"Chez nous" : nous en sommes arrivés là...

ECRANS | Désireux d’éveiller les consciences en période pré-électorale, Lucas Belvaux fait le coup de poing idéologique en démontant la stratégie de conquête du pouvoir d’un parti populiste d’extrême-droite. Toute ressemblance avec une situation contemporaine n’est pas fortuite.

Vincent Raymond | Mardi 14 février 2017

Photo : © Jean Claude Lother / Synecdoche Artémis Productions


Belvaux s'y attendait, il n'a donc pas été surpris : depuis la diffusion de la bande-annonce de son nouveau long-métrage, quelques élus du parti en ayant inspiré le scénario ont d'autorité — forcément — assimilé Chez nous à « un navet » (sic). Et considéré qu'il s'agissait d'un « film de propagande » (re-sic) n'ayant pas sa place sur les écrans à deux mois du premier tour de l'élection présidentielle. Cela, bien entendu, sans l'avoir vu.

Pourquoi un tel effroi de leur part ? Est-ce bien raisonnable de craindre de la résonance d'un si modeste film ? Sans doute : ils savent l'opinion malléable et supposent Chez nous susceptible de rappeler aux oublieux ces mécanismes à la Machiavel permettant de manipuler le peuple en douceur — avec son consentement de surcroît.

L'effet haine

La protagoniste de cette histoire y est choisie par un cadre du Bloc Patriotique, parti populiste d'extrême-droite, pour être tête de liste aux municipales de sa petite ville du Nord. Mère célibataire méritante, infirmière libérale appréciée de tous, fille de syndicaliste communiste et dépolitisée, elle affiche le profil idéal dans un terreau fertile…

S'il y a 15 ans, Féroce de Gilles de Maistre semblait par endroits folklorique, Chez nous glace, assomme et agace à la fois. Parce qu'il repose sur du vrai, du tangible : il condense des éléments avérés sur les méthodes employées par le parti visé pour conditionner son électorat en instrumentalisant des peurs, la misère sociale, la crise économique, des boucs émissaires ; et en embobinant de malheureuses potiches sans culture politique parce qu'il faut bien des ”élus locaux”.

Ce faisant, Belvaux rappelle avec justesse que tous ses grands responsables se réclamant du peuple ou prétendant en appeler à ses suffrages, n'en sont jamais issus : c'est sans doute l'argument le plus percutant, qui mériterait d'être seriné du début à la fin du film. Il est hélas écrasé par un trop-plein d'intrigues, car il y a tant à raconter : l'ancien membre du service de sécurité du parti viré au nom d'un processus de “dédiabolisation” en méritait un entier.

Reste que le problème majeur de Chez nous est qu'il va surtout intéresser un public prémuni de l'extrémisme, amusé de voir un Dussollier cauteleux aux antipodes de ses convictions, et bienveillant pour le personnage dupé d'Émilie Dequenne. À une époque où l'abstentionnisme et le vote protestataire l'emportent sur une quelconque mobilisation civique, on peut se faire du souci…


5 questions à... Lucas Belvaux

Cinéaste dont l'éclectisme n'est plus à prouver depuis sa Trilogie (2003), Lucas Belvaux revendique sans faux-fuyant sa volonté de contribuer à la réflexion démocratique.

Était-il envisageable de tourner Chez nous pour la télévision, ou d'en faire une prédiffusion télévisée pour être sûr qu'il soit vu ?
Lucas Belvaux : Non, je n'y ai même pas pensé. À la télé, les contraintes sont telles que j'aurais été moins libre : les budgets, le rythme — non pas de tournage, mais de production — et l'écriture sont très cadrés. Ce sont des films qu'il faut faire dans une liberté absolue.

Vous aviez l'impératif du calendrier…
Bien sûr : il fallait sortir avec l'élection présidentielle pour participer au débat. Le même film, quelle que soit l'issue de l'élection, n'avait pas le même sens s'il sortait après. C'était avant ou jamais. Mais si la sortie du film est programmée par les élections, l'envie est née avant, pendant le précédent, Pas son genre. On tournait à Arras avec des gens sympathiques, sérieux, travailleurs, agréables, l'histoire d'une coiffeuse, un personnage pour qui j'avais de l'affection, de l'estime. C'était en période électorale et les sondages donnaient le FN à 30 ou 40% selon les endroits dans la région. Un jour, je me suis demandé pour qui elle voterait — puisque statistiquement, trois personnes sur dix votaient pour ce parti-là. Et comment on se retrouve embringué dans ce parti-là…

Pourquoi passer par la fiction ?
Depuis 30 ans, on est dans un discours vindicatif à l'égard du FN — souvent juste : quand on dit que c'est un parti fasciste, il n'y a qu'eux que ça dérange. Tout ce qui sort dans la presse, des articles de fond, des reportages, des choses filmées à l'intérieur du parti ; tout ça n'a pas d'impact. Il faut passer par la fiction, changer le point de vue, parler des électeurs et l'aborder autrement, comme l'ont fait d'autres cinéastes à d'autres époques sur d'autres sujets. Le cinéma peut être à la fois politique, sociétal et populaire. Les films de John Ford m'ont davantage construit que la lecture de Marx. Je n'ai pas lu beaucoup Marx, mais j'ai beaucoup vu Ford ! Et ce que je suis aujourd'hui, je le dois beaucoup au regard de Ford sur le monde. L'idée du film, c'est comment parler de la société d'aujourd'hui différemment, en étant moins dans l'immédiat, moins en réaction.

