapte ici son roman autobiographique avec une maladresse d’abord touchante, car elle lui permet d’empoigner la forme cinématographique sans forcément chercher à livrer un produit bien fait, mais graduellement gênante quand le film s’engage dans une escalade narrativo-politique pas franchement maîtrisée — c’est un euphémisme. Qu’Allah bénisse la France n’a aucune échine dramatique et relève d’un empilement de situations qui accompagnent les diverses vicissitudes de son protagoniste — petit voleur à la tire dans les rues de Strasbourg, lycéen doué en lettres, vendeur de shit, repenti musulman prêchant en banlieue, chanteur de rap repéré par les majors… Pensant que sa vie

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Turf

ECRANS | De Fabien Onteniente (Fr, 1h42) avec Édouard Baer, Alain Chabat, Lucien Jean-Baptiste…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Turf

Dire du mal de Turf revient à tirer sur une ambulance. Quoique, comme la plupart des comédies commerciales françaises, il affiche une insolente santé, trop bien nourri aux euros sonnants et trébuchants. Cela ne masque pas le recyclage poussif et transparent qui lui sert de pitch : Un éléphant ça trompe énormément dans le milieu du tiercé. Soit quatre potes dont un avec une mère juive (Marthe Villalonga, pour être original), l’autre qui trompe sa femme jusqu’à ce qu’elle en ait marre et le foute dehors, un troisième plus effacé mais solide dans les affaires comme en amitié, et un quatrième qui expose le tout en voix off et se met à l’équitation pour séduire une jeune et jolie demoiselle. Au milieu, Onteniente projette ses vannes pourries, sa mythologie beauf (on a du fric, on fait la fête sur la côte) et son absence totale de direction artistique, pour un résultat sinistre qui a l’air de durer trois plombes. C’est nul donc, et seul un Depardieu d’une sincérité totale s’échappe du marasme. Qui d’autre que lui pourrait faire sonner juste une réplique comme : «Tiens, voilà tes deux places pour Lady Gaga !» ? Christophe Chabert 

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Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

ECRANS | Passant après le calamiteux épisode Langmann, Laurent Tirard redonne un peu de lustre à une franchise inégale en misant sur un scénario solide et un casting soigné. Mais la direction artistique (affreuse) et la mise en scène (bancale) prouvent que le blockbuster à la française se cherche encore un modèle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 11 octobre 2012

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté

Dans quel âge se trouve le blockbuster français ? Économiquement, sans parler d’âge d’or, on peut dire que l’affaire roule ; même une chose laborieuse comme Les Seigneurs remplit sans souci les salles. Artistiquement, en revanche, on est encore à l’âge de pierre. La franchise Astérix en est le meilleur exemple : après le navet ruineux de Thomas Langmann, c’est Laurent Tirard, fort du succès glané avec son Petit Nicolas, qui a récupéré la patate chaude. Avec un budget quasiment divisé par deux (61 millions quand même !), il n’avait guère le choix : finies les courses de char dispendieuses et les packages de stars ; retour aux fondamentaux. Tirard et son co-auteur Grégoire Vigneron prennent ainsi deux décisions payantes : remettre le couple Astérix et Obélix au centre du film (ainsi que les comédiens qui les incarnent, Baer et Depardieu, excellents), et soigner un casting pour lequel chaque personnage semble avoir ét

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Poulet aux prunes

ECRANS | Dans Poulet aux prunes, Marjane Satrapi fait mieux que transformer l’essai de Persépolis : avec son comparse Vincent Paronnaud, ils retranscrivent en prises de vue réelles l’imaginaire débordant de ses bandes dessinées, en gorgeant les images d’humour, d’émotion et de poésie visuelle. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Vendredi 21 octobre 2011

Poulet aux prunes

C’est l’histoire d’un musicien iranien qui casse son violon et qui décide, désespéré de ne pouvoir retrouver la magie de sa musique avec un autre instrument, de casser sa pipe. Poulet aux prunes ne prend pas de gants pour nous annoncer la nouvelle : à peine l’introduction du film est-elle terminée que l’on connaît déjà le moment du trépas de Nasser-Ali. Ne reste plus qu’à compter les jours qui rapprochent de l’échéance, et les animer de toutes les façons possibles. Retours en arrière, projections hypothétiques sur les différentes manières de passer l’arme à gauche, et même grands bonds dans le temps accompagnant le destin des personnages secondaires… «C’est ce que j’aime au cinéma, commente Marjane Satrapi, co-réalisatrice avec Vincent Paronnaud. Que le personnage meurt au bout de dix minutes, et ensuite, on parle de sa vie pendant une heure vingt.» La narration de Poulet aux prunes est à l’image du débit élégant et élastique de son narrateur Édouard Baer : souple, fluide, libre, échappant à la pesanteur du réel pour se laisser conduire par la simple beauté de l’imaginaire, du rêve et de la poésie. Lignes brisées Quand Marjane