Justement, les premières réactions publiques sur le film ont été portées par des personnes n'ayant pas vu le film, le jugeant à partir de sa bande-annonce…
Elles sont aberrantes pour nous qui sommes démocrates et qui aimons le cinéma. C'est absurde, mais c'est comme ça. Ça fait partie d'une stratégie bien établie, de tirs de barrages lourds, sur le film. Je m'y attendais, c'est de bonne guerre et de mauvaise foi. Je n'ai rien à leur répondre. Le film est ce qu'il est, il existe malgré eux, il dit ce qu'il a à dire. Après, ce sont les spectateurs qui m'intéressent ; ce ventre mou des électeurs qui votent pour eux une fois, pas la fois d'après. Le magma flou qui peut basculer à tout moment. Ils peuvent réagir à un discours auquel je peux adhérer moi aussi. Quand on est dans la merde, on réfléchit moins bien : on n'a pas la distance nécessaire pour remettre les choses en perspective.

Sort-on indemne d'une immersion dans cette rhétorique et ces éléments de langage ?
Oui, même si c'est un peu lourd à porter : se plonger pendant deux ans dans l'extrême droite parlementaire et la nébuleuse autour révèle la part abjecte de la France. Depuis la diffusion de la bande-annonce, les trois-quarts des commentaires écrits sur le film sont d'une haine et d'une violence parfois inouïes, avec des pages entières d'antisémitisme et de racisme absolus. Tout ça remonte. Et pour Catherine Jacob et André Dussollier, il y a eu des phrases difficiles à dire, car un acteur doit être sincère quand il joue. Ça leur a demandé un investissement intellectuel personnel. Mais un moment de honte est vite passé (sourire).


Chez nous

De Lucas Belvaux (Fr-Bel, 1h58) avec Emilie Dequenne, André Dussollier...

De Lucas Belvaux (Fr-Bel, 1h58) avec Emilie Dequenne, André Dussollier...

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Pauline, infirmière à domicile, entre Lens et Lille, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse, tous ses patients l'aiment et comptent sur elle. Profitant de sa popularité, les dirigeants d’un parti extrémiste vont lui proposer d’être leur candidate aux prochaines municipales.


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Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Des hommes | Adapté du roman de Laurent Mauvignier, Des hommes rend justice à toutes ces victimes de la Guerre d’Algérie payant les intérêts de décisions “supérieures“ prises au nom des États. Et s’inscrit avec cohérence dans la filmographie du (toujours engagé) cinéaste Lucas Belvaux…

Vincent Raymond | Mardi 25 mai 2021

Lucas Belvaux : « il ne doit pas y avoir un plaisir malsain à regarder la violence »

Il y a un lien manifeste entre Chez Nous (2017) et ce film qui en constitue presque une préquelle… Lucas Belvaux : Il est un peu né du précédent, oui. J’avais lu le livre de Laurent Mauvigner à sa sortie en 2009, et à l’époque j’avais voulu prendre les droits et l’adapter. Mais Patrice Chéreau les avait déjà, et puis il est tombé malade et n’a pas eu le temps de le faire. J’avais laissé tombé et, avec le temps, ne voyant pas le film se faire, je m’y suis intéressé à nouveau. Surtout après Chez nous : il y avait une suite logique. J’ai relu le livre, je l’ai trouvé toujours aussi bon et mon envie de l’adapter était était intacte — ce qui est bon signe après dix ans. Outre “l’actualité” de votre désir, il y a celle du sujet : on a l’impression qu’on ne fait que commencer avec le traitement de “liquidation“ de la Guerre d’Algérie. C’est encore neuf… Étra

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Deneuve s'aventure chez Kheiron : "Mauvaises herbes"

Comédie | de et avec Kheiron (Fr, 1h40) avec également Catherine Deneuve, André Dussollier…

Vincent Raymond | Mardi 20 novembre 2018

Deneuve s'aventure chez Kheiron :

Recueilli jadis par Monique, Waël est devenu dans la cité un prince de l’embrouille et de la tchatche, sans perdre son bon fond. Mais un jour, l’une de ses victimes, par ailleurs vieille connaissance de Monique, le recrute comme éducateur. Waël va faire des miracles… Cette deuxième réalisation de Kheiron entremêle deux récits aux styles très distincts : l’un censé retracer la petite enfance cahoteuse de Waël, jusqu’à son adoption puis son exil, possède des accents dramatiques et symboliques qui ne dépareraient pas la sélection d’un grand festival ; l’autre jouant sur la comédie urbaine, conjugue le tac-au-tac begaudeau-gastambidien du dialogue à une romance tendre pour cheveux gris. Un attelage dont le baroque rivalise avec celui de la distribution mais qui prouve sa validité par l’exemple : Deneuve en bonne sœur retraitée et délurée trouve là un de ses meilleurs emplois depuis fort longtemps, et forme avec Dussollier, merveilleux de bienveillance embarrassée, un couple convaincant. Quant à la troupe de jeunes pousses sur la mauv

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Les statues leurrent aussi : "Au revoir là-haut"

Le Film de la Semaine | Conte noir plongeant ses racines dans la boue des tranchées et s’épanouissant dans la pourriture insouciante des Années folles, le sixième long-métrage de Dupontel fait rimer épique et esthétique en alignant une galerie de personnages (donc une distribution) estomaquante.

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Les statues leurrent aussi :

Après avoir frôlé la mort dans les tranchées, une gueule cassée dotée d’un talent artistique inouï et un comptable tentent de “s’indemniser” en imaginant une escroquerie… monumentale. Honteux ? Il y a pire : Aulnay-Pradelle, profiteur de guerre lâche et assassin, veut leur peau… La barre était haut placée : du monumental roman de Pierre Lemaitre, statufié par un de ces Goncourt que nul ne saurait discuter — ils sont si rares… — Albert Dupontel a tiré le grand film au souffle épique mûrissant en lui depuis des lustres. La conjonction était parfaite pour le comédien et réalisateur qui, s’il n'a jamais caché ses ambitions cinématographiques, n’avait jusqu’à aujourd’hui jamais pu conjuguer sujet en or massif et moyens matériels à la mesure de ses aspirations. Chapeau, Lafitte Le roman se prêtait à l’adaptation mais n’a pas dû se donner facilement — l’amplitude des décors et des situations augmentant les risques de fausse route et d’éparpillement. Galvanisé, Dupontel s’est réapproprié ce récit picaresque et

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Lucas Belvaux, chez nous

ECRANS | Quels sont les logiques et les mécanismes qui permettent aux idéologies extrêmistes de faire le plein là où les formations politiques traditionnelles ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 janvier 2017

Lucas Belvaux, chez nous

Quels sont les logiques et les mécanismes qui permettent aux idéologies extrêmistes de faire le plein là où les formations politiques traditionnelles ne représentent plus rien ? Tentative de réponse avec Lucas Belvaux dans sa nouvelle fiction, inspirée par l’air du temps, Chez nous, qu’il vient justement présenter dans notre ville en avant-première. À voir avant d’en parler. Chez Nous Au Comœdia le mercredi 25 janvier à 20h

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Adopte un veuf : une comédie réussie

ECRANS | de François Desagnat (Fr, 1h37) avec André Dussollier, Bérengère Krief, Arnaud Ducret, Nicolas Marié…

Vincent Raymond | Mardi 19 avril 2016

Adopte un veuf : une comédie réussie

On n’aurait pas forcément misé ses deux mois de caution sur cette nouvelle comédie de colocation, surtout après le lourdingue Five. Le plan de masse d’Adopte un veuf n’a rien d’ébouriffant : un vieux misanthrope dépressif qui voit son quotidien s’éclairer grâce à l’irruption d’une blondinette dynamique, ç'a des airs de Tatie Danielle au masculin — mais Dussollier possède un fond trop pur pour égaler en teigne l’abominable Tsilla Chelton. À partir de cet argument digne d’un Au théâtre ce soir moyen, François Desagnat trousse une histoire attachante, dans laquelle la composante humoristique ne se limite pas à de la gaudriole vulgaire, où le sentiment de solitude est réellement perceptible. Les situations n’échouent jamais dans le pathétique, s’enrichissant des tonalités apportées par chacun des comédiens. Bérengère Krief joue de son dynamisme, en évitant ”d’exploser de naturel“, ce qui confère à son personnage de pot-de-colle gaffeuse un indéniable charme. Mais celui dont le récital confine au chef-d’œuvre est l’exceptionnel Nicola

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«Quand on parle d’un film d’auteur, les gens fuient…»

ECRANS | Rencontre avec Lucas Belvaux autour de son dernier film, "Pas son genre".

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

«Quand on parle d’un film d’auteur, les gens fuient…»

Pourquoi, lorsque vous abordez des histoires de couple, en parlez-vous toujours sous l’angle de l’inquiétude, de la crise ou de la distance ? Lucas Belvaux : Parce que les gens heureux n’ont pas d’histoire. Il y a un ressort dramatique forcément. Et puis je pense que l’amour est toujours extrêmement fragile et qu’il repose sur une forme d’inquiétude. Il faut peu de choses pour provoquer un désamour. La différence, c’est qu’ici vous montrez un couple en train de se former, alors qu’auparavant, c’était des couples installés, tellement installés qu’ils étaient au bord de la crise… C’était le roman, mais c’était aussi une manière d’avoir de la légèreté. L’inquiétude ici vient du fait que c’est un amour asymétrique. Comme il y a des conflits avec une armée lourde d’un côté et une guerilla de l’autre, ici c’est une femme sujette au coup de foudre et un homme qui a du mal à s’engager, qui est à combustion lente… Avant même que l’histoire ne commence réellement, il y a déjà une espèce d’inquiétude, parce que ce ne sont plus des jeunes gens ;

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Pas son genre

ECRANS | Lucas Belvaux raconte l’histoire d’amour utopique et contrariée entre un prof de philo parisien et une coiffeuse d’Arras, avançant sur le fil des clichés pour renouveler adroitement son thème de prédilection, la lutte des classes, ici envisagée sous l’angle de la culture. Critique et interview. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 29 avril 2014