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Mon pote

ECRANS | De Marc Esposito (Fr, 1h45) avec Edouard Baer, Benoît Magimel…

Dorotée Aznar | Vendredi 26 novembre 2010

Mon pote

Il le dit lui-même en conférence de presse : Marc Esposito est un gentil. D’ailleurs, quand il évoque la base autobiographique de son nouveau film, voyant un directeur de publication engager un taulard repentant dans une rédaction pour le sortir du mitard, il précise même qu’à l’époque, à Studio Magazine, il ne pouvait bosser qu’avec des gentils. Vous l’aurez donc compris, le meilleur compliment et en même temps la pire insulte qu’on puisse faire à Mon pote, c’est de dire que c’est un film gentil. Au sens “bien brave“, inoffensif, totalement inconséquent. On ne va même pas pinailler sur l’absence totale de mise en scène (qu’Esposito assume, en toute gentillesse), sur la fin du film et sa maladresse toute pataude, ce serait inutile. Ça reviendrait à tirer non pas sur l’ambulance, mais sur un stand de barbe à papa qui écoule toute sa marchandise gratos. FC

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Passe-passe

ECRANS | Tonie Marshall réussit une hilarante et généreuse comédie fourre-tout au casting aussi improbable que réjouissant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 avril 2008

Passe-passe

D’abord, dire le plaisir éprouvé à la vision de Passe-passe. La comédie française ne nous a plus habitués à autant de générosité, préférant en général une approche prudente faite de connivence complice et de calcul marketing. Tonie Marshall, elle, choisit de faire l’inverse, avançant en kamikaze sur tous les fronts, du burlesque à la comédie de caractère, du rire grinçant à la franche déconnade. Ce qui produit un film apparemment sans queue ni tête, à l’intrigue parfois incompréhensible mélangeant sans ménagement trafics internationaux et petites combines, coucheries politiques et coup de foudre romantique, altermondialisme et Alzheimer, Darry Cowl et Frank Sinatra. En fait, Passe-passe est plutôt un film à plusieurs têtes et plusieurs queues, tiré vers des extrêmes a priori inconciliables qui lui confèrent pourtant sa folie contagieuse. Bien vu, bien connuCe poisson-film a cependant un corps et des arêtes : le couple hilarant formé par Nathalie Baye et Edouard Baer. Elle, grande bourgeoise fuyant son amant de ministre avec un sac bourré de billets ; lui, prestidigitateur raté naviguant à vue entre une mère malade et un beau-frère magouilleur. Ce tandem-là est

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J’ai toujours rêvé d’être un gangster

ECRANS | de Samuel Benchetrit (Fr, 1h48) avec Édouard Baer, Anna Mouglalis, Jean Rochefort…

Dorotée Aznar | Mercredi 19 mars 2008

J’ai toujours rêvé d’être un gangster

Auteur et metteur au scène de théâtre puis, au cinéma, d’un plaisant Janis et John, Samuel Benchetrit tente de transformer l’essai avec J’ai toujours rêvé d’être un gangster. Mais, dans ce film à sketchs dont le point commun est une cafétéria sur une aire d’autoroute, ce qui gène vite, c’est la «cinéphilie» de son auteur. Les guillemets sont volontaires car on se demande vraiment si on regarde une suite de clins d’œil, un digest pas toujours bien digéré ou un quasi-plagiat. Que des apprentis gangsters y tchatchent comme chez Tarantino, ou qu’au contraire ils peinent à se traîner comme dans Le Pigeon, pourquoi pas ? Que la construction du film soit empruntée à celle de Mystery train de Jarmusch, soit. Mais que Benchétrit reproduise, lors de la séquence Arno-Bashung, un sketch entier de Coffee and cigarettes du même Jarmusch, sans même créditer son auteur au générique, là, il y a vraiment un problème. Qu’importe après tout, si le film dans son ensemble était à peu près plaisant à suivre ; mais il est au contraire laborieux, sans rythme, complaisant envers ses propres trouvailles. En définitive, seul le casting, belle réunion de pointures, vient sauver l’affaire de l’anecdotique et fa

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B(a)erner son monde

CONNAITRE | Music-hall / Edouard Baer et sa troupe débarquent à la Bourse du travail pour un spectacle de music-hall déjanté. Commentaires du principal intéressé. Propos recueillis par Dorotée Aznar

Dorotée Aznar | Mardi 3 janvier 2006

B(a)erner son monde

Petit Bulletin : Pour ce spectacle, le moins que l'on puisse dire est que vous avez vu grand ! Qu'est-ce qui vous a incité à monter un tel spectacle ?Edouard Baer : La Folle et Véritable Vie de Luigi Prizzoti est construit en une succession de tableaux mais c'est une «vraie» histoire. Pour la première fois j'ai construit un spectacle avec un fil narratif ! Créer un spectacle avec autant d'acteurs est évidemment un véritable casse-tête et c'est surtout une aberration économique. Mais c'est ce que j'ai envie de faire et c'est comme ça que j'ai envie de vivre. D'ailleurs, je crois que je vais bientôt partir errer sur les routes avec une roulotte... Sous des apparences bordéliques, votre spectacle ne laisse pas de place à l'improvisation...Il y a une marge de liberté, mais pour mon personnage uniquement. Quant aux autres, qu'ils n'essaient même pas !!! Plus sérieusement, mon personnage doit être l'éléphant dans un magasin de porcelaine, il y a plus de 20 comédiens, il faut que tout soit beau et réglé précisément. Certains ont vu dans votre spectacle une satire de la société du spectacle, c'est ce que vous avez souhaité ?Le spectacle raconte l'

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