Pas son genre

Pas son genre débute comme une version sérieuse de Bienvenue chez les Ch’tis, avec un prof de philo parisien dans le rôle de Kad Merad. Muté à Arras, qui prend la place de Bergues en guise de punition sociale, il ne tombe pas amoureux de la chaleur humaine des gens du Nord, mais d’une coiffeuse, mère célibataire, lectrice d’Anna Gavalda et adepte du karaoké. D’où choc culturel. Grâce à la mise en scène de Lucas Belvaux, ce choc est aussi cinématographique : si Clément semble l’héritier naturel d’une tradition "Nouvelle vague" d’intellectuels beau parleur, un brin arrogants et peu avares en citations littéraires, Jennifer paraît s’être échappé d’un film de Jacques Demy, aimant la vie, les couleurs, les chansons et la légèreté. Belvaux démarre donc leur romance sur le fil des clichés, même s’il a l’intelligence de les renverser régulièrement : Jennifer décale sans cesse le moment de la relation physique, tandis que Clément se pique au jeu de cet amour courtois anachronique envers celle qu’il a d’abord pris p

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Aimer, boire et chanter

ECRANS | Pour sa troisième adaptation d’Alan Ayckbourn et, donc, son tout dernier film, Alain Resnais choisit de laisser en sourdine ses ruminations crépusculaires pour une comédie qui célèbre la vie et la vieillesse, les artifices du théâtre et la force du cinéma. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 25 mars 2014

Aimer, boire et chanter

Dans Aimer, boire et chanter il y a, comme dans tous les films d’Alain Resnais un dispositif formel fort et très visible. Trop ? C’est ce que l’on pense lors des premières séquences, où le choix de toiles peintes découpées en rideaux pour les entrées et sorties est d’un goût contestable. Cette théâtralité, qui renvoie à la pièce d’Alan Ayckbourn que Resnais adapte ici — la troisième après Smoking / No Smoking et Cœurs — est cependant justifiée par le leitmotiv qui lance chacun des actes : Colin (Hyppolite Girardot) et sa femme Kathryn (Sabine Azéma) répètent eux-mêmes une pièce de théâtre, mais n’en dépassent jamais les premières répliques, la vie et le naturel finissant par reprendre le dessus. On ne verra jamais cette pièce à l’écran, tout comme on ne verra jamais son acteur principal, George Riley, dont son médecin Colin révèle la mort prochaine. Alors que ses amis (le couple formidable Caroline Silhol / Michel Vuillermoz), son épouse (Sandrine Kiberlain) et son rival (André Dussollier) s’inquiètent, se lamentent ou se réjouissent de la disparition annoncée de leur collègue, George retrouve une nouvelle jeunesse. Et ce sont plutôt les secret

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André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

ECRANS | En tournée pour la sortie de "Diplomatie" de Volker Schlöndorff, rencontre avec le grand André Dussollier autour du film, mais aussi du prochain film d’Alain Resnais, "Aimer, boire et chanter" dont, au moment de l’entretien, on ne savait pas encore qu’il serait le dernier… Propos recueillis par Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 4 mars 2014

André Dussollier : «Quand on joue, il n’y a plus de masques»

Comment êtes-vous passé de ce texte, Diplomatie, que vous avez beaucoup joué au théâtre à sa version cinématographique ? Y avait-il une forme de désapprentissage ? André Dussollier : Avec Niels Arestrup, on était prêts à tenter une aventure nouvelle. Il y a eu des moments en jouant la pièce où je me suis dit c’est dommage qu’il n’y ait pas une caméra. Au théâtre, on est souvent de profil face au public, qui est loin. Diplomatie, c’est un sujet qui correspond bien au cinéma, cela nous donne le privilège de parler de façon douce comme les diplomates, on va affronter ces grands problèmes en face à face, d’homme à homme, en susurrant parfois alors que c’est la guerre autour de nous. Je pense que la diplomatie se passe comme ça, à mots feutrés. Ce n’est pas que ça n’allait pas au théâtre, mais on s’adaptait à des contraintes techniques différentes. Il fallait oublier tout ce qu’on avait fait au théâtre, et l’avantage, c’était de travailler avec un metteur en scène qui n’avait pas vu la pièce, et qui nous regardait comme s

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Diplomatie

ECRANS | De Volker Schlöndorff (Fr-All, 1h24) avec Niels Arestrup, André Dussollier, Charlie Nelson…

Christophe Chabert | Mardi 25 février 2014

Diplomatie

Dans la nuit du 24 au 25 août 1944, le général allemand Von Choltitz, gouverneur de Paris, s’apprête à exécuter l’ordre d’Hitler : faire sauter les principaux monuments parisiens et provoquer une crue gigantesque de la Seine. Le consul suédois Nordling va, dans sa suite de l’Hôtel Meurice, tenter de le dissuader de pratiquer cette politique de la terre brûlée qui ne fait que reculer la débâcle inéluctable de l’armée allemande. Le sujet avait donné lieu à une pièce à (grand) succès de Cyril Gély et Volker Schlöndorff l’adapte ici à l’écran avec les deux comédiens qui avaient créé les rôles sur scène, Arestrup et Dussollier. Ce duo-là vaut le déplacement — mais Charlie Nelson en concierge bourru n’est pas mal non plus — même si, de manière assez curieuse, Arestrup a choisi d’adopter un accent allemand assez artificiel pour faire parler son personnage en français. Cela résume assez bien les vaines tentatives de Schlöndorff pour faire muter son matériau théâtral en œuvre de cinéma : les aérations du récit comme les possibilités d’y faire en

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À perdre la raison

ECRANS | Pour ce film plus ouvert mais tout aussi dérangeant que ses précédents, Joachim Lafosse s’empare d’un fait-divers et le transforme en tragédie contemporaine interrogeant les relents de patriarcat et de colonialisme de nos sociétés. Fort et magistralement interprété. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

À perdre la raison

Il y a, à la fin d’À perdre la raison, une séquence admirable — ce n’est pas la seule du film. Murielle sort de chez sa psychanalyste et se retrouve dans sa voiture à écouter Femmes je vous aime de Julien Clerc. Elle en fredonne approximativement les paroles, puis s’arrête et fond en larmes. En trois minutes et un seul plan, c’est comme si le film, le personnage et l’actrice (Émilie Dequenne, comme on ne l’avait jamais vue) lâchaient tout ce qu’ils retenaient jusqu’ici, dernière respiration avant le drame ou l’asphyxie. Car À perdre la raison est construit comme une toile d’araignée, un piège qui se referme sur son personnage, d’autant plus cruel que personne n’en est vraiment l’instigateur. Ce qui se joue ici, ce sont les nœuds d’une société où les choses que l’on croit réglées (le colonialisme, la domination masculine) reviennent comme des réflexes inconscients, provoquant leur lot de tragédies. Patriarche de glace Celle du film a pour base un fait-divers : une mère qui assassine ses quatre enfants. On ne révèle rien, puisque Lafosse en fait l’ouverture de son film. Cette honnêteté-là est aussi celle qui amène le cinéaste à ne jamai

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38 témoins

ECRANS | De Lucas Belvaux (Fr, 1h44) avec Yvan Attal, Sophie Quinton…

Christophe Chabert | Mardi 6 mars 2012

38 témoins

Au Havre, une nuit, un crime est commis en pleine rue. Personne n’a rien vu, ni entendu. Mais le comportement de Pierre Morvan intrigue sa femme, absente ce soir-là ; il est comme rongé par un démon intérieur. Au départ, on pense logiquement qu’il a un rapport avec le meurtre. Très vite, Lucas Belvaux le pousse à une toute autre confession, qui va remettre en question l’équilibre social du quartier. C’est à ce moment-là que 38 témoins s’écroule. La mise en scène, austère et coupante, est redoublée par un discours particulièrement démonstratif sur la lâcheté collective et la démission des citoyens face à une menace envers leur propre confort. Les choses empirent avec l’apparition d’une peu crédible journaliste locale (Nicole Garcia, hors sujet) et un long psychodrame domestique aux dialogues dénués de quotidienneté et d’humour. Belvaux confond la gravité de son sujet et le sérieux du traitement, et se contente d’emmener le film à bon port, une scène finale moralisatrice qui enfonce le clou en accablant personnages et spectateurs. Christophe Chabert

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Viens voir les comédiens…

SCENES | Une saison de théâtre, c’est aussi, n’en déplaise aux puristes, une saison d’acteurs exceptionnels à découvrir sur scène. D’Arestrup à Catherine Frot, de Cantona à Romain Duris, passage en revue des «stars» de cette rentrée. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 septembre 2011

Viens voir les comédiens…

S’il y a un acteur qu’on n’attendait pas là, c’est bien lui. Qu’Éric Cantona, pour qui on a une affection particulière, s’associe à Dan Jemmett, metteur en scène ayant l’habitude de mettre en pièces le répertoire (on se souvient de sa Nuit des Rois d’après Shakespeare), pourquoi pas ? Mais que les deux aient trouvé comme terrain d’entente Ubu enchaîné d’Alfred Jarry, voilà qui a de quoi stimuler les attentes et laisser s’épanouir tous les fantasmes. Ce qui fascine chez Cantona, c’est ce corps à la fois massif et sportif, cette voix puissante et chantante (combien d’acteurs en France ont le droit de jouer avec leur accent d’origine ?) ; un drôle de comédien dans une drôle de pièce, où le tyran devient esclave mais conserve ses humeurs et ses emportements. Romain Duris aussi a su faire de son corps souple et nerveux un instrument de fascination pour les metteurs en scène de cinéma. C’est en le filmant pour son très raté Persécution que Patrice Chéreau, qui ne rechigne plus autant à revenir au théâtre, a décidé de le pousser sur scène, faisant de lui le nouvel interprète (après Pascal Greggory, qui a fait le trajet inverse de Duris, des planches à l’écran) de son auteur fétiche, Berna

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La Meute

ECRANS | De Franck Richard (Fr-Belg, 1h25) avec Émilie Dequenne, Benjamin Biolay, Yolande Moreau…

Christophe Chabert | Mardi 21 septembre 2010

La Meute

Les vingt premières minutes de "La Meute" sont encourageantes : ambiance trou du cul du monde réussie, dialogues percutants à la Bernie Bonvoisin, casting à contre-emploi efficace. On nage alors dans une comédie très noire, qui s’arrête net avec l’irruption de l’horreur et du fantastique. Le film n’a alors plus grand-chose à raconter, sinon les lieux communs du genre — des monstres dégueux, des humains obligés de se liguer pour lutter contre la menace comme dans certains Hawks. Étrange sensation d’une série B partie en trombe et qui tombe en panne sèche dès son premier tiers, se contentant alors de remplir pour remplir, sans espoir de retour. CC

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Chicas

ECRANS | De Yasmina Reza (Fr, 1h24) avec André Dussollier, Emmanuelle Seigner…

Christophe Chabert | Jeudi 4 mars 2010

Chicas

Quand on laisse huit secondes de silence en moyenne entre chaque réplique, on a intérêt à s’appeler Bergman. Ce n’est pas le cas de Yasmina Reza, et "Chicas" n’est pas, mais alors pas du tout, un "Cris et chuchotements" moderne. C’est un grand vide prétentieux, une sorte de robinet d’eau tiède très mal écrit — dialogues et structure renvoient irrémédiablement aux racines théâtrales de la réalisatrice, à peine mis en scène, se voulant sociologique et mordant mais très complaisant envers le milieu d’où il vient… Face à cette purge qui laisse du temps de cerveau disponible pour la cogitation, un point revient à l’esprit du spectateur : peut-on aujourd’hui refuser quelque chose à Yasmina Reza, auteur de l’hagiographique portrait de campagne "L’Aube, le soir ou la nuit" ? CC

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Thelma, Louise et Chantal

ECRANS | De Benoît Pétré (Fr, 1h30) avec Jane Birkin, Catherine Jacob, Caroline Cellier…

Christophe Chabert | Jeudi 25 février 2010

Thelma, Louise et Chantal

Ce road-movie féministe où trois quinquagénaires s’embarquent direction La Rochelle pour assister au mariage de leur ancien amour avec une inconnue est une nouvelle déconfiture de la comédie française. Le film est dévoré par un instinct publicitaire cannibale qui conceptualiste absolument tout : le titre, le générique, le pitch, les personnages, le casting, la mise en scène, la musique, les dialogues et, bien entendu, les inévitables placements produits. Benoît Pétré, dont le CV tient de l’exploit nanardesque (co-réalisateur de Foon, acteur dans Mes stars et moi, réalisateur du making of de Humains…), lutte en permanence pour imposer un semblant de sincérité, un frisson d’émotion à l’écran… Mais le sentiment que tout ici est matière à vendre, comme une suite ininterrompue d’extraits et de clips du film à venir, balaie toutes ses tentatives dans un grand vent de superficialité mal assumée. CC

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Les amants de la nuit

ECRANS | Jacques Bral revient à l’Institut Lumière pour présenter la copie restaurée d’"Extérieur nuit", film culte fonctionnant sur l’entre-deux : entre deux décennies, entre la nuit et le petit matin, entre l’utopie et la désillusion… CC

Christophe Chabert | Mardi 16 février 2010

Les amants de la nuit

En 1980, alors que le cinéma français se cherche un deuxième souffle, la société française s’apprête à tourner la page : mai 68 va devenir mai 81, et l’esprit du premier échouera sur la réalité pragmatique et les nombreux renoncements du second. En apparence, "Extérieur nuit" ne parle pas de ça, puisque son scénario ne fait que prolonger ce qui est, depuis la Nouvelle Vague, l’ordinaire du cinéma d’auteur français : deux hommes, Léo-Lanvin, vaguement musicien, et Bony-Dussollier, lointainement écrivain, tombent amoureux de la même femme, Cora, conductrice de taxi la nuit dans les rues de Paris. Surface sensible aussi fascinante que le visage de son actrice Christine Boisson, Cora passe au fil de nuits sans sommeil de l’écorché au timide, de l’impulsif au cérébral, sans jamais s’abandonner à l’un ou à l’autre. Crépusculaire Il y a dans "Extérieur nuit" un parfum de "Jules et Jim", mais surtout quelque chose de "La Maman et la putain". Du film de Truffaut, on retrouve évidemment le triangle amoureux, mais aussi l’absence de commentaire moral sur cette situation ; quant à la filiation avec Eustache, elle se traduit surtout par un

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Une affaire d'État

ECRANS | De retour en France, le réalisateur de 'Maléfique' Eric Valette signe un polar politique intègre, noir, violent et efficace, en hommage au cinéma populaire des années 70. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 17 novembre 2009

Une affaire d'État

Le vent de la nostalgie souffle du côté des années 70, époque où le cinéma d’ici accouchait d’œuvres populaires dignes et couillues. Mais là où Christian Carion et François Favrat ratent le coche en signant des films datés dans le fond mais surtout dans leur forme, Eric Valette, plus malin, met à profit son expérience américaine (restée inédite chez nous) pour insuffler une vigueur très contemporaine à sa mise en scène et ne retient des 70’s qu’un esprit anar et nihiliste. Dès les premières séquences, où l’explosion d’un avion en plein vol raccorde avec une partouze feutrée entre pontes de la politique et de l’industrie, le cinéaste affirme qu’il ne fera pas de compromis avec les normes du prime time. C’est ce qui réjouit dans 'Une affaire d’état' : le film ne recule pas devant la violence de son récit, sans pour autant tomber dans la complaisance cracra (on est loin d’Olivier Marchal), et impose un tableau déliquescent de la démocratie française et de ses institutions. Le premier acte, où une tentative de libération d’otages ratée révèle un trafic d’armes avec l’Afrique conduite par un patron proche du président (André Dussollier, glaçant de cynisme poli), met ainsi à nu une pyram

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Rapt

ECRANS | En s’appropriant avec finesse toutes les ambiguïtés d’un fait divers aux finalités troubles, Lucas Belvaux élabore un étrange objet cinématographique se jouant des notions de réalisme. François Cau

Dorotée Aznar | Lundi 16 novembre 2009

Rapt

La caméra commence par accompagner la frénésie de son personnage principal. Stanislas Graff (Yvan Attal, enfin revenu parmi nous), PDG en flirt permanent avec les plus hauts sommets de l’État, père pressé, mari évanescent, joueur compulsif, insomniaque probable. Sa course quotidienne s’arrête avec son kidnapping en pleine rue. Un processus rapide, efficace, que Lucas Belvaux filme sèchement, avant de mettre un coup de frein au rythme trépidant de sa mise en scène. Les plans conservent leur ampleur visuelle, mais resserrent les cadres, jouent à les déconstruire en brouillant les perspectives. Les premières scènes de détention, dans leur noirceur, précipitent l’empathie pour la victime avant de la remettre en question quelques scènes plus loin. Le scénario nous présente les seconds rôles méthodiquement, place ses pions et enclenche le processus de divulgations des secrets de son héros, lui fait progressivement prendre le pas sur l’issue de l’enlèvement. Et l’enquête comme les négociations avec les ravisseurs de se muer en constants jeux de dupes, filmés en prise directe avec l’action et dialogués avec une évidente précision. Fragments chronologiquesCette schizophrénie dan

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Les Herbes folles

ECRANS | D’Alain Resnais (Fr, 1h44) avec André Dussollier, Sabine Azéma…

Christophe Chabert | Mercredi 28 octobre 2009

Les Herbes folles

«Et si… Et si…» La voix-off des Herbes folles (celle d’Edouard Baer) pose son principe de possibles incongrus, de hasards débouchant sur la rencontre entre des êtres mal dans leur peau, dans leur couple, dans leur vie… Un «Incident» (titre du livre de Christian Gailly dont le film est l’adaptation) banal, le vol d’un sac, va provoquer un grand remue-ménage entre Marguerite (qui l’a perdu) et Georges (qui en a retrouvé le contenu dans un parking). Marguerite est seule, Georges vit avec femme et enfants mais, première surprise, c’est lui le plus instable des deux. Et c’est lui qui, au détriment de toute logique (sauf celle du scénario !), va faire enfler le fait-divers, persécutant par amour une femme dont il ne sait pourtant rien. Le goût du roman contre la monotonie de l’existence : c’est l’idée derrière le nouveau film-anguille d’Alain Resnais, qui s’offre comme un contre poison à l’amertume dépressive du précédent Cœurs. Vif, coloré, imprévisible, drôle, il est pourtant lézardé par les angoisses habituelles de l’auteur, quand bien même des herbes folles (comprenez : libres, incontrôlables) pousseraient au milieu de ce béton fissuré.

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La Fille du RER

ECRANS | D’André Téchiné (Fr, 1h45) avec Émilie Dequenne, Catherine Deneuve, Michel Blanc…

Christophe Chabert | Mercredi 11 mars 2009

La Fille du RER

Après deux films historiques forts (Les Égarés et Les Témoins), André Téchiné se lance dans un projet contemporain, l’affaire de la fausse agression antisémite du RER. Présenté en deux parties pas du tout égales (Les Circonstances et Les Conséquences), La Fille du RER repose sur un foutoir scénaristique qui ressemble à une trop longue exposition enchaînée à une conclusion expédiée. En lieu et place du développement, on a droit à des digressions peu pertinentes sur des personnages secondaires dessinés à la truelle… Formellement, ça part aussi dans tous les sens, mais produit parfois de belles séquences, comme ce tchat par webcams interposées où les visages seuls finissent par exprimer l’émotion produite par les mots. Téchiné n’a donc pas grand-chose à dire sur son sujet, et sa mécanique romanesque paraît plus artificielle que jamais, peu aidée par la maladresse des dialogues et des acteurs. À l’exception notable d’Émilie Dequenne : vieillie et amaigrie, la Rosetta des Dardenne retrouve l’instabilité fiévreuse du rôle qui l’a révélée, introduisant une ambiguïté qui est le seul trouble d’un film assez essoufflé. CC

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Musée haut, musée bas

ECRANS | de Jean-Michel Ribes (Fr, 1h33) avec Michel Blanc, Muriel Robin, André Dussollier…

Christophe Chabert | Vendredi 14 novembre 2008

Musée haut, musée bas

En théorie, il est ridicule de dire d’un film qu’il «n’est pas du cinéma». Après tout, si c’est filmé et monté, c’est projetable, donc c’est du cinéma. Mais Musée haut, musée bas, franchement, c’est pas du cinéma. L’écriture n’est qu’un amoncellement pénible de mots d’auteur sans une once de vie et de spontanéité. Et la suite de sketchs enchevêtrés au petit bonheur qui fait figure de scénario est aussi artificielle qu’un show télé dont le concept serait exploité jusqu’à l’overdose (les tribulations de spectateurs dans un musée, point). Enfin, le jeu des acteurs ne s’appuie que sur les codes du théâtre, de la diction aux entrées-sorties, et la caméra (enfin, la steadycam) tourne autour d’eux comme une toupie déréglée dans des décors-tableaux sortis de l’imagination d’un scénographe sous LSD. Impossible de rire, ou même de sourire, à ce truc vieillot, surgi de nulle part et alignant les clichés avec une méchanceté sinistre. La fin est un aveu : c’est un naufrage ! CC

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Le Crime est notre affaire

ECRANS | De Pascal Thomas (Fr, 1h49) avec André Dussollier, Catherine Frot, Claude Rich…

Christophe Chabert | Mercredi 8 octobre 2008

Le Crime est notre affaire

Pendant que Belisair Dussollier met son ordinateur «à la poubelle», Prudence Frot lui lance un cinglant «Ça sent le vieux !». Sacré Pascal Thomas ! Il faut être sûr de son coup pour ouvrir un film sur une séquence qui résume, avec humour, toute son œuvre récente. Alors, oui, cette suite de Mon petit doigt m’a dit sera encore plus old school et fière de l’être. Après le bâclé L’Heure zéro, Le Crime est notre affaire fait preuve d’un solide sens de la mise en scène, et l’intrigue d’Agatha Christie a cette fois suffisamment de substance pour contenter le spectateur jusqu’à la dernière séquence. Mais ça, à la limite, on s’en fout ! Scindant son couple de détectives amateurs en deux pour les besoins de l’histoire, Pascal Thomas propulse Prudence dans un château enneigé. Elle y découvre une famille partiellement rescapée du dernier Desplechin qu’un vieillard pingre — Claude Rich, avec une réplique géniale : «Elle est bonne, la soupe !» — couvre de reproches. De ce choc générationnel, il ressort que les vieux ne sont pas ceux que l’on croit, et qu’une quadra bien conservée suscite un appétit sexuel plus affolant qu’une blonde minette — qui court en jupe plissée dans les couloirs, au cas o

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Affaire de famille

ECRANS | De Claus Drexel (Fr, 1h30) avec André Dussollier, Miou-Miou, Hanke Kodja…

Christophe Chabert | Mardi 27 mai 2008

Affaire de famille

Ce nouvel effort pour redonner du tonus au cinéma de genre français est, une fois encore, décevant. Niveau scénario, il faut souligner l’originalité de la construction : après un casse a priori sans grande conséquence (la recette d’un match de foot), une famille se retrouve avec le magot sur les bras, la police en embuscade et les braqueurs à leurs basques. De petits mensonges en grandes tromperies, on découvrira cependant à travers une ludique alternance de points de vue que personne n’est tout blanc dans l’histoire. Si le casting, à l’exception embarrassante d’un Éric Caravaca à côté de la plaque, est plutôt convaincant, c’est bien la réalisation qui fait dérailler l’ensemble. Drexel hésite entre le réalisme télévisuel et une nécessaire stylisation, ce qui donne au film un rythme de sénateur aux antipodes de son modèle visible, la comédie noire façon Petits meurtres entre amis. La comédie manque de tempo, le polar manque de suspense, et seuls les coups de théâtre du script électrisent un peu le spectateur. Le sentiment final face à Affaire de famille est celui d’assister au brouillon d’une œuvre prête pour un hypothétique, et fatalement plus professio

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La Vérité ou presque

ECRANS | de et avec Sam Karmann (Fr, 1h35) avec Karin Viard, André Dussollier, François Cluzet...

Christophe Chabert | Mercredi 19 septembre 2007

La Vérité ou presque

Vaudeville comique dans le microcosme de la bourgeoisie quadra lyonnaise (à peine plus crédible que dans le Chabrol, ce qui est un exploit !), le nouveau film de Sam Karmann est le genre de produit inoffensif qui fera les beaux jours de France Télévisions d'ici quelques années. Autant dire que l'affaire se regarde avec distraction, à quelques détails involontairement amusants près, que l'on ne peut s'empêcher de raconter ici : Karin Viard y bosse à TLM, décrit dans le film comme un sommet de ringardise provinciale dirigé par un requin démago obsédé par le «local». Bon, toute ressemblance avec des faits et des personnes existants ne serait que pure coïncidence, hein... Les traboules y deviennent un lieu de drague homosexuelle, propices aux petits coups vite faits dans les coins sombres. Et cette classe moyenne-là baise dans les 4 étoiles et a les moyens de se faire livrer par le traiteur le repas du soir. Dernier point au crédit du film : chaque fois que François Cluzet apparaît à l'écran, pour défendre un personnage pourtant gratiné (un businessman macho et menteur), il est simplement génial. Cet acteur-là est un miracle. Dire qu'il surclasse tous ses camarades du cinéma français e

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